ÉLÉVATIONS A. DIEU SUR SON UVITÉ ET SA PERFECTION
V ÉLÉv. L'être de Dieu.
De toute éternité Dieu est : Dieu est parfait, Dieu est heureux. Dieu est un. L'impie demande: Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds : Pourquoi Dieu ne seroit-il pas? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être? Erreur insensée : au contraire, la perfection est la raison d'être. Pourquoi l'imparfait seroit-il, et le parfait ne seroit-il pas? c'est-à-dire : Pourquoi ce qui tient plus du néant
« I, Joan. u. i. — '-Iè. xiv. 21. — '' Gai. y. fi.
seroit-il, et ce qui n'en tient rien dut tout ne seroit pas ? qu'apelle-t-on parfait? uii être à qui rien ne manque. Qu'appeile-t-on imparfait? un être à qui quelque.^hose manque. Pourquoi rêlre à qui rien ne manque ne seroit-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? D'où vient que quelque chose est, et qu'il ne se peut pas faire que le rien soit; si ce n'est parce que l'être vaut mieux que lé Eienv;et que le rien ne peut pas prévaloir surl'être, ni empêcher l'être d'être? Mais par la même raison, l'imparfait ne petit valoir mieux que le parfait, ni être plutôt que lui, ni l'empêcher d'être. Qui peut donc empêcher que Dieu ne soit : et pourquoi « le néant de »Dieu que l'impie veut imaginer dans son cœur insensé ' », pourquoi, dis-je, ce néant de Dieu l'empôrterpit-il sur l'être de Dieu? et vaut-il mieux que Dieu ne soitpas qae d'être? Dieu ! on se perd dans un si grand aveuglement. L'impie se perd dans le néant de Dieu qu'il veut préférer à l'être de Dieu ; et lui-même, cet impie, ne songe pas à se demander à lui-même pourquoi il est. Mon âme, âme raisonnable, mais dont la raison est si foible, pourquoi veux-tu être, et que Dieu ne soitpas? Hélas, vaux -tu mieux que Dieu, âme foible, âme ignorante, dévoyée, pleine d'erreur et d'incertitude dans ton intelligence, pleine dans ta volonté de foiblessei d'égarement , de corruption, de mauvais désirs, faut-il que tu sois, et que la certitude, la compréhension, la pleine cournoissance de la vérité, et l'amour immuable de la justice et de la droiture ne soient pas? ; > -
11° ÉLÉv. La perfection et l'éternité dé' Dieu.
On dit : le parfait n'est pas, le parfait n'est qu'une idée de noire esprit qui va s' élevant de l'imparfait qu'on voit de ses yeux. Jusqu'à une perfection qui n'a de réalité que dans la pensée. C'est le raisonnement que l'impie voudroit faire dans son cœur ; insensé qui ne songe pas que le parfait est le premier, el en soi, et dans nos idées : et que l'imparfait en toutes façons n'en est qu'ime dégradation. Dis-moi, mon âme, comment entends-lu le néant, sinon par l'être ? Comment
» Ps. XI 1!. 1.
entends-tu la privation, si ce n'est par la forme dont elle prive ! Comment l'imperfection, si ce n'est par la perfection dont elle déchoit? Mon âme n'enfends-tù pas que tu as une raison, mais imparfaite, puisqu'elle' igiiore,qiVélle doute, qu'elle erre, et qu'elle se trompe? Mais comméiitenténds-fu l'erreur, si ce n'est comme privation de la vérité? et comment le doute ou l'obscurité, si ce n'est comme privation de l'intelligence et de Ta lumière? ou comment enfin l'ignorance, si ce n'est.comme privation du savoir parfait? comment dans la volonté, le dé'régleinentèt.le vice, si ce n'est comme privation de là règle, de la droiture et de la vertu? il y a donc primitivement une intfîlligence, une science certaine, ame vérité , une fermeté, une inflexibilité dans le bien, une règle, un ordre avant qu'il y ait une déchéance de toutes ces choses ; eii un mot, il y a une perfection avant qu'il y ait un défaut; avant fout dérèglement, il faut qu'ily ait une chose qui est elle-même sa règle , et qui ne pouvant se quitter soi-même, ne peut non plu^ ïii faillir, ni défaillir. Voilà donc un être parfait; voilà Dieu, nature parfaite et heureuse. Le reste est incompréhehsiblej et nous ne pouvons même pas comprendre jusqu'où il est parfait et heureux ; pas même jusqu'à quel point il est incompréhensible.
D'où vient donc que l'impie ne connoît point Dieu, et que tant de nations, oii plutôt que toute la terre ne l'a pas connu, puisqu'on en porte l'idée en soi-même avec celle de la perfection? d'oii vient cela? si ce n'est par un défaut d'attention, et parce que l'homme livré au,x sens et à l'imagination, ne veut pas ou ne peut pas se recueillir, en soi-même, ni s'attacher aux idées pures, dont son esprit embarrassé d'images grossières ne peut porter la vérité simple.
L'homme ignorant croit connoître le changement avant l'immutabilité, parce qu'il exprime le changement par un terme positif, et l'immutabilité par la négation du changement même : et il ne veut pas songer qu'être immuable c'est être, et que changer c'est n'être pas : or l'être est, et il est connu devant la privation qui est non-être. Avant donc qu'il y ait des choses qui ne sont pas toujours les mêmes, il y en a une qui , toujours la même, ne souffre point de déclin ;
irf y SIJU LES iMYSTERES. 5
et celle-là non-seulement est, mais encore elle est toujours connue:, quoique; non toujours démêlée ni distinguée, faute d'attention. Mais quand , recueillis en nous-mêmes, nous nous rendons attentifs aux immortelles idées dont nous portons en nous-mêmes la vérité , nous trouverons que la perfection est ce que l'on connoît le premier , puisque , comme noustivôns vu , on ne connoît le défaut que comme une déchéance de la perfection. '
ni" ÉLÉV. Encore de l'être de Dieu et de son éternelle béatitude.
« Je suis celui qui suis : celui qui est m'envoie à vous ' » : c'est ainsi que Dieu se définit lui-même ; c'est-à-dire , que Dieu est celui en qui le non-être n'a point de lieuj; qui par conséquent est toujours le même : par conséquent immuable.: par conséquent éternel : tous termes qiii ne sont qu'une explication de celui-ci : « Je suis celui qui est ». El c'est Dieu qui donne lui-même cette explication par la bouche de Malachie,. lorsqu'il dit chez ce" prophète : « Je suis le Seigneur, » et je ne change pas - » ,
Dieu est donc une intelligence, qui ne peut ni rien ignorer , ni douter de rien , ni rien apprendre ; ni perdre ni acquérir aucune perfection : car tout cela tient du non-être. Or Dieu est celui qui est , celui qu^ est par essence. Comment donc pent-on penser que celui qui est ne soit pas réel ; ou que pendant qu'on voit que l'imparfait est, on puisse dire, on puisse penser, en entendant ce qu'on pense, que le parfait ne soit pas ?
Ce qui est parfait est heureux ; car il connoît sa perfection : puisque cônnoîlre sa perfection , est une partie trop essentielle de la perfection pour manquer à l'être parfait. ^Dieu!. vous êtes bienheureux! Dieu! je me réjouis de "votre éternelle félicité. Toute l'Écriture nous prêche, que « l'homme qui espère en Vous est heureux^ » : à plus forte raison êtes-vous heureux vous-même, ô Dieu en qui on espère! Aussi saint Paul vous appelle- t-il expressément « bien- » heureux» : «Je vous annonce ces choses selon le glorieux
' Exod. MI. 14. — = Malach. m. C. — ' Ps. xxxiii. 9. Lxxxiii. l'a.
b ELEVATlOiN'S
» Évailgile de Dieu bienheureux ' ». Et encore : «C'est ce que » nous montrera en son temps celui qui est bienheureux , et le » seul puissant, Roi des Rois , et le Seigneur des Seigneurs, » qui seul possède l'immortalité, et habite une lumière inac- » cessible , à qui appartient la gloire et un empire éternel. » Amen'». Dieu bienheureux ! je vous adore dans votre bonheur. Soyez loué à jamais, de me faire connoître et savoir que vous êtes éternellement et immuablement bienheureux. Il n'y a d'heureux que vous seul , et ceux qui , connoissant votre éternelle félicité , y mettent la leur. Amen, amen.
lY" ÉLÉV. L'unité de Dieu.
« Écoute , Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur ^ », car il est celui qui est. Celui qui est, est indivisible : tout ce qui n'est pas le parfait dégénère de la perfection. Ainsi le Seigneur ton Dieu étant parfait, est seul , « et il n'y » a point un autre Dieu que lui * » . Tout ce qui n'est pas celui qui est par essence et par sa nature , n'est pas et ne sera pas éternellement, si celui qui est seul ne lui donne l'être.
S'il y avoit plus d'un seul Dieu , il y en auroit une infinité. S'il y en avoit une infinité, il n'y en auroit point ; car chaque Dieu n'étant que ce qu'il est, seroit fini, et il n'y en auroit point à qui l'infini ne manquât: ou il en faudroit entendre un qui contînt tout^ et qui dès là seroit seul. « Ecoute, Israël » : écoute dans ton fond : n'écoute pas à l'endroit oii se forgent les fantômes : écoute à l'endroit oii la vérité se fait entendre, où se recueillent les pures et simples idées. Ecoute là, Israël : et là , dans ce secret de ton cœur ; où la vérité se fait entendre, là retentira sans bruit cette patole : <( Le Seigneur notre » Dieu est un seul Seigneur ' » . Devant lui les deux né sont pas : tout est devant lui comme n'étant poiiït, tout est réputé comme un néant % comme un vide , comme une pure inanité : parce qu'il est celui qui est, qui voit tout, qui sait tout, qui fait tout, qui ordonne tout, et « qui appelle ce qui n'est » pas comme ce qui est ' » .
' Tim. I. 11.— 2 I. Tim. vi. 15. 16. — ^ Deut. vi. 4. — •• Ib. III. 24. IV. 35. 39. — * Deut. vi. 4. — * Is. XL. 17. 22, 23- Ps. XXXVIII. 6. — ■ Rom. IV. 17.
SLR LES MYSTERES. 7
\' ÉLÉ\. La prescience est la providence de. Dieu.
« Qui est celui qui appelle toute la suile des générations » dès le commencement 3 C'est moi^ le Seigneur : qui; suis » le premier et le dernier ' » : qui dans le centre de mon éternité vois tout commencer et tout finir.
Babylone, assemble tes devins : que dis-je tes devins? assemble tes dieux; « qu'ils viennent : qu'ils nous annoncent » les choses futures : qu'ils nous annoncent du moins tous » les temps passés ( et qu'ils fassent la liaison des uns avec » les autres) : nous serons attentifs à vos paroles. Dites-nous » ce qui arrivera, que nous sachions les choses futures ; an- » noncez-les-npus, et nous avouerons que vous êtes des dieux. » Faites-nous du bien et du mal si vous pouvez -, » . Car si vous le pouvez faire à votre gré, vous pouvez le prévoir et le deviner. « Mais vous n'êtes rien , tant que vous êtes de faux » dieux. Votre ouvrage n'est rien non plus ; il est au rang de » ce qui n'est pas : celui qui vous choisit pour son Dieu est » abominable' » . C'est ainsi que le prophète Isaïe, et avec lui tous les saints coiivainquent de néant les dieux des païens. Mais moi, dit le Seigneur par la bouche de ce saint prophète, comme je fais tout, je prédis ce que je veux. « Qui » sera celui qui le fera venir de l'Orient? qui l'appellera de » loin, afin qu'il le suive? qui dissipera devant son épéeles » nations comme de la poussière, et les armées devant son.
, » arc comme de la paille que le vent emporte ' ? Je le ferai » venir de l'aquilon et de l'Orienta), celui que je sais et que » je vois de toute éternité *. C'est Cyrus que j'ai nommé pour
, être le libérateur de mon peuple. « 11 connoîtra mon nom : » tous les princes t-éront devant lui comme des gens qui âmas- » sent de la boue. Qui est-ce qui l'a annoncé dès le commen- » cément" ? C'estmoi le Seigneur; c'est là mon nom : je ne » donnerai pas ma gloire à un autre, ni ma louange aux ido- ') les. Ce que j'ai annoncé au commencement, et qui a paru
' Is. XLi. 4. — 2 js. 22. 23. — ' 16. 25. ~ * Ib. k. 2. — ^ II. 23. — 6 Ib. 26.
M. Bossuet, en citant le *. 2 de ce chapitre, n'a pas exprimé le mot juslum, le juste, qui est dans le texte: sacré. Ici il fait entendre que Cyrus etoit la figure de Jésus-Clirisl ; et que c'éloit ce juste par excellence que le baint-Esprit .faisoit annoncer principalement. Eclit. de Béforàs.
s ÉLÉVATIONS
» le premier dans mes oracles, voiJà qu il arrive. Je décou- » vrirai encore de nouvelles choses : devant qu'elles parois- » sent, je.vousles ferai entendre'. Israël, tu es unpeupledis- » sipé : qui t'a donné en proie à tes ennemis, si ce n^est le 1' Seigneur lui-même, parce que nous avons péché? et il a » répandu sur nous le souffle de sa colère ' ».
« Et maintenant, dit le Seigneur ^ je te crée de nouveau, » Jacob ; et jeté forme, Israël. Je suis le Seigneur ton Dieu et » ton Sauveur, ô Israël ! Je suis. Il n'y a point de Dieu devant » moi, et il n'y en aura point après. Je sais, je suis le Seigneur » et il n'y a que moi qui sauve. Dèslecoramencementjesuis: » je suis le Seigneur votre saint, le roi et le créateur d'Israël. » Ne songez plus aux choses passées, j'en vais faire denou- » velles. J'ai formé ce peuple pour moi, et je veux qu'il ra- » conte mes louanges » .
« Je suis le premier et le dernier. encore un coup, et il » n'y a de Dieu que moi seul. Je suis le Seigneur qui fais tout ; » qui v;ends inutiles tous les présages des devins: je leurren- » verse l'esprit et je change leur sagesse en folie ». Mais au contraire, j'exécuterai après plusieurs siècles, «et je ferai » revivre la parole du prophète mon serviteur que j'ai ins- » pire ; et j'accomplirai les prédictions de mes messagers. » Je dis à Jérusalem ruinée et changée en solitude : Tu se- » ras pleine d'habitants. Je dis aux villes de Juda : Vous se- » rez bâties, le relèverai vos ruines, et jeremplirai vos ruesso- » litaires et abandonnées. J'ai dit à Cyrus : Vous êtes le prince » que j'ai choisi : vous accomplirez ma volonté. J'ai dit à Jé- » rusalem ; vous serez bâtie ; et au Temple réduit en cen- » dres : Vous serez fondé de nouveau ■* ». J'ai nommé. Cyrus pour accomplir cet ouvrage.
« Voici ce que dit le Seigneur k Cyrus : « Mon oint , que » j'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, et met- » tre en fuite les rois devant lui. Je te livrerai les trésors ca- » chés; ce qu'on aura recelé dans les lieux les plus cachés » sera ouvert, afin que tu saches que je suis le Seigneur, le » Dieu d'Israël qui te nomme par ton nom ». Je ne l'ai pas
' Is. xm. 8. 1). — = If>. 22. '24. 2J. — " 16. XLIII. l. 3. 10.' (1. lo 15. 18. 19 21. — ' is. XLiv. 0. 24. 2ô. •?.(>. 28.
SUR LES aiYSl'ÈUES. 9
fait pour l'amour de toi, mais « pour Tamour de Jacob mon » serviteur, et d'Israël que j'ai choisi. C'est pour lui que je » t'ai nommé par ton nom. Je t'ai représenté, je t'ai figuré » tel que tii es; Tu ne mè cùnnoissois pas ; et moi je te revê- » tois de puissance, afin que du levant jusqu'au couchant on » sache, qu'il n'y a de Dieu que moi ; et que moi , et non pas » un autre. Je suis le Seigneur, c'est moi qui crée la lumière, » et qui répands les ténèbres : je pardonne et je punis : je » distribue le bien elle mal, la paix et la guerre, selon le mé- » rite d'un chacun : je suis le Seigneur qui. fais toutes ces » choses '«.Ainsi parloit Isaïe. Et deux cent cinquante ans après, Cyrus, vainqueur selon cet oracle, vit la prophétie, et publia cet édit : «Yoici ce que dit Cyrus, roi de Perse: Le Dieu » du ciel, le Seigneur m'a livré tous les royaumes de la terre, » et m'a recommandé de rebâtir sa maison dans Jérusalem'». Cent autres pareils exemples justifient la prescience et la providence de Dieu ; mais celui-ci comprend tout et ne laisse rien à désirer. *
VP ÉLÉV. La toute-puissaute protection de Dieu.
« Montez à la cime d'une montagne élevée, vous qui annon- » cez à Sion la bonne nouvelle de son salut : élevez uiie voix «puissante, vous qui annoncez à Jérusalem son bonheur; » élevez votre voix, ne craignez pas. Dites aux villes de Juda : «.Voici votre Dieu qui vient à votre secours; c'est votre Dieu » qui vient avec force et avec un bras dominant : il vient, et » avec lui vient sa récompense, et son ouvrage ne manquera «pas. Comme un pasteur paît son troupeau; comme il ra- » masse avec son bras pastoral ses tendres agneaux, et qu'il » porte lui-même les petits qui ne peuvent pas se soutenir ; » ainsi fera le Seigneur ^ ».
« Qui est celui qui a mesuré l'immensité des eaux par sa » main, et qui a pesé les cieux avec son poignet, et avec trois » doigts, toute la masse de la terre? Qui est celui qui a mis '> les montagues et les collines dans une balance^ »?et a pu faire que toute la terre se servant à elle-même de contrepoids, demeurât dans l'équilibre au milieu des airs? « Qui
' Is. XLV. t. 3. /j. j. 5. 6. 7. — 2 II. Par. xxxvi. 22. 23. L Esdr. I. 1. 2. VI. 2. 3. — ' Is. xL. 9. 10. 11. ~ ' Ih. 12.
))a aidé l'esprit du Seigneur, ou qui lui a servi de conseiller, » et lui a montré , dans ces grands ouvrages , ce qu'il falloit » faire' » ? S'il faut lui offrir des sacrifices dans sa grandeur, '• le Liban n'aura pas assez de bois, ni la terre assez d'ani- » maux pour son holocauste '^ » ; c'est-à-dire que le cœur de l'homme, quoique plus grand que tout l'univers, et que toute la nature corporelle, n'aura pas assez d'amour et assez de desirs à lui immoler. Le cœur de l'homme se perd quand il veut adorer Dieu.
« Savez-vous bien le comrnencement de toutes choses? » Avez-vous compris les fondements de la terre, ni comme » Dieu se repose sur son vaste tour ■' » , et en fait comme son siège ou comme l'escabeau de ses pieds ?« Levez les yeux, et » voyez qui a créé tous ces luminaires , qui les fait marcher » comme en ordre de bataille , et les nomme chacun par son » nom , sans en omettre un seul dans sa puissance ». Jacob qui, vous défiant de cette puissance, dites en vous-même : >' Mes voies sont cachées au Seigneur, il ne sait plus où je » suis, et mon Dieu n'exercera pas son jugement sur moi,« pour me punir ou me sauver : « ignorez-vous que le Sei- » gneur est éternel, qu'il a marqué et créé les limites de la "terre? Sans défaillance , sans travail, sans lassitude, il agit. » sans cesse, et sa sagesse est impénétrable. Il rend la force à " celui qui est épuisé, il donne du courage et de la vertu à celui » qui n'estplus.Lajeunessela plus robuste tombera en foiblesse « malgré sa vigueur ; mais ceux qui espèrent au Seigneur » verront leurs forces se renouveler de jour en jour » ; quand ils croiront être à bout et n'en pouvoir plus , tout d'un coup « ils pousseront des ailes semblables à celles d'un aigle ; » ils courront et ne se lasseront point; ils marcheront et ils » seront infatigables ■* ». Marchez donc, âmes pieuses, marchez; et quand vous croirez n'en pouvoir plus, redoublez votre ardeur et votre courage.
« Je vous tirerai, ditle Seigneur \ des extrémités delà terre. « Je vous ai pris la main , et je vous ferai revenir du bout du » monde; je vous ai dit : Vous êtes mon serviteur, je vous ai
' Is. XL. 13. — = 16. 16. — ' Is. 21. 22. — ' lù- xL. 2C. 27- 28. 29. 30. 31. — ' 16. XLI. 9. 10 et suiv.
Sun LES MYSTÈKKS. 11
» choisi , et ne VOUS ai point rejeté. Ne craignez donc rien, » puisque je suis avec vous; ne vous laissez point afloiblir, » puisque je suis avec voire Dieu. Je vous ai fortifié, je vous ai « secouru , et la droite de mon juste , de mon Christ a été » votre soutien. Tous vos ennemis seront confondus, et sé- . » ront comme n'étant pas; vous demanderez où ils sont, et » vous les verrez disparus : vos rebelles, qui vous livroient )) de continuels assauts , seront comme n'étant pas ; tous » leurs efforts seront vains et comme un néant, parce que, » moi, qui suis le Seigneur, je vous ai pris par la main, et je » vous ai dit dans le fond du cœur : Ne craignez point, je » vous ai aidé. Jacob, qui étois petit et foible comme un ver- » misseau qui à peine se peut traîner ; Israélites, qui étiez « languissants, abattus et réduits au rang des morls , je vous » ai ressuscites , moi , le Seigneur, par mon secours tout- » puissant, et je suis votre rédempteur, moi le Saint dTsraël. » Vous mettrez vos ennemis en fuite ; vous serez sur eu< «comme un chariot neuf armé de tranchants de fer; vous M détruirez leurs armées ; et leurs forteresses , fussent-elles » élevées comme des montagnes, vous les réduirez en poudre : » vous pousserez vos ennemis devant vous , comme un tour- » billon fait la poussière , et vous vous réjouirez dans le Sei- « gneur, et votre cœur, transporté d'aise, triomphera dans le » Saint d'Israël ».
Il ne faut pas dire que ce soient ici des mn'acles , des effets extraordinaires de la toute -puissance de Dieu. Dieu ne montre des effets sensibles de cette puissance, que pour nous convaincre de ce qu'il fait en toute occasion plus secrètement. Son bras n'est pas moins fort quand il se cache que quand il se déclare : il est toujours et partout le tout-puissant, « le triomphateur en Israël \ «comme il s'appelle luimême , le protecteur invincible et toujours présent de ses amis.
«Écoute donc, Jacob, mon servileur, Israël que j'ai élu. » Voici ce que dit le Seigneur : Moi qui te forme, moi qui te "Crée, moi qui te tire du néant à chaque moment, qui
' I. Reg. XV. 29.
» suis Ion secours dès le venlre de fa mère ' », dès le commencenient de ta vie, dans la plus grande tbiblesse et parmi les plus impénétrables ténèbres. « Mon serviteur que j'ai aimé », homme droit que j'ai choisi, je t'enverrai du ciel mes consolations, « j'épancherai des eaux abondantes. sur «celui qui aura soif, je verserai des torrents sur cette terre » desséchée, je répandrai mon esprit sur toi », je te rendrai, féconde en bonnes œuvres, et « je bénirai tes productions ». Écoutez ces paroles , âmes désolées, que Dieu semble avoir délaissées dans son courroux, mais que son amour cependant met à l'épreuve : vous vivrez, c'est moi qui le promets, moi qui suis le véritable et le Saint, le fidèle et le toutpuissant : je fais tout ce que je veux. Le Seigneur a juré, et il a dit : Si ce que je pense n'arrive pas, si ce que je résous ne s'accomplit point, je ne suis pas Dieu ; mais je suis Dieu , je suis le Dieu des armées, le Dieu qui fait tout ce qui lui plaît dans le ciel et dans la terre. Le Seigneur a prononcé, «et qui pourra anéantir son jugement ' »? Le Seigneur a étendu son bras, et qui- en pourra éviter les coups, ou en détourner l'effet?
VIP ÉLÉv. La Loiité de Dieu ei son amour euvers les siens.
C'est un père, c'est une mère, c'est une nourrice: « une mère » peut-elle oublier son enfant qu'elle a porté dans son sein? » et quand ell« l'oublieroit, je ne vous oublierai pas ^ », dit le Seigneur: « Le'Seigneur ton Dieu t'aportésur ses bras comme » un petit enfant ^ , comme un aigle qui porle ses petits, qui » étend ses ailes sur eux, qui vole sur eux, et les provoque à » voler » : ainsi Dieu ne détourne point ses regards de dessus son nid, « et le garde comme la prunelle de son œil \ Il nous » porte à ses mamelles pour nous allaiter, il nous met sur ses » genoux »; et non content de nous nourrir, iljoint à la nourriture les tendresses et les caresses : «.comme une mère ca. » resse son enfant qui suce son lait; ainsi je vous consolerai"», dit le Seigneur.
Plus que tout cela, c'est un amant passionné, c'est un ten-
' Is. XLiv. I. 2, etc. — = Job. XL. .■). — ^ i.?.^.XLiX. ];■). — 'Dent. I. 3!. — ^ 16. xx.xii. 10. n. — '' Is. txvi.'lî!. 13.
SUIl LES MYSTERES. 15
dre époux. «Voici ce que dit le Seigueur à. Jérusalem,» à l'âme fidèle : «Quand Ui es venue au monde, tu étois dans l'impu- » reté» de ton père Adam, dont tu avois hérité la corruption et le péché. « On ne t'avoit pas coupé le nombril, tu n'avois » point été lavée d'eau, ni salée de sel, ni enveloppée dans » des langes : personne n'avait eu compassion de toi, ni ne » t'avait regardée d'un cèil de pitié; exposée et jetée à terre » comme un avorton, par un extrême mépris, dès le jour de » ta naissance, tu n'étois que pour ta perte, et personne n'a- » voit soin de loi' ». Yoilà quelle est par elle-même la nature humaine conçue en iniquité et dans le péché. « Alors, dit » le Seigneur, je t'ai vue en passant, pauvre et délaissée; » et pendant que, souillée encore de ton sang ,'», et toute pleine de l'impureté de ta naissance, tu n'avais rien qui ne fît horreur, et que lu étois livrée inévitablement à la mort , «Je » t'ai dit: Je veux que tu vives. «Vis, malheureuse âme,» c'est » moi qui le dis : vis toute horrible que tu es dans l'impureté » de ton sang, dans l'ordure de ton péché. C'est ainsi que Dieu parle à l'âme qu'il lave par le baptême.
Mais ce n'est pas là qu'il borne ses soins : « Tu croissois, dit le Seigneur : ta raison se formoit peu à peu, et tu de- » venois capable des ornements qu'on donne à de .jeunes » filles^», des vertus dont il faut parer les âmes dès leur jeu- » nesse. Tu comniençois à pouvoir porter des fruits ; « tesma- » melles s'enfloient et se formoient, et tu étois parvenue à l'âge » qui donne des amants». Mais de peur que tu n'en prisses qui fussent indignes de toi, je me suis présenté moi-même à les désirs. « J'ai passé, et je t'ai vu en cet âge » : et, quoique ' tu fusses nue et pleine encore de confusion, sans raison sans règle par toi-même et dans tes premiers désirs , je t'ai épousée , je .t'ai appelée dans ma couche et à des embrassements qui purifient l'âme : j'ai contracté avec toi un mariage éternel. « j\ii fait une alliance avec toi : j'ai juré par ma vérité, " que je ne t'abandonnerais pas, et tu es devenue mienne ; «je t'ai lavée d'une eau » sainte. Dès les premiers jours de fa naissance, où je t' avois ordonné de vivre, tu avois déjà été
' EzecU. XVI. ').. 4. j 0. — = Ezecli. xvi. 7. 8. 'J. 10.
purgée par l'eau du baptême ; mais il a fallu te laver, encore des mauvais désirs que la racine impure de ta convoitise poussoit sans cesse : l'impureté du saug dont tu étois née , étoit encore sur toi ; je l'ai ôtée par de saintes instructions, et j'ai mis sur toi toute la sainteté de ton baptême. « Et je t'ai » oint d'une huile » sainte, par l'abondance de mes grâces. « Je t'ai donné des habits, de diverses couleurs » : je t'ai ornée de toutes les vertus; « et je t'ai chaussée avec soin » des plus belles peaux. « Je t'ai environnée d'habits de fin lin , qui « sont les justices des saints, et je t'ai revêtue des choses » les plus fines * » : je t'ai ôtée, par ma grâce, tes désirs grossiers et charnels.
Mon amour a été plus loin , et ne voulant pas seulement que tu fusses nette et pure, mais encore riche et opulente, « je t'ai donné de grands ornements , des bracelets dans tes « bras , un riche collier autour de ton cou , des cercles d'or » et des pierreries pendantes à tes oi'eilles, et une couronne » sur ta tête. Tu reluisois toute d'or et d'argent, et tout étoit » riche et magnifique dans tes habits. Je te nourrissois de ce » qu'il y a de meilleur et de plus exquis : » toutes les douceurs étoient servies sur ta table. Par ces ornements, par ces soins, « ta beauté avoit reçu un si grand éclat, que tout le «monde en étoit ravi. Je t'ai élevée de cette beauté jusque M dans le trône : tout l'univers ne parloit que de ta beauté, que « moi seul je t'avois donnée , dit le Seigneur Dieu ^ », qui suis le beau et le bon par excellence , et l'auteur de toute beauté et de tout bien dans mes créatures.
Regarde, âme chrétienne , quel amant , quel époux t'a été donné ! Il t'a trouvée étant laide , il t'a fait belle : il n'a cessé de t'embellir de plus en plus ; il a prodigué sur toi tous ses dons, toutes ses richesses : il t'a placée dans son trône ; il t'a fait reine; ses anges t'ont admirée comme l'épouse du Roi des Rois , comme reçue dans sa couche, unie à son éternelle félicité. Comblée de sa gloire et de ses délices , qu'avois-tu à désirer, âme chrétienne , pour connoître toutes les bontés et tout l'amour de cet époux bienfaisant?
• Apoc. xix> 8. — - Ezech. xyi. II. 12. 13. 14.
SUR LKS MYSTÈRES. 15
VIIl"". ÉLÉV> Bonté et amour de Dieu envers les pécheurs pénitents.
«On dit par commun proverbe: Si un mari quitte sa
» femme, et que se retirant de lui elle épouse un autre mari,
M la reprendra- l-il « ? Cette femme ne sera-t-elle pas souillée
^et abominable « ? Et toi, âme pécheresse , tu l'es livrée à
p tous tes amants ». Ce n'est pas moi qui t'avois quittée ; non,
-je suis un époux fidèle, et qui jamais ne fais divorce de
moi-même : c'est toi, âme infidèle, qui m'as abandonné, et
l'es donnée, non pas à un seul amant, mais à mille et mille
corrupteurs. « Reviens toutefois à moi, dit le Seigneur, et je
» te recevrai ' « . %)^
« Regarde de tous côtés, » et tant que ta vue' se pourra étendre^ lu ne verras que des marques de tes infamies. « En quel lieu ne t'es- tu pas prostituée », âme impudique et livrée à tous les désirs de ton cœur? « Tu étois comme "exposée dans les chemins publics , et il n'y avoit aucune «créature qui ne captivât ton cœur ». Te répéterai-je tes vengeances , tes envies , les haines secrètes , ton ambition à laquelle lu sacrifiois tout, tes amours impures et désordonnées? « Toute la terre a été souillée de tes prostitutions et » de les malices. Tu as le front d'une impudique, tu n'as pas » rougi de tes excès. Reviens donc du moins dorénavant : » appelle-moi mon père, mon époux et le conducteur de ma » virginité. Pourquoi veux-tu toujours l'éloigner de moi » comme une femme courroucée , et veux-tu persister dans » ton injuste colère? Tu as dit que tu ferais mal , tu t'en » es vantée, et tu l'as fait, et tu l'as pu '» . Je l'ai abandonnée à tes voies. « Reviens, infidèle; et je ne détournerai pas mes "yeux de toi : parce que je suis le Saint, dit le Seigneur; » et ma colère ne sera pas éternelle. Connois seulement » ton iniquité, et que tu as prévariqué contre le Seigneur. Il » n'y a point d'arbre feuillu dans la forêt, qui ne soit té- >' moin de tahonterf ; il n'y a point de vain plaisir qui ne l'ait d^çue : « et tu ne m'as point écouté , dit le Seigneur. Con- » verlissez-vous, enfants rebelles, convertissez-vous ^ ».
' Jerera. ni. 1. — - 16. in. 2. 3. 4, 5. — ••* 16. 12- 13. 14.
Reveneiz à la maison paternelle, enfants prodigues \ on vous rendra votre première robe., on célébrera un festin pour Votre retour, toute la maison sera en Joie, et votre père, toucbé d'une tendresse particulière, s'excusera envers les justes qui rie Font jamais quitté , en leur disant : « Vous êtes » toujours avec moi ; mais il faut que je me réjouisse, parce «que votre frère étoit mort, et il est ressuscité: il é.toit « perdu , et il a été retrouvé ^ » .Réjouissez-vous avec moi, et avec tout le ciel, qui fait une fête de la conversion des pécheurs, et « conçoit une joie plus grande pour le retour d'un seul, que pour la persévérance de quatre-vingt-dixneuf justes, qui n'ont pas besoin de pénitence^ ». « Revenez donc , enfants désobéissants , revenez , épouses infidèles, parce que je suis votre époux* ». « Est-ce ma volonté que l'impie périsse , et non pas qu'il se convertisse , et qu'il vive ? Convertissez-vous , faites pénitence , et votre péché ne vous tournera pas à ruine. Eloignez de vous toutes vos prévarications et vos désobéissances, et faites-vous un cœur nouveau et un nouvel esprit. Et pourquoi voulez-vous mourir , maison d'Israël , pendant que moi , moi que vous avez offensé , je veux votre vie ! Non , je ne veux point la mort du pécheur, dit le Seigneur Dieu : revenez et vivez ^ ».
« C'est moi , c'est moi-même qui efface vos iniquités pour l'amour de moi-même, et pour contenter ma bonté: et je ne me ressouviendrai phis de vos péchés. Seulement , souvenez-vous de moi. Entrons en jugement l'un avec l'autre : je veux- bien me rabaisser jusque-là : Plaidez votre cause ; avez-vous de quoi justifier vos ingratitudes ", après que je vous ai pardonné tant de fois? Jacob, souvenéz-vousen , ne m'oubliez pas. J'ai effacé comme un nuage vos iniquités : j'ai dissipé vos péchés , comme le soleil dissipe un brouillard. Pécheurs, retournez à moi, parce que je vous ai rachetés. Ocieux, chantez ses louanges : terre , faites retentir vos louanges d'une extrémité à l'autre : montagnes.
' Luc. XV. 22. 23 et suiv. — = 16. \\. 31. 32. — ' Ib. 6. 7. — ^ Jeiem. m. 14. — ' Ezech. xviii 23. 30. 31. 32^ — " Is. XLiil.
SUll LES MYSTEUES. 17%
i. portez vos cantiques jiisqiiés aux nues, parceque le Seigneur ,; a fait miséricorde '. Autant que le ciel est au dessus de la ' » terre,' autant a- t-il exailé et affermi ses miséricordes : au- . tant que le levant est loin du couchant, autant a-t-il éloigné de nous nos iniquités. Comme un père a pitié de ses enfants, ainsi Dieu a eu pitié de nous , parce qu'il connôît nos-foiblesses et de quelle masse nous sommes pétris. Nous ne sommes que boue et poussière ; nos jours s'en vont comme une herbe, et tombent comme une fleur : notre âme, plus fragile encore que notre corps , n'a point de consistance * ».
IX" ÉLÉv. L'amour de Dieu méprisé et implacable.
<c Parce que vous n'avez pas voulu servir le Seigneur votre Dieu avec plaisir et dans la joie de votre cœur, dans l'abondance de tous biens , vous serez assujetti à un ennemi implacable que le Seigneur enverra sur vous, dans la faim et dans la soif, dans la nudité et dans la disette ; et il mettra
sur vos têtes un joug de fer dont vous serez accablé ^
et comme le Seigneur a pris plaisir de vous bien faire , de vous multiplier, de vous enrichir à pleines mains; ainsi il prendra plaisir de vous perdre, de vous détruire, de vous écraser^ » . Pesez ces paroles : la mesure de vos tourments sera l'amour méprisé.
» Pourquoi criez-vous vainemement, et que vous sert de pousser jusqu'au ciel vos plaintes inutiles sous la main qui vous brise? Yolre fracture est incurable ; la gangrène est dans votre plaie, et il n'y a plus de remè^de : il n'y a plus pour vous de baume ni de ligature. Je vous ai frappé d'un coup d'ennemi ', d'une plaie cruelle : non d'un châtiment paternel pour vous corriger, mais du coup, d'une main vengeresse et impitoyable , pour contenter une inexorable justice. Vcs péchés sont devenus durs par la dureté de votre cœur, par vos habitudes invétérées, par votre inflexibilité dans le mal. Et moi aussi, dit le Seigneur , je m'endurcirai sur vous , et j'oublirai que je suis père. Yous implorerez
' 16. xLiv. 21.22. 23. — - Ps. CM. 11. 12. 13. 14. là. — ^^Deiit. xxviii. 47. 48. — ' 16 03. — '' Jereni. .\xx. 12. 13. 14.
» en vain ma miséricorde, poussée à bout par vos ingraliiu- » des : votre insensibilité fait la mienne. Je vous ai fait ce » cruel et insupportable traitement , à cause de la multitude » de vos crimes, et de vos durs péchés ' » : à cause de la dureté inflexible de votre cœur rebelle et opiniâtre.
« Ilest temps que le jugement commence par la maison »' de Dieu ^ : Amenez-moi Jérusalem ; amenez-moi cette âme " comblée de tant de grâces : je la perdrai ; je l'effacerai >' comme on efface une écriture dont on ne veut pas qu'il >' reste aucun trait ; je passerai et repasserai un stylet de fer >' sur son visage ' », et il n'y restera rien de sain et d'entier.
X°. ÉLÉv. La sainteté de Dieu : Dieu est le saint d'Israël , le très-saint ,
truis fuis saint.
Dieu se délecte particulièrement dans le nom de saint. Il s'appelle très-souvent le Saint d'Israël *. Il veut que sa sainteté soit le motif, soit le principe de la nôtre : « Soyez saints, » parce que je suis saint * ». Sa sainteté qui fait la consolation de ses fidèles, fait aussi l'épouvante de ses ennemis. »■ A qui est-ce que tu t'attaques , Rabsace insensé : de qui as- » tu- blasphémé le nom? contre qui as-tu élevé la voix, et » lancé tes regards superbes? contre le Saint d'Israël. Pen- " dantque tu t'eraportois comme un furieux contre moi, ton M orgueil est monté jusqu'à mes oreilles. Je mettrai un frein » à ta bouche, et un cercle de fer à tes narines ; et je te ra- » mènerai au chemin par où tu es venu '"' ».
Et ailleurs : « Le visilarit et le saint est descendu du ciel ' »; c'est un ange, si vous voulez ; quoi qu'il en soit, sa puissance est dans sa sainteté. La sentence est partie d'en haut : « Et il » a crié puissamment : Coupez l'arbre , abattez ses branches : « il a été ainsi ordonné dans l'assemblée de ceux qui veillent - toujours : c'est la sentence des saints, dont la force est dans « leur sainteté ». Et après : « Le royaume a été donné au peu- •) pie des saints du Très-Haut » : parce qu'il est saint , et le
' 16 15. — - I. Pet. w. 17.— =• IV. Reg. XXI. 12. 13.— *Vs. LxX. 22. Is. XII. G. et ailleurs. — * Lev. xii. 44. 45. xi.x. 2. et ailleurs, — " JV. Reg- xi.x. 22. 28. Is. xxxvil. 23. 29. — ^ Dan. iv. 10. 11. 14. — « 16. VII. 18. 22.
tout-puissant protecteur de la sainteté. Les païens mêmes savoient la puissance attachée à la sainteté du nom divin. La reine vint dire au Roi Balthazar : Il y a un homme dans votre » royaume qui a en lui-même l'esprit des saints dieux ' «; c'étoit-à-dire , l'esprit de prédiction et d'une efficace divine.
« J'ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et haut, et ce
» qui étoit au dessous de lui remplissoit le Temple. Des Sé- » raphins étoient autour, l'un avoit six ailes, et l'autre au- » tant : deux ailes couvroient la face du Seigneur , deux voi- » loient ses pieds , et les deux autres servoient à voler. Et ils » crioient l'un à l'autre , et ils disoieut : Saint , saint , saint le » Seigneur, Dieu des armées ; toute la terre est remplie de sa » gloire. Et les gonds des portes trembloient à la voix de ce- » lui qui criolt ;• et la maison fut remplie de fumée ^ » . Voilà donc la sainteté de Dieu, voilà pourquoi il est appelé le Saint d'Israël. Il se manifeste à son prophète comme le très-saint, le trois fois saint dans ses trois personnes : et la gloire et la majesté qui remplissent toute la terre, sont l'éclat de sa sainteté, dont « il est revêtu comme d'un vêlement' », dit David, et saint Jean dans l'Apocalypse voit « quatre animaux qui ne » cessoient de crier jour et nuit : Saint, saint, saint, le Seis gneur. Dieu tout-puissant, qui étoit, et qui est, et qui doit » venir ^». Remarquez ce cri partout: il n'y a rien qu'on publie avec un cri plus grand et plus persévérant : rien qui éclate plus hautement dans tout l'univers , que la sainteté de Dieu.
La sainteté est l'abrégé , et comme un précis des perfections divines. Le fils de Dieu même , dans sa dernière oraison , parlant à son père , comme pour renfermer en un seul mot ses perfections , l'appelle «mon père saint, mon' père » jusle^ ». Et on ne trouve pas , dans son Evangile, qu'il lui ait donné d'autre titre que ces deux qui n'en font qu'un. Luimême est connu sous le nom de saint et de juste : « La » chose sainte qui naîtra en vous , sera appelée le fils de » Dieu » . Les démons parlent comme l'ange : « Je sais que
' Ih. v. 10. 11. — 2 Is. VI. 1. 2. 3. 4. — ' Ps. cm. 2. — * Apoc. IV. 8.—* Joan. xvil. 11. 25. — " Luc. I. 35.
» VOUS êtes le saint de Dieu ' «.Daniel Tavoit nommé en esprit à cause de son onction , « le saint des saints '^ ». Isaïe; l'appelle «le juste ^ ». Saint Pierre unit ensemble ces deux qualités (,. en disant : « Vous avez renié le saint et le » juste ■* ». -
XI" ÉLÉV. Ce qu'on entend par la sainteté.
La sainteté est en Dieu une incompatibilité essentielle avec tout péché, avec tout défaut, avec toute imperfection d'entendement et de volonté.
Premièrement. L'injustice, l'iniquité, le péché ne peut être en lui : il est la règle , et bon par essence , sans qu'il puisse y avoir en lui aucun défaut. Jl n'entend et ne veut que ce qu'il faut entendre et vouloir : son entendre et son vouloir sont sa nature, qui est toujours excellente. Sa perfection morale et sa perfection naturelle ne sont qu'un : il est également indéfectible par son être, et infaillible dans sou intelligence et sa volonté : par conséquent incompatible avec tout péché , avec tout défaut.
Secondement. Il appartient à lui seul de purifier du péché les consciences souillées : « Il est saint et sanctificateur : il est juste et justifiant le pécheur, comme dit saint Paul S) . ,
Troisièmement. 11 est imcompatible avec les pécheurs , et les rejette de devant lui par toute sa sainteté et par toute son essence. «Le matin», et dans le temps que les pensées sont les plus nettes , et qu'on en doit offrir à Dieu les prémices, « Seigneur, dit le Psalmiste, je me présenterai devant » vous, et je verrai clairement, dans votre lumière, que vous, » êtes un Dieu qui ne voulez point l'iniquité. Le malin n'ha- » bite point auprès de vous ; et les injustes ne subsisteront » point devant vos yeux. Vous haïssez tous ceux qui comihet- » tent des péchés : vous perdrez tous ceux qui profèrent des » mensonges • l'homme sanguinaire et l'homme trompeur î » sont en abomination devant le Seigneur * » ..
Quatrièmement. Les pécheurs l'attaquent inutilement par
' Marc. I. 24. — - Dan. m. 'M. — ' Is. xlv. 21. — " Act. m. 14. — '" Rom. iii. 26. — " Ps. v. 5. 6. 7.
leur rébellion : el sa sainteté demeure inviolable au milieu des impiétés , des blasphèmes , des impuretés , dont tout l'univers est rempli par la malice des hommes et des démons.
Cinquièmement. Il demeure saint , quoique pour punir les pécheurs il les livre à leurs mauvais désirs : parce que, les y livrer n'est pas les produire. Dieu ne fait que se soustraire lui-même à un cœur ingrat ; et cette soustraction est sainte, parce que Dieu se soustrait justement lui-même à ceux qui le quittent, et punit leur égarement volontaire, en les frappant d'aveuglement. Il fait tout dan5 l'homme , excepté le seul péché, oii son action ne se mêle point. Celui qu'il permet, ne le souille point, parce que lui seul il en peut tirer un bien infini , et plus grand que n'est la malice dfe tous les péchés ensemble • comme quand il lire de la malice des Juifs un sacrifice si saint, qu'il y a de quoi expier tous les crimes.
Sixièmement : Il purifie les justes par mille épreuves : il les met dans le creuset et dans le feu , dans le feu de cette vie ,.:d,ans le feu dé l'autre : « et rien de souillé n'entre en » sdn' rpyoume ' ». .
Enfin, sa sainteté est la conviction de toute l'iniquité des hommes. «Malheur à moi, s'écrie Isaïe% après avoir vu la » majesté du trois fois saint: malheur à moi avec mes lèvres » impures, au milieu d'un peuple souillé. J'ai vu de mes » yeux le roi désarmées : Va , dit-il , et dis à ce peuple : » Ecoutez, et ne comprenez pas. Aveugle le cœur de ce peu- » pie, appesantis ses oreilles, ferme sesyeux^ ». C'est l'effet de la sainteté de Dieu lorsqu'elle a été méprisée. Je.serai sanctifié au milieu d'eux en les punissant : je laverai mes mains dans leur sang ; et ma juste vengeance fera éclater ma sainteté.
« Les choses. saintes sont pour les saints », s'écriait-on autrefois avant la communion. « Il n'y a qu'un saint , un seul » Seigneur, un seul Jésus-Christ », répondoit le peuple. Seigneur! sanctifiez-nous, afin que nous sanctifiions etglori-
' Apor. \xi. 27. — - Is. vi. 5. 9. 10.
liions voire nom. En vérilé, en vérité , je vous le dis : « je » ne vous connois pas ; retirez-vous de moi , vous tous qui » opérez r iniquité ' ».
Approchez , pécheurs pénitents : purifiez-vous dans la source de la pureté: « Si vos. péchés sont rouges comme )> récarlate, je les blanchirai comme la neige "^ ». Quel merveilleux changement ! TÉthiopien n'a plus la peau noire , elle éclate d'une céleste blancheur : la sainteté de Dieu a fait cet ouvrage. « Soyez donc saints , parce que je suis saint, » dit le Seigneur ^ ». Soyez saints , ministres de Dieu et de ses autels , dispensateurs de sa parole et de ses mystères ; parce que Dieu vous a choisis pour sanctifier son peuple. « Peuple de Dieu , soyez saint, parce qileDieu habite au mi- » lieu de vous * » : sanctifiez vos âmes oii il veut établir sa demeure, et vos corps qui sont les temples de son Saint- Esprit.
ir SEMAINE.
ÉLÉVATIONS A LA TRÈS-SAiNTE TRINITÉ.
I" ÉLÉV. Dieu est fécond, Dieu a un fils.
Pourquoi Dieu n'auroit-il pas de fils? Pourquoi cette nature bienheureuse manqueroit-elle de cette parfaite fécondité qu'elle donne à ses créatures? Le nom de père est-il si déshonorant et si indigne du premier être, qu'il ne lui puisse convenir selon sa propriété naturelle? «Moi qui fais enfanter « les autres , ne pourrai-je pas enfanter moi-même * » ? Et s'il est si beau d'avoir, de se faire des enfants par l'adoption, n'est-il pas encore plus beau et plus grand d'en engendrer par nature ?
Je sais bien qu'une nature immortelle n'a pas besoin comme la nôtre , mortelle et fragile, de se renouveler, de se perpétuer, en substituant à sa place des enfants qu'on laisse au monde quand on le quitte. Mais en soi-même , indépen-
' Matfh. vu- 23. — ^ Is. i. 18. - ^ Levit. xi. 43. 44; I. Petr. I. Ifl. - ' Levit. XXVI. ?.. I. Cor. m. 10.- 17 ; II. Cor. vi. 10. - ■' Ts.-i.xvi. 9.
damment de cette nécessaire réparation, n'est-il pas beau de produire un autre soi-même par abondance, par plénitude , par Teffet d'une inépuisable communication ; en un mot, par fécondité , et par la richesse d'une nature heureuse et parfaite.
C'est par une participation de cette bienheureuse fécondité que l'homme est fécond. Quand il seroit demeuré immortel , selon le premier dessein de sa création , quand il eût plu à son créateur de consommer au temps destiné sa félicité sur la terre ; on entend toujours que de soi il est beau d'être fécond, et d'engendrer de soi-même, et de sa propre substance, un autre soi-même. Qu'on laisse cette féconde efficacité dans sa pureté primitive et originaire , elle pourra cesser quand Dieu voudra , quand le nombre d'hommes qu'il veut rendre heureux sera complété ; mais d'elle-même ; elle sera toujours regardée comme riche et comme parfaite. El d'où viendroil cette perfection, sinon de celle de Dieu, toujours fécond en lui-même et toujours père ?
Quand le Sage a prononcé ces paroles : « Qui est celui qui » est élevé au plus haut des cieux par sa puissance, et qui en » descend continuellement par ses soins ? Qui tient les vents « en ses mains? Qui tient la mer dans ses bornes , et mesure » les extrémités de la terre? Quel est son nom, et quel est le nom de son fils, si vous le savez ' » ? Ce n'est pas là une simple idée et des paroles en l'air; il a prétendu proposer un mystère digne de Dieu , et quelque chose de très-véritable et. de très-réel , quoiqu'on même temps incompréhensible. Dans sa nature infinie il y a vu un père qu'on ne comprend, pas, et un fils dont le nom n'est pas connu. Il n'est donc plus question que de le nommer, et on le doit reconnoître, pourvu qu'on avoue qu'il est ineffable.
C'est-à-dire, que pour connoître le Fils de Dieu il faut s'élever au dessus des sens et de tout ce qui peut être connu et nommé parmi les hommes ; il faut ôter toute imperfection au nom de fils , pour ne lui laisser que ceci, que tout fils est de même nature que son père , sans quoi le nom de fils ne sub-
' Prov. XXX. 4.
sisle plus. Un enfant d'un jour n'est pas moins homme que son père; il est un homme moins formé, moins parfait; mais pour moins homme cela: ne se peut, et les essences ne se peuvent pas. diviser ainsi. Mais si un homme et un lils de l'homme peut être imparfait, un Dieu et un fils de Dieu ne le peut pas être. Otons donc cette imperfection au Fils de Dieu , que demeurera-t-il autre chose , sinon ce qu'ont dit nos Pères dans le concile de Nicée , et dès l'origine du christianisme, qu'il est « Dieu de Dieu , lumière de lumière, vrai » Dieu de vrai Dieu » : fils parfaitd'un père parfait, d'un père qui .n'attendant pas sa fécondité des années , est père dès qu'il est, qui n'est Jamais sans fils ; dont le (ils n'a rien de dégénérant, rien d'imparfait , rien à attendre de l'âge ; car tout cela n'est que le défaut de la naissance des hommes.
Dieu le Père n'a non plus le besoin de s'associer à quelque autre chose que soi , pour être père et fécond ; il ne produit pas hors de lui-même cet autre lui-même ; car rien de ce qui est hors de Dieu n'est Dieu. Dieu donc conçoit en lui-même ; il porte en lui-même son fruit qui lui est coéteruel. Encore qu'il ne soit que père , et que le nom de mère qui est attaché à un sexe imparfait de soi et dégénérant, ne lui convienne pas, il a toutefois un sein comme maternel où il porte son fils : « Je l'ai , dit-il ' , engendré aujourd'hui d'un sein ma- » ternel : ex utero ». Et le (Ils s'appelle lui-même « le Fils » unique qui est dans le sein du père ^ » : caractère uniquement propre au fils de Dieu. Car où est le (ils , excepté lui , qui est toujours dans son père, et ne sort jamais de son sein? Sa conception n'est pas distinguée de son enfantement ; le fruit qu'il porte est parfait dès qu'il est conçu , et jamais il ne sortdusein qui le porte. Qui estporlé. dans un sein immense, est d'abord aussi grand et aussi immense que le sein où il est conçu , et n'en peut jamais sortir. Dieu l'engendre , Dieu le reçoit dans son sein, Dieu le conçoit, Dieu le porte. Dieu l'enfante, et la sagesse éternelle , qui n'est autr-e chose que le Fils de Dieu , s'attribue dans Salomon , et u d'être conçue et » d'être enfantée ^ »; et tout cela n'est que la même chose.
' Ps. CiX.- = .Toa:i. I. 18. - ^ Prov. Vill. 2'i.
Dieu n'aura jamais que ce fils, car il est parfait, et il ne peut en avoir deux ; un seul et unij^ùe enfantement de cette nature parfaite en épuise toute E" fécondité , et en attire tout l'amour. C'est pourquoi le Éils de Dieu s'appelle luimênie l'Unique, le Fils unique, Unigenitus ' : par oii il démontré en même temps qu'il est Fils , non par grâce et par adoption , mais par nature. Et le Père confirmant d'en haut cette parole du Fils, fait partir du ciel cette voix : « Celui-ci » est moii Fils bien-aimé, en qui je me suis plu ^ » : c'est mon fils, je n'ai que lui, et aussi de toute éternité je lui ai donné, et lui donne sans fin tout mon amour.
II" ÉLÉV. Dieu de Dieu, le fils de Dieu ne dégénère pas.
Un Dieu peut-il venir d'un Dieu ! Un Dieu peut-il avoir l'être d'un autre que de lui-même ? Oui , si ce Dieu est fils. II répugne à un Dieu de venir d'un autre comme créateur qui le tire du néant ; mais il ne répugne pas à un Dieu de venir d'un autre, comme d'un père qui 1 engendre de sa propre substance. Plus un fils est parfait , ou , si l'on peut ainsi parler, plus un fils est fils, plus il est de même nature et de même substance que son père , plus il est un avec lui ; et s'il pouvoit être de même nature et de même substance individuelle, plus il seroit fils parfait. Mais quelle nature peut être assez riche, assez infinie, assez immense pour cela, si ce n'est la seule infinie et la seule immense : c'est-à-dire la seule nature divine? C'est ainsi qu'il nous a révélé, que Dieu est. père, que Dieu est fils, et que le père et le fils sont un seul Dieu, parce que le Fils engendré de la substance de son Père, qui ne souffre point de division, et ne peut avoir de parties, ne peut être rien moins qu'un Dieu et un même Dieu avec son Père : car qui dit substance de Dieu , la dit toute, et dit par conséquent. Dieu tout entier.
Qui sort de Dieu de cette sorte, c'est-à-dire, de toute sa substance , possède en même temps son éternité tout entière , selon ce que dit le prophète : a Sa sortie est dès le )) commencement ; dès les jours de l'éternité ^ ». parce que
^ Joaii. I. IS. - -Luc. IX. 3:) — ■•' Midi v. ?..
26 ,s ÉLÉVATIONS
l'éternilé est la substance de Dieu, et quiconque est sorti de Dieu et de sa substance, en sort nécessaii-ement avec une même éternité, une même vie, une même majesté. Car si un père transmet à son fils toute sa noblesse , combien plus le Père éternel communique-t-il à son Fils toute la noblesse avec toute la perfection et l'éternité de son être ; ainsi le Fils de Dieu nécessairement est coéternel à son Père , car il ne peut y avoir rien de nouveau ni de temporel dans le sein de Dieu. La mutation et le temps dont la nature est de changer toujours , n'approche point de ce sein auguste; et la même, perfection, la même plénitude d'être qui en exclut le néant, en exclut toute nature changeante. En Dieu tout est permanant, tout est immuable ; rien ne s'écoule dans sou être, rien n'y arrive de nouveau ; et ce qu'il est un seul moment, si on peut parler de mènent en Dieu , il l'est toujours.
« Au commencement le Verbe étoit ' » . Remontez à l'origine du monde, « le Verbe étoit». Remontez plus haut si vous pouvez , et mettez tant d'années que. vous voudrez les unes devant les autres, a. il étoit » : il est comme Dieu «celui » qui est » . Saint Jean disoit dans l'Apocalypse ^ « : La grâce » vous soit donnée par celui » qui n'est autre que celui « qui » est, qui étoit, et qui viendra» : c'est Dieu. Et un peu après : c'est Jésus-Chist dont saint Jean dit: «Le voilà qui vient » dans les nues ». Et c'est lui qui prononce ces paroles : « Je suis l'alpha et l'oméga ; le commencement et la fin : » dit le Seigneur Dieu, qui est et qui étoit et qui viendra. » Jésus-Christ est donc comme son père , « celui qui est, et qui » étoit» : il est celui dont l'immensité embrasse le commencement et la fin des choses : et comme Fils., et étant de même nature , de même substance que son Père , il est aussi de même être , de même durée et de même éternité.
IIP ÉLÉV. Images dans la nature : de la naissance du Fils de Diou.
Voyez cette délicate vapeur que la mer doucemeut touchée du soleil, et comme imprégnée de sa chaleur, envoie jour
' Joan. 1. ]. — - Apoci i ^■ 8.
et nuit comme d'elle même vers le ciel, sans diminution de son vaste sein. C'est pourtant le plus pur de sa substance , et quelque chose de même nature , quoique non de même matière que les eaux qu'elle se réserve. Amsi, dit Salomon, « la sagesse que Dieu engendre dans réfernité » est une vapeur de sa toute-puissante vertu , et une Irès- » pure émanation de sa clarté'».
On peut entendre encore par celte vapeur, la chaleur même qui sort du soleil, « dont nul ne se peut cacher ' » , comme dit David. Quoiqu'il en soit, on voit que le sage cherche, par toutes ces comparaisons, à nous faire entendre une génération qui n'altère ni n'entame point la substance; et dans le Père et le Fils une distinction qui n'en ôte point l'unité. C'est ce qui ne se trouve pas dans la créature , et encore moins dans les créatures corporelles; mais il nous propose pourtant ce qu'il y a de plus épuré dans la nature sensible, pour en tirer des images les plus dégagées qu'il sera possible de l'altération qui paroît dans les productions ordinaires.
Considérez cet éclat , ce rayon, cette splendeur qui est la production et comme le fds du soleil : elle en sort sans le diminuer, sans s'en séparer elle-même, sans attendre le le progès du temps. Tout d'un coup, dès que le soleil a été formé, sa splendeur est née et s'est répandue avec lui , et ou y voit toute la beauté de cet astre. Ainsi disoit Salomon , la sagesse sortie du sein de Dieu, « est la délicate vapeur, la » très-pure émanation, le vif rejaillissement, l'éclat de sa » lumière éternelle^» : ou comme parle saint Paul, c'est, « le rayon resplendissant de la gloire de Dieu et l'empreinte » de substance ' ». Dès que la lumière est, elle éclate; si réçlat et la splendeur du soleil n'est pas éternel, c'est que la lumière du soleil ne l'est pas non plus, et par une contraire raison, si la lumière étoit éternelle, son éclat et sa splendeur le seroient aussi. Or, Dieu est une lumière où il n'y a point de ténèbres; une lumière qui n'étant point faite : subsiste éternellement par elle-même, et ne connoît ni com-
' Sap. vu. 25. — - Ps. XVIU. 7. — -^ Sap. vu-. 25. — * Heb. i. 3.
meiicement ni déclin. Ainsi son éclat qui est son Fils, est éternel comme lui, et ne se divise pas de sa siibsfance. Tous les rayons pour ainsi parler , tiennent au soleil, son éclat ne se détache jamais : ainsi sans se détacher de son Père, le Fils de Dieu en sort éternellement; et mettre Dieu sans son Fils, c'est mettre la lumière sans, rayon et sans splendeur.
Mais passons à l'autre expression de saint Paul. « Le Fils de Dieu, dit Tapôtre, est le caractère et Tempreinte de la V substance de son Père '». Lorsqu'un sceau est appliqué sur de la cire, cette cire, sans rien détacher dusceau qui s'imprime en elle, en tire la ressemblance tout entière , et se l'incorpore, en sorte qu'on né peut plus l'en séparer. ■ Regardez-la bien, aucun trait ne lui est échappé, et cependant tout est demeuré dans le sceau sous lequel elle a pris sa forme. Ainsi le Fils de Dieu a tout pris du Père, sans lui rien ôter : il en est la parfaite image ,. « l'empreinte » , l'expression tout entière, non de sa figure, car Dieu n'en a point; mais comme parle saint Paul, a de sa substance » : selon la force de l'original, on pourroit traduire, « de sa personne ». Il en porte tous les traits, c'est pourquoi il dit : ce Qui » me voit , voit mon Père ^ » , et ailleurs : « Comme le Père a la » vie en soi, ainsi il a donne à son Fils d'avoir la vie eu » soi \ Comme le Père ressuscite les morts et leur rend » la vie, aussi le Fils donne la vie à qui il lui plaît ^ ». Et il n'exprime pas seulement son Père dans les effets de sa puissance; il en exprime tous les traits, tous les caractères naturels et personnels; en sorte que si on pouvoit voir le Fils sans voir le Père, on le verroit tout entier dans son Fils.
Mais qui pourroit expliquer quels sont ces traits et ces caractères du Père éternel qui reluisent dans son Fils? Cela n'est pas de cette vie : et tout ce qu'on en peut dire , c'estque n'y ayant rien en Dieu d'accidentel , tout ces traits du Père que le Fils porte empreints dans sa personne, sont de la substance ou de la personne du Père. Il, est cette impression substantielle que le Père opère de tout ce qu'il est; c'est en opérant cette impression qu'il engendre son Fils.
' Heb. I. 3. - - Joan. xiv. 9. - ^ Ibid. \. 20. - * Ib. v. 21.
SUR LES MYSTÈUES. 29
Voici dans le sage quelque chose'de plus délicat. La sagesse éternellement conçue dans le sein de Dieu, « est un n miroir sans tache de sa majesté, et l'image de sa bonté' », C'est quelque chose de trop grossier pour le Fils de Dieu, que l'impression d'un cachet, ou que l'expression de la ressemblance dans une image qu'on taille avec 'un ciseau, ou qu'on fait avec des couleurs. La nature a quelque chose de plus délicat : et voici dans de claires eaiix et dans un miroir', un nouveau secret pour peindre et faire une iinagè. Il n'y a qu'à présenter un objet, et aussitôt il se peint lui-même, et cet admirable tableau ne dégénère par aucun endroit de l'original : C'est en quelque sorte l'original même. Cependant rien ne dépérit ni à l'orinal, ni à la glace polie où il s'est imprimé lui-même tout entier. Pour achever ce portrait, on n'a pas besoin du secours du temps, ni d'une ébauche imparfaite ; un même instant le commence et l'achève; et le dessin comme le fini n'est qu'un seul trait.
IV'-" ÉLÉV. Image ijIus épurée dans la créature raisonable.
Tout cela est mort : le soleil, son rayon, sa chaleur; un cachet, son expression; une image ou taillée ou peinte; un miroir et les ressemblances que les objets y produisent, sont des choses mortes. Dieu a fait une image plus vive de son éternelle et pure génération; et afin qu'elle nous fût plus connue, c'est en nous-mêmes qu'il l'a faite.
Il l'a faite, lorsqu'il a dit : « Faisons l'homme ^ ». Il voulut alors faire queque chose , oij fût déclarée l'opération de son Fils, d'un autre lui-même , puisqu'il dit: « Faisons ». Il voulut faire quelque chose qui fût vivant comme lui, intelligent comme lui, saint comme lui, heureux comme lui : autrement, on ne sauroit ce que voudroit dire, «Faisons l'homme » à notre image et ressemblance ». « A notre image », dans dau5 le fond de sa nature ; « à notre ressemblance » , par la conformité de ses opérations avec la nôtre, éternelle et indivisible.
C'est par l'elfet de cette parole : « Faisons Thommo à
' Sap. vu. 26. — • Geii. i. 20
» notre image » , que f homme pense; et penser, c'est concevoir : toute pensée est conception et expression de quelque chose : toute pensée est l'expression , et par là une conception de celui qui pense , si celai qui pense pense à lui-même, et s'entend lui-même; et c'en seroit une conception et expression parfaite , éternelle, substantielle, si celui qui pense étoitparfait, éternel, et s'il étoitpar sa nature tout substance, sans rien avoir d'accidentel en lui-même , ni rien qui puisse être surajouté à sa pure et inaltérable substance.
Dieu donc qui pense substantiellement, parfaitement, éternellement, et qui ne pense ni ne peut penser qu'à luimême, en pensant , connoît quelque chose de substantiel , de parfait et d'éternel comme lui : c'est là son enfantement, son éternelle et parfaite génération. Car la nature divine ne connoît rien d'imparfait; et en elle la conception ne peut être séparée de l'enfantement. C'est donc ainsi que Dieu est Père; c'est ainsi qu'il donne la naissance à un Fils qui lui est. égal : c'est là cette étrenelle et parfaite fécondité, dont l'excellence nous a ravis, dès que sous la conduite de la foi nous avons osé y porter notre pensée. Concevoir et enfanter de cette sorte, c'est être la perfection et l'original : et concevoir et enfanter comme nous faisons à notre manière imparfaite, c'est êtrefait à l'image et ressemblance de Dieu.
Nous pouvons donc maintenant répondre à la question de Salomon : « Dites-nous son nom, et le nom de son fils, si » vous le savez ' » : Nous le savons à présent qu'il nous l'a appris. Son nom est « le Verbe' »,]a parole: non une parole étrangère et accidentelle ; Dieu ne connoît rien de semblable; mais une parole qui est en lui une personne subsistante, coopératrice, concréatrice , « composant et arrangeant « toutesces choses aveclui^),commeditlemêmeSalomon: une personne qui n'a point commencé, puisque , dit saint Jean : «au commencement elle éfoit* » : une personne qui est un avec Dieu, puisque, dit le même saint Jean, « elle est Dieu», et que Dieu essentiellement est un : une personne qui est pourtant distincte de Dieu , puisque , continue le même
' Piov. XXX. 4. — - Joan. I. 1. -' Piov. vnr. 27. 30.—' Joan. I. 1.2.
SUR LES MYSTEKES. 31
apôtre , elle est en Dieu , avec Dieu , « Ciiez Dieu » , apud Deum, son Fils unique qui est dans son sein, in sinu Patris ' », qu'il envoie au monde, qu'il fait paroîlre dans la chair comme le Fils unique de Dieu. Voilà son nom : c'est (de Verbe », c'est la parole, la parole, dis-je, par laquelle un Dieu éternel et parfait se dit lui-même à lui-même tout ce qu'il est; et conçoit, et engendre, et enfante ce qu'il dit ; enfante par conséquent un parfait , un coéternel un coessenliel et consubstantiel.
Ne trouvons point ce mystère indigne de Dieu, puisqu'il ne lui attribue rien qui ne soit parfait; ne trouvons point incroyable que Dieu ait révélé le mystère de son éternelle génération à ceux qu'il avoit faits à sa ressemblance , en qui il avoit imprimé une foible image de cette éternelle et parfaite production. Soyons attentifs à nous-mêmes , à notre conception, à notre pensée : nous y trouverons une idée de cette immatérielle, incorporelle, pure, spirituelle génération que l'Évangile nous a révélée.
Sans cette révélation, qui oseroit porter ses yeux sur cet admirable secret de Dieu ? Mais après la foi , nous osons non-seulement le contempler, mais encore en voir en nous une image : nous osons en quelque sorte transporter en Dieu cette conception de notre esprit, et la dépouillant de toute altération , de tout changement, de toute imperfection , il ne nous reste que la pure , que la parfaite, l'incorporelle, l'mtellectuelle puissance du Fils de Dieu : et dans son Père , une fécondité digne du premier Être par sa plénitude, par son abondance , par l'infinité d'une nature parfaite , et parfaitement communicalive, non-seulement au dehors où tout ce qu'elle produit dégénère jusqu'à l'infini , parce qu'au fond il vient du néant et ne peut perdre la bassesse de cette origine : mais encore en elle-même et au dedans, oii tout ce qu'elle produit, étant produit de sa substance, lui est nécessairement égal en tout.
V" ÉLÉV. Le Saint-Esprit :la Trinité toute entière.
Dieu est donc fécond ; Dieu a un Fils. Mais où est ici le
' lèid. 18.
Saint-Esprit? et où est la Trinité sainte et parfaite , que nous servons dès notre baplênie? Dieu n'aime-t-il pas ceFils, et n'en est-il pas aimé? Cet amour n'est ni imparfait ni accidentel à Dieu, l'amour de Dieu est substantiel comme sa pensée ; et le Saint-Esprit qui sort du Père et du Fils , comme leur amour mutuel est de même substance que l'un et l'autre, un troisième consubstantiel, et avec eux un seul et niême Dieu.
Mais pourquoi donc n'est-il pas Fils , puisqu'il est, par sa production, de même nature? Dieu ne l'a pas révélé. Il a bien dit , que le Fils étoit » unique ' » , car il est parfait ; et tout ce qui est parfait est unique : ainsi le Fils de Dieu, Fils parfait d'un Père parfait, doit être unique; et s'il pouYOït y avoir deux fils, la génération du fils seroit imparfaite. Tout ce donc qui viendra après ne sera plus fils ; et ne viendra point par génération , quoique de même nature. Que sera-ce donc, que cette finale production de Dieu ? C'est une procession , sans nom particulier : le Saint-Esprit « pro- » cède du Père ^;; le Saint-Esprit est l'esprit commun du Père et du Fils : « le Saint-Esprit prend du Fils - » : et « le Fils » l'envoie S) comme le Père. Taisez-vous, raisonnements humains : Dieu a a^ouIu expliquer que la procession de son Verbe étoit une véritable et parfaite génération : ce que c' étoit que la procession de son Saint-Esprit, il n'a pas voulu le dire, ni qu'il y eût rien dans la nature qui représentât une action si substantielle , et tout ensemble si singulière. C'est un secret réservé à la vision bienheureuse.
Dieu Saint-Esprit ! vous n'êtes pas le fils , puisque vous êtes l'amour éternel et subsistant du Père et du Fils : qui supposez par conséquent le Fils engendré , et engendré comme Fils unique , à cause qu'il est parfait vous êtes parfait au.ssi, et unique en" votre genre et en votre ordre: vous n'êtes pas étranger au Père et au Fils, puisque vous en êtes l'amour et l'union éternelle ; vous procédez nécessairement de l'un et de l'autre , puisque vous êtes leur amour mutuel; qui vous voudroit séparer d'eux, les sépareroit eux-mêmes entre eux, et diviseroit leur règne éternel.
' Joan. I. 18. — - Ihid. xv. 26. — ^ Ibiil. xvi. 14. — ^ Ihid. 7.
Vous êles égal au Père et au Fils puisque nous sommes également consacrés, « au nom du Père, et du Fils , et du Saint-Esprit'»: et que vous avez avec eux, «un même temple qui est notre àme, notre corps ' )),tout ce que nous sommes. Rien d'inégal , ni d'étranger au Père et au Fils , ne doit être nommé avec eux en égalité : je ne veux pas être baptisé et consacré au nom d'un conserviteur, je ne veux pas être le temple d'une créature ; ce seroil une idolâtrie de lui bâtir un temple, et à plus forte raison , d'être, et se croire soimême son temple.
VI' ÉLÉv- Trinité créée image de riiiciéée, et comme elle incompréhensible.
Revenons encore à nous-mêmes ; nous sommes, nous entendons , nous voulons. D'abord, entendre et vouloir. Si c'est quelque cbose, ce n'est pas absolument la même chose; si ce n'étoit pas quelque chose , ce ne seroit rien , et il n'y auroit ni entendre, ni vouloir; mais si c'étoit absolument la même chose, on ne les distingueroit pas; mais on les distingue ; car on entend ce qu'on ne veut pas , ce qu'on n'aime pas, encore qu'on ne puisse aimer ni vouloir ce qu'on n'entend point. Dieu même entend etconnoît ce qu'il n'aime. pas , comme le péché ; et nous , combien de choses entendons-nous que nous haïssons , et que nous ne voulons ni faire ni souffrir, parce que nous entendons qu'elles nous nuisent? Nous entendons ce que c'est que se précipiter du haut d'une tour, et ce mouvement n'est pas moins bien entendu que les autres : mais cependant on ne le veut pas , à cause qu'il nous est nuisible.
Nous sommes donc quelque chose d'intelligent, quelque chose qui s'entend et s'aime soi-même ; qui n'aime que ce qu'il entend, mais qui peut connoître et entendre ce qu'il n'aime pas : toutefois, en ne l'aimant pas, il sait et entend qu'il ne l'aime pas : et cela même il veut lé savoir, et il ne veut pas l'aimer, parce qu'il sait ou qu'il croit qu'il lui est nuisible ; mais au contraire il veut ne l'aimer pas. Ainsi
' Matth. xxviii. 19. - ' I. Cor. m. 10. 17. vi. 19.
3i ÉLÉVATIONS
entendre et aimer sont choses distinctes, mais tellement inséparables, qu'il n'y a point de connoissance sans quelque volonté. Et si Fliomme , semblable à l'ange, connoissoit tout ce qu'il est, sa connoissance seroit égale à son être : et s'aimant à proportion de sa connoissance, son amour seroit égal à l'un et à l'autre. Et si tout cela étoit bien réglé, tout cela ne feroit ensemble qu'un seul et même bonheur de la même ùme, et à vrai dire, la même âme heureuse : en ce que. par la droiture de sa volonté , conforme à la vérité de sa connoissance, elle seroit juste. Ainsi, ces trois choses bien réglées, être, connoître et vouloir, font une seule âme heureuse et juste , qui ne pourroit ni être sans être connue, ni être connue sans être aimée ; ni distraire de soi-même une de ces choses, sans se perdre tout entière avec tout son bonheur. Car, que seroit-ce à une âme que d'être sans se connoître ; et que seroit-ce de se connoître , sans s'aimer de la manière qu'il faut s'aimer pour être véritablement heureux; c'est-à-dire sans s'aimer par rapport à Dieu , qui est tout le fondement de notre bonheur?
Ainsi, à notre manière imparfaite et défectueuse, nous représentons un mystère incompréhensible. Une Trinité créée , que Dieu fait dans nos âmes , nous représente la Trinité incréée, que lui seul pouvoit nous révéler; et pour nous la faire mieux représenter, il a mêlé dans nos âmes qui la représentent, quelque chose d'incompréhensible.
Nous avons vu qu'entendre et vouloir, connoître et aimer sont actes très-distingués : mais le sont-ils tellement, que ce soient choses entièrement et substantiellement différenles? Cela ne peutêtre : la connoissance n'est autre choseque la substance de l'âme affectée d'une certaine façon ; et la volonté n'est autre chose que la substance de l'âme affectée d'une autre. Quand je change ou de pensée ou de volonté, ai-je cette volonté et cette pensée sans que ma substance y entre? Sans doute elle y entre : et tout cela , au fond, n'est autre chose que ma substance afleclée, diversifiée, modiliée de différentes manières; mais dans son fond, toujours la même. Car en changeant de pensée , je ne change pas de substance ; et ma substance demeure une , pendant que mes pensées vont et viennent, et
pendant que ma volonté va se distinguant de mon came , d'oiî elle ne cesse de sortir : de même que ma connoissance va se distinguant de mon être, d'où elle sort pareillement: etpendant'que fous les deux , je veux dire ma connoissance et ma volonté, se distinguent en tant de manières , et se portent successivement à tant de divers objets, ma substance est toujours la même dans son fond , quoiqu'elle entre tout entière dans toutes ces manières d'être si différentes.
Voilà déjà en moi un prodige inconcevable : mais ce prodige s'étend dans toute la nature. Le mouvement et le repos, choses si distinctes, ne sont , dans le fond , que la substance qui se meut et qui se repose ; qui change à la vérité , mais non dans son fond , quand elle passe du mouvem,ent au repos, et du repos au mouvement. Car ce qui se raeiit maintenant, c'est la même chose qui se reposera bientôt : et ce qui se repose en ce moment, est la même chose qui bientôt sera mise en mouvement. Et le mouvement droit, et l'oblique, et le circulaire , sont des mouvements divers entre eux , mais qui n'ont qu'une seule et même substance ; et cent circulations successives d'un même corps, ne sont au fond que ce même corps agité en cercle. Et tout cela est distinct et un; un en substance, distinct en manières. Et ces manières, quoique différentes, n'ont toutes qu'un même sujet, un même fond, une seule et même substance.
Je ne sais qui peut se vanter d'entendre cela parfaitement : ni qui pourra se bien expliquer àsoi-même ce que les manières d'être ajoutent à l'être ; ni d'où vient leur distinction dans l'unité et identité qu'elles ont avec l'être même : ni comment elles sont des choses , ni comment elles n'en sont pas. Ce sont des choses ; puisque si c'étoit un pur néant, on ne pourroit véritablement ni les assurer ni les nier; ce n'en sont point, puisqu'on elles-mêmes elles ne subsistent pas. Tout cela ne s'entend pas bien : tout cela est pourtant chose véritable : et tout cela nous est une preuve , que même dans les choses naturelles, l'unité est un principe de multiplicité en elle-même, et que l'unité et la multiplicité ne sont pas autant incompatibles qu'on le pense.
Dieu , devant qui je me considère moi-même , et me
suis à moi-même une grande énigme ! J'ai vu en moi ces trois choses, être, entendre, vouloir. Vous voulez que je sois toujours, puisque vous m'avez donné une âme immortelle, dont le bonheur ou le malheur se,ra. éternel; et si* vous vouliez, j'éntendrois et voiidroîs: toujours la iuême. chose: car c'est ainsi que vous voulez que je sois toujours , quand vous me rendrez heureux par voire présence. Si je voulois et n'entendois que la même chose , comme je n'ai qu'un seul être , je n'anrois aussi qu'une seule connoissance et une seule volonté , ou si l'on veut, un seul entendre et un seul vouloir. Cependant ma connoissance et mon amour ou ma volonté n'en seroient pas pour cela moins distingués entre eux, ni moins identifiés; c'est-à-dire n'en seroient pas moins un avec le fond de mon être , avec ma substance. Et mon amour ou ma volonté ne pourroient pas ne pas venir de ma connoissance : et mon amour seroit toujours une chose que je produirois en moi-même, et je ne produirois pas moins ma connoissance; et toujours il y auroit en moi trois choses, l'être produisant la connoissance, la connoissance produite , et l'amour aussi produitpar l'un et par l'autre. Etsi j'étoisune nature incapable de tout accident survenu à sa substance , et en qui il fallût que tout fût substantiel ; ma connaissance et mon amour seroient quelque chose de substantiel et de subsistant ; et je serois trois personnes subsistantes dans une seule substance; c'est-à-dire, je serois Dieu. Mais comme il n'en est pas ainsi, je suis seulement fait à l'image et à la ressemblance de Dieu, et un crayon imparfait de cette unique substance qui est tout ensemble, Père, Fils, et Saint-Esprit : substance qui est incompréhensible dans sa trine divinité, qui n'est au fond qu'uue même chose, souveraine, immense, éternelle, parfaitement une en trois personnes distinctement subsistante?, égales, consubstantielles ; à qui est dû un seul culte, une seule adoration, un seul amour; puisqu'on ne peut ni aimer le Père sans aimer son Fils , ni aimer le Fils sans aimer son Père , ni les aimer tous deux sans aimer leur union éternellement subsistante , et leur amour mutuel. Et pour aider la foi qui m'attache à ce mystère incompréhensible , j'en vois en moi-même une ressemblance qui , tout
Sun LKS MYSlÈRliS, 37
imparfaite qii''elle est, ne laisse pas d'avoir quelque chose que je ne puis comprendre ; et je me suis à moi-même',un mystère impénétrable. Et pour m'ôter toute peine de perdre en Dieu toute ma compréhension , je commence par la perdre premièrement/ non-seulement dans tous les ouvrages de lu nature, mais encore dans moi-même plus que dans tout le reste;
VIP ÉLÉV. Fécondité des arts.
je suis un peintre, un sculpteur, un architecte; j'ai mon art , j'ai mon- dessein ou mon idée; j'ai le choix et la préférence que je donne à cette idée par un amour particulier. J'ai mon art, j'ai mes règles, mes principes , que je réduis , Autant que je puis, à un premier principe, qui est un, et c'est par là que je suis fécond. Avec cette règle primitive et ce principe fécond qui fait mon art, j'enfante au dedans de moi, un tableau, une statue, un édifice, qui, dans sa simplicité, est la forme , l'original, le modèle immatériel de ce que j'exécuterai sur la pierre, sur le marbre, sur le bois, sur une toile où j'arrangerai toutes mes couleurs. J'aime ce dessein , cette idée, ce (ils de mon esprit fécond et de mon art inventif.. Et tout cela ne fait de moi qu'un seul peintre, un seul sculpteur, un seul architecte ; et tout cela tient ensemble et inséparablement uni dans mon esprit; et tout cela, dans le fond, c'est mou esprit même, efn'a point d'autre substance ; et tout cela est égal et inséparable.
Lequel des trois que l'on ôte, tout s'en va: le premier < qui est l'art , n'est pas plus parfait que le second , qui est l'idée, ni le troisième , qui est l'amour. L'art produit l'un et l'autre , et on suppose qu'il existe quand il les produit. On ne peut dire ce qui est plus beau ou de commencer ou de terminer, ou d'être produit ou de- produire. L'art, qui est comme le père , n'est pas plus beau que l'idée qui est le tils de l'esprit : et l'amour qui nous fait aimer cette belle production, est aussi beau qu'elle : parleur relation mutuelle, chacune a la beauté des trois. Et quand il faudra produire au dehors cette peinture ou cet édifice , l'art , et l'idée , et l'amour y concourront également, et en unité parfaite; en
serfe que ee bel ouvrage se ressentira également de l'art , de l'idée, de l'amour ou de la secrète complaisance qu'on aura pour elle.
Tout cela, quoique immatériel, est trop imparfait et trop grossier pour Dieu. Je n'ose lui en faire l'application; mais de là , aidé de la foi , je m'élève et je prends mon vol ; et cette contemplation de ce que Dieu a mis dans mon âme quand il Ta créée à sa ressemblance, m'aide à faire mon premier efibrt.
Vlll" ÉLÉV. Sagesse essentielle, personnelle, engendrante et
engendrée .
«Dieu m'a possédée», dit la Sagesse'; c'est-à-dire Dieu m'a engendrée, conformément à cette parole d'Eve, quand elle enfanta Gain : « J'ai, dit-elle, possédé un homme par la » grâce de Dieu ^» .11 m'a engendrée, avant que de rien faire/ Je suis ordonnée , et garde mon rang de toute éternité et de toute antiquité , avant que la terre fût faite ; les abîmes n'étoient pas encore, et j'étois déjà conçue : « Dieu m'enfantoit devant les collines^» -.c'est-à-dire devant tous les temps et de toute éternité , parce qu'il n'y a que l'éternité avant tous les temps. Mais Dieu n'a-t-il de sagesse que celle qu'il engendre? A Dieu ne plaise ! car nous-mêmes nous ne pourrions pas produire en nous notre verbe, notre parole intérieure, s'il n'y avoit en nous un fonds de raison dont notre verbe est le fruit: à plus forte raison y a-t-il en Dieu une sagesse essentielle qui, étant primitivement et originairement dans le Père , le rend fécond pour produire dans son sein cette sagesse qui est son Verbe et son Fils, sa parole, sa raison, son intelligence , son conseil ; l'idée de ce divin ouvrier qui précède tous ces ouvrages; le bouillonnement, pour ainsi dire, ou la première effusion de cœur, etlaseule productionqui le fait nommer vraiment Père avant tous les temps :« C'est de » là donc, dit saintPaul, que vient toute paternité dans le ciel » et daus la terre * « ; c'est de là que nous est donnée, à nous
= Piov. Vlll. 22. — ' Gen. iv. l. —^ Prov. vill. 22. 23. 24. 25 — '' Ephes. uii 15.
Sun LES MYSTÈRES. ' 39
» qui croyons au Fils unique , la; puissance d'être, enfants de » Dieu à son image , en naissant non%du sang, ni de la « volonté de la chair, ni de la volonté de rhomme , mais de «Dieu' », qui par sa bonté et par la grâce de son adoption , a daigné nous associer à son Fils unique.
IX' ÉLÉV. La béatitude de l'âme : image de celle de Dieu heureux dans la Trinité de ses personnes.
Quand Dieu m'a fait à son image et ressemblance , il m'a fait pour être heureux comme lui, autant qu'il peut convenir à une créature; et c'est pourquoi il me fait trouver en moi ces trois choses : moi-même qui suis fait pour, être heureux, ridée de mon bonheur, et l'amour ou le désir du même bonheur. Trois choses que je trouve inséparables en moimême, puisque je ne suis jamais, sans être une chose qui est faite pour être heureuse, et par conséquent qui porte en soi-même , et l'idée de son bonheur, et le désir d'en jouir provenant nécessairement de cette idée.
Qu'on me demande laquelle de ces trois choses je voudrois perdre plutôt que l'autre, je ne saurois que répondre. Car, premièrement, je ne veux point perdre mon être : je veux, pour ainsi parler, encore moins perdre mon bonheur, puisque, sans bonheur, il vaudroit mieux pour moi que je ne fusse pas , conformément à cette parole du Sauveur sur son malheureux disciple : « Il vaudroit mieux à cet homme de n'avoir jamais » été'^ ». Je ne veux donc non plus perdre mon bonheur que mon être , ni non plus perdre l'idée et l'amour de mon bonheur que mon bonheur, puisqu'il n'y a point de bonheur sans cette idée et cet amour.
S'il y a quelque chose en moi qui ait toujours été avec moi-même , c'est cette idée et cet amour de mon bonheur ; car je ne puis jamais avoir été sans fuir ce qui me nuisoit, et désirer ce qui m'étoit convenable : ce qui ne peut provenir que du désir d'être heureux et de la crainte de ne l'être pas. Ce sentiment commence à paroître dès l'enfance , et comme
' Joan 1, 12. 13. - =Matlh. xxvi. 24
on l'apporte en venant au monde, on doit l'avoir eu, quoique plus obscurément et plus sourdement, jusque dans le sein de la mère.
Voilà donc une idée qui naît en nous avec nous, et un sentiment qui nous vient avec cette idée; et tout cela est en nous avant tout raisonnement et toute réflexion.
Quand la raison commence à poindre , elle ne fait autre chose que de chercher les moyens, bons ou mauvais, de nous rendre heureux : ce qui montre que celte idée et cet amour du bonheur est dans le fond de notre raison.
D'une certaine façon , cette idée qui nous fait connoîlre notre bonheur, et ce sentiment qui nous le fait aimer, font de tout temps notre seule idée et notre seul sentiment. Pour le sentiment, il est clair ," puisque tous nos autres sentiments se rapportent à celui-là ; et pour l'idée du bonheur , il n'est pas moins clair que c'en est une suite-, puisque ce n'est que pour remplir celle-là , que nous nous rendons attentifs à toutes les autres. Supposons donc que Dieu qui nous donne tout et peut aussi nous ôfer ce qui lui plaît, nous ôte tout, excepté notre être, et l'idée de notre bonheur, et le désir qui nous presse de le rechercher, nous serons quelque chose de fort simple; mais dans notre simplicité, nous aurons trois choses qui ne diviseront point notre unité simple, mais plutôt qui concourront toutes trois à sa perfection.
Alors serons-nous heureux? Hélas ! point du tout. Nous désirerons seulement de l'être, et par conséquent nous ne le serons pas , puisque le bonheur ne peut consister avec le besoin , dont le désir est la preuve.
Que faut-il donc ajouter à tout cela pour nous rendre heureux? Il faut ajouter à l'idée confuse que j'ai du bonheur, la connoissance distincte de l'objet oîi il consiste, et en même temps changer le désir confus du bonheur en la possession actuelle de ce qui le fait.
Mais où peut consister mon bonheur que dans la chose la plus parfaite que je connoîtrai, si je la puis posséder? Ce que je connois le plus parfait, c'est Dieu sans doute, puisque môme je ne puis trouver en moi-même d'autre idée de perfection que celle de Dieu. Il reste à savoir si je le puis pos-
SUR LES MYSTÈKES. ^if
séder. Mais qu'est-ce que le posséder, si ce n'est le connoître? Se possède-t-il autrement lui-même, qu'en connoissant sa perfection? Je suis donc capable de le posséder, puisque je suis capable de le connoître , pourvu qu'en le connoissantje me porte aussi à l'aimer ; puisque le connoître sans l'ciimer , c'eèt le méconnoître en effet.
Après cette heureuse addition qui s'est faite à la connoissance et à l'idée que j'avois de mon bonheur, serois-je heureux? Point du tout. Mais quoi? Je connois et j'aime Dieu, et cela même, avons-nous dit, c'est le posséder, et c'est posséder ce que je connois de meilleur; et nous avons dit que cela est être heureux : je le suis donc? Cependant, si j'étois heureux, je n'aurois rien à désirer : puis-jjB dire que je n'ai rien à désirer? Loin de moi cet aveuglement : je ne suis donc pas heureux.
Il faut donc encore chercher en moi-même ce qui me manque. Je connois Dieu, je Tavoue , mais très-imparfaitement : ce qui fait que mon amour pour lui est trop foible : et de là aussi me vient la foiblesse de désirer tant de choses bonnes ou mauvaises. J'ai donc à désirer de connoître Dieu plus parfaitement que je ne fais : « de le connoître, » comme dit saint Paul, « ainsi que j'en suis connu ' » ; de le connoître à nu, « à découvert, » en un mot, de le voir « face »à face '^ »,sans ombre, sans voile, sans obscurité. Que Dieu m'ajoute cela, qu'il me dise comme à Moïse : « Je le » montrerai tout bien ^ » : alors je dirai avec saint Philippe : « Maître, cela nous suffit ^ ». Mais cela n'est pas de cette vie. Quand ce bonheur nous arrivera, nous n'aurons rien à désirer pour la connoissance ; mais pour l'amour que sera - ce ? Quand nous verrons Dieu face à face , pourrons-nous faire quelque chose de plus que de l'aimer? Non , sans doute; et saint Paul a dit que « l'amour demeure éternellement sans «jamais se perdre^ ». Qu'aura donc de plus notre amour dans cette éternelle et bienheureuse occupation, sinon qu'il sera parfait, venant d'une parfaite connoissance ? Et il ne
. ' I. Cor. xui. 12. -' II. Cor. m. 18. - ' Exod xxxfU. I9. - ' Joaii. XIV. 8. - M. Cor. xiii. 8.
poiirni plus changer comme il peut changer en celte vie : et il absorhera toutes nos volontés dans une seule , qui sera celle d'aimer Dieu : « Il n'y aura plus de gémissements, et » nos larmes seront essuyées pour jamais' », et nos désirs s'en iront avec nos besoins. Alors donc nous serons réduits à la partai'e unité et simplicité. Mais dans cette simplicité nous porterons la parfaite image de la Trinité , puisque Dieu uni au fond de notre être, et se manifestant lui-même, produira en nous la vision bienheureuse qui sera en un sens Dieu même, lui seul en étant l'objet comme la cause ; et par cette vision bienheureuse il produira un éternel et insatiable amour, qui ne sera encore autre chose en un certain sens que Dieu môme vu et possédé : et« Dieu sera tout en » tous ^ », et il sera tout en nous-mêmes, un seul Dieu uni à notre fond, se produisant en nous, par la vision , et se consommant en un avec nous par un éternel et parfait amour.
Alors s'accomplira notre parfaite unité en nous-mêmes et avec tout ce qui possédera Dieu avec nous : et ce qui nous fera tous parfaitement un, c'est que nous serons, et nous verrons, et nous aimerons ; et tout cela sera en nous tous , une seule et même vie. Et alors s'accomplira ce que dit le Sauveur : « Comme vous , mon Père, êtes en moi et moi en vous , «ainsi ils seront en nous ' » ; un en eux-mêmes, et un avec tous les membres du corps de l'Église qu'ils composent.
Formons donc en nous la Trinité sainte , unis à Dieu, connoissant Dieu , aimant Dieu. Et comme notre connoissance, qui à présent est imparfaite et obscure, s'en ira, et que l'amour est en nous la seule chose qui ne s'en ira jamais et ne se perdra point; aimons, aimons, aimons : faisons sans lin ce que nous ferons sans lin , faisons sans fin , dans le temps, ce que nous ferons sans lin dans l'éternité. que le temps est incommode ! Que de besoins accablants le temps nous apporte! Qui pourroit souffrir les distractions, les interruptions, les tristes nécessités du sommeil, de la nourriture, des autres besoins ? Mais celles des tentations , des mauvais désirs qui
' Apoc. VII. 17. — - I. Cor. xv '28. — ' Joaii. .xvii. ?.l.
SUR LES MYSTERES. 4â
n'en seroil honteux autant qu'affligé? « Malheureux homme «que je suis, qui me délivrera de ce corps de morl ' »? Dieu ! que le temps est long, qu'il est pesant, qu'il est assommant ! Dieu éternel, tirez-moi du temps , fixez-moi dans votre éternité! En attendant, faites-moi prier sans cesse, et passer les jours et les nuits dans la contemplation de votre loi, de vos vérités, de vous-même qui êtes toute vérité et tout bien. Amen, amen.