‹ Eléments métaphysiques de la doctrine de la vertuChapitre 50 sur 56 · A UNE HÈRE · texte numérisé non relu

A UNE HÈRE

est-il tout autrement. Les séductions qui déjà de loin se préparaient à entraîner une jeunesse encore mal défendue, les calamités et les disgrâces dont le menaçait l’avenir, autant de maux auxquels échappe heureusement celui qu’une mort prématurée emporte dans une heure bénie, tandis que les amis et les parents, ignorant l’avenir, pleurent la perte de ces années, qui, à ce qu’ils se figurent, eussent glorieusement couronné la vie de celui qu’ils regrettent. Je veux, avant de terminer ces quelques lignes, tracer une courte esquisse de la vie et du caractère du défunt. Je tire ce que je vais rapporter des renseignements que m’a fourni son ami M. Hofmeister, qui le pleure tendrement, ou de ce que j’ai pu connaître par moi-même. Mais combien n’y a-t-il pas de bonnes qualités qui ne sont connues que de celui qui voit dans le plus profond des cœurs, et qui s’efforcent d’autant moins de paraître au grand jour qu’elles sont plus nobles !

M. Jean Frédéric de Fimk était né en Courlande le 4 octobre 1738 d’une très -noble famille. Dès son enfance, il n’avait jamais joui d’une parfaite santé. Il fut élevé avec un grand soin et montra beaucoup d’ardeur pour l’étude; la nature avait déposé dans son cœur le germe des plus nobles qualités. 11 vint le l.'i juin 1739, avec monsieur son jeune frère, sous la conduite de leur maître M. Hofmeister, dans notre académie. Il se soumit avec tout l’empressement possible à l’examen de M. le doyen d’alors, et cet examen fit honneur à son travail et à l’enseignement de son maître M. Hofmeister. Il suivit avec une assiduité exemplaire les leçons de M. le conseiller du consistoire et professeur Teske, aujourd’hui grand recteur de l’Université ', ainsi que celles de M. le docteur en droit Funk et tes miennes. Il vécut isolé et paisible, ce qui lui permit de conserver encore le peu de forces de son corps, porté à la consomption, jusqu’à ce que, vers la fin de février de cette année, il en fut peu à peu si attaqué que ni les soins qui lui furent donnés, ni le zèle d’un habile médecin ne purent le conserver plus longtemps. Le 4 mai de cette année, après s’être préparé à une fin édifiante avec la fermeté et la piété ardente d’un chrétien, il mourut doucement et saintement, avec l’assistance de son fidèle pasteur, et il fut en-

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CONSOLATION A DNK HÈRE.

terré, conformément à son rang, dans notre église cathédrale.

Il était d’un caractère doux et tranquille, affable et modeste vis-à-vis de chacun, bon et porté à une bienveillance universelle, jaloux de se cultiver pour l’ornement de sa maison et le bien de sa patrie. Il n’a jamais affligé personne autrement que par sa mort. 11 se livra à une piété sincère. Il serait devenu un excellent citoyen pour le monde ; mais la volonté du Très-Haut était d’en faire un habitant du ciel. Sa vie est un fragment qui nous a fait regretter le reste, dont nous a privés une mort prématurée.

11 devrait être proposé comme un modèle à ceux qui veulent parcourir honorablement les années de leur éducation et de leur jeunesse, si un mérite paisible produisait sur des esprits légers la même impression d’émulatiou que les qualités faussement brillantes de ceux dont la vanité se contente de l’apparence de la vertu, sans se soucier de la vertu même. 11 est très-regretté par ceux auxquels il était lié, par ses amis et par tous ceux qui l’ont connu.

Tels sont, madame, les traits du caractère de monsieur votre tils, $i justement aimé de vous pendant sa viej quelque faiblement tracés qu’ils soient, ils renouvelleront beaucoup trop la douleur que vous ressentez de sa perte. Mais ces qualités regrettées sont justement dans une telle perte de graves motifs de consolation; car ceux-là seulement qui mettent légèrement en oubli les plus importantes de toutes les occupations, peuvent rester tout à fait indifférents à l’état où ils seront en entrant dans l’éternité. Je me dispenserai, madame, de vous exposer longuement les motifs de consolation qui peuvent vous soutenir dans cette affliction. Renoncer humblement à nos propres vœux, quand il plaît à la très-sage Providence d’en décider autrement, et aspirer chrétiennement à cette sainte fin, où d’autres sont arrivés avant nous, ce sont là des moyens qui peuvent plus pour la tranquillité du cœur que toutes les raisons d’une éloquence aride et sans force. J’ai l’honneur, etc.

Kœnlgsberg, le 6 juin 1760.

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