‹ Elements Metaphysiques de la Doctrine de la VertuChapitre 11 sur 52 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

S’il y a sur quelque objet une philosophie (un système de connaissances fondées sur des concepts rationnels), il doit y avoir aussi pour cette philosophie un système de concepts rationnels purs , indépendants de toute condition empirique', c’est-à-dire une mètaphijsique. — Reste à savoir seulement si pour donner à chaque partie de la philosophie pratique, c’est-à-dire de la science des devoirs, et par conséquent à la doctrine même de la vertu (à l’éthique), le caractère d’une véritable science ( un caractère systématique) , et lion pas seulement celui d’un assemblage de maximes détachées (un caractère fragmentaire), il faut s’appuyer sur certains éléments métaphysiques. — Cela n’est douteux pour personne quant à la doctrine pure du droit, car elle n’envisage que la forme " de la liberté dont il s’agit de limiter l’action extérieure par ses propres lois, et elle fait ainsi abstraction de toute fm, ou de toute matière de la volonté. La doctrine des devoirs est donc ici une pure doctrine scientifique ’ [doctrine scienliœ) (1).

* AnictiauuiiffsOrJiiigung, proprement condition d'intuition. — * Vas Formliebe. — ’ tyiuensUlire,

(I) Celui qui sait la philcsophie pralique n’csl pas pour cela UH pki-

UÜCTRIKE BE LA VCRIL.

Mais il semble tout à fait contraire & l’idée de cette partie de la philosophie qui s'appelle la doctrine de la vertu de remonter jusqu’aux éléments métaphysiques, afin de faire du concept du devoir, dégagé de tout élément empirique (de tout sentiment), un mobile pour la volonté. Car comment se faire une idée de la force extraordinaire et de la puissance herculéenne dont nous aurions besoin pour triompher de nos passions les plus vives, s’il fallait que la vertu tirât ses armes de l’arsenal de la métaphysique, cette chose de spéculation , accessible à si peu d’hommes 1 Aussi quiconque veut enseigner la vertu dans une assemblée, dans une chaire ou dans un ouvrage populaire , se rend-il ridicule en se parant de lambeaux de métaphysique. — Mais il n’est pas pour cela inutile , et encore moins ridicule , de chercher dans la métaphysique les premiers principes de la doctrine de la vertu, car tout vrai philosophe doit remonter aux premiers principes du concept du devoir : sans quoi il n’y aurait en général ni

lonph* pratifve. Le phlloiophe pnliqne eet celoi qui prend pour principe de$u ociionr le but /tnol de la ration , et qui d'allleun poMède le tiroir néeeeeiire pour œla. Maie comme ce (irolr a l'action pour objet , Il n'a pat beaoin d'élre pouitê Jusqu'aux fili lea plot déliés de la métipbrsique quand il ne s'agit que des devoirs de vertu , et non pas des devoirs de droit, où le mien et le tien doivent être exactement pesés dans la balance de la Justice , suivant le principe de l'égalité de l'action et de la réaction , et avoir par conséqnent quelque chose d'anali^ue i la précision mathématique. Alors U est moins question de la connaissance de ce qu'il est de notre devoir de faire (chose qu’il est facile de savoir en remarquant les fins que tous les hommes poursuivent naturellement] que du principe intérieur de la volonté. Il faut, en eOét, que la conscience de ce devoir soit en même temps le mobile des actions , et eelui-tt seul mérite le nom de philosophe pratique qui Joint h son savoir ce principe de sagesse.

Page 1