‹ Éléonore de Roye, princesse de Conde, 1535-1564Chapitre 12 sur 17 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

A peine de retour au château de Condé-en-Brie, Éléonore de Roye fut, le 26 avril, subitement atteinte d'une violente hémorrhagie, symptôme alarmant d'une de ces affections organiques, accompagnées de cruelles souffrances, qui tarissent promptement les sources de la vie. Dès le premier moment, elle s'était sentie mortellement atteinte, et avait été confirmée dans son sentiment par ses médecins, dont elle avait provoqué les franches déclarations.

Trois mois consécutifs allaient se passer durant lesquels elle supporterait avec une admirable résignation l'austère dispensalion qui lui était envoyée. Qu'on juge de ce qu'elle eut à souffrir et de sa soumission à une volonté suprême, qu'elle sut toujours trouver bonne, par ces seules paroles d'une amie (1) qui assista à toute les phases de sa dernière et longue maladie : « Je poury> rois difficilement exprimer tous ses maux, car ils estoient si j> divers et violens, qu'au jugement des experts en l'art, ils estoient y> comme insupportables à un autre. En quoy recognoissez la » grande assistance que Dieu lui a faicte, car jamais elle n'a i> ouvert la bouche pour murmurer, ni faict aucune démonstra- » tion ou contenance d'impatience. Je l'ay tousjoûrs veue en ses > angoisses, les yeux secs, sans cris, sans larmes et sans plainctes,

(1) Epistre d'une damoiselle françoise à une sienne amie dame estrangère, etc.

> lesquelles sont ordinaires aux malades, voire les plus con- ]» stants. >

Condé, sur la demande de la princesse, avait quitté le roi à Vitry (1), et était arrivé au château de Condé-en-Brie.

Heureuse de le revoir, Éléonore n*eut pour lui que de touchantes paroles.

Les pures joies du retour au foyer domestique sont le privilège exclusif de l'homme dont le cœur d'époux et de père est, partout et toujours, demeuré fidèle aux saintes affections de famille. Le prince était déchu de ce privilège!!

Revenu près de sa femme, comment répondit-il au généreux accueil qu'elle lui fit? s'efforça-t-il de racheter, dans les limites du possible, la gravité de ses torts par la sincérité de son repentir, par un dévouement réel , par des soins empressés, par des paroles de gratitude? fut-il au moins sérieusement ému, à l'aspect d'immenses souffrances? Rien de précis ne peut nous fixer sur ces divers points dans un sens favorable. Au contraire, la futilité, pour ne pas dire la sécheresse dont est empreinte une lettre écrite par lui, peu de jours après son arrivée au château de Condé-en-Brie, nous fait croire à l'absence de toute émotion profonde de sa part, à cette époque. Voici le langage qu'il tenait, le 6 mai, au prince de Portion (2) : <r Mon nepveu, le désir que 3> j'ay d'entendre de voz nouvelles me faict vous escrire cestc i& lettre et par icelle vous supplier, si vostre commodité se pré- » sente, venir veoir et consoller vostre bon parent et amy qui esl 3> fort ennuyé de l'extrême maladye qu'a eue sa femme, avec voz 2> lévriers et aussy vos chevaulx et armes, s'il est possible, e1 » vous prometz que je vous montreray icy une aultant belle car- » rière que sçauriez veoir. Mes chevaulx et armes arriveront J> aujourd'huy en ce lieu, espérant que sy vous venez, nous au- K^ rons moïen de nous resjouir, si Dieu plaist, etc. »

<1) Mém. de Condé, t. H, p. 200.

<2) Bibl. nat., mss. f. fr. vol. 3196, f» 52.

Ce que nous savons du caractère et de la piété du prince de Portien (1) nous autorise à penser, qu'en se rendant .à Tinvilation de son oncle (2), il s'occupa beaucoup moins de satisfaire l'étrange besoin de distractions qu'éprouvait celui-ci, que d'apporter à sa tante, si douloureusement éprouvée, de nouveaux témoignages de sa vive affection.

Un mois s'était écoulé depuis qu'Éléonore de Roye était tombée malade, lorsqu'elle profita de quelques moments de relâche que lui laissaient ses souffrances, pour adresser, le 25 mai 1564, à son cousin, le maréchal de Montmorency, une lettre, la dernière peut-être de sa correspondance intime, que nous croyons devoir reproduire en entier (3).

« Mon cousin, lui disait-elle, j'ay reçeu la lettre que m'avez 3> escripte par ce gentilhomme, présent porteur, avec un tel et p si ample tesmoignage du seing que vous avez de moy, m'en- » voiant si souvent visiter, que je ne pourrois assez suffisamment » vous remercier et de la peine que vous en prenez, et des bons » et notables offices que vous faictes de m'aymer tous les jours » d'une telle amytié que celle que vous continuez me porter, auj> trement que d'une recordation que j'en auray toute ma vie, » pour, s'ilplaist à Dieu me redonner ma santé, les vous rendre y> de toute l'affection qui se peut espérer de la plus officieuse et 1^ meilleure parente et amye que vous ayez en ce monde. Mais > d'autant que soubz peu de parolles se peut couvrir beaucoup » de bonne volonté, je réserveray toutes ces autres honnestetez y> et offres que je doy à vostre amytié avec Temploy et le moien

(1) Voir notamment la lettre si remarquable de Calvin à ce prince, en date da

8 mai 15G3 (Lettr. franc., t. H, p. 505 à 507).

(2) Le prince de Portien vint, en effet, alors au château de Condé-en-Brie, ainsi que le prouve ce passage d'une lettre que le maréchal de Montmorency loi adressa, le 3 juin 156i (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3196, f» 58) : c Si j'eusse sçcn » que' vous eussiez esté à Condé lorsque j'y envoyai Marcilly visiter madame la » princesse, vous n'eussiez pas esté le premier à m'escrire vostre honnesie et

9 gracieuse lectre, etc., etc. >

(3)r>ibl. nat., mss. f. fr., vol. 3^260, f* GO.

» que j*aiiray jamais d'affectueusement les vous démontrer comme

> je les porte en mon cœur ; et -en la suffisance de ce gentili homme à vous dire plus particulièrement de mes nouvelles, j> seulement pour satisfaire au louable désir que vous avez de

> sçavoir au vray Testât de mon portement, je y adjousteray ce » mot en ma lettre, que depuis la dernière que vous m'envoiastes, 1^ je suis encores une fois tombée en telle extrémité qu'elle n'a » rien esté moindre mais beaucoup plus dangereuse que la pre- :» mîère. Toutes fois depuis mon flux de sang s'est cessé, mais

* non pas que nous soions bien asseurez qu'il soitdu tout arresté » et ne me reprenne plus. Ainsi me voilà tousjours aux escoutes, attendant à ce qu'il plaira à Dieu m'envoyer et en déterminer. » Et sur ce, je le supplie qu'il vous doinct, mon cousin, avec T> mes plus affectionnées recommandations à vostre bonne grâce, x> en toute bonne santé, longue, prospère et contente vie. De 5) Condé, ce XXV® jour de may 1564. Vostre entièrement meyl- 3> leure cousyne et amye, léonor de roye. y>

Un mois plus tard, la princesse raconta à l'un de ses parents « quelle avoit entendu une voix, la nuict, qui lui avoit dit intel- 3> ligiblement qu'elle mourroit dans peu de jours et qu elle s'y 5) préparât : et tant sans falloit que cela l'eus t attristée, que ]& tousjours depuis elle avoit désiré le poinct de cette saincte » séparation. i>

Ce fut sous l'impression d'un tel désir, qu'elle reçut une lettre du ministre Pierre Viret qui, gravement éprouvé lui-même dans

• sa santé, lui adressait les consolations et exhortations suivantes (1) :

« Madame, combien que je sois grandement affligé en mon » cœur à cause de vostre maladie, toutesfois j'ay reçeu une bien 5> grande joye de ce que j'ay entendu,., de la grande grâce (Jtie

(1) Bibl. nat., mss., Collect. Dupuy, vol. 137, p. 97.

» ce bon Dieu vous faict en voslre adversité, à laquelle tant plus 3> le corps est* débilité et tant plus vostre esprit est fortifié, en 3> quoy vous monstrez par expérience que vous n'avez pas perdu y/ le temps en Fescole du Seigneur, en laquelle vous avez dès » longtemps esté instruicte par sa Saincte Parole. Vous avez j) esté tentée en diverses sortes, et à dextre et à senestre, à sça- » voir par prospérité et par adversité... Or, Madame, nostre bon ï> Dieu vous a faict passer par Tune et par l'autre, et vous y a i> tousjours dûment assistée et poursuivie de sa faveur, de sorte » que jûsques à présent la victoire vous est demeurée. Vous avez » souvent esté parmi les honneurs et plaisirs de ce monde qui D efféminent souvent les plus vertueux, mais le Seigneur n'a poincl D permis que vous l'aiez oublié ni abandonné, laquelle chose est » un excellent don de Dieu, lequel vous avez bien à recon- » gnoislre... Il vous esprouve maintenant par une aullre sorte » d'espreuve, laquelle ne vous est pas du tout nouvelle, car ce » rfest pas la première affliction en laquelle vous ayez esté, et » vous en avez eu de fort violentes et assez suffisantes pour i> esbranler les plus conslans hommes du monde. Mais ce bon :» père céleste vous a délivrée de toutes par des moïens esquels i> il nous a donné des tesmoignages tant évidens de sa provi- D dence que, quand nous n'en aurions point d'aultres, ceux-là y> nous devroient suffire pour apprendre de nous fier tousjours j> de plus en plus en lui et nous remettre à sa conduite pour y> sous icelle, le louer et servir de plus grand cœur et lui rendre D grâces immortelles de tant de biens et délivrances. Or, Ma- . » dame, comme ce bon Dieu vous a tousjours environnée tant y> paternellement de sa faveur et miséricorde jusques aujour- 3) d'huy, vous vous pouvez bien asseurer par les gages et tesmoi- D gnages que vous en avez desjà qu'il continuera tousjours ce » soin paternel qu'il a de vous, comme vous l'expérimentez à y> présent au lict d'infirmité où vous estes par sa bonne vo- > lonté, etc. »

Près de ce lict d'infirmité affluaient les témoignages de sollicitude et d'affection que la princesse recevait des divers membres de sa famille. Elle y répondait par des paroles de gratitude, de foi et de résignation. Ses fréquents entretiens avec la comtesse de Roye avaient un caractère solennel : <t C'étaient, nous atteste » un témoin initié aux intimes épanchements de la mère et de » la fille, de divins dialogues sur la grandeur de Dieu, sa sagesse, j> bonté et miséricorde, sur Tenfer des consciences de ceux qui j> n^ont point sa crainte, sur la différence du pur et faux service, > sur l'assurance de l'âme fidèle, au point de la mort, et tels

i> autres hauts propos Je me sentirois bien empeschée s'il

3> falloit donner mon jugement, laquelle disoit mieux. y>

Ici se présente un affligeant contraste entre les émotions d'une famille éplorée et l'attitude de Condé. Il se tenait fréquemment à l'écart, absorbé qu'il était par des préoccupations outrageantes pour la vertueuse et fidèle compagne, qu'il eût dû, plus que jamais, aimer, respecter, admirer et plaindre. Saintes affections, respect, admiration, sympathie, tout semblait amorti dans son cœur quand il s'agissait d'elle. D'une part, il s'associait, en pensée, au sort d'Isabelle de Limeuil, qui, dans une circonstance récente, avait causé à la cour, un scandale de nature à rejaillir jusque sur lui (1). Il la savait aux prises avec une information rigoureuse, et n'en était que plus ardent à entretenir avec elle une correspondance dans laquelle, perdant toute retenue, il foulait aux pieds ses devoirs de mari et de père, et compromettait son honneur d'homme et de prince (2). D'une autre part, tant était grand le désordre de ses idées et de ses sentiments, il s'érigeait ostensiblement en champion de la maréchale de Saint-André, dont les aspirations ambitieuses venaient de

(1) Journal de Bruslart. (Mém. de Condé, t. I, p. 14:2.)

(2) y oir Information contre Isabelle de Limcuil (mai-août 4564). Brochure de 106 pages, publiée sous la signature H. d'Orléans^ par l'auteur de VHistoire des princes de Condé.

s'accroître à la mort de sa fille. Ayant recueilli dans la succession de celle-ci une fortune opulente, elle avait jugé opportun de s'en dessaisir en faveur de Condé et de ses enfants ; et Condé s'abaissait au point de recevoir de la mai*échale le don du splendide château de Vallery et de divers autres biens (1)-

Voilà l'attitude du mari d'Éléonore de Roye, en mai, en juin et jusqu'au 15 juillet 1564. A dater de ce jour, il fut sérieusement impressionné par l'état de sa femme; la plaignit, eut avec elle un suprême entretien, pleura sa mort, fit l'éloge de ses vertus, la donna en exemple à ses enfants, et parut se rapprocher de Dieu. Plus lard, nous le savons, il réussit, après de nouvelles rechutes, à se relever définitivement de sa déchéance morale; mais le passé ne pouvait s'effacer : Éléonore de Roye avait succombé, et sur la conscience alarmée de Condé, dut continuer à peser de tout son poids le souvenir des cruelles blessures qu'il avait faites au cœur de sa femme.

Qu'il nous suffise d'avoir effleuré un pénible sujet : gardonsnous de l'approfondir; notre réserve témoignera du respect et de l'admiration que nous professons pour la générosité d'âme de l'épouse qui, ayant tant à pardonner, ne cessa jamais de prier, d'aimer et de bénir!

Ceci posé, attachons-nous désormais uniquement aux nobles et lumineux aspects sous lesquels vont se produire les dernières actions et les derniers sentiments de la pieuse princesse. Nous arrivons ainsi à un ensemble de faits empreints d'une saisissante grandeur.

Le 15 juillet, Éléonore de Roye n'avait plus que quelques jours à vivre; en proie à d'inexprimables souffrances, elle ne pouvait trouver dans aucun des deux lits sur lesquels on la plaçait alternativement, une position qui lui procurât le moindre soulagement, a: Seigneur tout-puissant, dit-elle alors d'une voix lamen-

(1) Voir Appendice, n« 38.

if table, puisqu'on tous les endroits de ce terrestre manoir, quoi-

> qu'il soit grand et spacieux, et dont tu es créateur, je ne puis }) trouver par toutes mes diligences, si petite place que ce soit, i> propre à repos et vuide de pointure, pour librement annoncer, » comme je soûlais, tes bontés et ta miséricorde, j'en quitte la » demeure, le louage et le séjour pour retourner, s'il te plail, à

> ce prochain terme, en l'acquêt que tu m'as fait par la mort et p passion de ton fils bien-aymé. Rends, mon Dieu et père, par ce » moïen, mon esprit et mon corps tous deux contenset en paix : » l'un, libre et manumis (affranchi)^ allant à toi, que je vois desjà i> me tcrtdre les bras, l'autre, restant insensible çà bas jusques ï> à ce que tu le réanimes, au son de ton avènement, o

Craignant de trop émouvoir son mari, si elle lui annonçait elle-même qu'elle sentait la mort approcher, la princesse charg€(ia deux graves personnages, amis de sa maison, de se rendre dans les appartements de Gondé, de lui révéler ce qu'elle pressentait devoir bientôt advenir, et de lui demander l'autorisation de consigner dans un acte authentique l'expression de ses dernières ' volontés- <r Déclarez au prince, dit-elle à ces deux amis, que, yf puisqu'il plait à Dieu de nous séparer prochainement, quant » au corps, j'aspire à ce que du moins nos âmes continuent » d'estre liées inséparablement en l'amour que nous devons por-r y> ter à notre commun Sauveur Jésus-Christ, qui nous a déHvrés ï si miraculeusement, aux yeux de toute l'Europe, de tant d'en-

» nemis et de dangers Déclarez-lui aussi que, pour com-

» mencer de tester, je l'institue héritier universel de la masse de î> l'amour que j'ai voué à mes enfans, et que je le conjure, en les » aimant désormais doublement pour lui et pour moi, de veiller » en ma place à ce qu'ils soient élevés en la crainte de Dieu, que ^ j'asseure estre le plus certain bien et patrimoine que je puisse ^ leur laisser. »

A l'ouïe de cette confiante allocution, les deux messagers répandirent d'abondantes larmes, s'éloignèrent et revinrent

rendre compte da résultat de leur mission. Arraché enfin à ses coupables préoccupations par la communication qui venait de lui être faite, Condé avait paru en être profondément affecté. Il avait déclaré recevoir de la princesse une leçon de courage qu'il s'efforcerait de suivre par amour pour elle et ses enfants; ajoutant que ceux-ci le trouveraient toujours fidèle aux suprêmes recommandations de leur mère. Il avait parlé longtemps; l'étendue de ses regrets s'était résumée dans les expressions sui* vantes : a: Dieu, qui nous avoit conjoints, nous sépare et délie D puisqu'il lui plaît^ et c'est raison que nous nous conformions y> entièrement à sa saincte volonté. Il est vrai que plus heureux :» est celui qui va à luy que celui qui demeure et qui attend un y> autre passage. Oh ! bienheureux le moment que Dieu nous »' ordonnera pour estre réuniz aux cieux en un lien d'éternité!... y> Si je considère et pèse la rareté de l'heur qui se représente y> incessamment devant mes yeux, dont je me prévois privé par 3> cette séparation, il ne se peut faire que je trouve ici suffisante » ou égale consolation, ne pouvant nombrer par tous les milHous t> qu'on pourrait assembler l'infinité d'une perte si notable. ^

La réponse du prince soulagea le cœur d'Éléonore. Après s'être recueillie devant Dieu dans un sentiment d'actions de grâces, elle fit venir deux notaires et leur dicta un testament dont voici le début :

« Considérant la fragilité et incertitude de cette vie, et que » Dieu, par ceste griefve maladie dont il luy a pieu me visiter, ]^ m'advertil, comme par une semonce, de me préparer et donner » ordre à mes affaires pour estre preste à suyvre promptement » sa volonté quand il luy plaira de m'appeler : j'ay faict, dict et y> ordonné ce qui s'en suit pour la déclaration de ma dernièi^e ]^ volonté : — Premièrement, je te supplie, mon bon Dieu, que ï quand il te plaira me délivrer des misères et langueurs de ceste ^ vie et tirer mon ^me de la prison de ce corps où elle est en- » fermée pour quelque temps, que par ta bonté et miséricorde.

i> tu la veuilles recevoir entre tes mains et la mettre en la pos- » session et jouissance de la félicité que ton Fils nous a acquise » par sa mort et passion, et par ce moyen assurer la ferme foy 3) que tu nous a donnée par les promesses, et scellée tant par le > baptesme (jue par ta Saincle Cène, de la rémission générale }) de nos péchez, lesquels nous croyons estre tellement effacez D par le sang et obéissance de ton Fils, qu'ils ne viendront y> jamais en compte devant toi. — Je te recommande en après

2) nos enfans, te requérant que, suyvantta promesse, tu leur sois 3> Dieu, père et protecteur, et que, estendant ta bénédiction sur i> eux, il le plaise les illuminer et dresser en la cognoissance et i> en la crainte de ton sainct nom, et te servir d'eux, comme tu » as faict du J3ère,à exalter ta gloire, à procurer et conserverie j> repos de ton Église, et en arracher tout ce que tu n'y a^ point y> planté. Fais-les par la bonté spéciale, instrumenset vaisseaux 3> de ta gloire, et les remplis de tes grâces, leur commandant, i> par l'autorité que tu m'as donnée sur eux, qu'ils vouent et dé-

3) dient toute leur vie à ton service et celui de ton Église. — Je ^ remets la sépulture de mon corps à la volonté de monsieur :d mon mary, sçachant bien qu'en quelque lieu que ce soit, il y 3) reposera en une espérance certaine de sa résurrection. »

La princesse règle ensuite, dans l'acte dont il s'agit, la répartition de sa fortune entre ses enfans, fait divers legs charitables, consacre un fonds spécial à l'entretien des ministres de la Parole de Dieu, dans l'étendue de ses domaines, rémunère ses gens de service, donne ordre jusque dans les plus petits détails, à toutes ses affaires avec autant de soin et de présence d'esprit que si elle eût été en pleine santé.

Après avoir arrêté de la sorte ses dernières dispositions, la princesse fit appeler le ministre Perussel. « Je désire, lui ditj> elle, avisera l'état de ma conscience: non pas que, Dieu merci, 3> je ne me sente bien disposée avec mon Créateur et prête d'allé 1er à lui quand il lui plaira, mais afin que vous, mon père, que

» Dieu a mis pasteur en la famille de monsieur mon mari et » de moi, connaissiez la face de celte brebis de voire trou- » peau, et que je meure en ce contentement d'avoirrendu devant » le ministre de l'Église du Seigneur un véritable témoignage > de la foi et espérance de salut que j'ai de lui par sa grâce, b Joignant alors les mains et levant les yeux au ciel, elle rendit ce témoignage avec une énergie et une lucidité d'expressions remarquables, puis termina par une fervente prière- Une heure après, ayant fait appeler le ministre de l'Espine, i nvesti, de même que Perussel, de toute sa confiance, elle continua à pailer devant lui de sa foi, de ses espérances et desa vive gratitude envers Dieu.

Condé survint et lui adressa quelques paroles affectueuses. « Quatre choses, lui répondit-elle, me rendent heureuse : la pre- » mière est l'assurance de mon salut; la seconde, la réputation y> de femme de bien que j'ai toujours eue par la grâce de Dieu; y> la troisième, la certitude que vous êtes satisfait de moi, parce » que je vous ai aussi fidèlement servi, aimé et honoré, qu'une » femme pouvoil, en ce monde, servir, aimer et honorer son » mari; la quatrième, ma joie de ce que Dieu laisse à mes en- T> fans un père et une grand'mère qui les nourriront en la crainte » du Seigneur, selon le principal de mes désirs. Et maintenant, » ajoula-t-elle, il me faut achever ma course pour gagner le prix » que je me vois préparé au bout de la lice de cette pénible car- » rière. i>

Lorsque Condé se fut retiré, les enfants de la princesse entourèrent son lit de douleur et reçurent d'elle des témoignages d'ineflable tendresse.

Un lien particulier l'unissait à Henri, son fils aîné, qu'un cœur ouvert à la sympathie et à l'affection, un caractère sérieux et doux, et une intelligence précoce, avaient, dès l'âge de douze ans, élevé, en quelque sorte, au rang d'ami de sa mère. Il n'avait jamais quitté Éléonore, avait partagé ses épreuves, prié, pensé,

senti avec elle, et lui avait voné un respect et un amour sans bornes. Avec quel recueillement et quelle émotion n'entendit-il pas sa mère bien-aimée lui dire :

<c Je vous prie, mon fils, craignez Dieu surtout et l'honorez

> comme l'auteur de tout bien duquel vous devez attendre toutes j> faveurs, puisqu'il a laissé tant d'arrhes de sa bénéficence en if notre maison, que vous saurez beaucoup mieux juger avec y> Tâge. Croissez en vertu, mon ami, qui est la vraie parure des

> grands, afin que vous soyez capable de faire bientôt service

> agréable au roi, au visage duquel chacun peut connaître l'em- », preinte d'un prince bien né et d'un petit Josias dont vous ]& m'avez si souvent ouï parler. Honorez la reine de Navarre, nion- » sieur le cardinal do Bourbon, monsieur votre père, madame 1^ votre grand'mère, vos oncles messieurs de Chasfillon et de y> Larochefoucault, qui sont gens craignant Dieu, et qui ont fait )^ preuve de leur vertu en beaucoup de sortes. Soyez amateur » du bien public et le procurez par tous justes moyens, sans D offenser vostre conscience. Aimez vos deux frères et vostre A sœur, non comme frère, mais comme père que vous leur devez » estre, puisque vous estes l'aîné et n'estes plus enfant. Parlez le. ^ plus souvent que vous pourrez aux ministres Perussel et de l'Esi> pine pour vostre salul, et croyez le cons'^'ii des trois hommes i^ de robe longue que vous connaissez estre aimés et estimés de » monsieur votre père et de moi. Gardez-vous bien de faire ja-

> mais chose, sous couleur qu'on vous pourra dire que votre » gouverneur, quoiqu'il soit vigilant, n'en saura rien : car vostre ^ bon Père, qui est la-haut, voit, connoist et sait tout. Par ainsi, y> vous devez avoir honte de mal faire, comme s'il étoit toujours » présent, selon les belles instructions de vostre livre de Salo- » mon, qui ne doit jamais sortir de vos mains, afin que toute ^ vostre conversation parle et récite à un chacun ce qui y est * contenu. Soyez doux, et traitable à ceux qui le soqt; abaissant

> lorgueil de ceux que l'audace ferait méconnoistre. Que vostre

> bouche soit le domicile de vérilé, voslre main ouverte aux D pauvres, et vostre maison close aux flaileurs. — Si vous faictes » cela, mon mignon, vous aurez, comme Abraham, Isaac cl

> Jacob, la bénédiction de Dieu et la mienne, que je vous donne » avec cette bague de diamant, que vous garderez pour l'amour » de moy et pour souvenance de ce que je vous dis, dont vostre j> gouverneur est témoin, qui vous le saura bien rameute voir

> en temps et lieu, comme il est soigneux de vostre bien. »

La princesse parla ensuite à sa fille avec une angélique douceur, lui recommandant de retenir soigneusement ce qu'elle avait dit à son frère Henri, et d'écouter madame de Saint-Cyr, sa gouvernante, comme une seconde mère.

Ce fut une scène navrante que celle de la désolation de ces pauvres enfants : ils pressaient de leurs lèvres celles de leur mère, baisaient ses mains, l'appelaient des plus tendres noms, éclataient en sanglots, et se tenaient collés à son lit. Éléonore, qui redoutait pour eux un excès d'émotion, eut le courage de prescrire qu'on les emmenât et qu'on s'efforçât de les calmer.

A quelques instants de là, elle fit approcher ses filles d'honneur et leur dit : a: Quelle les priait de se souvenir de la bonne y>- nourriture qu'elles avaient prise en sa maison, et de l'exemple » qu'elle leur avoit donné. Ayez, mes filles, ajouta-t-elle, tou- » jours la révérence de Dieu devant vos yeux, et que votre hony> neur vous soit plus cher que votre vie. Aimez madame de y> Roye, ma mère et ma fille, car elles aiment ce qui me touche » et continueront à vous nourrir jusqu'à ce que vous soyiez j> mariées. Adieu, mes filles; estimez-moi heureuse et contente, y> et apprenez à bien mourir. »

Au déclin de la journée durant laquelle elle venait de tant faire pour ceux qu'elle aimait, Éléonore de Roye fut saisie d'un redoublement de souffrances et d'une forte oppression. Elle dé* sira que Perussel vînt lui parler de Dieu. Tandis qu'il l'exhortait, elle leva les mains au ciel, et d'une voix qu'entrecoupaient

de légers soupirs, s'adressa à Dieu, en ces termes : a: Oh ! mon

> Dieu, père bénin, à ce coup, irai-je à toi? Or, j'ai combattu

> le bon combat, j'ai gardé la foi, j'ai achevé ma course, le tout

> par ta grâce, dont je m'assure que bientôt j'aurai la couronne

> de justice, et vivrai de la vie que tu me gardes et m'as cachée » en Jésus-Christ. » Puis tendant la main à Perussel : <r Mon i> père, lui dit-elle, priez Dieu qu'il me donne persévérance et y> accroissement en toutes ses grâces; qu'il me fortifie contre :» tous assauts et tentations; qu'il me tende toujours les bras,

> comme je vois qu il fait en son fils Jésus-Christ; qu'il me fasse » toujours sentir son amour; qu'il me garde, qu'aucun regret » des choses corruptibles de ce monde ne me surprenne, et que y> la violence du mal ne m'empêche de magnifier son nom et sa » hautesse. y>

Le mal était devenu si violent et In débilité physique de la princesse s'était tellement accrue, qu'elle pressentit ne pouvoir bientôt plus parler. Aussi, exprima-t-elle le désir d'avoir avec son mari un dernier entretien. 11 était alors plus de minuit, et il s'agissait d'aller réveiller le prince; madame de Roye, par ménagement pour sa fille, dont l'épuisement excitait toute sa sollicitude, conseillait qu'on attendit jusqu'au lever du jour: « Non, j> répondit Éléonore ; permettez-moi d'insister, car je suis sûre que » le prince ne sera point marri d'être réveillé pour cette occa- » sion, et il n'est pas bon d'attendre que je ne puisse plus parler » pour lui déclarer les choses que Dieu a mises en mon cœur. i>

A l'arrivée du prince, les assistants se retirèrent à l'extrémité de la chambre de la princesse. L'entretien des deux éi)oux dura environ une heure. Ce fut le dernier que Condé eut avec Éléonore.

Vers le point du jour, la princesse put prendre un peu de repos; après quoi, ses douleurs se renouvelèrent avec intensité. « Or sus, mon père, dit-elle à Perussel, c'est maintenant que * Dieu me veut avoir, dont je suis très-joyeuse: mais, hélas! je

D regrette que ma courte haleine et le catarrhe qui me tombé D du cerveau m*empôchent de le louer. Priez-le, comme avez » fait cette nuit, qu'il lui plaise m'accorder une petite trêve pour D l'invoquer : non que je désire plus longuement vivre, car il y> connaît mes pensées et lit aux tablettes de mon cœur. »

Ayant éprouvé du soulagement lorsque la prière fut terminée, elle fit aussitôt entendre cette action de grâces : « N'est-ce pas j> toi, ô Seigneur immortel, Dieu puissant, sage et bon, qui, sans » secours des hommes, en un moment apaises mon travail? 7> bonté inestimable, qui te fais si apèrtement voir, toucher ^ et sentir de moi, fortifie l'esprit puisque tu abats le corps! » Elle continua pendant un certain temps encore h louer Dieu et à le remercier; puis elle pria pour son maji, pour ses enfants, pour sa mère, pour l'Église, pour ses parents, ses amis, ses serviteurs et ses vassaux, pour le roi et la tranquillité du royaume. Elle termina, tant étaient grandes son humilité et la délicatesse de sa conscience, en demandant pardon à chacun, et particulièrement à sa mère et à sa sœur.

A l'issue de cette scène si émouvante, durant laquelle avaient <?oulé les larmes de tous les assislans, la princesse fut saisie d'un mal au côté et de suffocations. On pria pour elle; sa voix trèsaffaiblie put encore se faire entendre pour demander qu'on lui lût ceux des passages de l'Écriture qui sont le plus propres à fortifier et consoler le chrétien, aux approches de la morU II lui fut fait lecture notamment de divers textes d'Ésaïe et de TApocalypse.

Nous touchons maintenant à un moment suprême! Il est deux heures du matin; Perussel pressent qu'Éléonore de Roye n'a plus que quelques instants à vivre; et, déférant à la recommandation qu'elle lui a souvent faile de lui signaler l'imminence de sa fin, il lui annonce que l'heure du départ approche; il l'exhorte au courage, à la confiance dans les compassions divines, et lui demande si elle se sent soutenue par la

vertu et la grâce du Saint-Esprit. Elle lui répond: a: Oui, vrai- » ment, mon père, j'ai en mon cœur ce que Dieu, dès ma jeu*

» nesse, y a mis, l'assurance de mon salut Demandez-lui pour

» moi, et je prierai de cœur avec vous qu'il me donne toujours » la lampe ardente, afin que, quand l'époux viendra, j'entre avec 3 lui aux noces; qu'il me fasse la grâce de toujours veiller afin » de n'être surprise quand mon Seigneur viendra ; qu'il me donne

> la robe blanche, afin que je suive l'agneau avec cette livrée

> partout où il ira; qu'il me fasse porter par ses anges, afin que

> je ne choppe, et qu'il m'enlève d'ici-bas. »

Perussel prononce une prière qu'Éléonore accompagne de ces mots : « mon Dieu, mon Sauveur, maintenant mon hiver » est passé, et mon printemps est venu : ouvre-moi donc la porte » de ton jardin céleste, afin que je goûte le fruit de tes éternelles i> douceurs. j>

Le lendemain dimanche, 23 juillet, à sept heures du matin, Perussel sort pour se préparer au prêche, et est remplacé, près de la princesse par les ministres de i'Espine et Laboissière. Les exhortations et les prières se succèdent.

Tout à coup survient une nouvelle hémorrhagie, que rien, cette fois, ne peut arrêter ; la princesse est en proie à des spasmes réitérés, le frisson la saisit, elle s'affaisse, pose l'une sur l'autre ses mains glacées, et, s'adressant à une amie dont elle reçoit les soins : « C'est à ce coup, ma mie, lui dit-elle d'une voix défail-

> lante, que je m'en vais à mon Dieu. »

Perussel arrive en toute hâte, et, dès qu'elle l'aperçoit, elle l'accueille en ces termes: <r Mon père, parlez pour moi; faites » votre office; vous avez eu la charge de mon âme; l'ouïe m'en- » durcit, la voix me fault, mais je vous ferai signe de la tête, si je » ne puis répondre. »

Perussel et ses collègues assistent de leurs exhortations la princesse ; ils lui demandent si elle les entend et si son cœur adhère à ce qu'ils expriment. « Oui, Dieu merci, répond-elle,

D en levant les yeux au ciel » ; puis elle ajoute : <c Priez pour 5) moi, selon que vous connaissez que mon âme le désire, i Un froid mortel a déjà envahi la majeure partie de son corps, lorsqu'on Tentend prononcer ces solennelles paroles : « Seigneur, » je remets mon esprit entre tes mains!!! i>

Aussitôt, les derniers symptômes de l'agonie se manifestent ; quelques minutes se passent, durant lesquelles les trois ministres entretiennent la mourante de l'assurance de son salut; elle s'efforce en vain de leur répondre; la voix expire sur ses lèvres; elle ne peut que leur faire signe de la lête qu'elle les entend; puis, bientôt le signe cesse, et elle exhale en paix son dernier soupir.

Quels hauts enseignements que ceux que présente une telle fin, couronnant l'existence si noblement remplie d'une jeune femme de vingt huit ans!!! A chacun le devoir, disons mieux, le privilège de les recueillir dans le secret de son cœur!

Nous nous bornons à cette seule réflexion, pour laisser parler Condé lui-même, au moment où il vient d'apprendre qu'Éléonore de Roye a succombé, et où il est entouré de ses enfants.

« Il ne faut pas, dit-il à sa fille, que vous soyiez seulement » image de la face de votre mère, mais aussi de son esprit et de y> sa vertu : car encore qu'elle fût belle de corps, ce n'était rien, y> au regard de son âme qui ne fit jamais office que de chasteté, » non plus que ses yeux, son cœur, sa langue, ses mains, ne ses i> oreilles. Ainsi que vous deviendrez grande et croîtrez, enqué- » rez-vous toujours bien quelle a été cette bonne mère: et, quand » vous orrez dire qu'elle n'aima jamais homme que son mari, » quelle a vécu sans aucune tache de deshonneur, voire sans j> soupçon, que toutes ses actions et contenances ont été saintes, 3> pudiques, modestes, rondes et vertueuses : lors, efforcez-vous, » mignonne, à lui ressembler, afin que Dieu vous assiste comme » il a fait à elle, que chacun vous estime, et que je vous aime de > plus en plus, ainsi que je ferai si vous êtes telle. »

« Mon fils, ajoula-t-il, en posant la main sur la tête de Henri

> de Bourbon, vous êtes le premier témoignage de bénédiction

3> et faveur de mariage que Dieu nous a donné à votre mère et

3) à moi, et le lien renforcé de notre amour. Regardez à me don*

» ner toujours joie et consolation, comme vous ferez si vous

i> suivez les brisées que votre mère a posées au chemin de vertu.

i> Reconnaissez-en la piste et la trace, de peur de vous fourvoyer

3> par les sentiers du dangereux dédale de ce monde. Les fils se

y> conforment ordinairement aux pères : mais vous tâcherez

y> principalement de ressembler aux mœurs et vertus de votre

» mère ; car on vous racontera et orrez quelquefois de votre père

» et de sa vie choses que ne devez ensuivre, comme en d'autres

:p le devez imiter; mais à votre mère, de la vie et de la mort de

i> laquelle Dieu s'est voulu servir, vous n'y trouverez rien qui ne

3> soit digne d'être suivi et étroitement gardé, comme elle était

:» digne d'être mise aux premiers rangs des vertueuses femmes.

Oui, disons avec Condé, que Dieu s'est voulu servir de la vie

et de la mort d'Éléonore de Roye comme d'un double modèle à

suivre dans la voie évangélique [i).

Quoi de plus propre, en effet, à épurer et à fortifier notre cœur, lorsque nous nous livrons à fétude du passé, que le culte des pieux souvenirs, et qu'un commerce assidu avec de nobles caractères ! De là la salutaire influence qu'exerce sur des esprits non prévenus toute biographie chrétienne, vraiment digne de ce nom; de là aussi cette énergique conviction, qui stimule et féconde, de nos jours, d'importants travaux, savoir : que l'histoire du protestantisme français n'est jamais plus grande, que lorsqu'elle nous transporte par ses récits biographiques sur les hautes cimes de la foi, et qu'elle nous révèle par des faits empreints d'une incontestable autorité, le sens chrétien de ces mots : bien vivre^ bien mourir.

(l) Voir Appendice, n® 39.

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