ÉLPÏMENTS FIGURÉS BU SANG
Nombre de leucocytes dans le sang. — A l'état normal, la proportion relative des globules rouges et des globules blancs, dans le sang de l'homme, varie dans certaines limites. Voici des chiffres empruntés à une communication faite à la Société de biologie par notre excellent maître, M. le professeur Grancher (1). 11 a fait ces observations à l'aide de Thématimètre de
(1) « Après s'être soumis à un régime très régulier, il trouvait que le nom- « bre des globules blancs par millimètre cube oscillait entre 4000 et 7000. « L'amplitude des oscillations des globules blaucs est donc de
« plus considérable que celle des globules rouges, représentée par
« On pouvait, en outre, remarquer que les chiffres les plus élevés de globules « blancs ne coïncidaient pas avec les chiffres les plus élevés de globules rouges. a Aussi les rapports des globules blancs aux rouges varient-ils entre
et
11 va sans dire que ces rapports variaient suivant les milieux dans lesquels vivaient les sujets, suivant leur sexe, leur âge et leur tempérament. Toutefois, ces causes ont des effets bien inconstants et bien peu connus. Donders et Moleschott, en 1848, plus tard Ilirt et Marfeis, prétendirent que les repas amènent toujours une augmentation de globules blancs; Lorange fut d'une opinion opposée.
M. le professeur Grancher fit deux observations dans ce sens. Dans la première, le sujet résistaà la soif; dans la seconde, il but de l'eau à discrétion.
Voici les chiffres comparatifs:
Obs. I Obs. II
il 2 heure avant le repas.
1/4 d'heure après . . . .
2 heures après
4 heures après
Par
Globules
millimètre
cube
, fi
Rapport
Par
millimètre
Rapp»
cube
Il y a donc eu diminution du nombre absolu et du nombre relatif de globules blancs dans l'observation I, et augmentation dans l'observation II. 11 est vrai
Malasscz. La proportion des globules blancs aux globules rouges varie à l'état physiologique, d'après la noie reproduite ci-dessous, entre 1/600 et i/1200 environ, sans que nous ne sachions rien de vraiment positif sur les causes de ces variations considérables.
Dans une foule d'états morbides, ainsi que nous l'avons
que, étant donnée la quantité différente de boisson absorbée, ces deux expériences ne sont pas comparables.
Le 3 juin 1876, M. le professeur Grancher fit une deuxième communication à la Société de Biologie. Il avait fait de nouvelles recherches « sur le chiffre physiologique des globules blancs et les modifications apportées par les heures de la journée et les repas». Ses expériences avaient porté sur huit hommes adulteSj de 20 à 30 ans. Aucune des conditions de la vie des sujets n'avait été modifiée. On avait seulement enregistré la qualité et la quantité des aliments absorbés. L'on faisait de quatre à huit numérations par jour, deux, trois et cinq heures après le repas, le matin au réveil, le soir an coucher.
Voici à quelles conclusions le savant observateur aboutit :
1° Le nombre physiologique des globules rouges chez les adultes bien portants varie de 5 à 6,000,000 par millimètre cube.
2o Le nombre physiologique des globules blancs varie de 3,000 à 9,000 par millimètre cube.
30 Le nombre des globules blancs paraît dépendre de 1 individu plus que des conditions qui l'entourent. Les repas ont des influences variables. Sur un seul sujet, ils ont amené une légère leucytose. Chez les autres, au contraire, on constate souvent, au moment de la digestion, une diminution du nombre des globules blancs. Serait-ce là une leucytose physiologique? On pourrait presque se le demander. Ni les diverses heures de la journée, ni la température ne donnent de modifications régulières et constantes.
40 Le nombre des globules rouges et blancs varie peu dans la journée pour le même individu. Leur rapport paraît être une valeur fixe et personnelle, oscillant autour d'un chiffre moyen de globules blancs qui sera 9,000 pour celui-ci, 3,000 pour celui-là, 5,000 pour un autre.
50 Le nombre des globules blancs ne paraît pas dépendre de l'âge (dans les limites de vingt à trente-deux ans). Ainsi:
M. Grancher, trente-deux ans, a 5,000,000 de globules rouges et 3,000 blancs.
M. Dolleden, vingt ans, a les mêmes nombres.
Ni du nombre de globules rouges, ainsi:
M. Patrigeon a 5,500,000 globules rouges et 3,000 blancs ;
M. Plessard a 5,500,000 globules rouges et 9,000 blancs.
Si donc on voulait établir un rapport physiologique moyen des globules
rouges et blancs, il faudrait prendre un chiffre très faible, 7^77777 à — — - il peut
varier de — à
60 On ne peut affirmer que le tempérament joue un rôle dans ces variations énormes des globules blancs.
consigné dans notre thèse inaugurale (Du rôle patliogénique des lésions viscérales etganglionnairesdansla leucocythémie,4882) le cliifîre des leucocytes, relativement aux globules rouges, peut s'élever progressivement pour constituer soit une leucocytose, soit un véritable état leucocytémique du sang. Nous admettons, avec Renaut (de Lyon) que cette hypergénèse leucocylique est bien plutôt due aux altérations simultanées du plasma sanguin et aux proliférations directes des leucocytes dans ce plasma, qu'aux hypertrophies viscérales et ganglionnaires, dont le rôle reste encore à démontrer dans bon nombre de cas.
Densité. — La densité des leucocytes est supérieure à celle du plasma sanguin et inférieure à celle des globules rouges comme le montrent les stratifications qui se produisent dans le sang de cheval refroidi et laissé au repos. Les globules rouges occupent le fond du vase, puis les globules blancs forment une couche mince à la surface des hématies et le plasma recouvre les deux autres couches.
Constitution des globules blancs. — Abordons maintenant la constitution des globules blancs, c'est-à-dire leur structure, en nous appuyant surtout sur les travaux de M. le professeur Sappey. Cet éminent anatomiste recommande particulièrement comme réactif l'acide acétique au 1/50.
Le globule blanc se compose de trois parties essentielles : l'enveloppe, le protoplasma et le noyau; et cela est vrai aussi bien chez les vertébrés que chez les invertébrés.
Enveloppe. — L'enveloppe des globules blancs ne se distingue bien qu'après l'action de l'acide acétique : le protoplasma se rétracte, il se produit ainsi un espace clair entre la paroi et le protoplasma, ce qui permet de les distinguer nettement l'un de l'autre. « Cette enveloppe est transparente, amorphe, extrêmement mince, élastique et rétractile (Sappey). »
L'action de l'eau et de l'acide acétique la dilate : l'action seule de l'eau finit par la faire rompre, l'action de l'acide acé-
tique très étendu, au 1 /oOO ou l/GOO, la rend très pâle. Cette enveloppe est très perméable, ce qui permet les échanges èndosmo-exosmotiques avec les liquides ambiants.
Robin (Voir article Leucocyte du Dictionnaire encyclopédique) admet aussi l'existence d'une membrane propre aux leucocytes en s'appuyant surtout sur ce fait que, dans les leucocytes devenus vésiculeux, on aperçoit des granulations animées de mouvements browniens.
Pour G. Poucliet, la production de cette membrane serait artificielle, due à une réaction de surface au contact du liquide ambiant. L'existence de mouvements sarcodiques extrêmement accusés, la pénétration dans les leucocytes de substances grenues, charbon, carmin, etc., portées dans le sang au contact de ses éléments, laissent peu de place à l'hypothèse d'une membrane cellulaire sur l'élément vivant. Cette membrane, en effet, ne saurait être qu'un produit du corps cellulaire. II semble, dès lors, très difficile de lui attribuer des conditions de vie assez intenses pour se prêter ainsi à une réparation constante. Ranvier {Technique^ p. 155) pense que le seul fait de la production incessante et la disparition des prolongements amiboïdes suffit à prouver que les globules blancs sont dépourvus d'enveloppe.
Protoplasma. — Le protoplasma est entouré par l'enveloppe. Il peut être très réduit et dans ce cas la plus grande partie de la cavité de l'élément devenu vésiculeux contient une liqueur transparente. D'après M. Sappey, le protoplasma est formé de deux sortes de granulations : les unes grosses, vésiculeuses, très rapprochées les unes des autres, réfractant fortement la lumière. Elles donnent au leucocyte un aspect framboise, mùriforme parce qu'à leur niveau la membrane est alternativement soulevée et déprimée.
L'autre sorie de granulations se compose de petits grains non vésiculeux, inégaux et irréguliers formant un protoplasma pulvérulent.
Chez tous les invertébrés, on voit à côté des globules à protoplasma vésiculeux des globules à protoplasma granuleux. Chez récrevisse,le protoplasma vésiculeux est la règle. L'action de Facide acétique au 1/50 dissout les vésicules et transforme le protoplasma vésiculeux en protoplasma granuleux.
C'est surtout dans les jeunes globules qu'on observe de grosses granulations vésiculeuses, le protoplasma granuleux se retrouve toujours dans les vieux globules. Les grosses granulations semblent donc s'atrophier au fur et à mesure que l'élément avance en âge. Chez les vertébrés, la disparition des grosses granulations vésiculeuses indique (Sappey) que les globules blancs vont se transformer en globules rouges.
Action de quelques réactifs. — Si l'on étudie l'action de quelques réactifs sur le protoplasma des globules blancs, on constate que certaines granulations sont teintées en noir par l'acide osmique ; ce sont des granulations graisseuses. Le protoplasma fixe légèrement le carmin et son opacité ne permet pas de distinguer nettement le noyau. La purpurine teint énergiquement le noyau des leucocytes, mais non le corps cellulaire. D'après Ranvier [Technique, p. 158) certaines cellules lymphatiques prennent, sous rinfluence du sérum iodé, une teinte brun acajou; cette réaction serait caractéristique de la matière glycogène répandue d'une manière diffuse dans toute la cellule. Les globules blancs résistent aux substances colorantes, notamment au carmin, tant qu'ils sont vivants. Leur coloration est un signe de mort.
D'après MM. Pouchet et Legoff, les granules de carmin qui ont pénétré à l'intérieur du protoplasma ne s'y dissolvent pas, ce qui semble indiquer une légère réaction acide de ces éléments, car le carmin se dissout et diffuse dans les matières alcalines.
Noyau des globules blancs. — Le noyau des globules blancs a été contesté jusque dans ces dernières années. Ch. Robin en niait formellement l'existence. Il pensait que l'apparition des noyaux dans les globules blancs était un phénomène cadavé-
rique,quo ce noyau était toujours invisible sur l'élément vivant, qu'on pouvait faire varier à volonté le nombre de petites masses nucléaires en traitant les leucocytes par telle ou telle variété de réactif. Pour bien caractériser son opinion, il donnait le nom de corpuscules nucléiformes aux noyaux des leucocytes, ces corpuscules résultant de l'ag-glomération des granulations du protoplasma.
Stricker n'admet pas non plus les noyaux des leucocytes. Ses observations ont porté sur le sang- du triton. Sa méthode consiste dans l'examen direct du sang extrait des vaisseaux et placé dans son sérum entre deux lames de verre. En examinant les leucocytes dans ces conditions, M. Stricker arrive à cette conclusion que les noyaux ne sont pas des formes permanentes. Dans certains leucocytes, finement granuleux en particulier, le noyau disparaîtrait et reparaîtrait se reformant parfois dans le corps cellulaire à une autre place que celle qu'il occupait précédemment. Le noyau ne serait autre chose qu'une portion du corps cellulaire se modifiant momentanément en même temps qu'elle s'envelopperait d'une membrane à travers laquelle, par déchirure, ou autrement, le corps cellulaire resterait en continuité de substance avec le noyau. A travers cette membrane nucléaire incomplète, le corps cellulaire peut pénétrer tout entier et s'unir à la substance déjà distincte comme substance nucléaire ; de même que, sous des influences inverses, la substance du noyau peut de nouveau faire hernie, sous forme de substance cellulaire, à travers la membrane nucléaire. M. Stricker croit pouvoir appliquer sa doctrine sur l'observation directe des éléments à Tétat vivant ; il remarque qu'on voit parfois disparaître sous les yeux les limites du noyau, dont la substance se montre par suite en continuité avec celle du corps cellulaire. Cette disparition serait surtout marquée dans des leucocytes finement granuleux qu'on rencontre, au printemps, sur les batraciens des erivirons de Yienne.
Mais quand, par des procédés convenables, on étudie les leucocytes, soit après les avoir fixés en état de contraction au moment où ils sortent des vaisseaux, soit en état d^expansion dans du sang recueilli déjà depuis quelques moments, les noyaux se présentent toujours avec un volume sensiblement le même pour tous les éléments et la substance de ces noyaux offre des caractères physico-cliimiques qui les distinguent du corps cellulaire ambiant par des limites bien accusées : toutes ces raisons portent à rejeter Tliypotbèse de M. Stricker.
On comprend néanmoins que cette liypotlièse ait été formulée si Ton se rappelle que la substance nucléaire, à l'état vivant, se distingue à peine du corps cellulaire des éléments du sang. Cela est vrai aussi bien des leucocytes que des liématies. Dans le sang circulant des batraciens et des poissons, il est difficile d'apercevoir le noyau des hématies elles-mêmes dans la substance hémoglobique qui l'enveloppe. Il faut, pour que la substance nucléaire devienne apparente dans les leucocytes, qu'elle forme une surface plus ou moins sphérique tangente à la ligne du regard ; autrement, si la substance nucléaire s'amincit, elle tend à devenir indistincte.
M. le professeur Sappey assigne les caractères suivants aux noyaux des leucocytes. Un bon moyen de les déceler, d'après lui, est de traiter les leucocytes par l'acide acétique étendu ; sous cette influence, le protoplasma vésiculeux qui était opaque et qui voilait le noyau se transforme en un protopiasma granuleux qui est transparent et permet de le distinguer. « Ce n'est pas là un produit artificiel, le noyau est constant, il a toujours son même contour de couleur sombre, il offre à peu près les mêmes dimensions, il est toujours composé de granulations. »
D'après ce savant anatomiste, « le noyau vUest pas situé dans « la cavité du globule, mais dans un dédoublement ou dans « r épaisseur de son enveloppe . Il n'a rien de commun par con- « séquent avec le protoplasma. » M. Sappey appuie cette proposition nouvelle sur l'observation des globules blancs chez les
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mollusques acéphales particulièremcnl. On voit^ ces globules, clans certaines conditions, animés d'un mouvement de rotation rapide et on suit le noyau qui tourne avec le corps cellulaire toujours dans une situation excentrique en rapport immédiat avec la paroi. M. Sappcy a précisé davantage encore les rapports du noyau avec l'enveloppe, son mode de conformation et sa structure. Le noyau n'est pas seulement accolé à l'enveloppe, mais il est solidement immobilisé contre elle, absolument indépendant du protoplasma et situé dans l'épaisseur même de l'enveloppe, a Celle-ci se compose en réalité de deux parties bien « ditTérentes: d'une partie mince, amorphe et transparente beau- « coup plus étendue (c'est Penveloppe proprement dite) et d'une « partie plu§ épaisse, sombre, de structure granuleuse, c'est le « noyau. La première, ou partie membraneuse, est destinée à « contenir le protoplasma ; la seconde, ou partie graimleuse, est « le point de départ des noyaux secondaires ou (jlobulins qui, en « se développant, formeront d'autres globules d'où le nom de « globulogènes^^oxx?» lequel je les désignerai. L'enveloppe joue « le rôle d^organe protecteur. Le globulogène préside à la for- « mation et à la multiplication des éléments figurés du sang. »
Le globulogène est aplati, mince et circulaire; son diamètre représente le tiers, la moitié ou les trois quarts de celui des globules; « sa face externe superficielle est unie et convexe, elle « ne dépasse pas le niveau de l'enveloppe ; sa face interne est (( unie aussi, mais légèrement concave. Le contour est en « général circulaire. » Une mince lamelle de l'enveloppe recouvre la face externe et la face interne du globulogène et adhère intimement à ses deux faces.
Les granulations contenues dans le globulogène sont assez volumineuses, comme celles du protoplasma; mais l'acide acétique, au lieu de dissoudre ces granulations, leur donne une couleur plus sombre qui les rend plus distinctes. C'est là une différence capitale entre les granulations protoplasmiques et les granulations nucléaires.
Tous ces détails de structure se voient aussi bien dans les globules blancs des invertébrés que dans ceux des vertébrés.
M. G. Poucbet, pour fixer le caraclère des noyaux des leucocytes, a recours à son procédé babituel de fixation par l'acide osmique saturé. Il constate l'existence constante du noyau •et la netteté de ses contours au sein du corps cellulaire, sans transition ni passage aucun des propriétés pliysico-cliimiques de l'un à celles de l'autre.
Il peut se faire que les noyaux se déforment sur les leucocytes extraits des vaisseaux. Cette déformation des noyaux n'est point spéciale à ces éléments; mais lorsque les leucocytes ont été convenablement fixés, on peut s'assurer qu'alors même que le noyau prend la configuration la plus variée, il demeure toujours dans tous les points de sa périphérie, nettement distinct du corps cellulaire.
Les leucocytes ainsi fixés par l'osmium n'offrent pas, sans autre préparation, un noyau beaucoup plus visible au sein du corps cellulaire qu'il ne l'était pendant la vie. Mais la substance du noyau offre une affinité élective considérable pour le carmin. De plus, sur les éléments ainsi fixés et laissés vingtquatre ou quarante-huit heures en contact avec l'eau distillée ou une solution faible de picro-carmin, le noyau se gonfle sans que sa forme s'altère sensiblement. Dans les mêmes circonstances, le corps cellulaire des leucocytes tend à se dissocier en laissant libre le noyau qu'il contenait.
Il nous parait utile de donner ici quelques renseignements sur les variétés du nombre des noyaux des leucocytes bien que nous soyons obligé de revenir plus tard sur ce sujet lorsque nous traiterons de l'origine des globulins et de celle des leucocytes.
Billroth a observé la segmentation du noyau pendant que la cellule est entraînée dans le courant de la circulation. Il est ordinaire, en effet, de trouver des cellules incolores à deux, trois ou quatre noyaux. Ranvier a noté, de son côté, que ceux
qui n'avaient qu'un noyau étaient les moins volumineux (1). On peut ainsi formuler l'évolution de ces éléments: chez les plus jeunes leucocytes, nous ne parlons que de ceux qui circulent, le corps cellulaire est très restreint, le noyau est unique, sphérique, à contours mieux limités que plus tard. Il fixe aussi plus énergiquemenlle carmin. On distingue communément un nucléole un peu excentrique, bien reconnaissable, comme une petite sphère faiblement colorée. Les leucocytes de cette variété présentent assez exactement, chez le chien et l'homme, le diamètre des hématies; ils peuvent être plus petits. Pouchet désig-ne ces leucocytes sous le nom de leucocytes primaires ou uni nucléés. On voit d'autres leucocytes, très semblables aux précédents, avec deux nucléoles plus petits, moins distincts, mais cependant encore trèsreconnaissables. Ces deux nucléoles sont toujours assez rapprochés l'un de l'autre.
Dans les formes plus volumineuses qui représentent certainement un âge plus avancé, les noyaux sont ou du moins semblent multiples. Il sont en même temps extrêmement petits. Le corps cellulaire est relativement plus développé. La question de savoir si la masse nucléaire est unique ou si elle est constituée par des noyaux sans aucun lien, contrairement à ce que nous aurons à décrire plus tard chez les amphibiens, est difficile à résoudre. Toutes les apparences sont pour l'individualité complète des noyaux, nous parlons ici des mammifères. Ce qui indique qu'il en est bien ainsi, c'est que le partage des noyaux n'est pas indéfini. Ce n'est que très exceptionnellement qu'on distingue cinq masses. Communément, on ne voit que un, deux, trois ou quatre noyaux. Ce dernier chiffre est de beaucoup le plus commun. En traitant la préparation par de la purpurine, on distingue nettement le contour des noyaux, hémis-
(1) Dans les deux formes de leucémie admises par Virchow, selon qu'elles dépendent des lésions des glandes lymphatiques ou de la rate, Mosler décrit des caractères différentiels aux leucocytes en excès dans le sang. Ces faits sont généralement révoqués en doute (V. Renaut, Archives de Physiologie, 1881).
phériqiies s'il y en a deux, séparé par une tranche cellulaire d'épaisseur notable. Il en est de même quand la cellule a trois noyaux, mais alors un des noyaux n'a pas encore subi la segmentation, il semble gros et nettement isolé. Le plus ordinairement, les leucocytes du sang offrent quatre petits noyaux disposés régulièrement, mais souvent plus reportés dans un hémisphère de l'élément; nous parlons du chien et de l'homme, car chez d'autres mammifères, tels que le cheval, ils offrent une disposition plus symétrique.
D'après M. Ranvier, le noyau des globules blancs offre les caractères suivants : dans quelques cellules, le noyau occupe le centre de la masse du protoplasma, est sphérique et muni d'un seul nucléole. Sur d'autres cellules, le noyau est en bissac, chacun des renflements uni par un pédicule est muni d'un nucléole. Le plus souvent, le noyau est formé d'un cylindre replié sur lui-même comme les anses d'un intestin; il décrit des zigzags, se conlourne de manière à représenter dos masses nucléaires d'apparence indépendante. D'autres fois, à côté d'un noyau en boudin, se voient un ou deux noyaux spliériques, isolés ou reliés aux noyaux en boudin par une sorte de pédicule. Enfin, dans une dernière forme, M. Ranvier a noté, comme les observateurs précités, deux, trois ou quatre noyaux distincts au sein du protoplasma des leucocytes. Cette forme serait la plus rare d'après lui.
Laissons là l'étude du noyau que nous compléterons plus tard en le suivant dans ses transformations, lors de la multiplication des éléments figurés du sang (1).
(1) Nous ne croyons pas devoir entrer dans le détail de l'action des divers réactifs chimiques et colorants sur les leucocytes : ce sont là des notions courantes qu'on trouve dans tous les ouvrages classiques et qui encombreraient inutilement notre travail. — Nous donnerons, du reste, des indications assez étendues sur ce sujet lorsque nous exposerons les recherches de Ehrlich sur les cellules éosinophiles.
LEUCOCYTES DE SEMMER
Sommer, élève de Alex. Schmidt, a appelé spécialement l'attenlion sur une espèce de leucocytes qu'on trouve avec des caractères en quelque sorte typiques chez le cheval. A. Schmidt a désigné ces éléments sous le nom de « rotlie Kœrneskugel ». G. Pouchet pense qu'il vaut mieux leur conserver le nom de leucocytes de Semmer, qui ne préjuge en rien de leur nature. Il préfère cette dénomination à celle de cellules éosiaophiles qui a été aussi proposée.
Cette variété de leucocytes offre à peu près le volume des autres. Ils sont sphériques, mais ils se distinguent immédiatement parce que le corps cellulaire contient des granulations arrondies plus ou moins volumineuses et réfringentes. Ces granulations se groupent dans une portion du corps des éléments dont les noyaux sont refoulés d'un autre coté, versla périphérie. Ce caractère parait constant. Il y a généralement deux noyaux avec des nucléoles dans les leucocytes de Semmer. Ces noyaux sont ovoïdes et toujours rapprochés.
Les mouvements amihoïdes de ces leucocytes sont peu prononcés. Au reste, ils n'existent pas seulement dans le sang : on les rencontre aussi dans les glandes lymphatiques, dans la moelle des os, etc.. Ils existent vraisemblablement chez tous les vertébrés et représentent le type dominant des hématies des invertébrés.
G. Pouchet avait déjà observé ces éléments et quelques-unes de leurs propriétés, notamment l'élection des fines granulations pour l'éosine, dès 1877. Mais Semmer et Schmidt avaient indiqué antérieurement ces éléments chez l'âne, le chien et le chat. On les retrouve toujours facilement dans le sang de l'homme, mais surtout chez le cheval où la grosseur de leurs granules devient tout à fait extraordinaire. Chez l'homme et
32 élp:ments figurés du sang
chez le chien, les granulalions sont beaucoup plus petites, mêlées à d'autres granulations sans qu'on puisse déterminer s'il s'agit de granulations très petites ou de vraies granulations pigmentaires.
A. Schmidt etSemmer avaient cru remarquer que les leucocytes granuleux signalés par eux disparaissaient après la saignée. Ils tendaient à regarder ces éléments comme constituant une sorte de forme de passage entre les hématies dépourvues de noyaux des mammifères et celles des autres vertébrés où, selon leur expression, Thémoglobine serait seulement plus diiïuse dans le corps de l'élément. Schmidt ajoute que le noyau de ces leucocytes à gros granules de substance hémoglobique offre les mômes caractères que le noyau des hématies elliptiques des ovipares.
G. Pouchet, contre cette interprétation, fait valoir des raisons d^ordre morphologique et chimique. Au point de vue morphologique, on voit souvent dans les leucocytes de Semmer un double noyau, ce qui n'a presque jamais lieu dans les hématies des ovipares. De plus, le noyau ou les deux noyaux sont toujours tangents à la périphérie de l'élément.
Au point de vue chimique, les noyaux des leucocytes de Semmer ont toujours une réaction uniforme : il n'en est pas ainsi des noyaux des hématies des ovipares dont les caractères microchimiques s'affaiblissent progressivement à mesure qu'ils avancent en âge.
Coloration. — Quelle est la nature des granulations des leucocytes de Semmer? Semmer, en s'appuyant sur l'aspect de ces granulations et sur leurs réactions à l'état frais, les rapprochait de la substance hémoglobique des hématies. Pouchet a vérifié que les granulations fixaient l'acide picrique et l'éosine à la manière de l'hémoglobine. Mais il lui paraît difficile de regarder les granulations des leucocytes de Semmer comme formées d'une substance en tout comparable à celle qui compose les hématies. Malassez afait remarquer