‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 41 sur 82 · LS.S · texte numérisé non relu

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bibliothécaires ; enfin la grande porte encadrée de cariatides donnant accès au Magasin des livres. L'éclairage multiple, par les jours de façades, les neuf coupoles de la salle et le vitrage de l'abside, pénètre partout en assurant à toutes les places une lumière diffuse et égale. La surveillance est aussi assurée que possible.

Je n'ai pas besoin, je pense, de vous faire remarquer quel beau caractère est celui de cette salle remarquable à tous égards, et qui est justement considérée comme un des chefs-d'œuvre de l'architecture contemporaine. Et cet exemple vous montre une fois de plus ce que peut, au profit d'un programme, l'intelligence des conditions à observer. Supposez réunies en une seule surface vitrée, soit verticale soit horizontale, les surfaces partielles de ces divers vitrages, vous auriez une salle claire sans doute, mais un éclairage heurté, des ombres accentuées, et non cette lumière calme et ambiante, qui enveloppe le lecteur quelle que soit sa place dans la salle, car dans cette grande salle toutes les places sont bonnes.

Et cependant, voyez comme les programmes se transforment rapidement : cette grande salle , aux places nombreuses, affranchie des circulations résultant de la recherche et du rangement des livres, ne laissait rien, semble-t-il, à désirer. Mais dans une bibliothèque publique il y a lecteurs et lecteurs. Il y vient les travailleurs sérieux — et c'est à leur intention que la bibliothèque est faite — il y vient aussi les lecteurs de journaux, de romans populaires, d'almanachs et, chose curieuse, les amateurs très nombreux d'ouvrages de divinitation, tours de cartes, etc. D'où deux publics qui se gênent réciproquement. On a donc dû prendre le parti de faire deux salles de lecture : l'une, l'ancienne, réservée aux studieux munis de cartes; l'autre qui sera plus ouverte à tout venant. Cette nouvelle salle fait partie d'agrandissements qui ne sont pas encore terminés, vous devrez

donc attendre encore avant de la voir. Mais son plan est définitivement arrêté, et c'est ainsi que je puis vous montrer le plan de la Bibliothèque Nationale complétée. Quant à présent, m'astreignant toujours à ne vous faire voir que ce qui existe matériellement, je dois me limiter comme description à ce que je vous ai dit de l'ancienne salle de lecture.

Avec des qualités analogues, mais sur des proportions plus restreintes, il est intéressant de comparer à cette salle celle de la Bibliothèque de Grenoble, dont une travée vous donnera l'idée générale (fig. 756).

La surveillance, vous ai-je dit, doit être facile. Elle est en effet nécessaire, car sans parler des vols, un livre est bientôt abîmé. Il est même étrange de voir combien le soin des livres et leur maniement sont choses ignorées de presque tout le monde. Or la surveillance résultera avant tout, et presque sans le vouloir, de la circulation fréquente des employés près des lecteurs. De l'estrade ou du bureau des conservateurs ou bibliothécaires, il ne peut être fait qu'une surveillance générale ; mais si les employés inférieurs, pour aller aux recherches, pour porter ou ranger les livres, etc., passent bien en vue des lecteurs, le lecteur qui les voit fréquemment se sent en vue lui-même. Sous ce rapport, rien ne se prête à la surveillance comme les longues tables accompagnées par les chemins : c'est le cas de votre Bibliothèque, de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, et de beaucoup d'autres. Mais lorsque les chemins sont perpendiculaires aux tables, comme par exemple au service des manuscrits de la BibHothèque Nationale, la surveillance n'est assurée que si les tables sont assez courtes pour que, d'un chemin ou de l'autre, on voie facilement jusqu'au milieu.

! (En somme, ne comptez pas trop sur la surveillance immobile, mais bien sur la surveillance ambulante : on ne se promène pas

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pour surveiller, mais on passe et par cela même on surveille. Et par conséquent, quelle que soit la disposition, faites

Fig. 756. — ïravce de la Bibliothèque de Grenoble.

qu'il n'y ait pas de places trop distantes des chemins des employés^

Ai-je besoin d'ajouter que ces salles sont un magnifique programme artistique ? Sans vous parler de celles qui, à une autre époque, furent traitées avec tant de soin et de goût, telles que la Librairie de la cathédrale de Sienne (fig. 757), la Bibliothèque du Vatican (fig. 758 et 759), mais qui n'étaient guère, comme les bibliothèques des anciens couvents ou des châteaux, qu'un beau logement ou un bel encadrement pour des livres, en réalité un musée de beaux manuscrits; sans insister sur les nombreuses bibliothèques de nos palais, de nos écoles, de nos hôtels de ville, qui sont toujours une des parties les plus intéressantes de ces ensembles, je tiens à vous faire bien voir, à propos de la grande salle de la Bibliothèque Nationale, comment un artiste supérieur atteint ces deux desiderata de l'architecture moderne, le caractère et l'originalité. ^^ .

Henri Labrouste avait l'esprit hardi et indépendant; le sens critique très développé, souvent même agressif; c'était un homme de lutte, et la réputation lui en est restée. Mais d'autre part — ne l'oubliez pas — un homme qui avait fait de sérieuses études, des études véritablement classiques ; s'il voulait choisir à sa guise dans son patrimoine artistique, c'est qu'il avait un patrimoine. Les circonstances — car dans notre carrière les circonstances tiennent une place énorme — l'avaient fait nommer architecte de l'ancienne Bibliothèque Sainte-Geneviève, alors située dans les bâtiments de l'ancienne abbaye de ce nom; construction ancienne aussi, peu ou point commode pour une bibliothèque, insuffisante, mais dont la disparition est cependant regrettable en elle-même, sinon comme bibliothèque. On se décida en haut lieu à faire reconstruire la Bibliothèque Sainte-Geneviève, Labrouste eut à en étudier le projet. J'ai eu l'occasion de vous en montrer le plan (V. plus haut, vol. I, fig. 377), je vous en donnerai donc ici seulement la coupe et la façade (fig. 760 et 761).

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Fig. 757. — Lihreria de la cathédrale de Sienne.

Fig. 758. — Bibliothèque du Vatican. Coupe transversale.

Fig. 759. — Bibliothèque du Vatican. Plan.

a, galerie dite Braccio-Ntiofo. — b, cour de la Bibliothèque. — c, bibliothèque de Sixte-Ouitr. â', cour basse du Belvédère.

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Sur le terrain que vous connaissez, trop petit, trop immédiatement en contact avec la voie publique, heureusement peu

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Fig. 760. — Bibliothèqae Sainte-Geneviive. Façade.

!.. . Hg. 761. — Coupe de la Bibliothèque Sainte-Geneviève.

bruyante, il eut à résoudre un problème qui n'était pas sans difficultés; l'abordant de front, il disposa dans une seule et

unique salle au premier étage tout ce que devait contenir la Bibliothèque proprement dite, livres, lecteurs, conservateurs et employés. Et, chose alors presque bizarre, il éclaira cela par des fenêtres, et il demanda à une ossature métallique le caractère de ^,yjA>^ sa construction. Tout cela fut très âprement discuté, dénigré ou "exalté, sans surprise d'ailleurs pour lui-même, car en même temps qu'il cherchait le mieux, il ne craignait pas de faire de l'architecture de combat.

Quelques années après, architecte de la Bibliothèque Nationale, il eut à étudier la grande salle de lecture, parmi les dispositions d'un plan général d'extensions de l'établissement. Ici, il n'hésita pas à séparer la salle de lecture des dépôts de hvres; et, profitant de l'expérience acquise, possédant plus complètement son programme, nanti d'autre part d'une autorité qui n'était plus discutée, il sut chercher dans les éléments seuls du programme les éléments de son architecture. Tout est réfléchi, judicieux, les quelques exagérations d'autrefois ont disparu, l'ensemble est à la fois plus harmonieux et plus impressionnant.

Et par celte sagesse qui est l'art classique véritable, par cette sincérité absolue, cette sérénité du dévouement au programme, l'œuvre s'affirme du premier coup au point de créer un type; elle possède le caractère, cette impression de nécessité, et l'originalité, cette récompense de l'abnégation sincère.

Mais à la condition, je le répète encore, d'être nourri de fortes études : les intentions ne suffisent pas.^

Ne croyez pas d'ailleurs que la salle de lecture soit la seule partie remarquable de cette oeuvre partout remarquable. Le dépôt ou magasin des livres est une conception originale, considérée encore comme un type. Mais le public n'y entrant pas, il est moins connu.

Au fond de la salle de lecture, une grande porte donne accès

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à ce magasin qu'une assez large circulation divise en deux dans toute sa longueur. De chaque côté de ce passage ouvrent des compartiments, sortes de stalles, dont les deux parois perpendiculaires au passage central sont constituées par des casiers à livres. Pour la facilité des recherches, il ne fallait ni escabeaux/ ni marchepieds; les dimensions de chaque stalle sont donc déterminées : en largeur, par l'étendue normale des bras ouverts de l'homme, afin que d'une même place il puisse à volonté atteindre le casier de droite ou celui de gauche; en hauteur, parle niveau de ce que peut atteindre à la main un homme de taille ordinaire. Aussi, la largeur sans œuvre ne peut guère excéder i •" 60, la hauteur 2 "' 10. 11 fixllait donc des étages nombreux, et cependant de la lumière, qui ne pouvait venir que du haut.

Dans ce but, des escaliers fiiciles conduisent à ces divisions d'étages, et les planchers sont composés de grilles à claire-voie : la lumière pénétre ainsi très suffisamment à un cinquième niveau. D'ailleurs, dans les stalles, le plancher ne régne pas partout : il n'est nécessaire que Là où l'employé doit passer, c'est donc une sorte de balcon milieu; prés des armoires, le plancher est vide; seulement, comme dans la manœuvre des livres un volume peut tomber, ce vide est muni d'un simple filet, comme un filet de pèche à larges mailles.

Ce n'est vraiment qu'en voyant cette originale et utile composition qu'on peut s'en rendre compte; je vous en donne cependant une vue intérieure qui vous permettra de vous en faire une idée approximative (fig. 762).

Au point de vue matériel, signalons quelques difficultés; la bibliothèque a besoin d'aération en tout temps, il serait donc bon qu'elle fût ventilée ainsi que nous l'avons vu pour d'autres salles. Mais elle craint la poussière, et elle en aura toujours trop

par les allées et venues. Il faut donc chercher à ce que les calorifères et les insufflateurs d'air introduisent le moins possible de poussières extérieures. C'est surtout par des modes de tamisage de l'air dans les prises qu'on y peut obvier.

Lechaufîage est toujours une question délicate dans une salle où un pubHc nombreux reste de longues heures immobile. Comme pour l'éclairage, il est nécessaire de diviser le plus possible l'introduction du chauffage. Une salle de bibliothèque sera en général chauffée par l'eau ou la vapeur de préférence à l'air chaud; mais tout chauffige sera acceptable s'il ne localise pas les émissions. Le mieux paraît dans tous les cas un chauffage par bouches ou batteries destinées à échauffer l'air de la salle, et disposées en dehors des places des travailleurs, auprès surtout des surfaces de refroidissement; puis, des circulations sous les tables, formant chaufferette pour les lecteurs.

Une grande difficulté est celle des vestiaires. Il n'appartient pas à l'architecte, bien entendu, de prescrire ce que le lecteur pourra garder ou ce qu'il devra laisser au vestiaire, s'il en existe. Mais supposons un vestiaire très complet, très commode : le lecteur entrera cependant dans la salle avec des objets qu'il n'a pas déposés, et qu'il retirera, ne fût-ce que son chapeau, ou un pardessus d'abord conservé. Suspendre tout cela, ou le laisser sur les tables, serait affreux et d'ailleurs très gênant pour la surveillance. On n'a pas trouvé d'autre moyen dans les bibliothèques que d'installer sous chaque case de la table un récipient personnel, soit un filet, soit une boîte ouverte d'une face.

Certaines bibliothèques servent le soir. Avec l'éclairage électrique, cela ne présente pas de difficultés : toujours le plus de diffusion possible de la lumière par la multipHcité des points éclairants. ,, ^

Quant à tout le détail du mobilier et des agencements, c'est

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un sujet que je n'aborderai pas, et qui est du domaine des monographies.

Vous désireriez sans doute être renseignés sur la surface nécessaire d'une salle destinée à un nombre déterminé de lecteurs. Il n'est pas possible de l'établir a priori : cela dépend trop de la disposition des tables et des passages; le renseignement que vous avez à demander comme programme visera plutôt la largeur des places attribuées à chacun. Vous saurez ainsi qu'on vous demande cent places par exemple, et suivant qu'on les voudra de o™ 50 ou de un mètre, il faudra cinquante ou cent mètres de longueur de tables. Or, cette largeur est variable : dans une bibliothèque de simple lecture, elle pourra être modeste, sans cependant, je crois, être jamais inférieure à 0^60; tandis que dans une bibliothèque comme celle de notre École par exemple, où vous devez ouvrir devant vous des volumes ou des atlas de très grand format, ou dérouler des dessins, vous occuperez souvent un mètre et plus. De même au département des estampes, des cartes et plans, etc., dans une bibliothèque publique. De même encore, lorsqu'on a dit une bibliothèque de 10.000 volumes par exemple, on n'a nullement précisé une étendue de casiers. Ce sont là des questions qui ne peuvent se résoudre que par un accord entre l'architecte et le conservateur.

Il n'est évidemment pas nécessaire de vous dire que les bibliothèques doivent être aussi parfaitement que possible à l'abri de l'incendie. Mais il s'y trouvera toujours, et abondamment, des matières combustibles, ne fût-ce que les livres. Il faut donc des postes de secours installés partout où besoin est, et avec de l'eau toujours en pression. Ces postes, bien connus du personnel, permettent de combattre et d'arrêter un commencement d'incendie dès qu'on l'aperçoit, et c'est la première chose à considérer; car un incendie est assez facile à réduire au

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moment où il se déclare, mais après quelques minutes les moyens puissants qu'on amène du dehors, pompes à vapeur, dévidoirs, etc., ont à combattre et à arrêter un sinistre déjà très grave, et les dégâts de l'inondation inévitable s'ajoutent à ceux du feu. Mais la sagesse proclame que mieux vaut prévenir que réprimer. Il faut donc du moins faire en sorte que la construction ne soit pas de nature à pouvoir communiquer le feu aux livres, et pour cela qu'elle soit incombustible. Plusieurs de nos bibliothèques, installées dans de vieux bâtiments, ont des planchers en bois, des refends en pan de bois; leurs murs donnent passage à des tuyaux de fumée souvent en mauvais état, si bien que les collections sont à la merci d'un feu de cheminée. Cela est dangereux et serait impardonnable dans un édifice construit pour être une bibliothèque. La construction devra donc être incombustible, et j'ajouterai que le chauffage à l'air chaud doit être écarté ; quant à l'éclairage du soir, c'est encore à l'électricité qu'il est préférable de le demander, mais en poussant jusqu'à la plus extrême prudence les précautions nécessaires : car l'électricité mal installée est aussi dangereuse que le gaz. Ces considérations s'appliqueraient d'ailleurs aux musées, et à tous les édifices en général; je les expose au sujet des bibliothèques, parce que c'est peut-être le sujet qui les appelle le plus; je vous en reparlerai d'ailleurs à propos des théâtres.

Ici encore, sur ce groupe très multiple des édifices d'instruction publique, je ne pouvais vous donner un traité complet de la matière. Certes, après avoir lu ces quelques pages, vous n'êtes pas en mesure d'étudier à fond un Musée ou une Bibliothèque. Je ne vous en ai montré que les éléments. Il en est ainsi d'ailleurs de tout programme; si les circonstances font que quelque jour vous ayez à traiter l'un de ces sujets, alors vous visiterez ce qui

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a été fait, vous questionnerez, vous vous consulterez avec les hommes compétents; vous vous débattrez avec toute la série des petites questions soulevées par les petites dépendances, dont on ne peut vous parler dans un exposé général, et qui prennent une importance inévitable à l'exécution. Un programme général de Bibliothèque ne vous parlera par exemple ni de dépôts de fournitures quelconques, ni de cabinets d'aisances, ni de logement de concierge : c'est que ce sont choses sous-entendues, et que dans une étude définitive il faudra bien trouver. A toute composition, il faut une certaine élasticité qui permette les extensions : de même que dans un devis on fait toujours la part de l'imprévu, de même dans un projet il faut aussi la part de l'imprévu : l'étude définitive en trouvera rarement assez, car le programme entier se révèle peu à peu.

Ne croyez donc pas que je vous ai parlé de tout ce qui pourra se placer dans vos compositions. Mais dites-vous bien que dans tout programme il y a les besoins spéciaux, puis tout ce qui n'est pas particuHer au sujet. Ainsi par exemple dans un Musée, un caHnet de Conservateur ou une salle de Commission ou de Conseil n'auront rien de spécial; je ne vous en parle donc pas; je dois me limiter sur chaque sujet à ses éléments propres. C'est déjà assez vaste. ;

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