CHAPITRE VII
ÉLÉMENTS DE L'ARCHITECTURE PÉNITENTIAIRE
(Suite.)
SOMMAIRE. — Les maisons de correction. — Maisons centrales, de
correction et de force.
Détention cellulaire — mixte ou système dit d'Aubum; — détention en
commun — cellules — dortoirs — ateliers — préaux — cachots. Colonies ou Écoles de réforme.
Mesures et surfaces.
Si je me suis bien fait comprendre, vous avez vu que tout ce qui précède vise celui qui sous la qualification d'inculpé, de prévenu ou d'accusé est soupçonné d'un délit ou d'un crime, mais qui légalement est présumé innocent tant qu'il n'a pas subi de ce chef une condamnation. Le séjour dans la maison d'arrêt ne s'inscrit pas sur le casier judiciaire; si le détenu en sort soit par suite d'une ordonnance de non lieu, soit par un acquittement, il peut oublier ce séjour forcé, et la société doit l'oublier. Exproprié temporairement de sa liberté pour cause d'utilité publique, le détenu est placé dans une maison d'isolement, analogue à ce que nous trouverons dans les hôpitaux avec les pavillons d'isolement. Q.u'il soit isolé en effet, cela est nécessaire et cela est suffisant aussi; cet isolement est le programme même de la maison d'arrêt ou de la maison de justice.
Mais voilà que l'accusé est devenu le condamné. Il n'a plus
rien à faire au Palais de Justice ni à l'instruction, il n'a plus qu'à subir sa peine. Il échange donc la maison d'arrêt ou de Justice contre la maison de correction, que celle-ci soit la simple prison ou la maison centrale, ou même une portion seulement d'un tout, comme à la Santé, réunion de maison d'arrêt et de maison de correction (fig. 822). Entre ces catégories de prisons, les différences pourront bien être plus théoriques que matérielles; et le criminaliste le plus expérimenté serait souvent embarrassé s'il lui fallait dire, à la simple vue du plan, s'il se trouve en présence de l'un ou de l'autre de ces établissements. Mais il est nécessaire de connaître ces différences de programmes, c'est la clef de tout ce qui va maintenant se rapporter à l'étude des maisons de correction.
Il y a dans les prisons une certaine hiérarchie. Les maisons de correction sont construites pour recevoir les condamnés majeurs, c'est-à-dire, au point de vue pénal, ayant atteint seize ans. Les peines d'un an et moins sont subies dans les prisons départementales; les peines de plus d'un an, dans les maisons centrales. La loi prévoit deux sortes de maisons centrales : la maison centrale de correction pour les condamnés à l'emprisonnement ; et la maison centrale de force pour les condamnés à la réclusion. Mais, en fait, il n'y a pas de différences entre les unes et les autres, et cette distinction est par conséquent sans objet pour vous.
Quant aux enfants, on les envoie autant que possible dans des établissements agricoles, tels que Mettray ou Chiavari en Corse.
Enfin, un phénomène assez fréquent est le condamné devenant fou. La folie chez l'accusé lui évite la condamnation, mais la folie chez le condamné ne l'exonère pas de la peine restant à subir. Il a donc fallu pourvoir à cette éventualité par la création de quartiers d'aliénés dans certaines maisons centrales (notam-
Fig. 823. — Prison de la Santé, k Paris.
, entrée. — 2, i" gaichet. — J, cour, — 4, attente. — $, corps de garde pour $0 hommes. — 6, offider. — 7» 2« guichet. — 8, eicalier communiquant en sous-sol au quartier des condamnés. — 10, cabinet pour la fouille. — II, literie des gardiens. — 12, prêtre. — 13, juges d'instruction et commissaires de police. — 14, greffe et avant •greffe.
— IS, directeur. — 16, dépôt cfUuIaire pour les arrivants. — 17, dépôt commun pour les condamnés arrivants. — 18, w.-c. — 19, escaliers de logements. — 20, 21, 22, cuisine et dépendances. — aj, escalier des caves et magasins. — 34, mobilier, vestiaire, etc.. - 25. remise. — 26, morts. — 27, soufrerie. — 28, passage couvert conduisant au quartier des prévenus. — 29, guicliet d'entrée. — 30, cantine. — 31, avocats. — 32, vestiaire. — 33, parloir cellulaire. — 34, guichet central avec autel au-dessus. — JS, cellules des prévenu». — 36, escalier desservant par un balcon les étages supérieurs. — 37, enlèvement des fosses mobiles. — - 38, préau avec guichet de surveillance et w.-c. — 39. grand escalier. — 40, grand vestibule du quartier des condamnés servant de nef au moment des offices. — 41, escalier des tribunes.
— 42, escalier de l'infirmerie située aux étages supérieurs. — 43 . bains des condamnés. — 44, guichet d'entrée des co»damnés. — 4S, escalier de service. — 46, culte israélite. — 47, barbier. — 48, fourneaux et réservoirs des bains. — 49, oratoire protestant. — ^o, bibliothèque. — St. escalier desservant te quartier des condamnés. — %i, réfectoire,
ftromeooir, cnaufFoir. — 53, vestibale. — 54, guichet d'angle pou- la surveillance. — 55, escalier des dortoirs cellu aires. — ;6, communication couverte. — $7, vasque avec robinet. — •yS, atelier. — jq, trappes des caves des ateliers.
— 60, préau (découvert.
ment à Gaillon). Bien entendu, cela ressemble de tous points aux asiles d'aliénés, dont j'aurai à vous parler à propos de l'architecture hospitalière.
Les maisons de correction présentent toujours la division générale expliquée plus haut : les services généraux accessibles au public, et la détention avec son unique porte d'entrée. Touours aussi la cour d'entrée, comme nous l'avons vu dans les maisons d'arrêt.
Ces prisons relèvent de trois systèmes :
La prison cellulaire, de jour et de nuit;
La prison mixte, du système dit d'Auburn, avec des locaux en commun pour le travail de jour, et l'isolement de nuit ;
Les prisons où tout est en commun, de jour et de nuit. Ce système est condamné, et n'existe plus que par suite de difficultés budgétaires.
Le système complètement cellulaire n'est admis que pour les prisons départementales, où le condamné subit au plus une année d'emprisonnement. Les condamnés de cette catégorie ont le droit de réclamer l'emprisonnement cellulaire, et la durée de la peine est alors réduite d'un quart. Les éléments en sont ceux que nous avons vus pour la maison cellulaire d'arrêt.
Nous nous trouvons donc reportés aux maisons cellulaires, mais avec addition de locaux pour le travail en commun. Sur une échelle plus ou moins grande, c'est d'une façon presque constante la composition de la maison de correction, dont la prison de la Santé est un exemple remarquable. Là, vous remarquerez que, comme dans l'ancienne prison Mazas, purement cellulaire, la disposition rayonnante a été maintenue pour toute la partie d'habitation, et aussi pour les préaux découverts. A l'époque où cette prison fut construite, on n'admettait pas d'autre conception.
ÉLÉMENTS DE l'aRCHITECTURE PÉNITENTIAIRE
Depuis, les idées paraissent s'être modifiées, car dans la prison plus moderne de Fresnes (fig. 823 et 824), le parti rayonnant a fait place à une disposition par bâtiments parallèles; les préaux
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