‹ Elements Metaphysiques de la Doctrine de la VertuChapitre 26 sur 52 · OEVOIH:! ENVERS LES AL'TRES HOMMES · texte numérisé non relu

OEVOIH:! ENVERS LES AL'TRES HOMMES

distance les uns des autres; et, si l’une de ces deux grandes forces morales venait à manquer, alors (si je puis me servir ici des paroles de Haller en les appliquant à mon objet) • le néant (de l’immoralité) engloutirait dansson gouffre tout le règne des êtres (moraux), comme une goutte d’eau. ■

Mais Vamour ne doit pas être considéré ici comme un sentiment (au point de vue esthétique), c’est-à-dire comme un plaisir que nous trouvons dans la perfection des autres hommes, comme amour du plaisir * de les voir heureux *, car on ne peut être obligé par autrui à avoir des sentiments ; il y faut voir une maxime de bienveillance (un principe pratique), ayant pour effet la bienfaisance.

Il en est de même du respect que nous devons témoigner aux autres ; il ne s’agit pas en effet ici simplement de ce sentiment qui résulte de la comparaison de notre propre valeur avec celle d’autrui (comme celui qu’éprouve, par pure habitude, un enfant pour ses parents, un élève pour son maître, un inférieur en général pour son supérieur), mais d’unemaximequiconsiste à restreindre notre estimé de nous-mêmes au moyen de la dignité de l’humanité dans une autre personne, et par conséquent on doit entendre ici le respect dans le sens pratique {pbservantia aliis præsianda).

En outre le devoir du libre respect envers autrui.

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DOCnUHE 1)K LA VUTl'.

n'étant proprement qu’un devoir négatif (celui de ne pas s'élever au-dessus des autres), et étant ainsi analogue au devoir de droit, qui défend de porter atteinte au bien d’autrui, peut être regardé comme un devoir strict , quoique , comme devoir de vertu , il se lie au devoir d’amour, et que celui - ci doive être considéré comme un devoir large.

Le devoir d’aimer son prochain peut donc encore se formuler ainsi : le devoir de faire siennes les fins d’autrui (pourvu qu’elles ne soient pas immorales); et le devoir de respecter son prochain est contenu dans la maxime qui me défend de rabaisser aucun autre homme au rang de pur moyen pour mes propres fins, et d’exiger d’un autre qu’il s’abdique lui-méme jusqu’à se faire mon esclave.

En pratiquant envers quelqu’un le premier de ces devoirs, je l’oblige, je mérite de lui ; en pratiquant le second, je m’oblige simplement moi-même, et me borne à ne rien fiter à la valeur qu’un autre a le droit de placer en lui-même, en tant qu’homme.

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L’amour de l’humanité (la philanthropie), étant considéré ici comme une maxime pratique, et non par conséquent comme l’amour du plaisir de voir les, autres heureux, doit consister dans une bienveillance active, et par conséquent regarde les maximes des actions. — Celui qui prend plaisir au bonheur (salus) des hommes , en les considérant simplement comme tels , qui est

MXOIHS gNVKKÜ LIU> AUT^Ü HUHMKS. 123

heureux quand les autres le sont , est dans le sens gé> néi'al du mot un philanthrope. Celui qui n’est content que quand tout va mal pour les autres , est un misaathrope' (dans le sens pratique). Celui qui est indifférent & tout ce qui peut arriver à autrui, pourvu que tout aille bien pour lui-même, est un égoïste (solip^ sista). — Mais celui qui fuit les hommes parce qu’il ne peut trouver aucun plaisir dans leur société, quoi-> qu’il leur vetûlle du bien à tous , celui-là est un anthroi pophobe ^ (un misanthrope dans le sens esthétique), et son éloignement pour les hommes mérite le nom d’anthropophobie.

La maxime de la bienveillance (la philanthropie pratique) est le devoir de chacun de nous à l’égard des autres , que nous les trouvions ou non dignes d’amour ; l’éthique nous l’impose au nom de cette loi de la perfection : Aime ton prochain comme toi-même. — En effet , tout rapport moralement pratique entre les hommes est un rapport conçu par la raison pure, c’est-à-dire un rapport d'actions libres se réglant sur des maximes qui ont le caractère d’une législation universelle, et qui, par conséquent, ne peuvent dériver de l’amour de soi {ex sotipsismo prodeunles). Je veux que chacun me témoigne de la bienveillance {benevo- /entiam); je dois donc être bienveillant à l’égard de chacun. Mais, comme sans moi tous les autres ne sont

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pas tous les hommes, el que, par conséquent, la maxime n’aurait pas le caractère universel d’une loi, sans laquelle pourtant il ne saurait y avoir d’obligation , la loi du devoir de la bienveillance me comprendra moi-même comme objet de cette bienveillance prescrite par la raison pratique. Cela ne veut pas dire que je sois obligé par là do m’aimér moi-même (car cela arrive inévitablement sans cela, et par conséquent il n’y a aucune obligation à cet égard); seulement la raison législative , qui , dans l’idée qu’elle se fait de l’humanité en général, renferme toute l’espèce (moi-même par conséquent), me comprend aussi , en tant qu’elle dicte des lois universelles , dans le devoir de la bienveillance réciproque , qui se fonde sur le principe de l’égalité existant entre tous les autres et moi. Elle me permet donc de me vouloir du bien à moi -même, mais à la condition d’en vouloir à tous les autres car c’est à cette seule condition que ma maxime (de la bienveillance) pourra revêtir la forme d’une loi universelle, ce qui est le caractère de toute loi du devoir.

La bienveillance, considérée dans la philanthropie générale , est la plus grande quant à Vétendue, mais la plus petite quant au degré; et, lorsque je dis que je prends part au bien de tel ou tel homme uniquement en vertu de la philanthropie générale , l’intérêt que je prends ici est le plus petit qui puisse être. Tout ce que je puis dire , c’est que je ne suis pas indifférent à son égard.

REVOIRS ENVERS LES AITHRS HOMMES. I9t(

Mais Tun me touche de plus près que l’autre , pt celui qui me touche de plus près en fait de bienveillance, c’est moi-même. Or comment cela s’accorde-til avec la formule : Aime ton prochain (^ton semblable) comme toi-même? Si l’un me touche déplus près que l’autre (dans le devoir de la bienveillance), je suis donc obligé à une plus grande bienveillance envers l’un qu’envers l’autre; et, comme je suis continuellement plus près de moi-même (même au point de vue du devoir) que tout autre , je ne puis dire , à ce qu’il semble, sans me contredire , que je dois aimer chaque homme comme moi -même; car la mesure de l’amour de soi ne laisserait aucune différence dans le degré. — On voit tout de suite qu’il ne s’agit pas ici seulement de cette bienveillance qui se borne au dmr de voir les autres heureux et qui n’est proprement que la satisfaction que nous cause le bonheur d’autrui, sans même que nous ayons besoin d’y contribuer (chacun pour soi. Dieu pour tous), mais de cette bienveillance active et pratique, qui consiste à se proposer pour but le bonheur d’autrui (ce qu’on appelle la bienfaisance). En effet, dans le désir, je puis vouloir egalement du bien à tous ; mais dans l’action, sans violer l’universalité de la maxime , le degré peut être fort différent , suivant la différence des personnes aimées (dont l’une me touche de plus près que l’autre).

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