‹ Éléments figurés du sang, anatomie et physiologieChapitre 11 sur 36 · FJLÉMENTS FIGURÉS DU SANG · texte numérisé non relu

FJLÉMENTS FIGURÉS DU SANG

avec raison, après llobin, que ces granules ne se dissolvent pas dans l'eau. Si dans une préparation de sang du cheval défibriné, on fait passer un courant d'eau, celle-ci entraine et dissout les hématies qui ne laissent plus apercevoir que leur stroma. Les leucocytes se gonflent faiblement. Pour ce qui est des leucocytes de Semmer, leurs granulations, qui étaient parfaitement sphériques et uniformes, perdent à la fois leur régularité et leur uniformité. Elles tendent à se conglomérer et à former une masse irrégulière très réfrangible. Il peut arriver que les masses fassent hernie hors de l'élément ; mais elles ne sont pas davantage attaquées par l'eau.

Si on mélange au courant d'eau qui baigne les leucocytes de Semmer une goutte de picro-carmin, on voit aussitôt l'acide picrique teindre énergiquement ces granules irréguliers, tandis que le carmin colore le noyau. Quant au corps des leucocytes de Sommer, où sont plongés les granules fortement teintés en jaune, il semble qu'il se colore aussi légèrement en jaune : cette réaction n'existe point pour le stroma des hématies.

Dans les « Archives fur Anatomie und Physiologie, 1879 » Ehrlich a appelé l'attention sur toute une série de réactions colorées que préseutent les granules des leucocytes de Semmer.

Voici comment procède Ehrlich : après avoir étalé sur une lame de verre, en couche mince, le liquide contenant les éléments granuleux qu'il veut observer, il laisse la préparation se dessécher à la température de la chambre ; il la traite alors par un mélange de glycérine 20, acide phénique 1, qui a la propriété d'imbiber les globules desséchés, sans les détruire. A ce mélange, il ajoute soit une, soit plusieurs matières colorantes, telles que éosine, induline, nigrosine, jaune d'or, etc .. G. Poucheta cherché à vérifier les résultats obtenus par Ehrlich, mais au lieu de faire agir les substances colorantes simultanément, il préfère les faire agir individuellement, en les laissant vingt-quatre heures en contact avec l'élément desséché. V. 3

D'après les indications données par Ehrlicli dans son travail, les granulations éosinophiles des globules blancs ne diffèrent de la substance des hématies qu'en ceci : c'est que les granulations ne se colorent point par le jaune d'or, tandis que les hématies se colorent vivement par ce réactif (1).

Ehrlich décrit encore d'autres granulations intraprotoplasmatiques auxquelles il donne les noms de granulations basophiles et de granulations neutrophiles.

Les premières ont la propriété de se colorer par des couleurs basiques, c'est-à-dire celles dont l'action colorante est formée par une base unie à un acide, celui-ci ne jouant aucun rôle dans l'acte de la coloration. Ces granulations s'observent rarement dans le sang humain ; celles qu'on rencontre quelquefois dans la lymphe sont plus grossières et moins brillantes qu'à l'état normal.

Les granulations neutrophiles très fines se colorent par des réactifs neutres. On les rencontre toujours dans les leucocytes et les globules multinucléés dont elles remplissent presque tout le protoplasma. Leur extrême finesse ne permet de les distinguer qu'à l'aide d'un objectif à immersion homogène.

Les globules uninucléésne présentent aucune de ces granulations; Ehrlich dit qu'il existe des formes de transition et que la transformation des globules uninucléés en globules multinucléés avec granulations neutrophiles est un phénomène normal.

Il est bon, pour apprécier les teintes de coloration, d'observer l'élément en dehors du liquide colorant en le transportant dans

(1) p. Ehrlich. Methodologische Beitraege zur Physiologie iind Pathologie der Verschiedeiien Formen der Leiicocyten. (Zeitschrift fur klinische medicin, t. f, p. 553) id. — Ueber das Methylenblau und seine kliuischbacterioscopische Verwerthung (ibid, t. II, p. 710).

Voir aussi les thèses suivantes de trois élèves d'Ehrlich :

Schwarze — Ueber eosinophile zellen. Inaug. Dissert. Berlin, 1880.

Spilling. — Ueber Blutuntersachiing bei Leukamie, id, , id.

Westphal. — Ueber Mastzellen, id., id.

un véhicule incolore, soit la g-lycérine phéniquée au 20% soit la glycérine formique.

Si on examine, par exemple, une préparation sëche de sang de grenouille, traitée par une solution de glycérine phéniquée au 1/20 tenant en dissolution à la fois de l'induline, de l'éosine et du jaune d'or, telle que l'emploie Ehrlich, puis lavée à la glycérine formique, on voit que le noyau des hématies est légèrement teinté par l'induline, que le corps des hématies est orangé; que les leucocytes et les granulations des leucocytes de Semmer sont colorés en rose pâle. On voit parfois les hématies bordant la préparation colorées en rose, au lieu d'avoir une nuance orange comme celles qui sont au centre. Ces différences de teintes montrent combien le maniement de ces réactifs colorants est délicat, qu'il n'y a pas d'élection absolument spéciale et combien il serait prématuré de tirer des conclusions absolues de ce mode d'investigation.

Le sang de grenouille coloré à l'éosine en dissolution dans la glycérine phéniquée au 1/20 montre le corps des hématies teint en rose vif et les granulations des leucocytes de Semmer colorées de même.

Le jaune d'or dissous dans la glycérine phéniquée colore les hématies en jaune vif. Les granulations des leucocytes de Semmer fixent également le jaune et se détachent avec cette nuance sur le corps cellulaire.

Le mélange de nigrosine et d'induline donne aux hématies une teinte jaune sale tirant au vert : les noyaux sont violets. Dans le sang de chien, les leucocytes de Semmer sont assez rares. Les réactions colorantes, relatives aux globules rouges et aux leucocytes de Semmer sont sensiblement analogues.

Avec G. Pouchet, nous conclurons que toutes ces réactions colorantes auxquelles Ehrlich attribue une importance capitale n'ont probablement pas une très grande valeur. L'éosine colore également les hématies, les cristaux d'hémoglobine, les granulations des leucocytes de Semmer; la dénomination de

Ôb ELEMENTS FIGURES DU SANG

cellules éosinophiles imposée aux leucocytes de Semmer par Elirlich n'est donc pas strictement exacte , car elle ne leur est pas seulement applicable.

En somme, les granulations des Ipucocytes de Semmer présentent des caractères communs avec l'hémoglobine bien qu'elles en diffèrent par leur non solubilité dans l'eau.

Nous sommes tenté de regarder les leucocytes de Semmer comme des cellules en voie de transformation pour devenir des globules rouges. Nous assistons probablement là à une étape de cette métamorphose encore obscure à bien des points de vue. M. le professeur Sappey, qui a bien voulu nous communiquer ses idées sur ce sujet, penche dans ce sens. Mais il faut bien convenir que nous ne connaissons pas encore toutes les phases subséquentes des transformations qui font arriver les globules blancs à l'état de globules rouges.

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