‹ Eléments métaphysiques de la doctrine de la vertuChapitre 35 sur 56 · LA MÉDISANCE · texte numérisé non relu

LA MÉDISANCE

Les propos malveillants ou la médisance ® (obtrectatio), paroù je n’entends pas la calomnie* {contumelia)

• Thorheit. — • Narrheit.

• Die üble Nachrede oder das Àfterreden. — * Yerlaumdung.

DOCTRINE DE LA TERTU

OU ces Jaux rapports qu’on peut déférer aux tribunaux, mais seulement ce penchant immédiat à divulguer, sans aucun but particulier, ce qui est préjudiciable à la considération d’autrui, c’est là quelque chose de contraire au respect dû à l’humanité en général, puisque tout scandale donné affaiblit ce respect, qui est pourtant le mobile du bien moral, et nous rend, autant que possible , incrédules à ce sujet.

Propager de propos délibéré (propalatio) une chose qui attaque l’honneur d'autrui, mais qui n’est pas justiciable des tribunaux, quand même cette chose serait vraie d'ailleurs, c’est affaiblir le respect dû à l’humanité en général, de façon à jeter à la fin sur notre espèce même l’ombre du discrédit, et à faire de la misanthropie (de la haine des hommes) ou du mépris la façon de penser dominante, ou à émousser le sens moral par le spectacle fréquent du vice, auquel on finit par s’accoutumer. Au lieu donc de prendre un malin plaisir à dévoiler les fautes d’autrui, afin de s’assurer ainsi la réputation d’un homme de bien, ou du moins d’un homme qui n’est pas pire que les autres, c’est un devoir de vertu de jeter sur les fautes d’autrui le voile de la philanthropie, non-seulement en atténuant nos jugements, mais même en ne les exprimant pas; car l’exemple du respect que nous accordons aux autres peut les exciter à s’efforcer d’en devenir dignes. — C’est pourquoi l’espionnage des mœurs d’autrui (allotrio-episcopia) est par lui -même une curiosité blessante, à laquelle chacun a le droit de s’opposer, comme à une violation du respect qui lui est dû.

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DEVOIRS ENVERS LES AUTRES HOllHBS.

LA lAlLUUS *.

La manie de blâmer à tort et à travers * et le penchant h tourner les autres en ridicule, ou V humeur moqueuse qui consiste à se faire des fautes d’autrui un objet immédiat de divertissement, sont de la méchanceté, et il faut bien les distinguer de la plaisanterie*^ ou de cette familiarité, qui consiste à rire entre amis (mais non d’une manière offensante’^) de certaines particularités qui ne sont des fautes qu’en apparence, inæs qui dans le fait dénotent une supériorité d’esprit, ou qui n’ont parfois d’autre tort que celui d’être en dehors des règles de la mode. Mais le penchant à tourner en ridicule des fautes réelles, ou des fautes imaginaires qu’on présente comme réelles, afin d’enlever à une personne le respect qu’elle mérite, ce qu’on nomme enfin l’esprit caustique ® {spiritus causiicus), annonce un plaisir qui a en soi quelque chose de diabolique, et c’est par conséquent une très-grave violation du devoir de respect envers les autres hommes.

Il faut encore distinguer de ce vice cette manière plaisante, mais railleuse, de renvoyer avec mépris à un adversaire des attaques offensantes (retorsio jocosa), qui fait que le moqueur (ou en général un adversaire méchant, mais faible) est moqué à son tour, et

1 Die Verhohnung. ■ * Die leichtfertige Tadeltucht. — * SpoUtuclU.

— * Scherx. — • Welehes daim kein Bohnlaehen Ut,

* Die bittere Spoltsuchl,

qui est une légitime défense du respect qu’on a le droit d’en attendre. Mais, si l’objet ne prêle pas proprement à la plaisanterie, si c’est quelque chose à quoi la raison attache nécessairement un intérêt n\oral, alors , quelque raillerie que l’adversaire y ait mise de son côté, et quoiqu’il prêle lui-même le flanc au ridicule, il est plus conforme à la dignité de l’objet et au respect de l’humanité, ou bien de ne point répondre à l’attaque, ou bien de lui opposer une défense sérieuse et grave.

REHARQUR.

On remarquera que, sous le titre précédent, on a moins vanté les vertus que blâmé les vices opposés ; la raison en est dans l’idée du respect , tel que nous sommes obligés de le témoigner aux autres hommes, et qui n’est qu’un devoir négatif. — Je ne suis pas obligé de vénérer ' les autres (considérés simplement comme hommes) , c’est-à-dire de leur témoigner un respect positif. Tout le respect auquel je suis naturellement obligé est celui de la loi en général {revereri legem)\ suivre cette loi, même relativement aux autres hommes, je ne dis pas vénérer les autres hommes en général {t'everentia adversus hoinincm), ou leur prêter en cela quelque chose, c’est là un devoir universel et absolu envers les autres, que l’on peut exiger de chacun, comme le respect qui leur est dû originairement {obscrmntia débita).

Les différentes espèces de respect qu’il faut témoigner aux autres suivant la différence de leurs qualités ou de leurs rapports accidentels, c'est-à-dire de l’âge, du sexe, de la naissance, de la force ou de la faiblesse, ou même de l’état et de la dignité, choses qui, en grande partie, reposent sur des institutions arbitraires; tout cela ne peut être complètement exposé et classé dans des éléments méta-

* Zu verehren.

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DEVOIRS BKVER8 LES AUTRES HOMMES

p/iysiqtuf de la doctrine de la vertu , puisqu'il ne s’agit ici que des principes purement rationnels de cette soieuce.

CaiAPETIiK SEC9WD.

DES DEVOIES DE VEBTO DBS BOMBES EETEE BOX . AD POIMT DE VDB DE LEUR état.

Ces devoirs de vertu ne peuvent, à la vérité, dans l’éthique pure, donner lieu à un chapitre spécial qui les réduise en système ; car ils ne contiennent pas de principes d’obligation des hommes entre eux comme tels, et par conséquent ils ne sauraient former proprement une partie des éléments métaphysiques de la doctrine de la vertu : ce ne sont que les règles de VappUcfl/ion du principe (formel) de la vertu aux cas que présente l’expérience (au matériel), inodiHées suivant la différence des sujets; et c’est pourquoi, comme toutes les divisions empiriques, ils ne permettent point de classification rigoureusement parfaite. Cependant, de même que l’on veut un passage qui conduise de la métaphysique de la nature à la physique au moyen de règles particulières, on demande avec raison à la métaphysique des mœurs de fournir un passage analogue : à savoir de schématiser en quelque sorte les principes purs du devoir, en les appliquant aux cas de l’expérience, et de les tenir tout prêts pour l’usage moralement pratique qu’on en doit faire. — Quelle conduite faut-il donc tenir à l’égard des hommes, quand par exemple ils sont dans un état de pureté morale, ou

dans un état de dépravation ? Quand ils sont cultivés ou incultes? Quelle manière d’être convient au savant ou à l’ignorant? Quelle fait du savant un homme sociable (poli) dans l’emploi de sa science, ou un pédant de profession? Quelle sied au praticien ou à celui qui cultive davantage l’esprit et le goût? Comment enfin doit-on se conduire suivant la différence de la position, de l’âge , du sexe , de i’état de santé, de la richesse ou de l’indigence, etc.? Ce ne sont pas là pour l’éthique des espèces différentes à' vbligaiton (car il n’y en a qu’une, à savoir celle de la vertu en général), mais seulement des modes d'application {noptapam'); et par conséquent on n’en saurait faire des sections de l’éthique et des membres de la division d’un système (lequel doit dériver à priori d’un concept rationnel), mais seulement les y ajouter sous forme d’appendice. — Mais cette application même suppose une exposition complète du système.

■ Des corollaires. Dans le texte > le mot grec que je rétablis est habillé à l’allemande : Foritmen.

DEVOIRS ENVERS LES AUTRES UOHHES

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