‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 54 sur 82 · IK · texte numérisé non relu

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Fig. 823. — Prison de Fresnes. Plan partiel du rez-de-chaussie.

eux-mêmes sont contigus les uns aux autres dans un long rectangle, et la surveillance de ces préaux se fait non plus d'un poste central, mais par la promenade des gardiens sur un mur rectiligne qui domine les préaux. Vous sentez bien qu'en pareille

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Fig. 824. — Coupe d'un bâtiment de détenus à la prison de Fresnes.

ÉLÉMENTS DE L ARCHITECTURE PÉNITENTIAIRE

matière surtout le choix du parti n'appartient pas à l'architecte; c'est dans des conseils autorisés que se décident ces questions et que s'établit le programme à imposer à l'architecte. Lorsqu'on aura de nouveau à construire une prison de cette importance, que décidera-t-on, système rayonnant ou système parallèle ? Je l'ignore : l'essentiel est que l'architecte soit apte à bien étudier

Fig. 82;. — Maison centrale de Rennes. Plan du rez-de-chaussée.

l'un ou l'autre suivant les instructions qu'il recevra.

Mais c'est surtout dans les maisons centrales que nous avons à étudier d'autres éléments.

11 y a en France une quinzaine de maisons centrales; trois sont réservées aux femmes, à Clermont, Montpellier et Rennes (fig. 825 et 826). Dans toutes ces prisons, le condamné doit travailler, et le plus souvent le travail est affermé à un entrepreneur. Une maison centrale reçoit de 400 à 700 prisonniers.

Je n'ai rien de particulier à vous dire des services généraux, ce sont des bureaux, des magasins, des logements. . Les ateliers sont affectés à des travaux très divers : voici une indication, encore incomplète, des principaux travaux qu'on y fait : lits en fer et sommiers, lainages communs, chaussures, coutellerie, chaises, paillassons, balais, brosses, parapluies, cou-

Fig. 826. — Maison centrale de Rennes. Plan du i" étage.

ronnes de perles, ouvrages divers d'imitation, corsets, chaussons, sabots, etc. Les atehers ne doivent pas contenir plus de 40 à 50 détenus.

En général, ils sont au rez-de-chaussée; naturellement ils doivent être aussi clairs que possible, mais sous la réserve des précautions que je vous ai expliquées pour que le prisonnier ne puisse communiquer avec personne par les fenêtres. Dans chaque atelier, il y a un bureau fermé pour le contremaître libre. Par-

ÉLÉMENTS DE l'aRCHITECTURE PÉNITENTIAIRE 527

fois la nature du travail exige l'installation de force motrice : ainsi, à Mclun, il existe une imprimerie administrative fort importante.

Les réfectoires et cuisines ne présentent pas de particularités.

La buanderie comprend le lavoir, les lessiveuses, essoreuses, séchoirs; une salle de raccommodage, la salle de cardage des matelas, et une étuve à désinfection. Tout cela, si ce sont les détenus qui doivent y travailler, par exemple à la cuisine, sera entouré des mêmes précautions pour éviter toute possibilité de communication soit entre eux, soit avec le dehors.

Il faut aussi un vestiaire des effets civils retirés au condamné à son arrivée, et qui lui sont rendus à sa libération.

Les bains sont donnés par aspersion. C'est ce que nous avons vu en parlant du Dépôt.

Les dortoirs ont à réaliser le problème de l'isolement, sans recourir à la cellule proprement dite, trop coûteuse. Pour cela on constitue dans une grande salle, analogue à un dortoir ordinaire, des cases fermées, séparées les unes des autres par des cloisons pleines, et dont les faces antérieure et postérieure ainsi que le plafond sont grillés. L'air pénètre ainsi dans ces cages, faciles d'ailleurs à surveiller; c'est en réalité un lit dans une boîte grillagée, avec une petite porte d'introduction. Un problème toujours à l'étude pour ces cases est la recherche d'un système qui permette de les ouvrir toutes à la fois dans le cas d'incendie; cette éventualité est toujours à craindre, car l'incendie volontaire est souvent envisagé par le prisonnier comme une chance possible d'évasion.

Un même dortoir peut recevoir 50 de ces hôtes : le cube d'air exigible est de 14 '"' par prisonnier.

La détention se complète par une chapelle assez restreinte, et une infirmerie en deux sections, l'une pour les gardiens, l'autre pour les détenus, sans particularités spéciales.

528 ÉLÉMENTS ET THÉORIE HE l'aRCHITECTURE

Enfin, dans la prison même, il y a une sorte de nec plus ultra de l'emprisonnement : ce sont des locaux de punition. En dehors des crimes, passibles des tribunaux ou de la Cour d'assises, vous supposez bien que le personnel, peu résigné, est toujours prêt à l'indiscipline et à l'insubordination; il faut que ces écarts soient réprimés. Il y a donc dans la détention une salle nommée Prétoire, où siège un Conseil de discipline, composé du Directeur, du contrôleur, du greffier et du gardien-chef. Les prisonniers punis sont envoyés à la salle de discipline; ils s'y promènent à la file pendant cinq minutes, puis pendant cinq minutes s'asseyent sur des dés en pierre scellés et espacés, pour recommencer la marche et ainsi de suite. Le gardien surveillant est placé dans une loge grillée qui domine la salle.

Si la faute est grave, le détenu est envoyé au Quartier de punition. Ici, le système cellulaire, de jour et de nuit, est de rigueur, avec de petits préaux individuels. Les cellules peuvent être rendues obscures par des volets de tôle, et quelques-unes sont pourvues de doubles grilles. Le quartier de punition a sa porte spéciale, son chemin de ronde : c'est une prison dans la prison, qui d'ailleurs en plan ressemble à un quartier de prison cellulaire, sauf que les cellules y sont plus restreintes. Le plan de l'importante maison d'arrêt et de correction de Saint-Etienne (fig. 827) vous rendra compte de cette disposition.

Quant aux préaux communs, ils sont plus vastes que dans la prison cellulaire, mais cependant assez restreints pour ne pas recevoir un grand nombre de détenus à la fois. On ne dépasse guère une quarantaine, en les obligeant à la marche continue dans le même sens. Il n'y a que des préaux découverts, séparés par des murs, avec des urinoirs et cabinets d'aisances. C'est dans les préaux surtout qu'on s'attache à rendre impossibles les groupements, prélude ordinaire de la révolte.

Allons un peu prendre l'air!

ÉLÉMENTS DE LARCHITHCTURE PÉNITENTIAIRE

La Colonie n'est pas une prison. Elle est peuplée par les mineurs, qui sont réputés en raison de leur jeune âge avoir agi sans discernement : il s'y trouve même des enfants de six à douze ans; le quartier qui les reçoit prend le nom d'École de Réforme.

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Fig. 827. — Prison de Saint-Étienne.

I, corps de K^rde. — 2, logement du gjrdicn. — 3, logement du concierge. — 4, parloir des femmes. — 5, gardien. — 6, entreprise. — 7, prétoire. — 8. greffe. — 9, commission de surveillance. — 10. archives. — II, porte. — 12, parloir des lionimcs. — 13. bains des hommes. — 14. bains des femmes. — IJ, cour des chaudières. — 16, cellules des arrivants. — 17, cellules des punitions. — 18, cellule double. — 19, buanderie. — 20, rarveillant.

Dans la colonie tout est ouvert, les enfants jouent et travaillent en plein air ou dans des salles communes. En réalité, c'est un établissement d'instruction, sorte d'école industrielle ou agricole. Pour les dortoirs seulement, on prend des précautions plus grandes que dans un pensionnat ordinaire; Je système est ici celui des cases grillées.

Les colonies sont agricoles ou industrielles. Dans le premier

hlimenls et Théorie de VArcbiUcture, — II. J4

cas, elles comportent une ferme avec toutes ses dépendances, suivant la nature des cultures du pays; dans le second cas, elles comprennent des ateliers d'apprentissage de métiers manuels divers pour les garçons, et principalement de couture pour les filles. Il n'y a dans tout cela aucun élément particulier à vous signaler, sauf toutefois la pensée morale qui a dirigé la composition de ces établissements, dont la colonie agricole de Mettray (fig. 828) reste sans doute le type le plus intéressant.

Les enfants qui travaillent là ont commis quelque faute, ou sont simplement des abandonnés. Mais, fautifs ou non, ce ne sont pas des coupables. Malheureusement, c'est souvent pire, ce sont des vicieux. Il faut les amender par une culture graduelle des bonnes qualités, et par l'oubli des origines. La détention est inévitable, mais il faut qu'elle soit presque invisible ; si un quartier de punition est nécessaire, il doit être dissimulé; si la clôture doit être effective, elle ne doit pas être apparente. L'habitation même sera mieux si on peut la répartir en pavillons au besoin pittoresques, plutôt qu'en grands bâtiments accusant la prison. L'architecte doit être le collaborateur de l'éducateur : son programme est ici non plus la répression mais la cure morale et l'éducation, qui commencée dans la colonie se terminera au régiment.

Un sujet non moins triste, c'est le Dépôt de mendicité, asile des vieillards les plus misérables, mais aussi et surtout réceptacle de toutes les scories du vagabondage. Aussi ces établissements relèvent encore plus des services pénitentiaires que des services hospitaliers. Il s'y trouve en général, soit pour les deux sexes, soit pour un seul, un quartier des hospitalisés libres, et une détention pour ceux qui y restent enfermés. Sans doute, la détention n'a pas besoin d'être entourée des mêmes précautions que

ÉLÉMENTS DE L ARCHITECTURE PÉNITENTIAIRE

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Fig. 828. — Colonie pénitentiaire Ue Mcttray.

1,1, Miiments d'administration. — 2.2, maii^ons de coloi s divisés p.ir familles. — }. aumônerie. — 4, cellules de disci* plinc. — i, réfectoire des fonctionnaires. — 6. claisc. Au-dcwus, logements des employés. — 7, églis . — 8. quartier de punition. -- 9, galerie d'exoosition des produits de la colonie. — 10, fermier. — 11, Uùeries. — li.iî, écuries. — i3iM. vacheries. — 14, porcherie. — ij, dépendances. — 16, magasins. — 17 17, Utrincs. — iS, gar4c de nuit.

5j2 ELEMENTS ET THEORIE DE L ARCHITECTURE

dans la maison centrale; mais enfin, avec quelques nuances, le programme est assez analogue; d'autant plus que là, comme dans la prison proprement dite, on s'efforce de demander au travail la cure des misères qui sont dues le plus souvent à la paresse. Je n'ai donc pas grand'chose à vous signaler comme éléments spéciaux, et je me bornerai à mettre sous vos yeux le plan du plus important de ces établissements, la Maison de répression de Nanterre (fig. 829), et à vous signaler, non au point de vue du programme mais pour la beauté de ce qui reste de son ancienne architecture, le Dépôt de Villers-Cottcrets, château de François I'-""', devenu l'asile des mendiants endurcis. Hahent sua fata

Voilà, dans ses éléments, l'architecture pénitentiaire. Elle est vous le voyez très compliquée, et de plus elle se présente à vous avec une difficulté spéciale : vous ne la connaissez aucunement. Lorsque vous vous exercez sur un programme d'habitation, ou d'enseignement, ou d'architecture administrative, judiciaire, religieuse, vous n'êtes pas sans connaître un peu ce dont il s'agit. La prison, vous ne la connaissez pas, vous n'y êtes jamais entré, et je suis convaincu que je viens de traiter devant vous un sujet inconnu. Pour être complet, il faudrait tout un volume, et une compétence spéciale : ce n'est pas là ce que nous cherchons : le cas échéant, lorsque quelqu'un de vous aura à construire une prison, il devra à coup sûr chercher plus loin que ces indications générales. 11 trouvera des monographies, toute une bibhothèque spéciale. Surtout, avec les permissions requises, il ira visiter les établissements, interroger, se renseigner. Mais cela, c'est la fin de l'étude; le début, l'avant- projet, voilà ce qui peut et doit se faire avec l'aide du bon sens et d'une notion suffisamment juste des besoins particuliers du programme : et voilà ce que je cherche à vous mettre en état de faire.

liLÉMENTS DE l'aRCHITECTURE PÉNITENTIAIRE

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