‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 18 sur 82 · CHAPITRE PREMIER ÉCOLES PRIMAIRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER ÉCOLES PRIMAIRES

SOMMAIRE. — Classification des écoles primaires, mixtes, maternelles; groupes scolaires.

La classe. Emplacement, aérage, éclairage, dimensions. — Classes éclairées par des jours unilatéraux ou bilatéraux.

Les préaux couverts et découverts. — Cabinets d'aisances.

Salles de dessin — de travaux manuels.

Vestiaires. — Lavabos. — Cantines. — Escaliers.

Recherche de la gaieté de l'École,

J'aborde maintenant les éléments des édifices destinés à l'instruction publique, dans ses divers degrés. Nous commencerons naturellement par le plus humble, l'enseignement primaire.

Les éléments de l'école sont toujours la classe, la salle de travail, le préau, la cantine et quelques dépendances. Mais ces éléments peuvent s'appliquer à des écoles plus ou moins nombreuses, plus ou moins modestes. Il y a l'école mixte de petit village, avec une seule classe pour garçons et filles, dont M. Salleron donne un type théorique (fig, 648), présentant cette particularité, peut-être discutable, de placer les entrées des élèves au fond des préaux découverts; l'école mixte avec deux classes, une pour chaque sexe ; les écoles soit de garçons, soit de filles, à une ou plusieurs classes ; les écoles maternelles pour les tout jeunes entants. Lorsque plusieurs écoles sont réunies en un seul

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Plan du Kez-de-Chaussés

ensemble, on a le groupe scolaire, dont une composition presque théorique est réalisée dans le plan des écoles de la rue Saint-Lambert à Paris, par M. Bouvard (fig. 649). Il faut ajouter tout de suite que la grande préoccupation de l'architecte, lorsqu'il compose un plan d'écoles ou de groupe scolaire, est avant tout l'aération. Vous remarquerez donc que dans

ce plan, les divers bâtiments ayant plusieurs étages, l'architecte a réalisé par la réunion des cours un très grand volume d'air central au grand bénéfice de la salubrité des bâtiments.

Mais voici un autre groupe scolaire, dont la composition est toute différente, celui des écoles d'Ivry-sur-Seine par M.

Raulin (fig. 650), Les cours sont ici séparées par un bâtiment : vous vous tromperiez cependant si vous pensiez que, de ces deux plans, un seul peut être bon et que l'un est exclusif de l'autre. C'est que dans celui dont nous nous occupons présentement, les bâtiments — sauf le pavillon central qui est à la jonction des branches du plan — ne sont élevés que d'un rez-de-chaussée. Les cours ou préaux découverts sont donc dans de très bonnes conditions d'aération et de salubrité. Mais le plan deviendrait défectueux si quelque jour pour agrandir l'école on surélevait les bâtiments, tout au moins celui qui sépare les deux cours.

R. u • Fig. 648. — École mixte.

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Plan du i" étage.

Rue S'Lairbert Fig, 649. — Groupe scolaire, i Paris (M. Bouvard, architecte). Plan du rei-de-chaussie.

Il m'a paru nécessaire de vous exposer ces considérations d'ensemble avant d'arriver à l'étude des diverses parties de l'école que nous allons maintenant aborder.

Les besoins et l'architecture des écoles ont été très étudiés et les résultats de l'expérience sont à peu prés fixés, notamment par les nombreux travaux de la Vilk de Paris, dont on

Fig. 650. — Groupe scolaire, à Ivrj-sur-Seine (M. Kaulin, architecte).

I, entrée de l'école des garçons. — 2, entrée de l'école des filles. — 3, entrée de l'école maternelle. — 4,4,4, concierge — ),5, préanx couverts des garçons. — 6,6, préaux couverts des filles. — 7, pré-iux couverts de l'école maternelle. — i*,8,8, parloir. — 9, salle de repos de l'école maternelle. — 10, cuisine de 1 école maternelle. — il, entrée des logements des instituteurs adjoints et sous-sols. — 12. entrée des logements des institutrices adjointes. — 13, cour de récréation des garçons. — 14. cour de récréation des filles. — iSj'î^ cour de récréation de l'école maternelljï. — 16, passage des voitures de service.

s'inspire généralement: c'est donc ]h surtout que je puiserai les indications nécessaires, grâce à une note qu'a bien voulu me remettre M. Blavette, et aux tracés d'une publication de M. Salleron (^Études et documents relatifs à la construction des Écoles^. Nous verrons d'abord les éléments indispensables des écoles même les plus simples : la classe, le préau couvert, le préau découvert, les cabinets d'aisances. Mais si je vous présente ces exemples pour me faire comprendre, je ne voudrais pas vous laisser croire que ce soient dans ma pensée des types invariables. C'est une erreur pratique, et c'est une hérésie de goût, de reproduire

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comme on le fait trop souvent les mêmes dispositions à la ville et à la campagne, dans le Midi et dans le Nord. Nos écoles de Paris seraient absurdes en Provence et aussi dans nos départements du nord de la France, à plus forte raison si l'on s'écarte davantage encore de notre latitude parisienne. Je ne puis poursuivre un programme dans toutes ses réalisations possibles, mais je vous avertis que vous ne trouverez ici que des résultats d'expérience et un point de départ utile à connaître, sauf à vous à en faire l'application suivant les circonstances.

Au point de vue général, il fiiut donc rechercher pour une école l'aération, la salubrité et la lumière. A la campagne surtout, ce qu'il faut craindre avant tout, c'est l'humidité. Aussi recommande-t-on surtout d'éviter l'exposition au nord : c'est la seule qui doive être absolument écartée. Et encore, l'exposition des classes n'est pas la question dominante. Mieux vaudra par exemple avoir des classes orientées au nord, s'il n'y a pas d'autre moyen d'y éviter le bruit de la rue. Après tout, avec le chauffage et l'aération, on remédie aux inconvénients de l'orientation, et j'ajouterai que l'exposition des classes au plein midi peut être une cause de grande gêne, malgré les stores ou autres moyens de défense contre le soleil. C'est surtout pour les cours ou préaux que se pose la question d'orientation : une cour toujours à l'ombre est très mauvaise parce que l'humidité du terrain après les pluies ne se sèche pas, et les enfants piétinent ainsi dans une sorte de marécage insalubre. Mais une cour où il n'y aurait jamais d'ombre serait terrible au mois de juillet. On doit chercher à disposer les cours et bâtiments de telle sorte que toutes les parties des cours reçoivent successivement le soleil, mais aussi qu'il y ait toujours un peu d'ombrage. Quoi qu'il en soit, pour les classes, et lorsqu'on a le choix, l'exposition au sud -est est celle qui est le plus recommandée.

L'entrée d'une école doit toujours être surveillée, et par conséquent le concierge doit être à proximité. Mais dans un groupe scolaire, lorsqu'on peut n'avoir qu'un seul concierge placé de façon à surveiller en même temps l'entrée des deux écoles, ce n'en est que mieux, car c'est une économie de construction et de personnel.

Les classes sont la partie la plus essentielle de l'école; quel qu'en soit le nombre, il y a des principes permanents qui en régissent la disposition intérieure. Quant à leur emplacement dans l'ensemble de l'école, il importe qu'elles soient bien aérées, bien éclairées, et d'un accès assez immédiat pour éviter les longs parcours, qui sont toujours une occasion de bruit et de désordre. Dans une école maternelle, les classes doivent être au rez-de-chaussée et d'un accès très immédiat : il s'agit ici d'enfants qu'on doit conduire à l'école, et souvent c'est le frère ou la sœur un peu plus âgés qui y déposent le tout petit en se rendant eux-mêmes à l'école, et qui le reprennent en en sortant. Il ne faut pas perdre de vue ces conditions, le plus souvent sous-entendues et non exprimées dans la rédaction des programmes.

Les classes d'enfants plus âgés, celles de l'école primaire proprement dite, peuvent être soit au rez-de-chaussée, soit dans des étages. En ce cas, les escaliers devront être faciles, à emmarchements droits ; il est d'ailleurs désirable qu'il y ait deux escaliers, ne fût-ce que pour éviter les sinistres terribles qui se produiraient avec un escalier unique s'il survenait un incendie.

La classe est une salle rectangulaire, dont la longueur ne doit pas être trop considérable : il faut que de toutes les places les élèves voient facilement le tableau, et entendent aisément le professeur. Une longueur de 8 mètres est très bonne; on va parfois jusqu'à lo mètres, c'est un maximum. Le parquet en est horizontal, et c'est la légère élévation de l'estrade recevant

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le bureau du professeur et le tableau qui permet aux élèves de bien voir, et au professeur de bien surveiller. Cette condition encore s'oppose à la création de classes trop longues.

Après de nombreux essais, on a résolument pris le parti de disposer les élèves par petites tables de deux places seulement. Chacun peut ainsi sortir de sa place sans déranger personne. Ces tables à deux places ont i mètre pour les petits, i ■" lo pour les plus grands. Ici encore, comme nous l'avons vu pour l'habitation, l'unité mobilière est déterminante pour la proportion des salles.

Chaque table avec son banc forme un meuble unique, afin que les bancs ne puissent se déranger. Les dimensions varient quelque peu dans le sens de la profondeur ; pour les petits, l'ensemble a de o "" 67 à o™ 70, et pour les grands, de o"" 71 à o'" 77. Les espaces libres sont : pour les circulations entre deux rangs de tables o •" éo, et pour les circulations contre les murs, o "^ 75. L'espace libre entre le banc d'un rang et la table du banc suivant, de o"" 10 (fig. 651).

Ces indications sont minutieuses, et parfois il faut bien les faire varier quelque peu. Cependant, elles sont assez

impérieuses pour déterminer si une j..

classe devra être à trois ou quatre rangs okands. petits.

de tables; car on n'en fait ni à deux ni ^,^^,^,,^^ dwmobiiicr de classe à cinq rangs. De ces mesures il résulte pour grands « petits.

que la classe à trois rangs de tables demande 6 mètres de largeur, et celle à quatre rangs, 7 •" 70. Ces mesures peuvent être un peu dépassées, mais on ne pourrait les restreindre sans inconvénients.

Ainsi donc, les classes auront environ de 6 mètres à 6 "» 30, ou de 7 "^ 70 à 8 mètres de largeur; des largeurs intermédiaires

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n'auraient pas d'application. Mais pour que ces largeurs soient possibles, il faut que l'éclairage soit suffisant, car sans éclairage suffisant la classe est impossible. Or, pour que cet éclairage soit suffisant que faut-il ? Que la lumière arrive sur les tables sous un angle suffisamment ouvert. La hauteur est donc un facteur essentiel de la lumière.

En général, les classes des écoles de la Ville de Paris ont 4 métrés de hauteur. Cette élévation est largement suffisante

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Fig. 652. — Plan d'une classe à éclairage unilatéral.

Fig. 655. — Plan d'une classe à éclairage bilatéral.

pour l'aération, mais elle ne le serait pas pour l'éclairage de classes profondes. D'un autre côté, elle ne pourrait pas être sensiblement augmentée à cause de la dépense plus grande de la construction, du plus grand développement à donner aux escaliers, etc.

De là les deux modes d'éclairage dont vous avez certainement entendu parler : éclairage unilatéral pour les classes ordinaires (fig. 652), éclairage bilatéral pour les classes plus larges (fig. 653) : en d'autres termes, classes avec fenêtres sur un seul côté ou sur deux.

Incontestablement, lorsque l'éclairage unilatéral est possible, il est préférable à tous égards. Il permet de placer tous les

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élèves dans la même situation par rapport au jour, c'est-à-dire avec les fenêtres à leur gauche. Il permet aussi d'avoir des corridors de circulation longeant les classes du côté opposé aux fenêtres, ce qui est souvent une nécessité de la composition. Enfin, on obtient ainsi des classes pouvant contenir, par tables de deux places, 36, 42 ou 48 élèves, nombre qu'on ne saurait dépasser et qui est déjà bien grand pour la bonne tenue d'une classe.

Fig. 654. — Coupe d'une classe à éclairage unilatéral.

La classe avec éclairage bilatéral, si elle est plus large, soit à quatre rangs de tables, ne devra pas dépasser ce nombre; elle sera donc plus courte. Les élèves, certains d'entre eux du moins, seront moins en face du maître et du tableau, et auront le jour du côté droit. Le nombre de places sera de 40 ou 48.

Dans les deux cas, ainsi qu'on le voit par la coupe (fig. 634) correspondant au plan figure 650, les fenêtres auront leur appui à une hauteur de i "> 10 à i "" 30 au-dessus du sol; ces fenêtres monteront aussi prés que possible du plafond, et dans l'allège on pratique des volets ouvrants pour l'aération. Si l'éclairage est unilatéral, il faut avoir dans la paroi opposée aux fenêtres des

baies de ventilation fermées par des volets opaques, afin de pouvoir, pendant l'absence des élèves, déterminer des courants d'air.

L'estrade du maître est élevée de o"^ 30 environ, soit deux marches, au-dessus du parquet de la classe.

Si nous faisons l'application des plans publiés par M. Salleron, nous trouvons comme surfaces et comme cube d'air par élève les chiffres du tableau ci-après :

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