DEUXIÈME DIVISION
DES DEVOIRS ENVERS SOI-MEIIE
DES DEVOIRS IMPARFAITS DE l’HOMME ENVERS LUI-MÊME (relativement a SA fin).
PMHliBE SECnOl.
DD DEVOIR ENVERS SOl-RÉUE, QUI CONSISTE DANS LE DÉVELOPPEMENT
ET DANS l'accroissement DE SA perfection naturelle , c'est-a-dire sons LE RAPPORT PRAGMATIQUE.
La culture {cutiura) de ses facultés naturelles (des facultés de l’esprit, de l’âme et du corps), comme moyens pour toutes sortes de fins possibles, est un devoir de l’homme envers lui-même. — L’homme se doit à luimême (en sa qualité d’être raisonnable) de ne pas négliger et laisser en quelque sorte se rouiller les dispositions naturelles et les facultés, dont sa raison peut avoir à faire usage dans la suite ; et , à supposer même qu’il puisse se contenter du degré de puissance qu’il trouve en lui pour satisfaire ses besoins naturels, sa raison doit d’abord l’éclairer, à l’aide de ses principes, au sujet de cette disposition à se contenter * d’un médiocre développement de ses facultés, puisque, étant un être capable de se proposer des fins, ou de prendre pour but certains objets, il est redevable de l’usage de ses facultés, non-seulement à l’instinct de la nature,
'Dicses Zufricdenieyn.
DEVOIRS ENVFRà SOI-MÊME.
mais encore à la liberté avec laquelle il détermine cette mesure. Il n’est donc pas question des avantages que la culture de nos facultés peut nous procurer (relativement à toutes sortes de fins) ; car, à ce point de vue (suivant les principes de Rousseau), ce serait peut-être à la grossièreté des besoins naturels qu'il faudrait donner la préférence ; mais c’est une loi de la raison moralement pratique et un devoir de l’homme envers lui-même, de cultiver ses facultés (et parmi elles l’une plus que les autres, suivant la nature particulière de ses fins), et de se rendre, sous le rapport pragmatique, propre à la fin de son existence.
Les facultés de l’esprit sont celles dont l’exercice n’est possible qu’au moyen de la raison. Elles sont créatrices, en ce sens que leur usage ne vient pas de l’expérience, mais dérive à priori de certains principes. Telles sont celles auxquelles nous devons les mathématiques, la logique et la métaphysique de la nature. Ces deux dernières se rattachent aussi à la philosophie, je veux dire à la philosophie théorétique ; et , quoique celle-ci ne signifie pas alors, comme son nom l’indique , l’étude de la sagesse , mais seulement la science, elle peut à son tour aider cette étude dans la poursuite de son but.
Les facultés de l'âme sont celles qui sont aux ordres de l’entendement et des règles dont il se sert pour réaliser les desseins qu’il lui plaît de poursuivre; elles suivent par conséquent le fil de l’expérience. Telles sont la mémoire , l’imagination , et d’autres facultés du même genre, sur lesquelles se fondent l’érudition, le goût (l’embellissement intérieur ou exté-
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D0CTR1NR DR LA VRRTI'.
rieur), etc., et qui fournissent des instruments pour des fins diverses.
Enfin la culture des facultés corporelles (ce que l’on appelle proprement la gymnastique) est le soin de ce qui constitue dans l’homme Vinsirumenl * (la matière), sans lequel il ne saurait atteindre aucune de ses fins ; par conséquent veiller sur la vie et sur la durée de l’animal dans l’homme est un devoir de l'homme envers lui-même.
Laquelle de ces perfections naturelles l’homme doitil préférer, et dans quelle proportion, relativement aux autres, doit-il se la proposer pour fin, s’il veut remplir son devoir envers lui-même? C’est ce qu’il faut laisser à chacun le soin de décider raisonnablement, suivant qu’il se sent du goût pour tel ou tel genre de vie et les facultés nécessaires pour y réussir, et qu’il fixe son choix en conséquence (soit, par exemple, sur le travail des mains, ou sur le commerce, ou sur la science). Car, pour ne rien dire du besoin de se conserver soi-même, qui ne peut par lui-même fonder aucun devoir, c’est un devoir de l’homme envers luimême d’être un membre utile dans le monde, puisque cela fait partie de la valeur de l’humanité qui réside en sa propre personne, et à laquelle il ne doit pas déroger.
Mais les devoirs de l’homme envers lui-même, quant à sa perfection physique, ne sont que des devoirs larges
» Zeug.
PRVOIRS ENVERS SOI-mAmE.
et imparfaits, puisque, s’ils fournissent une loi pour les maximes des actions, ils ne déterminent rien relativement aux actions mêmes, à leur mode et à leur degré, mais qu’ils laissent une certaine latitude au libre arbitre.
SEtlIÉlU SECnOE.
DO DETOn ENVERS SOI-MEMS RELATIVEllEirr A L'ACCROISSBaSET
DE SA perfection morale , c’bst-a-diie sous us rapport porevent korai.. § îl.
Il consiste d'abord, au point de vue subjectif, dans la pureté (fiuritas moralis) de nos intentions en matière de devoir : c’est-à-dire qu’il faut que la loi soit notre seule mobile, que nous n’y mêlions aucune considération empruntée à la sensibilité, et que nos actions ne soient pas seulement conformes au devoir, mais que nous les fassions par devoir. — « Soyez saints « est ici le commandement à suivre. Ensuite, au point de vue objectif, relativement à toute la fin morale, qui a pour objet la perfection, c’est-à-dire tout le devoir et l’accomplissement absolu de la fin morale à l’égard de soimême, le devoir peut se formuler ainsi : « Soyez parfaits. » Tendre vers ce but n’est jamais pour l’hommç que marcher d’une perfection à une autre ; mais • il y a bien quelque vertu, quelque mérite à y tendre. »
Ce devoir envers soi-même est strict et parfait quant à la qualité, quoiqu’il soit large et imparfait
116 * BOCTRINE DE L* VKRTO.
quant au degré, et cela à cause de la fragilité (fragilitas) de la nature humaine.
Cette perfection en effet, que notre devoir est de poursuivre, mais non d'atteindre (dans cette vie), et dont par conséquent l’accomplissement ne peut être autre chose qu’un progrès continu, est, par rapport à l’objet (à l’idée que l’on doit se proposer de réaliser), un devoir envers soi-même strict et parfait; mais, par rapport au sujet , elle est un devoir large et imparfait.
Les profondeurs du cœur humain sont insondables. Qui se connaît assez pour dire, quand il se sent poussé à faire son devoir, si c’est uniquement la considération de la loi qui le détermine, ou s’il n’est pas influencé par d’aulres mobiles sensibles, l’espoir de quelque avantage ou la crainte de quelque dommage, qui, dans une autre occasion, pourraient tout aussi bien le pousser au vice? — Pour ce qui regarde la perfection , comme fin morale, il n’y a sans doute dans l’idée (objectivement) qu’une seule vertu (je parle de cette force morale qu’exigent les maximes ‘), mais dans le fait (subjectivement) il y a une foule de vertus d’espèce différente, au-dessous desquelles il serait impossible de ne pas trouver, si l'on en voulait faire la recherche, quelque défaut de vertu * (quoique, à cause de la nature même de ces vertus, on n’ait pas coutume de lui donner le nom de vice). Mais une somme de vertus, dont la connais.eance de nous-mêmes ne peut jamais nou.s
' Ah k-ililichi’ Sliirke (1er Hfarimen. — * Irgniâ Hue ritliignid.
IIEVOIRS E>iV>;RS SüI-.MÊME.
montrer suffisamment la perfection ou le défaut, ne peut fonder que le devoir imparfait d’être parfait.
Tous les devoirs envers soi-même, relativement à la fin de l’humanité dans notre propre personne, ne sont donc que des devoirs imparfaits.