INTRODUCTION XV
formées de toutes pièces par genèse dans le plasma. Hayem présume que ce sont des fragments détachés du corps des leucocytes. M. Sappey admet que ce sont des fragments de noyaux des leucocytes devenus libres par diapédèse.
Il y a tout lieu de croire, bien que la discussion soit encore ouverte, que, de même que les leucocytes naissent et se développent soit dans le plasma sanguin et lymphatique, soit dans des foyers générateurs, les glandes lymphatiques, les hématies, elles aussi, se forment par des transformations diverses des leucocytes, soit aux dépens de certains leucocytes circulantclanslesang, soit auxdépens des leucocytes accumulas e stagnants dans certaines glandes vasculaires sanguines ou dans la moelle des os.
J^es travaux de Neumann, Malassez, Bizzozero, etc., nous démontrent qu'il existe dans la moelle osseuse des cellules, vraisemblablement des leucocytes spéciaux, en voie de transformation hémoglobicfue.
M. Malassez croit avoir prouvé que les globules rouges se multiplient dans la rate : mais ses numérations sont contredites par cel'es de M. Hayem.
On tend de plus en plus à déposséder le foie de ses fonctions hématopoiétiques.
Il convient d'admettre, en tenant compte de toutes les recherches modernes, que le processus de formation des leucocytes et des hématies est variable chez les animaux supérieurs et surtout chez les mammifères. Les leucocyles se multiplient dans le p'asma par division directe ou indirecte; ils se forment aus>i dans les glandes lymphatiques ; les hématies se régénèrent aussi dans le plasma et dans certains organes où s'effectuent leurs métamorphoses encore obscures ; ces organes sont les glandes vasculaires sanguines, et la moelle des os semble devoir en être rapprochée à cet égard.
D'après ces quelques considérations générales, on voit
XYI INTRODUCTION
avec quelles difficultés considérables nous nous sommes trouvé aux prises dans ce travail : difficultés d'exposition tenant à la complexité du sujet, difficultés d'interprétation, difficultés de critique, car nous sommes en présence de recherches et d'opinions faites et émises par des auteurs contemporains qui sont en contradiction formelle sur des points fondamentaux.
Notre rôle devait se borner à exposer impaitialement l'état actuel de la question, avec tout le respect que méritaient les travaux d'observateurs aussi éminents.
S'il nous est arrivé de {lenchervers une opinion, nous l'avons fait sans parti pris et nous n'en avons pas moins cité les idées adverses avec les développements qu'elles comportent.
L'ordre dans lequel nous avons disposé nos documents est le suivant : nous décrivons d'abord individuellement les globules blancs et les globules rouges, et leurs diverses apparences chez les vertébrés et les invertébrés ; puis nous donnons les diverses opinions sur l'hématopoièse et nous consacrons un chapitre au développement embryonnaire des hématies et à ranatomie comparée.
Nous étudions ensuite la composition chimique et ce que nous savons des fonctions des globules blancs et des globules rouges. — Nous avons fait le possible pour présenter un tableau bien proportionné de l'anatomie et de la physiologie des éléments figurés ; nous n'avons nullement la prétention d'avoir épuisé un sujet que les anatomistes, les embryologistes, les chimistes et les physiologistes ont toujours traité avec prédilection.
Nous remercions MM. les professeurs Sappey, Georges Pouchet, du Muséum, des conseils qu'ils nous ont donnés et des documents qu'ils ont mis à notre disposition ; nous remercions aussi tous nos collaborateurs, sans lesquels il nous aurait été impossible de mener à bien cette tâche.
LEUCOCYTES
Situation. — Les leucocytes ou globules blancs se rencontrent toujours dans le sang et clans la lymphe. Dans le sang, ils sont relativement peu nombreux et mêlés aux globules rouges. Dans la lymphe, ils constituent avec les globulins les seuls éléments figurés de cette humeur. Comme la lymphe est nécessairement versée chez les animaux supérieurs dans le système vasculaire sanguin, on peut en conclure que la plupart des leucocytes du sang proviennent de la lymphe.
La lymphe et le sang ne sont pas les seules parties de l'organisme où Ton puisse trouver des leucocytes. Ces éléments présentent une propriété physiologique de la plus haute importance, nous voulons parler de la faculté qu'ils ont de pousser des prolongements sarcodiques ou amiboïdes. Grâce à ces mouvements d'un ordre tout spécial, les globules blancs peuvent pénétrer, de dehors en dedans, dans les voies lymphatiques ou sanguines; et, d'autre part, ils peuvent sortir de ces mêmes voies pour se répandre dans les tissus. Ce sont probablement ces corpuscules migrateurs que Robin avait désignés autrefois sous le nom de « cvtoblastions », en les observant au milieu du tissu lamineux. Il n'est pas rare de les rencontrer aussi à la surface des muqueuses, au milieu de tissus tels que la cor- V. 2