‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 40 sur 82 · CHAPITRE IX LES BIBLIOTHÈQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX LES BIBLIOTHÈQUES

SOMMAIRE. — Salles de bibliothèques dans des édifices complexes. —

Disposition. — Éclairage.

Grandes bibliothèques publiques. — Compositions rayonnantes. —

— Salles de lecture. — Eclairage. — Magasins de livres. Dépendances des bibliothèques.

J'arrive aux bibliothèques. Il n'est pas de grand établissement qui n'ait sa bibliothèque, qu'il s'agisse d'un édifice d'enseignement comme les Écoles, Facultés, Muséums, ou de tous autres ensembles qui supposent la lecture et la consultation de documents, tels que les Parlements, les Palais de Justice, les chambres de commerce, etc. : cette énumération pourrait être longue. La bibliothèque comporte alors une ou plusieurs salles'! (dépendant d'un grand ensemble et elle y tient toujours une) noble place. Je vous citerai parmi celles que vous pouvez le^ mieux connaître la belle bibliothèque de votre École, d'une étude si artistique; celle du Conservatoire des Arts et Métiers, heureusement disposée dans l'ancien réfectoire, un peu assombri, de l'abbaye de Saint-Martin-des-Champs; celles de l'École de médecine et de l'École de droit, de la Sorbonne, etc.

Mais il y a d'autre part les Bibliothèques publiques, qui ne sont que des bibliothèques, encore bien qu'une bibliothèque soit toujours quelque peu un musée, car il est bien rare qu'elle

ne contienne pas des antiquités, des médailles, des objets de curiosité. Mais je me restrems ici à vous parler de ce qui dans ces édifices est spécialement conçu en vue des livres ou des manuscrits. A Paris, vous en pouvez voir quatre : la Bibliothèque Nationale, celles de Sainte-Geneviève, de l'Arsenal, et la Mazarine. Les deux dernières ont été installées le mieux possible dans des édifices qui n'ont pas été construits pour cela, ce sont donc les deux premières qui doivent surtout nous intéresser dans cette étude; car, bien que la Bibliothèque Nationale conserve encore de notables et très intéressantes parties des anciens hôtels de Mazarin et de Colbert, il y a été fait des constructions spéciales et très complètes; et d'ailleurs ces deux exemples nous présentent des spécimens de deux variantes, ou, si vous aimez mieux, de deux systèmes qui peuvent et doivent, selon les cas, avoir leur application.

Il y a en effet deux idées qui dés le principe doivent ré^ir la composition des bibliothèques : ou les travailleurs sont dans la salle même qui contient les Hvres; c'est le cas de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, et de toutes les bibliothèques spéciales comme la vôtre et des services secondaires de la Bibliothèque Nationale (manuscrits, estampes, etc.); ou au contraire les travailleurs sont réunis dans une salle de lecture, presque dépourvue de livres, et de vastes dépôts de livres sont à proximité, /permettant en dehors de la salle les recherches des employés et le rangement^ tel est, à la BibHothèque Nationale, le grand service des Imprimés. De là, deux groupes bien différents.

Évidemment, c'est le programme donné à l'architecte qui doit dire lequel de ces deux partis devra être adopté. Il est bon toutefois que vous connaissiez les avantages et les inconvénients de chacun.

Dans une bibliothèque comme celle de notre École, où les

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lecteurs ne sont jamais très nombreux, je crois que le s^'stèn^e de la salle unique est préférable. Les recherches exigent moins de temps et elles ne sont jamais ni assez fréquentes ni assez bruyantes pour risquer de troubler les travailleurs. On est plus en famille, pour ainsi dire, au milieu des livres; on est plus dans la situation de quelqu'un qui travaillerait dans sa propre bibliothéque.(^Il arrive aussi, si le lecteur est connu du person-j nel de la bibliothèque, qu'il soit admis à feuilleter 4t;s. volumes qu'il ne demandera que s'il s'est assuré en parcourant la table des matières qu'il y trouvera le sujet de son études) Cette facultér ne peut être laissée^à tout le monde, mais lorsqu'elle est possible elle facilite les recherches, /il arrive aussi) — et c'est le cas de la Bibliothèque Sainte-Geneviève — que le public est nombreuxj^mais que le nombre des. livres est relativement restreint) Peut-être alors serait-il mieux qu'il y eût une salle de lecture distincte; mais en tous cas, là, rexigi|ïté du terrain ne l'aurait pas permis, et la question ne pouvait pas se poser.

Au contraire, pour un aussi vaste ensemble que le département des Imprimés à la Bibliothèque Nationale, le parti de la salle de lecture s'impose. Il est nécessaire de trouver place pour des millions de volumes, (et cela ne peut se faire qu'à la condition de resserrer les espaces par des dispositions spéciales, sansi quoi il faudrait des étendues immenses, et dés lors les travailleurs seraient répandus dans des espaces presque indéfinis, au grand préjudice du bon ordre et de la surveillance nécessaire. Si d'ailleurs tous les livres devaient être disposés contre les parois de la salle de lecture, il faudrait de tels développements de rayons que les allées et venues des employés seraient interminables ; enfin les recherches provoquées à tout instant par des lecteurs aussi nombreux ne pourraient se faire sans bruit.)

Aussi peut-on dire qu'une bibliothèque considérable à la fois comme nombre de livres et comme nombre de lecteurs réclame l'existence de salles de lecture distinctes des emmagasinements de livres.

En général, les bibliothèques de moindre importance — j'entends par là celles qui ne sont pas uniquement des bibliothèques — sont des salles en forme de galeries ; cette disposition est judicieuse, et d'ailleurs très souvent commandée par les superpositions de plans. L'éclairage par de grandes fenêtres aussi élevées que possible dans la salle et ne descendant pas trop bas est indiqué ici,/'sans préjudice du supplément de lumière que peut apporter l'éclairage du haut, si la galerie est très large. )

Un bel exemple de ces salles est celui de la section des manuscrits à la Bibliothèque Nationale (fig. 748), où les lecteurs sont assez peu nombreux, et où des objets de grande valeur sont réunis dans des meubles de grande beauté. Je vous citerai aussi l'ancienne BibHothéque Sainte-Geneviève, dépendant de l'antique abbaye de ce nom, et maintenant incorporée au Lycée Henri IV (fig. 749).

L'éclairage unilatéral a certainement pour inconvénient que les tables des lecteurs, généralement disposées en longueur, ont un de leurs côtés à contre-jour. Toutefois lorsque la salle est haute et les fenêtres élevées cet inconvénient s'atténue. A certains égards, ce que je vous ai dit à propos des grandes salles à manger peut encore s'appliquer ici.)

Une prudence à recommander est de faire très résistants les planchers de ces salles, et de prévoir dans leur disposition des combinaisons spéciales pour les parties les plus chargées : les meubles contre les murs, les tables de miHeu qui normalement peu chargées le sont parfois beaucoup lorsqu'elles servent de

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Hg. 74«. — S.illc des manuscrits, à la Bibliothi'que Nationale. — Plan et vue.

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décharges pour les rangements de livres/ L'architecte devrait toujours, ici encore, comme je vous l'ai dit pour les salles de

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F'g- 7'(9- — Salle de l'ancienne Bibliothèque de l'abbaye Sainte-GeneviiTC. ÉUmints et Théorie dt C Architecture. — II.

collection, recevoir des administrations compétentes l'indication de la charge maxima à prévoir. ' V^

Quant aux grandes bibliothèques publiques, le problème est beaucoup plus complexe. Il se résume en ceci :

Étant donné que ces bibliothèques comportent des salles de lecture, et en dehors de ces salles de vastes dépôts de livres, assurer la plus grande simplicité et la plus grande rapidité dans le transport des Uvres du dépôt à la salle et réciproquement.

Tout dépendra de cela : la faciHté des études pour le lecteur, la facilité des recherches et du rangement pour l'employé. Il faut donc, ou il faudrait, que tout livre fût à proximité de la salle, et par conséquent '") que l'espace fût utilisé avec une véritable avarice.:

Dans plusieurs monuments étrangers, très intéressants à étudier, dont je puis vous citer deux exemples entre autres, la Bibliothèque du British Muséum, à Londres (fîg. 750), et celle de Washington (fig. 751), la solution de ce problème a été demandée à la composition rayonnante, très séduisante théoriquement, mais qui en fait, au lieu d'économiser l'espace, exige des terrains beaucoup plus étendus. On n'a pas suivi ce système pour notre grande Bibliothèque de Paris, et je crois qu'on a eu raison.

A Strasbourg au contraire, pour une bibhothèque de construction assez récente (fig. 752 et 753), on a adopté un parti qui se rapproche davantage de celui de notre Bibliothèque Nationale,

Fig. 750. — Bibliothèque du British Muséum, à Londres.

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en y cherchant aussi de vastes dépôts de livres en communication facile avec la salle de lecture.

Dans tous les cas, la grande salle de lecture doit avant tout

Fig. 751. — Plan de la Bibliothèque de Washington.

A, bureaux. — B, administration. — C, manuacrits précieux. — D, magasins. — E, salles de lecture. — - F, magasins k plusieurs étages. — G, grande salle de lecture. — H, salle de dessins. - 1, manuscrits.

être bien éclairée, et bien disposée pour la surveillance. Pour être bien éclairée, il faut qu'elle le soit abondamment, et de plusieurs côtés; en un mot, beaucoup de lumière diffuse. C'est la nécessité que vous avez déjà rencontrée chaque fois qu'il s'agit de salles où il ne faut pas d'ombres portées violentes.! Ainsi, l'éclai- , rage purement du haut ne vaudrait rien, car le lecteur penché sur son livre ou sur son papier le mettrait dans sa propre ombre portée. L'éclairage unilatéral, sans être forcément mauvais, n'est pas facilement bon ; ou bien cet éclairage demande-

Fig. 752. — Bibliothèque de Strasbourg. Coupe longitudinale.

Fig. 755. — Bibliothèque de Strasbourg. Coupe.

I, vestibule, vestiaire, | — 2, portier. — 3, registre. — 4, chambres des bibliothécaires. — j, catalogue. — 6, distribu- 'tion des livres. — 7, salle de lecture. — 8, toilette. — 9, relieur. — 10, livres nouveaux. — 11, cours, — 12, magasins de livres.

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rait que les lecteurs fussent dispos(is par petites tables parallèles comme les élèves dans une classe, et dans une seule direction : ce qui serait regrettable et pour l'aspect et pour la surveillance.

Si au contraire le jour vient un peu de partout, la lumière obtenue sera la résultante d'éclairages divers, et toute interposition de corps qui intercepte pour le livre l'éclairage d'une fenêtre ou d'un châssis déterminé, ne le met cependant pas dans l'ombre parce qu'il reste un nombre suffisant de châssis qui l'éclairent d'autre part.

Aussi ne puis-je mieux fiiire que de vous citer à ce point de vue la grande salle de lecture de la Bibliothèque Nationale disposée au centre même du plan général de l'établissement (fig. 754), donné ici tel qu'il sera bientôt livré au public, après exécution des travaux actuellement en cours. Un vaste espace carré est, au moyen de quatre colonnes intérieures, divisé en neuf carrés égaux. Chacune de ces travées est couverte par une coupole en pendentif, avec un châssis circulaire central. En même temps, l'une des faces de la salle, du côté de l'entrée, présente l'ouverture d'un grand arc vitré, laissant largement entrer la lumière du nord. Les coupoles, revêtues de panneaux de faïence blanche, jouent le rôle de grands réflecteurs : de toute cette disposition résulte une lumière abondante et diffuse, qui pénètre partout. Je vous ai montré plus haut (V. vol. I,fig. 541) la disposition de cette salle remarquable que je vous ai citée comme exemple de construction métallique. Au point de vue de son usage, je me permettrai de vous la montrer de nouveau sous un autre aspect, d'après une photographie que M. Pascal a bien voulu me communiquer, et qui a été prise du niveau du premier étage (fig. 7)3). Vous y voyez les tables des lecteurs, sous lesquelles circulent les canalisations de chauffage; dans le passage central les casiers de répertoire; tout le vaste espace de l'abside du fond réservé aux conservateurs et

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