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ÉLÉMENTS FIGURÉS BU SANG

Couleur. — Les hématies sont des corps solides invisibles le plus souvent à l'œil nu. Dans le plasma vivant, ils se présentent avec une coloration jaunâtre toujours faible, quand on les examine individuellement ou en couche mince, par lumière transmise. On sait, en effet, que lorsqu'ils sont en couche un peu plus épaisse et particulièrement lorsqu'ils sont éclairés par la lumière réfléchie, ils offrent une belle coloration rouge ; c'est à leur présence que le sang- est redevable de sa couleur. Aussi la coloration de cette humeur varie-t-elle avec les proportions relatives des globules rouges, mieux encore avec les proportions de l'hémoglobine entrant dans la composition des hématies. Le sang des chlorotiques, le sang des leucémiques dans lesquels le chiffre des globules rouges est abaissé ainsi que le taux de l'hémoglobine en sont une preuve évidente.

Forme. — La forme générale (1) des hématies se rapporte à deux types différents : elles sont discoïdes ou ovalaires, suivant qu^'il s'agit des mammifères (à l'exception des caméliens) ou des vertébrés inférieurs. Cependant il existe aussi des hématies discoïdes chez un certain nombre de poissons, tels que la lamproie et les syngnates. Les hématies sont ovalaires chez les caméliens, les oiseaux, les reptiles, les batraciens et le plus grand nombre des poissons (2).

(1) L'aspect crénelé, dentelé, framboise que présentent les globules du sang hors des vaisseaux, particulièrement lorsqu'ils n'ont pas été soumis à un réactif fixateur convenable ou lorsqu'ils ne sont pas examinés instantanément après leur sortie du vaisseau ou quand on les prend dans le sang du cadavre, cet aspect, disons-nous, n'a rien de normal. Toutes ces déformations correspondent au passage de l'élément à l'état cadavérique lorsque les échanges nutritifs ont cessé. Le temps n'est plus où, par suite d'observations insuffisantes, on croyait pouvoir attribuer à ces diverses formes cadavériques, nne importance pathologique. On a dit que cette modification de forme est peut être due à la perte de l'acide carbonique, car sa restitution ramène la forme discoïde et rend aux globules leur contour circulaire ; en les privant de nouveau de l'acide carbonique, ils prennent la forme de marron d'Inde.

(2) On trouvera de plus amples détails sur la description des hématies elliptiques, notamment sur leur noyau, dans le chapitre consacré au développement des éléments figurés chez les ovipares et spécialement chez le triton.

Les hématies discoïdes sont excavées sur leurs deux faces; au contraire, les hématies ovalaires présentent le plus souvent un léger renflement dû à la présence d'un noyau central. Examinées dans des conditions favorables, les hématies discoïdes se présentent sous des aspects divers dont la comparaison permet de leur assigner une forme précise. Les unes semblent circulaires avec un centre alternativement clair et obscur, suivant qu'on éloigne ou qu'on rapproche l'objectif; les autres semblent allongées et en se déplaçant prennent une forme en bissac, sont étranglées au milieu. Cette apparente diversité de formes représente les aspects variés sous lesquels peuvent se montrer ces disques biconcaves, suivant qu'ils sont vus de face, de profil et dans une position intermédiaire.

Empilement des globules hors des vaisseaux. — Dans le sang tiré des vaisseaux, les hématies, qui étaient au début à peu près équidistantes, se groupent par séries, qui ont été depuis longtemps comparées à des piles de ^monnaie. Ce phénomène ne paraît pas avoir encore été expliqué d^une manière satisfaisante par les auteurs, qui se sont occupés en dernier lieu de ce point intéressant de l'histoire du sang (Dogiel, Weber et Suchard).

AVeber et Suchard notent que dansun vaissoau deux ou trois fois aussi large quele diamètre des hématies, celles-ci, si le courant procède lentement, se disposent en piles; mais ces piles ne contractent entre elles qu'une adhérence très faible et retrouvent bien vite leur indépendance dès que les hématies arrivent au contact d'un courant plus rapide.

Ce premier phénomène, qui peut se présenter dans un sang presque normal, par exemple dans le mésentère d'un animal, tiré à l'extérieur et dispqsé sous le microscope, semble dépendre de la forme des éléments et de la tendance qu'auraient tous les corps ayant la même forme et en suspension dans un liquide d'une densité à peu près égale à la leur, à prendre cette disposition.

La forme et la densité des hématies sont donc des facteurs importants dans le phénomène de l'empilement, lorsque les éléments sont sortis des vaisseaux; mais un autre facteur entre en jeu pour déterminer l'adhérence assez considérable de ces éléments entre eux. Robin l'avait compris en admettant l'existence d'une substance spéciale qui agglutinerait les globules les uns aux autres. Dogiel a prétendu que cette substance serait de la fibrine , en s'appuyant sur ce que les sels qui empêchent la formation de la fibrine s'opposent en même temps à la disposition des hématies en pile. Mais l'opinion de Dogiel ne paraît point soulenable^ car la fibrine a sous le microscope des caractères tellement tranchés qu'il serait aisé de la reconnaître.

Il est plus vraisemblable de penser qu'il se produit à la surface des hématies une substance mucilagineuse qui aide au rapprochement et au glissement des hématies, et qui de plus les maintient en contact.

Au reste, une disposition trè^ remarquable du sang sorti des vaisseaux ou immobilisé à l'intérieur est le groupement méthodique de ces éléments figurés. C'est là même un argument contre l'hypothèse de Dogiel, car on ne voit pas pourquoi la fibrine accolerait seulement les hématies les unes aux autres, et n'engloberait pas inditTéremment les leucocytes avec les hématies. Or, il n'en est pas ainsi dans le sang frais observé sous le microscope en lames minces : les leucocytes restent isolés, soustraits par conséquent à l'influence qui rapproche les hématies, ce qui prouve bien que la cause efficiente de ce rapprochement réside dans les hématies elles-mêmes.

Dimensions. — Les dimensions des hématies varient considérablement chez les animaux suivant les classes et les espèces. D'une manière générale, leurs dimensions suivent la loi connue qui régit la dimension des éléments anatomiques du corps des vertébrés. Les hématies sont petites chez les animaux qui ont de petits éléments anatomiques. Elles sont grandes chez les

animaux qui ont tous les éléments anatomiques volumineux. Cette dernière catégorie d'êtres est essentiellement représentée par les plag^iostomcs, les cyclostomes et les ampliibiens. Parmi les ampliibiens, celui qui a les éléments les plus volumineux est le protée, chez lequel les hématies atteignent des dimensions extraordinaires jusqu'à 125 |j.. Chez Tamphiume, les hématies sont encore un peu plus grosses. Voici, au reste, quelques dimensions d'hématies ovales mesurées suivant leur grand axe :

Caméliens 8 {ji.,2

Oiseaux • • • i t- aq

^ ., } lo a lo u.

Reptiles )

Tortues 22 (x

Poissons osseux 11 à 18 [x

Sélaciens 22 à 28 [x

Urodèles 28 à 32 a

Salamandres 37 à 45 a

Axolotts 51 jx

Prote'es l^o [x

(Amphiume 1/3 en plus Ruddel).

On a également calculé le volume des hématies. Voici, d'après Welcker, quelques-unes de ces mensurations:

Hommes 72 [x cube 27.7 à 31.9 (1)

Pigeons 125 jx cube 52.21

Lacerta agilis. . . . 201 (x cube 70.51 Grenouilles rousses. 6^29 ix cube 216.54

Protées 9200 (x cube 1.066.6

Citons encore Manassein et Léon Périer. Ce dernier a dressé des tables fort intéressantes des dimensions des hématies chez les mammifères.

(1) Les chiffres de la seconde colonne représentent le poiJs d'hémoglobine correspondant à un globule calculé en millièmes de milligramme ou en millionième de gramme.

Il ne faut pas oublier que les dimensions des hématies varient dans certaines conditions, notamment avec la taille de telle ou telle espèce animale. Il faut donc prendre, par conséquent, un bœuf, un chat, etc., de taille moyenne. Au reste, l'appréciation de ces dimensions ne peut toujours être qu'une approximation.

Il résulte des tables publiées par Léon Périer que la dimension des globules rouges de l'homme oscille de 7 à 9 ;j. On peut en trouver dont les dimensions s'élèvent jusqu'à 10 [j-^ mais la taille normale est de 7 u.. M. Périer en a lencontré n'ayant que 3 [X : ce sont probablement des hématoblastes en voie de transformation. Chez les animaux domestiques, la chèvre est remarquable par l'extrême petitesse de ses hémalies dont M. Périer fixe les dimensions entre 3,7 [j- maximum et 2,5 [x minimum. Il résulterait des observations de Manassein qu^un g-rand nombredecirconstancesprovoqueraientdansles globules du sang une dilatation augmentant leur diamètre, telle l'influence du frcdd , de l'acide cyanhydrique , des hémorrhagies, etc.

Contrairement à ce qu'on pourrait attendre, les dimensions des hématies, au moins chez les mammifères, ne sont pas en corrélation directe avec le calibre des vaisseaux où circule le sang. Ce diamètre des vaisseaux paraît plutôt en rapport avec le diamètre des leucocytes, car ces derniers éléments ont un volume à peu près uniforme chez les mammifères et les ovipares.

Nombre des hématies. — On a imaginé divers procédés pour apprécier le nombre des hématies dans une quantité de sang déterminé au moyen d'instruments, dits compte-globules. On peut signaler ceux de Potain et Malassez , de Hayem et Nachet. Tous reposent sur le même principe: on extrait par piqûre une quantité de sang déterminée qu'on étend dans une proportion connue d'un liquide n'altérant pas les globules. Puis, dans une quantité déterminée de ce mélange, on compte

au microscope les globules contenus dans un espace connu. Il faut remarquer qu'en procédant ainsi, les erreurs d'observation se trouvent, dans le calcul final, multipliées par un nombre d'autant plus fort qu'on étend le sang dans une plus grande quantité de liquide. Mais il y a encore d'autres causes d'erreurs qui tiennent au mode d'écoulement de sang par la piqûre intéressant tel ou tel capillaire dans telle ou telle condition, pouvant laisser écouler une plus ou moins grande quantité d'hématies mêlées au plasma. Il faudrait, semble-t-il, pour que ces mesures numériques soient absolument comparables, pouvoir puiser le sang au milieu d'un gros vaisseau. Ajoutons enfin que la proportion du plasma variant considérablement suivant l'abstinence, l'ingestion de liquides, etc., les résultats obtenus ne peuvent être que très approximatifs. Ces réserves faites, voici quelques chiffres empruntés aux travaux de Welcker, de VVorm-MulIer, de Malassez (1877).

Le sang de six hommes bien portants a donné, pour un millimètre cube, 4.600.000 hématies et 125 à 131 milligrammes d'hémoglobine. Le contenu moyen en hémoglobine d'un seul corpuscule serait donc de 27,77 à 31,90 if-^t. de milligramme (1).

(1) Nous extrayons d'un travail d'hématologie chimique de MM. Gilbert et Lion, élèves de M. le professeur Hayem {Arch. gén. de me'd., 1884) quelques documents sur le nombre des éléments du sang observés à leurs divers états physiologiques.

Dans le sang du nouveau -né (sang fcetal, Hayem, Damaschino), les globnles rouges ont des dimensions extrêmement variables, depuis les globules nains, qui mesurent 3 {j., 5 à 5 [j., 5 de diamètre, jusqu'aux globules géants qui acquièrent 9 {JL, 5, 10 [i,, 5,. Ces derniers sont prédominants.

Les leucocytes, d'après MM. Hayem et Duperie, varient dans les quatre premiers jours de la vie de 18,000 à 30,000 par millimètre cube.

Chez l'enfant (Hayem, Bouchut, Dubrisay), le taux des globules rouges serait un peu abaissé 4.269.211.

Chez la femme, il n'y aurait que 4.700.000 hématies au heu de 5.000.000 chez l'homme (Hayem).

On trouvera dans ce travail recommandable d'autres mensurations de globules et des chiffres variant suivant l'état de grossesse, de menstruation, l'alimentation, etc..

On a donné pour les animaux les chiffres suivants :

Nombre des hématies par millimètre cube.

Cobaye 4.284.000

Lapin >.«..^^^

Canard 2.300.000

Pigeon i. 950. 000

Poule en liberté 2.540.000

— depuis peu de temps en cage 2.950.000

— dans une basse-cour malsaine 2.326.000

Anguille murœna 1.626.000

Percha fluviatilis 950.000

Torpédo marmorata 76.000

Lacerta agilis 1.375.000

Lacerta viridis 840.000

Testudo mauritania. 660.000

Rana fusca 371.000

Rana viridis 250.000

Protœus sanguineus 45.000

Ces chiffres prêtent à quelques remarques. Les mammifères, homme, lapin, cobaye, etc., offrent unchiffre sensiblement voisin. Il en de même pour les oiseaux. Quant aux différences observées chez les reptiles et les batraciens, elles peuvent être interprétées par des modifications assez ordinaires dans les proportions du plasma et des globules chez ces diverses espèces animales.

Constitution générale des globules rouges

Il est évident que les globules rouges des ovipares sont formés par un protoplasma plus ou moins fortement teinté en jaune par l'hémoglobine qui l'imprègne ; ce protoplasma con-

tient un noyau, mais ce protoplasma est-il limité par une enveloppe distincte ou simplement par nne condensation de la partie la plus excentrique du protoplasma? c'est là une première difficulté que nous aurons à exposer.

Les globules rouges des mammifères, discoïdes, biconcaves ne présentent pas au premier abord de noyau; la plupart des histologistes n'admettent pas en effet, au moins cbezl'adulte, l'existence d'un noyau dans ces éléments.

M. le professeur Sappey, à l'aide de métliodes spéciales, a retrouvé dans les globules rouges des mammifères les mômes parties constituantes que dans les globules rouges des ovipares : une paroi, un protoplasma et un noyau. Etudions donc successivement la structure des globules rouges dans ces deux classes de vertébrés.

Globules rouges des ovipares. — Enveloppe. — D'après M. Sappey, l'enveloppe des globules rouges des ovipares est amorphe, mince et transparente, très perméable par suite. Les réactifs qui font rétracter le protoplasma isolent plus ou moins complètement cette membrane.

L'existence de cette membrane d'enveloppe dans les globules elliptiques n'est pas mise en doute non plus par M. Ranvier qui, en se servant du sulfate de rosaniline comme substance colorante, arrive à la mettre en pleine évidence.

G. Pouchet n'admet pas pour les globules rouges, pas plus que pour les globules blancs , de véritable membrane extérieure indépendante. Voici les raisons pour et contre l'existence de cette membrane, exposées par l'auteur lui-même en s'appuyant sur des préparations de sang desséché. Nous n'insistons pas ici sur la technique bien connue de cette méthode qui a ses avantages. Il n'est pas rare de voir des hématies qui se sont partiellement vidées. La substance intérieure du globule se faisant jour par la surface s'est répandue au dehors en petites masses mamelonnées. Ces masses répandues offrent exactement les mêmes caractères optiques que le corps lui

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