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(luestion : c est un devoir pour nous de faire intenenir l’idée de Dieu dans celle de nos devoirs, soit envers nous-mêmes, soit envers nos semblables, c’est-à-dire de les considérer euxmêmes comme des commandements divins; mais ce devoiin’est point un devoir etivern Dieu, dont la nature et les rapports avec le monde et avec l’humanité nous sont trop inaccessibles pour que nous puissions avoir des obligations cnvei's lui; c’est simplement un devoir envers nous-mêmes, (pii trouvons dans l’idée de Dieu un appui pour notre moralité’. Mais, demanderai-je à Kant, comment peut-on me faire un devoir d’admettre celte idiie en vue de l’utilité morale cpie j’en puis retirer? Ou elle n’a d’ailleurs aux yeux de mon esprit aucune valeur objective, et alors comment peut-elle avoir l’utilité qu'on lui attribue? Ou elle a en effet un fondemoiit réel, et alors ce n’est pas l’affaire de ma volonté, mais de ma raison de l’admettre en ma créance. Si je l’adopte, ce n’est pas à titre d’obligation, mais comme une vérité sullisamment établie ; et si j’en tire quelque bien moral, c'est (pie je la tiens pour vraie absolument. Cela posé, di'is que nous concevons Dieu comme le principe de tout bien et la source de tonte perfection, on, suivant les paroles mêmes de Kant, comme le législateur et le juge suprême du monde moral, quelque inœnipri’hensibles que nous soient d’ailleurs sa nature et les rapports qui nous unissent à lui’, je ne vois pas pourquoi nous ne saurions admettre comme un devoir direct envers lui, sinon telle ou telle pratique extérieure, du moins une certaine piété intérieure. A part ces objections, j’accorde volontiers à Kant que la morale religieuse, an point de vue de la pure philosophie, n’a point d’autre culte à nous prescrire ipie celui des lionnes œuvres. Tout autre est toujours plus on moins entaché d’anthropomorphisme et de superstition. La vraie
• Cf. p. XXXI et p. xxxiii.
• Pourquoi d’ailleurs ajouter aux dilllcultés déjà trop uumlireuscs et trop réelles que nous offre la coneeption des rapports de Dieu avec, le monde des difllcuttés oiseuses, en mettant, par exemple, sur le compte de la justice absolue des sentences que la seule force des préjugés a pu élever au rang de vérités universelles, mais que leiioussc la droite raison '■ vovei plus haut, p. lviii)?
ANALYSE CRITIQUE
manière d’honorrr Dieu, c’est do travailler à se rendre meilleur.
La seconde partie de l’éthique de Kant, la méthodologie *, a particulièrement trait à l’enseipnement de la vertu, et touche ainsi au grand problème de rédiicat'on, qui a été de la part de notre philosophe l’objet d’une étude spéciale, dont il me reste à parler, pour compléter cette exposition critique de la morale kantienne.
a C'est dans le problème de l’éducation que git le grand secret du perfectionnement de l’humanité. « Ces paroles du philosophe de Kœnigsberg expriment la pi'usée générale, du dix-huitième siècle. Dans son •U’de.irà poursuivre le progrès, il comprit bien, ce siècle des imiières (comme il s’est justement appelé lui-méme), que l’éducation en est l'instrument le plus puissant et que l’avenir de l’espèce humaine dépend de là. Aussi eutn'prit-il de réformer tout le système de l’éducation, en remontant à ses premiers principes et en l’appropriant à la destination. que nous assigne notre nature, affranchie de ses vieilles entraves et désormais mieux connue. Cette grande idée ne trouva nulle part un apôtre plus fervent à la fois et plus sage que le réformateur de la philosophie allemande. On raconte que, quand il reçut Y Émile de Rousseau, il le lut avec une telle avidité que la régularité de ses promenades en fut un instant troublée; il ne fallait rien moins que l’apparition d’un tel livre ou qu’un événement comme la Révolution française pour opérer en lui un pareil miracle. Mais, s'il admirait la aucoiq) ce beau livre, s’il en aimait les intentions généreuses, s’il en adoptait certains principes, il en savait très-bien aussi discerner les exagérations et les erreurs. En matière d’éducation, kant est à beaucoup d’égards un disciple de Rousseau, mais c’est un disciple indépendant et quiexc4'llc à corriger son maître. Les devoirs même de sa profession l’appelaient à exposer ses propres idées sur cette grave matière ; car, en sa qualité de professeur de philosophie
> Plus haut. p. U.
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à l’univei'sitü de Kœnigsberg, il était tenu de faire à certaines époques des leçons de Pêdayonie. On sait conibicn était alors cultivée en Allemagne cette science dont le nom seul fait sourire nos beaux esprits. Kant avait pris pour manuel de son enseignement le livre d’un de ses collègues, Samuel Bock, mais il ne s’en servait que comme d’un texte à observations, et il le commentait avec tonte l’originalité et toute la richesse de son propre esprit. Il avait recueilli pour cet objet un certain nombre de notes, écrites, comme les pensées de Pascal, sur des feuilles détachées. Ces notes réunies composent un véritable traité de pédagogie, qui méritait de figurer parmi ses oeuvres et qui méritait aussi d’être traduit en français. Sans doute il n’y faut pas chercher un ensemble harmonicnx et complet : ce n’est ici qu’un recueil d’observations cousues les unes aux autres, et non un ouvrage savamment composé; aussi ne doit-on pas s’étonner d’y rencontrer plus d’une lacune et bien des redites. Mais en revanche, au lieu d’une étude (ténible, comme celle d’un traité didacticjue dans le goût allemand, on y trouve une lecture aussi facile qu’instructive, aussi attrayante que solide. Je voudrais en extraire en quelque sorte la substance, pour donner à mes lecteurs une juste idée des nobles inspirations et des trésors d’observations qu’ils y pourront puiser eux-mêmes.
On a vu par le mot que j’ai cité en commençant quelle importance Kant attribuait au problème de l’éducation ; elle contient en germe tout le perfectionnement de riuimanité. « Il est doux de penser, ajoute-t-il que la nature humaine sera toujours mieux développée par l’éducation, et que l’on arrivera ainsi à lui donner la forme qui lui convient par excellence. » Avec tout son siècle, il croit au bonheur futur de l’espèce humaine, et c'est dans les progrès de réducation qn’il en découvre la perspective. A cet égard, le présent lui garantit l’avenir. « On commence aujourd hui, dit-il ’. it juger exactement et à apercevoir clairement c qui constitue proprement une bonne éducation. » — o Les hommes, dit-il encoie *, n’avaient autrefois aucune idée de la jjertection dont la nature humaine est capable; o il reconnaît d’ailleurs que cette idée
' Traduction française p. 190. — * Ibid, — * p. 192.