‹ Éléments et théorie de l'architecture; cours professé à l'Ecole nationale et spéciale des beaux-artsChapitre 8 sur 82 · SALONS · texte numérisé non relu

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mur. Ce n'est guère que contre des murs mitoyens que h^L<i^ cheminée adossée est encore en usage, ou alors par suite de dispositions spéciales adoptées en vue de la décoration. Aussi, remarquez en passant que les très fortes épaisseurs apparentes de murs, qui permçttent à Versailles notamment les beaux g ^^^^p^ "M^jvi/'ébrasements où les vantaux de portes se logent dans des cais- "^ sons latéraux, résultent de ce que cette épaisseur correspond le plus souvent à trois largeurs : celle du mur, et celles de deux coffres de cheminée adossés à chaque face du mur.

Le salon n'a pas de dépendances directes, autres que l'antichambre, le vestiaire et l'office, dont je vous parlerai plus loin. Mais il a des compléments : d'abord les salons se complètent les uns par les autres, puis par le voisinage de toutes les pièces qui ■•^ contribuent à la représentation : la chambre principale, la salle à manger, le cabinet de travail, etc. Et dans la grande habitation, il y a, en plus des salons, des salles de destinations spéciales, qui font partie au premier chef de l'ensemble de la réception et de la représentation; ce sont les galeries et les salles de fête ou de danse.

C'est ainsi qu'au Palais de l'Elysée, lorsqu'on en a fait la résidence du Chef de l'État, il a fiillu rajouter par des moyens plus ""^^^ ou moins précaires ces deux éléments nécessaires aux grandes réceptions, dont le programme complet comporte : des salons pour la conversation, une galerie pour la promenade, une salle où se localisent les danses ou les auditions musicales.

Vous connaissez certainement ces exemples admirables : la Galerie d'Apollon au Louvre (fig. 592 et fig. 593), celle de François I^"" à Fontainebleau, celle des Glaces à Versailles. Pour bien comprendre l'usage de ces galeries, il faut se reporter à l'époque de leur création et voir ce qui s'y passait. Là les cour-

tisans attendaient; c'était une sorte de salle des Pas-perdus où

Fig. 592. — Galerie d'Apollon, au Louvre,

affluaient tous ceux qui venaient faire leur cour plus ou moins intéressée. Puis le roi paraissait, parcourait la galerie, recevant

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F'g- 593' — Galerie d'Apollon, au Louvre.

les hommages et accordant des faveurs. Il passait en réalité la revue de sa cour, immobile dans cette longue galerie. Tandis

Fig. 594. — Galerie de François I", à Fontainebleau (plan).

F'g- 595- — Extrémité de la Galerie de François I", à Fontainebleau.

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que dans un salon, on fait cercle autour du maître ou de la maîtresse de maison, dans la galerie de réception, c'était le maître qui se déplaçait.

Aussi la galerie était-elle peu meublée, car il n'y aurait jamais eu assez de sièges pour tout le monde; pas chauffée, car une cheminée était impraticable et les calorifères n'existaient pas ; •mais bien éclairée, riche, très décorée, magnifique occasion d'art, 'souvent ornée de belles peintures et sculptures.

Je vous ai cité les plus belles, elles sont faciles à visiter, leur aspect vous en dira plus que je n'en pourrais dire. Je me bornerai donc à vous rappeler les plus célèbres : la Galerie des Glaces à Versailles, à rapprocher de la Galerie d'Apollon (fig. 592-593), toutes deux voûtées, et la galerie plafonnée de François I" à Fontainebleau (fig, 594-595-

Ces grandes galeries, soit qu'elles servissent à la réception ou

seulement à de larges communications, ont souvent donné lieu

à de beaux motifs de façade: ainsi au Louvre, à Fontainebleau, à

Chenonceaux : cette dernière au-dessus du Cher. Une disposition

un peu analogue se voit aussi, à l'état de ruine, au château de la

i-ig. 596.

l'iafond de la Cialerie de François I", à Fontainebleau.

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îënôîs7 attribué à Jean Bullant (fig. 597). Le vieux château était sur un mamelon peu accessible, et en reportant l'entrée sur un terrain plus abordable, on a pratiqué cette galerie au-dessus d'une coupure du sol assez resserrée, au-dessus de laquelle elle forme une sorte de viaduc clos. L'étude en est très remarquable.

Quant aux galeries spécialement consacrées à des collections, comme ce que Blondel appelle cabinets, ce sont en réalité de petits musées, et les conditions désirables pour ces salles sont les mêmes que pour les salles de musées proprement dits. Je réserve donc ce sujet pour le jour où nous nous entretiendrons des salles de musées.

La salle des fêtes ou salle de bal n'existe comme salle spéciale que dans la très riche habitation ; dans la vie ordinaire, même luxueuse, c'est dans les salons qu'on danse, et parfois le bal s'étend jusque dans les chambres principales, et dans toutes les pièces qui peuvent accidentellement se grouper avec la réception. Aussi faut-il prévoir pour toutes ces pièces des planchers assez résistants pour n'être pas exposés à des trépidations inquiétantes sous la cadence rythmée de la danse.

La salle de bal sera en principe de forme rectangulaire ; elle ne peut en effet s'accommoder de la forme carrée, nécessairement plus restreinte, ni de la longueur d'une galerie où il faut se diviser en plusieurs groupes de danse. Il y fout des parois unies ou des dispositions qui permettent d'y trouver place pour de nombreux sièges. Enfin, la place de l'orchestre, assez importante, doit être déterminée par un motif spécial, estrade ou tribune, de telle sorte que les musiciens soient en tous cas plus élevés que le parquet des danseurs. Le type et l'exemple le plus célèbre en est la magnifique salle des fêtes de Fontainebleau (fig. 598-599), qui tire sa grande valeur à la fois de son caractère artistique et de son appropriation parfaite à son programme particulier.

Fig. 598. — Galerie de Henri H, à Fontainebleau (plan et coupe transversale).

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Autour d'un parquet complètement dégagé, cette salle présente il chaque travée de fenêtre des renfoncements profonds, h^formés par les piédroits d'arcades intérieures; ces renfoncements ainsi que la foce des piliers sont munis de banquettes adossées à un beau lambris de menuiserie; les assistants ont ainsi des sortes de cabinets ouverts.

où ils ne gênent pas les danseurs et ne sont pas gênés par eux. A une extrémité, en face d'une cheminée monumentale, est une tribune élevée et spacieuse pour l'orchestre. Les sculptures et les peintures, un plafond magnifique (quoique non prévu par la composition primitive, qui supposait des voûtes) font de cette salle à tous égards un chef-d'œuvre.

On peut encore citer comme de belles salles de fêtes, quoique moins caractérisées par leur étude, les salles de Versailles, et la salle principale de l'Hôtel de Ville de Paris ; sa proportion se rapproche de celle des galeries; vous y remarquerez l'utilité du portique latéral intérieur, véritable bas côté, qui la côtoie dans toute sa longueur, et permet la circulation sans emprunter le parquet des danseurs. Mais les places des sièges ne sont pas assez prévues, non plus que celle de l'orchestre. Et il faut bien reconnaître que son étude artistique n'atteint pas à la hauteur de celle de Fontainebleau. (Voir fig. 587.)

Fig. 599. — Galerie de Henri II, à Fontainebleau

(plafond).

Parmi les dépendances du salon, je vous ai cité le vestiaire. Rien n'est plus nécessaire en effet, et il faut le dire rien n'est plus rare dans les édifices où ont lieu de grandes réceptions. A l'Elysée, il a fallu construire sur les perrons des annexes réputées provisoires, et devenues définitives. Au Ministère des Affaires étrangères, quiconque arrive à l'heure de la foule est obligé de repartir sans entrer. Au Ministère de l'Instruction publique, il faut que la salle à manger se convertisse en vestiaire. Le vestiaire est toujours la chose à laquelle on n'a pas pensé, et qu'on improvise n'importe comment, fût-ce sous un escalier. Qui ne voit cependant l'utilité de pouvoir, à la sortie surtout, éviter les longs stationnements et les attentes sans résultat, le désordre et la confusion ?

Il faut que le vestiaire soit vaste, bien défendu du froid extérieur; il faut qu'il offre aux invités le plus grand développement possible de tablettes. Par conséquent, un vestiaire, même vaste, qui se présente par le petit côté est mauvais. Si l'entrée et la sortie peuvent être distinctes, ce n'en est que mieux.

Je ne connais qu'un édifice où le service des vestiaires se fasse complètement bien, c'est l'Hôtel de Ville de Paris. Mais on y consacre rien moins que toute la salle Saint-Jean (fig. 600), l'équivalent au rez-de-chaussée de la grande salle des fêtes au premier étage. Le public dispose de toute la longueur de la salle, et de chaque côté sont aménagées des stalles, véritables boutiques, correspondant à chaque travée, et portant en caractères très visibles l'inscription : i à 210; — 201 à 400; — etc. Tout s'y passe avec ordre, avec rapidité, bien que la foule soit à ces fêtes extrêmement nombreuse.

Vous voyez que, au point de vue du programme, la disposition d'un grand vestiaire ressemble fort à celle d'une salle de livraison des bagages dans une gare. C'est un élément très

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Fig. 600. — Salle Saint-Jean, à l'Hùtel de Ville. (Disposition actuelle. )

Êlimenli et Théorie de l'Arcbilectiire. — II.

important de la réception, et si je me suis un peu étendu sur ce sujet, c'est que notre architecture ne s'est pas mise ici à l'unisson des mœurs. Trop fidèles à la disposition de nos anciens hôtels, où les réceptions étaient peu nombreuses, et où il suffisait comme vestiaire de la salle d*attente où des laquais tenaient sur leurs bras les vêtements des maîtres, nous n'avons rien prévu pour ce dépôt indispensable à des invités qui se comptent par centaines si ce n'est par milliers.

J'ai classé le vestiaire comme dépendance du salon, mais ce n'est pas une dépendance immédiate. Il peut en être plus ou moins éloigné : l'essentiel, c'est que entre l'un et l'autre il n'y ait que des endroits chauffés, et où la toilette soit de mise, tels que antichambres, grands escaUers, etc.

fAPITRE VI

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