‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 67 sur 82 · I 1 ,1 U I W I 1 ■ LJ I U · texte numérisé non relu

I 1 ,1 U I W I 1 ■ LJ I U

ra'^inj-'-rTiH;

Fig. 853. — Cuisine et pharmacie de Thôpital Bichat.

X,cnisine. — 2,2, dépendances de la cuisine. — 3, laverie — 4, pharmacie. — 5, tïsanerie. — 6,6, laboratoires. — 7, cabinet de U sœur.

à manger de l'internat, des surveillantes, de la communauté.

A proximité de la cuisine, il est nécessaire d'avoir une cour de service facilement accessible aux voitures. Souvent cet accès a lieu par une rue latérale ou postérieure : lorsqu'elle est possible, cette disposition est préférable.

La lingerie est aussi un service assez complexe. Elle comprend plusieurs vastes pièces avec casiers pour le rangement et la conservation du linge; ces salles sont souvent distinctes des locaux nécessaires au racommodage, au repassage, au pliage; si au contraire les salles sont assez spacieuses, elles peuvent contenir ces services. Il y a toujours un bureau de la lingére en chef.

L'hôpital comprend un vestiaire des malades; c'est le dépôt en ordre des effets appartenant aux malades; il y a aussi le vestiaire des décédés, où sont conservés leurs effets pour être rendus aux familles.

La pharmacie est toujours établie à rez-de-chaussée, afin de pouvoir profiter des sous-sols dont la fraîcheur est nécessaire à la conservation de certaines substances. Comme toute pharmacie, elle se compose d'une pièce ou bureau — analogue à la boutique — où sont apportées les ordonnances, et des pièces de travail : la tisannerie, l'officine avec fourneau, le laboratoire, le dépôt des produits; enfin, cabinet du pharmacien avec armoire aux poisons et laboratoire personnel; quelques pièces pour les internes.

Nous avons vu comment le linge sale est évacué des salles de malades et reçu dans les sous-sols des pavillons. Il en provient ainsi de tous les services, des bains, salles d'opérations, et aussi de tous les services généraux. La quantité en est donc énorme. Mais, de plus, ces linges peuvent être et sont souvent dangereux : on a donc reconnu que le blanchissage devait se

faire dans l'hôpital, le linge sale ne devant pas en sortir. Tel est l'objet de la buanderie.

La buanderie (fig. 854) comprend une ou deux pièces pour la réception du linge sale; puis un important lavoir, composé luimême de la grande salle de lavage, avec bacs de rinçage, essoreuses, etc., et le séchoir avec ses machines à sécher et à étendre, de grandes tables pour le pliage, etc. Il faut en outre des magasins divers, un réfectoire et un vestiaire pour les ouvrières. Près de la buanderie est un grand

terrain Hbre comme champ d'étendage.

L'étuve à désinfection n'est pas très grande. Elle se compose essentiellement de deux pièces séparées par une cloison à cheval sur la machine elle-même. Les objets de literie, vêtements, etc., amenés dans le premier compartiment, sont introduits dans la machine; ils en ressortent à l'opposé, une fois désinfectés. Il ne faut donc aucune communication entre ces deux salles.

Ce service doit être dans un endroit écarté;' auprès, ou y attenant, sera disposé un four spécial pour incinérer les ouates et linges de pansements, les contenus des crachoirs, et en général tout ce qui pourrait être des véhicules de maladies infectieuses.

Aujourd'hui tout hôpital d'une certaine importance a une machine à vapeur — parfois il y en a plus d'une. Sans parler en effet des plus grands étabHssements où la cuisine elle-même peut utihser la force motrice, il y a dans toutes les parties de

Fig. 854.

Buanderie de l'hôpital Saint-Louis.

5, calori-

1, buanderie. — 2, lavoir. — 3, étuves. — 4, lingerie, fère. — 6y cabinet de U sceur.

l'hôpital matiùrc à emploi de la vapeur : notamment pour les bains, la buanderie, et, le cas échéant, l'élévation de l'eau ou le service des ascenseurs. Enfin, l'éclairage électrique étant de beaucoup préférable à tout autre, tout au moins dans les services hospitaliers, il y a lieu de le produire sur place. Mais tout cela ressemble à ce qu'est partout un service de machine à vapeur ou une usine d'électricité.

Les générateurs des machines peuvent rarement se prêter à la production de la vapeur pour le chauffage. De tous les modes de chauffage, le meilleur pour l'hôpital est certainement le chauffage à vapeur — avec toutes ses variétés de combinaisons. Les bâtiments étant forcément disséminés, il ne sera pas toujours possible de n'avoir qu'un seul centre de chauffage. C'est cependant bien préférable lorsque cela ce peut, et cela se peut presque toujours.

Tout cela est fort difficile à bien placer dans une composition générale. Tous ces services généraux demanderaient évidemment à être des services centraux, car chacun étant en relations nécessaires avec toutes les parties de l'hôpital, il importe que les distances soient le plus courtes possible, que les inconvénients et parfois les dangers du transport soient réduits au minimum; cela est vrai du repas qui refroidit, du linge sale qui peut semer l'infection sur son parcours, de la vapeur qui risque de se condenser dans de longs trajets — et des jambes des gens de service.

Mais le centre ne peut être disponible pour tout. Il faut d'abord le réserver à ce qui peut être l'occasion de déplacement des malades eux-mêmes, car c'est à eux qu'il faut avant tout éviter les longs parcours. Aussi trouverez-vous dans une situation centrale : la chapelle, lorsque le programme en comporte; les bains, lorsque le service en est unique.

La cuisine et la pharmacie, la lingerie pourront être placés dans une situation centrale avec profit pour la facilité du service.

Mais il faut d'autre part éviter l'encombrement central, qui retirerait au plan l'aération nécessaire; il faut éviter avant tout que les malades, de leurs fenêtres, n'aient que des vues de cours de service ou de toitures; éviter enfin que tout le personnel extérieur qui aura affaire à ces services pénétre dans l'hôpital lui-même. Aussi verrez-vous comme on saisit toute occasion de profiter d'une rue latérale ou postérieure pour créer des entrées de service discrètes. Je ne crois pas qu'il y ait à Paris un seul hôpital qui n'ait qu'une entrée unique.

Quant aux services dont le voisinage peut devenir dangereux, comme la buanderie, l'étuve, etc., je vous ai déjà indiqué la nécessité de les écarter.

Toujours, vous le voyez, la contradiction, toujours la compensation des sacrifices ! Et en même temps, les difficultés de toute nature, terrain irrégulier et insuffisant, demandes exagérées etc. Qu'est-ce à dire? Que le rôle de l'architecte n'est

pas facile ? Je le sais bien, et vous vous en doutez déjà un peu.

Mais si ardue que soit la réalisation matérielle de toutes les parties de ce vaste programme, n'oubliez pas les considérations élevées qui devront régir toute votre composition : et pour ne les pas perdre de vue, pensez-y toujours. Deux pensées doivent vous guider : votre hôpital doit satisfaire à toutes les prescriptions de l'hygiène, aucune préoccupation ne peut primer celle-là; il doit être d'un aspect encourageant pour le malade. Ces deux pensées se résument en une seule et même idée dominante : guérir.

Dans tout ce qui précède, nous avons passé en revue ce qu'on pourrait appeler Yinternat d'un hôpital. Mais il y a aussi

W'xkrnat, c'est-à-dire les services de consultation, de plus en plus importants. Pour le malade qui peut se soigner chez lui, qui peut se rendre à l'hôpital et en revenir, la consultation suffit au point de vue médical, et on obvie ainsi à l'encombrement de l'hôpiial. Aussi les services de consultation sont-ils maintenant très développés; dans les hôpitaux d'enfants surtout on leur donne une grande importance.

La consultation est donc un petit hôpital, moins le séjour des malades. Ce service est toujours placé joignant la voie publique, très facilement accessible; le malade y reçoit des conseils, des ordonnances; on lui délivre gratis les médicaments, on lui fait au besoin de petites opérations.

Peut-être arrivera-t-on à subdiviser les consultations; jusqu'à présent elles constituent des groupes uniques, parfois avec deux parties distinctes pour les hommes et les femmes. Je vous montrerai, pour vous fliire saisir ce qui suit, deux exemples de consultations : l'un, très important, — car on y vient de tout Paris pour des affections spéciales — est la consultation de l'Hôpital Saint-Louis (fig. 855) ; l'autre, plus restreint, emprunté à l'Hôpital Bichat (fig. 856), vous montrera ce qu'est la consultation dans un hôpital d'import;mcc secondaire. Les parties essentielles d'un service de consultation sont :

Fig. 85;. — Consultations Me ThApiul Saint-Louis.

1, consultations. — 2, cabinet du chirurf^icn. — ), cabinet dn médecin. — 4, escalier du musée. — s, bureau. — 6, entrée des bains. — 7. consullation ({{aie). — 8, galerie de commu* nication entre l'Ilôpital et les bains.

Deux vastes salles d'attente, ou une salle unique divisée en deux parties, suivant qu'on vient consulter pour la médecine ou pour la chirurgie ; ces salles bien claires, et chauffées, aménagées pour abriter pendant un temps assez long des personnes malades;

Un ou plusieurs cabinets pour les docteurs consultants ; des salles de pansement;

Une pharmacie où le malade se fera délivrer les médicaments ordonnés.

A la consultation de chirurgie sera jointe une petite salle

d'opérations, analogue à celle que nous avons vue dans les services de

-,T77-— ^ ■ ■! wi'i-^ chirurgie.

i Aux salles d'attente doivent être

annexées quelques pièces d'isolement

Fie. 856. — Consultations de l'hôpital ,

Bichat. pour les contagieux : cette prescrip-

NroLtr/iécTs^CriSL™.'- tion est surtout très importante pour

g.en. - 4,4, semce,. j^^ hôpltaux d'eufaots. Le contact

entre malades ayant peut-être des affections contagieuses est en effet le danger des consultations : un séjour prolongé dans la salle d'attente peut être très nuisible, et tel qui par exemple sera venu consulter pour une bronchite pourra en plus rapporter une variole. A cela on ne peut pas grand'chose, et l'inconvénient est le même dans le salon luxueux du médecin dont les consultations se paient le plus cher. Mais du moins si cela est inévitable lorsque le malade est encore un inconnu, on peut lorsqu'il revient de nouveau le diriger sur une salle d'attente spéciale. Seulement, tout cela c'est de la place, de la dépense, on ne peut pas toujours faire tout ce qu'il faudrait.

Il existe souvent dans les hôpitaux un service de bains externes. Le mieux est que ces bains, distincts du pavillon des

bains dont j'ai parle plus haut, soient annexés à la consultation. Il sera d'ailleurs analogue au précédent, avec les mêmes dépendances pour douches, hydrothérapies, etc.

La consultation, qui doit avoir son entrée directe sur la rue, doit aussi être à proximité du bâtiment d'administration, avec lequel elle a de fréquents rapports. Il est inutile d'ajouter que là aussi tout doit être clair et aéré, hygiénique et encourageant.

En dehors même des hôpitaux, il existe des services analogues aux consultations; ce sont les maisons de secours. Les éléments en sont les mêmes.

Avant de quitter ce sujet, je veux vous dire encore quelques mots d'une théorie très moderne : des hommes très compétents ont pensé à demander la solution de l'architecture hospitalière au baraquement. On ne ferait que des hôpitaux en quelque sorte provisoires et temporaires, qu'on pourrait ainsi détruire et renouveler sans regrets. Il est certain que le vieil hôpital devient vite suranné dans ses dispositions immuables, et que petit à petit une lente pénétration fait de ses matériaux une réserve de germes nuisibles. Lorsque par suite de circonstances spéciales on a dû faire dans les jardins ou les promenades publiques des baraquements légers, on a constaté que les guérisons y étaient plus nombreuses, surtout pour les cas chirurgicaux. Avant que ces baraquements n'aient eu le temps de devenir nuisibles, ils étaient démolis; et il est constant que pendant la guerre de 1870 la mortalité a été bien plus considérable au Val-de-Grâce que dans les baraquements du Luxembourg ou du Jardin des Plantes. Mais pour ceux-là, la démolition s'imposait. La solution est donc bonne lorsque la démolition rapide est obligatoire : tout autre est le cas lorsqu'elle ne l'est pas. Ainsi, à Paris, sous la menace d'épidémies et pour faire fiice à une situation temporaire, on a construit çà et là des hôpitaux en baraquements, avec la pensée

qu'ils seraient provisoires et répondraient stricteinent à des nécessités momentanées et disparaîtraient avec ces circonstances spéciales. Or, ils durent encore, on en fait toujours état dans les ressources hospitalières, et on ne pourrait plus songer à les démolir sans créer dans l'ensemble des moyens de l'Assistance publique une lacune qu'il faudrait combler autrement et à grands frais. Et alors, conçus à titre provisoire, momentanément hygiéniques dans leur nouveauté, ils sont devenus des édifices permanents, délabrés, malsains, attristants pour les malades et grevés à jamais des insuffisances ou des imperfections qu'on avait tolérées vu l'urgence et le peu de durée qu'on leur attribuait. Et il en sera toujours de même : la force des choses rendra définitif ce qu'on aura voulu faire provisoire; dés lors, ce n'est plus que la réalisation du même programme avec des moyens et des matériaux inférieurs, une construction insuffisante et l'aspect affligeant de la décrépitude au bout de bien peu de temps ; et pas même l'économie, car bien vite cette ruine permanente appellera à grands frais les réparations continuelles. L'idée, défendable en tant que théorie, me paraît donc une erreur dans la pratique.

Par tout ce qui précède, vous voyez toute la complexité d'un programme d'hôpital. En somme, je ne fais guère autre chose que développer ce programme devant vous; quant à apporter l'ordre, la clarté et la proportion dans une composition judicieuse et pratique d'édifice hospitalier, c'est un des problèmes les plus difficiles qui puissent se poser à l'architecte. La matière a été très étudiée en France et à l'étranger, tout cela est bon à connaître soit pour s'en inspirer, soit pour en éviter les inconvénients. Il n'y a guère lieu ici à composition spontanée, mais bien plutôt à composition réfléchie et prudente. Vous aurez du moins une idée des besoins à satisfaire et des difficultés à surmonter.

Page 1