‹ Elévations à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne [microform]Chapitre 24 sur 38 · X1I« SEMAINE · texte numérisé non relu

X1I« SEMAINE

I" ÉLÉv. L'anuoiiciation de la sainte Vierge : saîat de l'auge.

« Au sixième mois de la grossesse d'Elisabeth , l'ange Ga- » briel fut envoyé dans une ville de Galilée , nommée Na- » zareth, à une Vierge qu'un homme appelé Joseph, de la » maison de David, avoit épousée; et le nom de la Vierge » étoit Marie"».

Dès que nous voyons l'ange saint Gabriel envoyé, nous devons attendre quelque excellente nouvelle sur la venue du.

' Ephes. IV. 10. -= Philip. IV. i:]. --^ Luc. i. 24. 2J.- ' Gen. xvm. 10. II. 12. 14. - VLuc. I. M. 27.

i88 ÉLÉVATIONS

Messie. Lorsque Dieu voulut apprendre à Daniel « homme » de désirs » l'arrivée prochaine du « Saint des saints», qui devoit êlre «oint et immolé'», le même ange fut envoyé à ce ;^aint prophète. Nous venons encore de le voir envoyé à Zacharie; et à son seul nom nos désirs pour le Christ du Seigneur doivent se renouveler par de saints transports.

Ce n'est pas dans Jérusalem, la ville royale , ni dans le Temple qui en faisoil la grandeur, ni dans le sanctuaire qui en est la partie la plus sacrée, ni parmi les exercices les plus saints d'une fonction toute divine, ni à un homme aussi célèbre par sa vertu que par la dignité de sa charge, et par l'éclat d'une race sacerdotale, que ce saint ange est envoyé à celte fois. C'est dans une ville de Galilée, province des moins estimées, dans une petite ville dont il faut dire le nom à f eine connu. C'est à la femme d'un homme , qui , comme elle, étoit à la vérité delà famille royale, mais réduit à un métier mécanique. Ce n'étoit pas uiie Elisabeth , dont la considération de son mari faisoit éclater la vertu. Il n'en étoit pas ainsi de la femme de Joseph, qui étoit choisie pour être le mère de Jésus; femme d'un artisan inconnu, d'un pauvre menuisier : l'ancienne tradition nous apprend qu'elle gagnoit elle-même sa vie par son travail : ce qui fait que Jésus-Christ est appelé parles Pères les plus anciens : fabri et quœstuariœ F m us.

Ce n'est point la femme d'un homme célèbre , et dont le nom fût connu : «elle avoit épousé un homme nommé Joseph, » et on l'appeloit Marie ». Ainsi, à l'extérieur, cette seconde ambassade de l'ange est bien moins illustre que l'autre. Mais voyons le fond; et nous y découvrirons quelque chose de bien plus élevé..

L'ange commence par ces mots d'un humble salutation : «Je vOus salue, pleine de grâce» : très-agréable à Dieu, remplie de ses dons : « le Seigneur est avec vous , et vous » êtes bénie par dessus toutes les femmes^). Ce discours est d'un ton beaucoup plus haut que celui qui fut adressé à Zacharie. On commence par lui dire « Ne craignez point», comme à un homme qu'on sait qui a sujet de craindre; et

' Dan. IX. 21 et seq. — =Liic. i. 28. 29.

SUR LES MYSTÈllKS. 189

« VOS prières », lui dit-on , « sont exaucées. » Mais ce qu on annonce à Marie , elle ne pouvoit pas même l'avoir demandé, tant il y avoit de sublimité et d'excellence. Marie, humble, retirée, petite à ses yeux, ne pensoitpas seulement qu'un ange la pût saluer, et surtout par de si hautes paroles : c'est son humilité qui la jeta « dans le trouble » . Mais l'ange reprit aussitôt : « Ne craignez point, Marie ' ». 11 n' avoit point commencé par là, comme on a vu qu'il fit à Zacharie; mais quand Marie eut montré son trouble causé par sa seule humilité, il fallut bien lui répondre : « Ne craignez point, Marie, vous » avez trouvé grâce devant le Seigneur : Vous concevrez » dans votre sein, et vous enfanterez un fils ^«. Votre conception miraculeuse sera suivie d'un enfantement aussi admirable. Il y en a qui conçoivent, mais qui n-enfantent jamais , qui n'ontquede stériles et infructueuses pensées. Mon Dieu! à l'exemple de Marie, faites que conçoive et que j'enfante. Et qui dois-je enfanter , sinon Jésus-Christ? « Je vous enfante», disoit saint Paul \ «jusqu'à ce que Jésus-Christ soit » formé dans vous ». Tant que Jésus-Christ, c'est-à-dire, une vertu consommée , n'est pas en nous , ce n'est encore qu'une foible et imparfaite conception : il faut que Jésus-Christ noisse dans nos âmes par de véritables vertus, et accomplies selon la règle de l'Evangile.

Cet homme que, « Jésus aima^ » quand il le vit si bien parler du précepte de l'amour divin, n'avoitencorepourtantqu'une simple et foible conception : et dès qu'il lui fallut quitter ses richesses qu'il aimoit, il se retira avec larmes, et abandonna l'ouvrage où Jésus l'avoit appelé. Celui qui vouloit encore « aller ensevelir son père, avant que de suivre le Sauveur* », ne l'avoit conçu qu'à demi; et quand on l'a enfante, on ne connoît ni d'excuse, ni de retardement. On ne se laisse non plus rebuter par aucune difficulté. Et quand Jésus-Christ nous dit : « Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux leurs » nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête ■■■» : ceux qui cherchent encore un chevet, et le moindre repos dans les sens, n'ont pas enfanté Jésus. Ce qu'ils regardent

' Luc. I. 30. - ' Jbîd. 31.— ^ Gai. VI. 19. — ' Marc X- 21 et seq. - ' Matth. VIII. 21. - « Ibid. 20.

comme grand, n'est qu'une imparfaite conception, un avorton qui ne voit jamais le jour.

11" ÉLÉV. La conception et l'enfantement de Marie :1e règne de son Fils et

sa divinité.

« Vous concevrez un fils , et vous lui donnerez le nom de » Jésus, de Sauveur ». Usera grand ', non pas à la manière de Jean, qui étoit grand comme le peut être un serviteur; mais celui-ci sera grand de la grandeur qui convient au Fils. Aussi l'appellera-t-on : « Le Fils du Très-Haut^ ». Et ce ne sera pas par une simple dénomination ou par adoption , comme les autres qui sont appelés « enfants de Dieu ». 11 sera le Fils de Dieu effectivement, le Fils unique, le Fils par nature : c'est pourquoi on lui en donnera le nom avec une force particulière. Il ne' faut pas croire que ce soit un terme diminutif, dédire que Jésus « sera appelé le Fils de Dieu^»; autrement on pourroit dire de même, que ce que dit l'ange, qu'Elisabeth « est appelée stérile ^j, est une espèce de diminution delà stérilité; au contraire , il faut entendre une véritable et entière stérilité.

Croyons donc que Jésus « est appelé Fils», parce qu'il l'est proprement, effectivement, naturellement, par conséquent uniquement; Dieu en qui tout est parfait, devant avoir un Fils parfait et par conséquent unique. Et c'est pourquoi « Dieu lui donnera le trône de David son père, » selon la chair. Ce trône que David même voyoit en esprit, lorsqu'il disoit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Soyez assis à » ma droite ' » ; c'est « son Fils et son Seigneur» tout ensemble. Ce trône de David, son père, n'est que la figure de celui que Dieu , qui « l'a engendré avant l'aurore " » , lui prépare. « Il aura » donc « le trône de David son père, et il régnera » éternellement dans la maison de Jacob ' ». Quel autre peut régner éternellement, qu'un Dieu à qui il est dit : a Votre » trône, ô Dieu , sera éternel ^?» Et c'est pourquoi on ne verra point la fin de son règne.

Jésus ! dont le règne est éternel , en verra-t-on la fin

' Luc. I. 31. 32. - - Ib. 32 - ^ Ib.'35. - < Ib. 3G. - '' Ps. cix. i- Matth.xxil. 43. 44.-' Ps. CIX. 3.-' Luc. l. 33.-' Ps. XLix. 7. Heb. i. 3.

dans mon cœur? Cesserai-je de vous obéir? Après avoir commencé selon l'esprit, finirai -je selon la chair?- Me repentirai-je d'avoir bien fait? Me livrerai-je de nouveau au tentateur, après tant de saints elTorts pour me retirer de ses mains? L'orgueil ravagera-t-il la moisson si prête à être recueillie? Non, il faut être de ceux dont il est écrit :« Ne » cessez point de travailler, parce que la moisson que vous «avez à recueillir ne doit point souffrir de défaillance ' ».

III' ÉLÉV- La virginité de Marie : le Saint-Esprit survenu en elle : son Fils saint par son origine.

Dieu qui avoit prédestiné la sainte Vierge Marie pour l'associer à sa très-pure génération , lui inspira Tamour de la virginité dans un degré si éminent', que non-seulement elle en fit vœu, mais que , même après que l'ange lui eût déclaré quel Fils elle de voit concevoir, elle ne voulut point aciieter l'honneur d'en être la mère au prix de sa virginité.

Elle répond donc à l'ange : « Comment donc cela se » fera-t-il, puisque je ne connois point d'homme ^ » ? c'est-àdire j'ai résolu de tout temps de n'en point connoître. Cette résolution marque dans Marie un goût exquis de la chasteté , et dans un degré si éminent, qu'elle est à l'épreuve nonseulement de toutes les promesses des hommes, mais encore de toutes celles de Dieu. Que pouvoit-il promettre de plus grand que son Fils, en la même qualité qu'il le possède luimême , c'est-à-dire en la qualité de Fils? Elle est prête à le refuser s'il lui faut perdre sa virginité pour l'acquérir. Mais Dieu à qui cet amour acheva, pour ainsi dire , de gagner le cœur, lui fit dire par son ange : « Le Saint-Esprit surviendra » en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira^ ». Dieii même vous tiendra lieu d'époux; il s'unira à votre corps; mais il faut pour cela qu'il soit plus pur que les rayons du soleil. Le très-pur ne s'unit qu'à la pureté; il conçoit son Fils seul dans son sein paternel , sans partager sa conception avec un autre ; il ne veut, quand il le fait noître dans le leraps^

' Gai. VI. 9.-= Luc l. 3î.-~-lb. I. 35.

le partager qu'avec une vierge, ni souffrir qu'il ait deux pères.

Virginité, quel est votre prix ! Vous seule pouvez faire une Mère de Dieu ; mais on vous estime encore plus qu'une si haute dignité.

«Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très- » Haut vous couvrira; et c'est pourquoi la chose sainte quinoîlra » en vous, sera nommée le fils de Dieu'. Qui nous racontera » sa génération-»? Elle est inexplicable et inénarrable. Écoutons néanmoins ce que l'ange nous en raconte par ordre de Dieu : «La vertu du Très-Haut vous couvrira». Le Très-Haut, le Père céleste étendra en vous sa génération éternelle : il produira son Fils dans votre sein , et y composera de votre sang un corps si pur, que le Saint-Esprit sera seul capable de le former. En même temps ce divin Esprit y inspirera une âme, qui, n'ayant que lui pour auteur, sans le concours d'aucune autre chose , ne peut être que sainte. Cette âme et ce corps , par l'extension de la vertu générative de Dieu, seront unis à la personne du Fils de Dieu ; et dorénavant ce qu'on appellera le Fils de Dieu sera ce tout, composé du Fils de Dieu et de l'homme. Ainsi , « ce qui sortira de votre sein , sera » proprement et véritablement « ap- » pelé le Fils de Dieu ». Ce sera aussi « une chose sainte » par sa nature ; « sainte » : non d'une sainteté dérivée et accidentelle , mais substantivement : Sanctum; ce qui ne peut convenir qu'à Dieu , qui seul est une chose sainte par nature. Et comme cette chose sainte, qui est le Verbe et le Fils de Dieu, s'unira personnellement à ce qui sera formé de votre sang, à l'âme qui y sera unie , selon les lois éternelles imposées à la nature par son créateur, ce tout, ce composé divin, sera tout ensemble leFils de Dieu et le vôtre.

Voilà donc une nouvelle dignité créée sur la terre : c'est la dignité de mère de Dieu, qui enferme de si grandes grâces qu'il ne faut ni tenter ni espérer de les comprendre par sa pensée. La parfaite virginité de corps et d'esprit fait partie d'une dignité si éminente. Car si la concupiscence, qui

' Luc. 1 35. — -Is.Lili. 8.

SUIl LES MYSTEIIJES. 193

depuis le péché originel est inséparablement attachée à la conception des hommes , lorsqu'elle se fait à la manière orditiaire, s'éloit trouvée en celle-ci, Jésus-Christ auroit du naturellement contracter cette souillure primitive , lui qui venoit pour l'effacer. Il falloit donc que Jésus-Christ fût fils d'une vierge, et qu'il lut conçu du Saint-Esprit.. Ainsi donc Marie demeure vierge , et devient mère : Jésus-Christ n'appellera de père que Dieu , mais Dieu veut qu'il ait une mère sur la terre.

Chastes mystères du christianisme, qu'il faut être pur pour vous entendre ! Mais combien plus le faut-il. être pour vous exprimer dans sa vie par la sincère pratique des vérités chrétiennes !

Nous ne sommes plus de la terre, nous, dont la foi est si haute ; « et notre conversation est dans les cieux ' ».

IV ÉLÉV. La conception de saint Jean Baptiste prépare à croire la conception de Jésus-CIn'ist.

L'ange continue :« Et voilà que votre cousine Elisabeth a » elle-même conçu un fils dans sa vieillesse ; et c'est ici le » sixième mois de celle qui étoit appelée stérile » : et qui , par dessus la stérilité naturelle avoit encore celle de l'âge et de la vieillesse : « parce que rien n'est impossible à Dieu^». Marie n' avoit pas besoin qu'on lui alléguât des exemples de la toute-puissance divine; et c'est pour nous, à qui le mystère de son annonciation devoit être révélé, que l'ange apporte cet exemple. Dieu vouloit néanmoins que la sainte Yierge connût la conception de saint Jean Baptiste , à cause du grand mystère qu'il nous préparoit, par la connoissance qu'on lui donne de ce miracle.

Marie fut transportée en admiration de la puissance divine dans tous ses degrés. Elle vit que par le miracle souvent répété , de rendre fécondes les stériles , il avoit voulu préparer le monde au miracle unique et nouveau de l'enfantement d'une vierge; et transportée en esprit d'une sainte joie par la merveille que Dieu vouloit opérer en elle , elle dit d'une

' Philip. III. 20. - = Luc. I. 36. 37.'

iO't ELEVATIONS

voix soumise : « Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit » fait selon votre parole '».

V° ÉLÉV. Sur ces paroles : «Je suis la servante du Seigneur».

Dieu n'avoit pas besoin du consentement et de l'obéissance de la sainte Vierge , pour faire d'elle ce qu'il vouloit, ni' pour en faire noître Jésus-Christ , et en former dans ses entrailles le corps qu'il vouloit unir à la personne de son Fils ; mais il vouloit donner au monde de grands exemples, et que le grand mystère de l'Incarnation fût accompagné de toutes sortes de vertus dans tous ceux qui y avoient part. C'est ce qui a mis dans la sainte Vierge et dans saint Joseph , son chaste époux , les vertus que l'Évangile nous fait admirer.

Il y a encore ici un plus haut mystère. La désobéissance d'Eve notre mère , son incrédulité envers Dieu, sa malheureuse crédulité à l'ange trompeur, étoif entrée dans l'ouvrage de notre perte ; et Dieu a voulu aussi, par une sainte opposition, que l'obéissance de Marie et son humble foi entrât dans l'ouvrage de notre rédemption. En sorte que notre nature fût réparée par tout ce qui avoit concouru à sa perte, et que nous eussions une nouvelle Eve en Marie , comme nous avons en Jésus-Christ un nouvel Adam , afin que nous puissions dire à cette Vierge avec de saints gémissements : Nous crions àvous, misérables bannis, enfants d'Eve, en gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes ; offrez-les à votre cher Fils , et nous montrez à la fin ce béni fruit de vos entrailles que nous avons reçu par votre moyen.

C'est ici le solide fondement de la grande dévotion que l'Église a toujours eue pour la sainte Vierge. Elle a la même part à notre salut qu'Eve a eue à notre perte. C'est une doctrine reçue dans toute l'Église catholique par une tradition qui remonte jusqu'à l'origine du christianisme. Elle se développera dans toute la suite des mystères de l'Évangile. Entrons donc dans la profondeur de ce dessein; imitons l'obéissance de Marie : c'est par elle que le genre humain est sauvé, et que, selon l'ancienne promesse , « la tête du serpent est » écrasée ' » .

' Luc. I. 38. - - Gcn. m. Ij.

Yl° ÉLÉV. Trois vertus principales de la sainte Vierge dans soa annou-

ciation.

La sainte virginité^devoit être la première disposition pour faire une Mère de Dieu. Car il falloit une pureté au dessus de celle des anges, pour être unie au Père éternel, pour produire le même Fils que lui. Il falloit aussi être disposée par la même pureté à recevoir la vertu d'en haut , et le Saint- Esprit survenant. Cette haute résolution de renoncera jamais à toute la joie des sens , comme si on étoit sans corps ; c'est ce qui fait une vierge, et qui préparoit sur la terre une Mère au Fils de Dieu. Mais tout cela, ce n'étoit rien sans l'humilité. Les mauvais anges étoient chastes; mais avec toute leur chasteté , parce qu'ils étoient superbes, Dieu les a repoussés jusqu'aux enfers. Il falloit donc que Marie fût humble, autant que ces rebelles ont été superbes; et c'est ce qui lui a fait dire : a Je suis la servante du Seigneur^ » . Il ne falloit rien moins pour la faire mère. Mais la dernière disposition éloit la foi. Car il falloit concevoir le Fils de Dieu dans son esprit, avant de le concevoir dans son corps ; et cette conception dans l'esprit, étoit l'ouvrage de la seule foi ; « Qu'il me soit » fait selon votre parole » . Parla donc cette parole entra dans la sainte Vierge comme une semence céleste ; et la recevoir en soi , qu'étoit-ce autre chose que de concevoir le Verbe en esprit?

Ayons donc une ferme foi, et espérons tout de la bonté et de la promesse divine. Le Verbe s'incorporera à nous , et par cette espèce d'incarnation, nous participerons à la dignité de la Mère de Dieu, conformément à cette sentence du Sauveur : « Celui qui écoute la parole de Dieu et qui fait sa volonté , est » mon frère , ma sœur et ma mère ^ » . Tel est donc le fondement de la gloire de la sainte Vierge. La suite développera d'autres effets de la prédestination de celte Vierge, mère de Dieu, et ce seront les elïets du Verbe de Dieu en elle et en nous. Mais avant que de contempler les effets d'un si saint auteur, il faut auparavant en contempler la grandeur en ellemême.

'Luc. I. 38.-=lb. vni. 21.

Vil' ÉhÉV. Jésus-Christ devant tous les temps : la théologie de saint Jean

l'Evaiigéliste.

OÙ vais-je me perdre, dans quelle profondeur, dans quel abîme! Jésus-Christ avant tous les temps peut-il être Tobjet de nos connoissances? Sans doute, puisque c'est à nous qu'est adressé l'Evangile, Allons, marchons sous la conduite de l'aigle des évangélistes , du bien-aimé parmi les disciples, d'un autre Jean que Jean Baptiste , de Jean « enfant du » tonnerre ' », qui ne parle point un langage humain, qui éclaire, qui tonne, qui étourdit, qui abat tout esprit créé sous l'obéissance de la foi , lorsque par un rapide vol fendant les airs , perçant les nues , s'élevant au dessus des anges, des vertus, des chérubins et des séraphins, il entonne son Évangile par ces mots : « Au commencement étoit le » Verbe ^). C'est par oii il commence à faire connoître Jésus- Christ. Hommes, ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez commencer dans l'annonciation de Marie. Dites avec moi : « Au » commencement étoit le Verbe ». Pourquoi parler du commencement, puisqu'il s'agit de celui qui n'a point de commencement? C'est pour dire qu'au commencement, dès l'origine des choses, « il étoit» , il ne commençoit pas : « il » étoit», ou ne le créoit pas, on ne le faisoit pas : « il » étoit ». Et qu'étoit-il? Qu'étoit celui qui, sans être fait, et sans avoir de commencement, quand Dieu commença tout, étoit déjà? Etoit-ce une matière confuse que Dieu commençoit à travailler, à mouvoir, à former? Non, ce qui étoit au commencement, « étoit le Verbe » , la parole intérieure, la pensée , la raison , l'intelligence, la sagesse, le discours intérieur : sermo : discours sans discourir, oiiTon ne tire pas une chose de l'autre par raisonnement : mais discours ouest substantiellement toute vérité , et qui est la vérité même.

OiJ suis-je? Quevois-je? Qu'entends-je? Tais-toi, ma raison : et sans raison , sans discours, sans images tirées des sens, sans paroles formées par la langue, sans le secours d'un air battu , ou d'une imagination agitée , sans trouble , sans

' Marc. iji. 17. — - Joau. i. J.

efforthumaîn, disons au dedans, disons par la foi avec un entendement, mais captivé et assujetti : « Au commence- » ment» , sans commencement, avant tout commencement, au dessus de tout commencement, « étoit » celui qui est et qui subsiste toujours : « le Verbe », la parole, la pensée éternelle et substantielle de Dieu.

« II étoit » , il subsistoit; mais non comme quelque cliose détaché de Dieu : car « il étoit en Dieu ». Et comment expliquerons-nous : a être en Dieu » , est-ce y être d'une manière accidentelle, comme notre pensée est en nous? Non : le Verbe n'est pas en Dieu de cette sorte. Comment donc? Comment expliquerons-nous ce que dit notre aigle, noire évangéliste ? « Le Verbe étoit chez Dieu» : apud Deum, pour dire qu'il n'étoit pas quelque chose d'inhérent à Dieu, quelque chose qui affecte Dieu , mais quelque chose qui demeure en lui comme y subsistant, comme étant en Dieu une personne, et une autre personne que ce Dieu en qui il est. Et cette personne étoit une personne divine : elle « étoit Dieu ^ ». Comment Dieu? Etoit-ce Dieu sans origine? Non : car ce Dieu est Fils de Dieu, est Fils unique, comme saint Jean l'appellera bientôt. « Nous avons » , dit-il , « vu sa » gloire comme la gloire du Fils unique ^ ». Ce Verbe donc qui est en Dieu, qui demeure en Dieu, qui subsiste eu Dieu qui, en Dieu, est une personne sortie de Dieu môme et y demeurant; toujours produit, toujours dans son sein, ainsi que nous le verrons sur ces paroles : Unigenitus Filîus qui est in sinu Patris : « Le Fils unique qui est dans le sein du » Père ' ». Il en est produit, puisqu'il est Fils; il y demeure , parce qu'il estla pensée élernellementsubsislante. Dieucomme lui; car le Verbe étoit Dieu : Dieu en Dieu , Dieu de Dieu, engendré de Dieu, subsistant en Dieu :« Dieu» , comme lui, « au dessus de tout, béni aux siècles des siècles. Âmen. » Il est ainsi., dit saint Paul '.

Ah! je me perds, je n'en puis plus : je ne puis plus dire « qu'Amen; il est ainsi » mon cœur dit : « Il est ainsi; '■ Amen». Quel silence! quelle admiration! quel étonneinent! quelle nouvelle lumière ! mais quelle ignorance ! Je ne

' Joaii. I. 2. — ' Ib. 2 Ib. 14. — ' Ib. 4i. — * Kom. ix. 5.

vois rien , et je vois tout. Jo vois ce Dieu qui étoit au commeii cernent, qui subsistoit dans le sein de Dieu ; et je ne le vois pas. a Amen; il est ainsi». Voilà tout ce qui me reste de tout le discours que je viens de faire, un simple et irrévocable acquiescement par amour, à la vérité que la foi me montre. Amen , amen , amen. Encore une fois : Amen. A jamais : Amen.

Vlll" KLÉV. Suite de l'Évangile de saint Jean.

«Le Verbe au commencement étoit» subsistant « enDieu '». Remontez au commencement de toutes choses; poussez vos pensées le plus loin que vous pouvez : allez au commencement du genre humain: «il étoit ^ » hoc erat. Allez, au premier jour, lorsque Dieu dit : Que la lumière soit; «il étoit» hoc erat. Remontez, élevez-vous avant tous les jours au dessus de ce premier jour, lorsque tout étoit confusion et ténèbres, hoc erat, « il étoit ». Lorsque les anges furent créés dans la vérité , en laquelle Satan et ses sectateurs ne demeurèrent point, «il étoit», hoc erat. «Au commencement», avant tout ce qui a pris commencement, hoc erat. Il étoit seul , en son Père, auprès de son Père, au sein de son Père. « Il » étoit » , et qu'étoit-il?qui le pourroit dire? « Qui nous ra- » contera», qui nous expliquera « sa génération'? Il étoit » : car comme son Père, il « est celui qui est "; il est le parfiiit; il est l'existant, le subsistant, et l'être même. « Mais qu'étoit-il? qui le sait? Ou ne sait rien autre chose, sinon «qu'il étoit» ; c'est-à-dire «qu'il étoit; » mais qu'il étoit engendréde Dieu; subsistant enDieu, c'est-à-dire qu'il étoit Dieu, et qu'il étoit Fils.

Où voyez-vous qu'il étoit? « Toutes choses ont été faites » par lui, et sans lui, rien n'a été fait de tout ce qui a été » fait ». Concevons, si nous pouvons, la différence de celui qui étoit , d'avec tout ce qui a été fait. Entre celui qui étoit, et par qui tout a été fait, et être fait, quelle immense distance de CCS deux choses! Être et faire, c'est ce qui convient au Verbe : « être fait » , c'est ce qui convient à la créature. Il étoit donc comme celui par qui devoit être fait tout ce qui a

' Joan. I, 2. — = il), 1. — 5 Is. LUI. 8. — ' Exod. III. 14.

SUll LES MYSTÈUIiS. 199

été fait; et sans qui rien n'a été fait de tout ce qui a été fait? Quelle force , quelle netteté pour exprimer clairement que tout est fait par le Yerbe! Tout par lui, rien sans lui : que reste-t-il au langage humain pour exprimer que le Verbe est le créateur de tout, ou, ce qui est la même chose , que Dieu est le créateur de tout par le Yerbe? Car il est créateur de tout, non point par effort, mais par un simple commandement et par sa parole, comme il est écrit dans la Genèse', et conformément à ce verset de David : « Il a dit, et tout a » été fait. Il a commandé, et tout a été créé '^ » .

N'entendons donc point parce «par», quelque chose de matériel et de ministériel. « Tout a été fait par le Yerbe » , comme tout être intelligent agit et fait ce qu'il fait , par sa raison, par sa pensée, par sa sagesse. C'est pourquoi, s'il est dit ici que « Dieu fait tout par son Yerbe », qui est sa sagesse et sa pensée, il est dit ailleurs, que « la sagesse éternelle » qu'il a engendrée en son sein, et qui a été conçue et en- » fantée avant les collines, est avec lui, avec lui ordonne et » arrange tout , se joue en sa présence , et se délecte par la » facilité et variété de ses desseins et de ses ouvrages^ ». Ce qui a fait dire à Moïse , que «Dieu vit ce qu'il avoit fait » par son commandement qui est son Yerbe; qu'il en fut conten t, et «vit qu'il étoit bon el très-bon^ ». Où vit-il cette bonté des choses qu'il avoit faites , si ce n'est dans la bonté même de la sagesse et de la pensée où il les avoit destinées et ordonnées ? C'est pourquoi aussi il est dit, « qu'il a possédé», c'est-à-dire, qu'il a engendré, qu'il a conçu , qu'il a enfanté « sa sagesse » , en laquelle il a vu et ordonné « le commence- » ment de ses voies ^ Il s'est délecté en elle ; il en a fait son » plaisir » ; et cette éternelle sagesse, pleine de bonté et iniiniment bienfaisante, a fait son plaisir, ses délices, d'être, de converser avec les hommes. Ce qui s'est accompli parfaitement, lorsque le Yerbe s'est fait homme , « s'est fait chair », s'est incarné, et « qu'il a fait sa demeure au milieu de nous "» .

Délectons-nous donc aussi dans le Yerbe , dans la pensée , dans la sagesse de Dieu. Ecoutons la parole , qui nous parle ,

' Geu. I. 3. 6. et seq. — - Ps. xxxil. 9. — ' Prov. Vlli. 22. 23. et scq. — < Geu. I. 13. 21. 25. 31 . — ' Piov. mil 22. — "^ Joan. i l'i.

200 ÉLEVA riONS

dans un profond et admirable silence. Prêtons-lui l'oreilie du cœur. Disons-lui comme Samuel : «Parlez, Seigneur, parce » que votre serviteur écoute '». Aimons la prière, la communication , la familiarité avec Dieu. Qui sera celui qui, s'imposant silence à soi-même , et à tout ce qui n'est pas Dieu , laissera doucement écouler son cœur vers le Verbe, vers la sagesse éternelle, surtout depuis « qu'il s'est fait homme , » qu'il a établi sa demeure au milieu de nous» ? En nousmêmes , in nobis , dans ce qu'il y a de plus intime en nous, selon ce qui est écrit : «Il a enseigné la sagesse à Jacob son » serviteur, et à Israël son bien-aimé. Après il a été vu sur )) la terre , et a conversé, avec les hommes ■' » .

Que de vertus doivent noître de ce commerce avec Dieu et avec son "Verbe 1 Quelle humilité ! quelle abnégation de soimême ! quel dévouement! quel amour envers la vérité ! quelle cordialité ! quelle candeur l Que notre discours soit en simplicité et sans faste , « cela est, cela n'est pas ^ » ; et que nous soyons vrais en tout, puisque «la vérité a établi sa demeure M en nous S),

1X= ÉLÉV. La vie dans le Verbe : l'illuinination de tous les hommes.

« En lui étoit la vie, et la vie étoit la lumière des hom- » mes S). On appelle vie dans les plantes, croître, pousser des feuilles, des boutons, des fruits. Que cette vie est grossière ! qu'elle est morte ! On appelle vie , voir, goûter, sentir, aller deçà et delà, comme on est poussé. Que cette vie est animale et muette ! On appelle vie, entendre, connoître, se connoître soi-même , connoître Dieu , le vouloir, l'aimer, vouloir être heureux en lui, l'être par sa jouissance : c'est la véritable vie. Mais quelle en est la source? Qui est-ce qui se connoît, qui s'aime soi-même, et qui jouit de soi-même , si ce n'est le Verbe? En lui donc éto t la vie. Mais d'oîi vientelle , si ce n'est de son éternelle et vive génération ? Sorti vivant d'un Père vivant, dont il a lui-même prononcé: « Comme le Père a la vie en soi , il a aussi donné à son » Fils d'avoir la vie en soi" ». Il ne lui a pas donné la vie

' I, Reg lir. 10. — 2 Baruc. m. 37. 38. — ■' Maltli. v. 37. — ' I. Joan. IV. 12. — = Joau. l. 14. — ^ Joiiii. v. '?.{>.

comme lirée du néant; il lui a donné la vie de sa vive et propre substance : et comme il est source de vie, il a donné à son Fils d'être une source de vie. Aussi cette vie de TintelliTcnce est « la lumière qui éclaire tous les hommes ». C'est de la vie de l'intelligence, de la lumière du Verbe, qu'est sortie toute intelligence et toute lumière.

Cette lumière de vie a lui dans le ciel , dans la splendeur des saints, sur les montagnes, sur les esprits élevés, sur les anges; mais elle a voulu aussi luire parmi les hommes, qui s'en étoient retirés. Elle s'en est approchée : et afin de les éclairer, elle leur a porté le flambeau jusqu'aux yeux par la prédication de l'Evangile. Ainsi «la lumière luit parmi les » ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise'. Un peu- » pie qui habitoit dans les ténèbres a vu une grande lumière. » La lumière s'est levée sur ceux qui étoient assis dans les » ténèbres et dans l'ombre de la mort" ».

« La lumière luit dans les ténèbres , et les ténèbres ne l'ont » pas comprise «. Les âmes superbes n'ontpointcomprisrhumilité de Jésus-Christ. Lésâmes aveuglées par leurs passions n'ont point compris. Jésus-Christ, qui n'avoit en vue que la volonté de son Père. Les âmes curieuses, qui veulent voir pour le plaisir de voir et de connoître, et non pas pour régler leurs mœurs et mortifier leurs cupidités, n'ont rien compris en Jésus-Christ , « qui a commencé par faire « , et qui après « a enseigné*». Les malheureux mortels « ont voulu se ré- » jouir par la lumière S), et non pas laisser embraser leurs cœurs «dufeu que Jésus-Christ venoit allumer'». Les âmes intéressées, toutes enveloppées dans elles-mêmes, n'ont pas compris Jésus-Christ, ni le précepte céleste de se renoncer soi-même. « La lumière est venue, et les ténèbres n'y ont » rien compris». Mais la lumière du moins l'a-t-elle compris? Ceux qui disoient : « Nous voyons^ » , et qui s'aveugloient eux-mêmes par leur présomption, ont-ils mieux compris Jésus-Christ? Noii, les prêlres ne l'ont pas compris. Les pharisiens ne l'ont pas compris. Les docteurs de 'la loi ne l'ont pas compris. Jésus-Christ leur a éié une

' Joan. I. 5. - = Matth. iv. 10. - ^ Art. i. 1. - ' Joan. v. .15. ^ ' Luc. XII. 40. — .'' Joan. ix. ."JO. 10. 41.

énigme. Us n'ont pu souffrir la vérilé , qui les liuinilioit , les reprenoit, les conclaranoit; et à leur tour ils ont condamné , ils ont tourmenté, contredit, crucifié la vérité même.

Le comprenons-nous , nous qui nous disons ses disciples , et qui cependant voulons plaire aux hommes, nous plaire à nous-mêmes, qui sommes des hommes, et des hommes si corrompus ? Humilions-nous, et disons ".La lumière luit encore tous les jours dans les ténèbres par la foi et par l'Évangile ; mais les ténèbres n'y ont rien compris ; et Jésus-Christ ne trouve point d'imitateurs.

X" ÉLÉv. Comment de toute éternité tout étoit vie dans le Verbe.

Il y a, dans ce verset de saint Jean , une variété de ponctuation qui se trouve non-seulement dans nos exemplaires , mais encore dans ceux des Pères. Plusieurs d'eux ont lu : « Ce qui a été fait étoit vie en lui : Quod factum est in ipso vita « erat ' ». Recevons toutes les lumières que l'Évangile nous présente. Nous voyons ici que tout , et même les choses inanimées qui n'ont point dévie en elles-mêmes, étoient vie dans le Yerbe divin par son idée et par sa pensée éternelle.

Ainsi un temple , un palais , qui ne sont qu'un amas de bois et de pierres, oi^i rien n'est vivant, ont quelque chose de vivant dans l'idée et dans le dessein de leur architecte. Tout est donc vie dans le Verbe, qui est l'idée sur laquelle le grand Architecte a fait le monde. Tout y est vie , parce que tout y est sagesse, tout y est sagesse, parce que tout y est ordonné et mis en son rang. L'ordre est une espèce de vie de l'univers. Cette vie est répandue sur toutes ses parties; et leur correspondance mutuelle entre elles, et dans tout leur tout , est comme l'âme et la vie du monde matériel, qui porte l'empreinte de la vie et de la sagesse de Dieu.

Apprenons à regarder toutes choses en ce bel endroit, où «tout est vie ». Accoutumons à rapporter tout ce qui arrive à sa source. Tout est ordonné de Dieu. Tout est vie, tout est sagesse de ce côté-là. Dans tous les biens et dans tous les maux

qui nous arrivent, disons : Tout est animé par la sagesse de Dieu;rien ne vient au hasard. Le péchémême, qui en soi est incapable de règle, puisqu'il est le dérèglement essentiel, et qui par cette raison ne peut venir de l'ordre de Dieu ni de sa sagesse , par sa sagesse est réduit à l'ordre , quand il est Joint avec le supplice; et quand Dieu, malgré le péché et son énorme et infinie laideur, en tire le bien qu'il veut.

Régnez, ô Verbe ! « en qui tout est vie » , régnez sur nous. Tout aussi est vie en nous à notre manière. Les choses inaniméesquenousvoyons, lorsque nous les concevons, deviennent vie dans notre intelligence. C'est vous qui l'avez imprimée en nous ; et c'est un des traits de votre divine ressemblance de votre image à laquelle vous nous avez faits. Elevonsnous à notre modèle ; croyons que tout ce que Dieu fait et tout ce qu'il permet, c'est par sagesse et par raison qu'il le fait et qu'il le permet. Agissons ainsi en tout avec sagesse, et croyons que notre sagesse est d'être soumis à la sienne.

XI' ÉLÉ?. Pourquoi ii est fait mention rie saint Jean Baiitiste au comniencenienf de cet Évangile.

« Il y eut un homme envoyé de Dieu , de qui le nom étoit » Jean ' ». Ce commencement de l'Évangile de sa-int Jean est comme une préface de cet Évangile, et un abrégé mystérieux de toute son économie. Toute l'économie de l'évangile est, que le Verbe est Dieu éternellement : que dans le temps il s'est fait homme ; que les uns ont cru en lui etles autres non : fjue ceux qui y ont cru sont enfants de Dieu parla foi , et que ceux qui ne croient pas n'ont à imputer qu'à eux-mêm^es leur propre malheur. Car Jésus-Christ, qui est venu parmi les ténèbres, y a apporté avec lui , dans ses exemples, dans ses miracles et dans sa doctrine, une lumière capable de dissiper cette nuit. Non content de cette lumière, comme les hommes avec leur infirmité n'auroient pu envisager cette lumière en elle-même. Dieu , pour ne rien omettre , et afin que rien ne inanqucàt à leurs foibles yeux , pour les préparer à profiter de

' Joan. 1. f).

la lumière qu'il leur offroit, el les y rendre attentifs , a envoyé Jean Baptiste, qui, n'étant pas la lumière, l'a montrée aux hommes, en disant : « Yoilà l'agneau de Dieu » , voilà «celui » qui est avant moi, etdont, je prépare les voies» : voilà «celui » qui est plus grand que moi , et de qui je ne suis pas digne de » délier les souliers' ». Toute bonne pensée qui nous sauve, a toujours son précurseur. Ce n'est point une maladie, une perte, une affliction , qui nous sauve par elle-même. C'est un précurseur de quelque chose de mieux. Le monde me méprisera, ou ne m'honorera pas autant que mon orgueil le désire. Je le méprise à mon tour ; je m'en dégoûte. Ce dégoût est le précurseur de l'attrait céleste qui m'unit à Dieu. Cette profonde mélancolie où je suis jeté, je ne sais comment , dans les détresses de cette vie , est un précurseur qui me prépare à la lumière. Viendra tout à coup le trait divin, qui, préparé de cette manière , fera son effet. Les terreurs des jugements de Dieu, qui ne me laissent de repos ni nuit ni jour, sont un autre précurseur : c'est Jean qui crie dans le désert : Venez, Jésus, venez dans mon âme, et tirez-la après vous par un chaste et fidèle amour.

XIF ÉLÉV. La lumière de Jésus-Christ s'étend à tout le monde.

« La véritable lumière qui éclaire tout homme venant au » monde étoit « au milieu de nous : mais sansy être aperçue. « Il étoit au milieu du monde » , celui qui étoit cette lumière, « et le monde a été fait par lui , et le monde ne l'a pas connu. » Il est venu chez soi » , dans son propre bien, « et les siens » ne l'ont pas reçu '^ ». Les siens ne l'ont pas reçu : en un autre sens, les siens l'ont reçu : les siens qu'il avoit touchés d'un certain instinct de grâce, l'ont reçu. Les pécheurs qu'il appela quittèrent tout pour le suivre. Un publicain le suività la première parole. Tous les humbles l'ont suivi : et ce sont là vraiment les siens. Les superbes, les faux sages, les Pharisiens, qui sont à lui par la créationsont aussi les siens ; car il les a faits : et il a fait comme créateur ce monde incrédule qui n'a pas voulu le connoître. Jésus! je serois comme eux

■ Joan. I. 27. 29.- - Ib. 9. 10. 11.

SUU LES MYSTERES. 205

si vous ne m'aviez converti. Achevez : tirez-moi du monde que vous avez foit, mais dont vous n'avez point fait la corrnplion. Tout y estcuriosité, avarice, « concupiscence des yeux » : impureté et « concupiscence delà chair'»; et « orgueil de la » vie », orgueil dont toute la vie est infectée. Jésus envoyezmoi un de vos célestes « pêcheurs ^ », qui me tire de cette mer de corruption , et me prenne dans vos filets par votre parole.

XlII*^ ÉLÉv. Jéstis-Clnist de qui reçu , et comment.

« Il a donné à tous ceux qui l'ont reçu , le pouvoir d'être » faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom ' ». Croire au nom de Jésus-Christ, c'est le reconnoître pour le Christ, pour le Fils de Dieu, pour son Yerbe qui étoit avant Ions les temps , et qui s'est fait homme. Etre prêt à son seul nom , et pour la seule gloire de ce nom sacré, à tout faire , à tout entreprendre , à tout souffrir , voilà ce que c'est que croire au nom de Jésus-Christ, «Il a donné le pouvoir à ceux » qni y croient, d'être faits enfiintsde Dieu ». Admirable pouvoir qui nous est donné ! ii faut que nous concourions à cette j^lorieuse qualité d'oufanlsde Dieu, parle pou voir qni nous est donné de le devenir. Et comment y concourons-nous, si ce n'est par la pureté et simplicité de notre foi ? Par ce pouvoir il nous est donné de devenir enfants de Dieu, par la grâce, en attendant que nous le devenions par la gloire , et que nous soyons « enfants de Dieu, étant enfants de résurrection», comme dit le Sauveur lui-même \ Portons donc dignement le nom d'enfants de Dieu. Portons le nom du Christ, Soyons des chrétiens dignes de ce nom. Souffrons tout pour le porter dignement. « Que personne parmi nousne souffre comme in- » juste, comme médisant, comme voleur», ou delà réputation du prochain ou de ses biens: « Mais si nous souffrons comme » chrétiens pour la gloire du nom de » Jésus, sinous soufîronsà ce titre nous sommes heureux. Glorifions-nous en ce nom * ». Portons courageusement, mais en même temps humblement, toute « la persécution » que le monde fait « à ceux qui veulent

' T. Joaii II. If). - = Mntth iv. 19. -•'' Joan. i, 12. - ' Luc. xx. .30. -■' !. l\>t. i\. Ij. 10.

« vraiment c'irc vcrtiiciix'. «Soyons doux, et non pas fiers parmi les soufl'rances. N'étalons point un couragehardi ctsuperbe, mais disons avec saint Paul : « Je puis tout en celui qui me » forlific" » . C'est ce que doivent faire ceux à qui il a donné ce pouvoir céleste de devenir ses enfants.

XIV'' ÉLÉv. Comment ou devient enfants de Dieu.

« Ils ne sont point nés du sang, ni delà volonté de la chair, » ni de la volonté de Thomme , mais de Dieu ' ». Quoiqu'il nous ait donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, et que nous concourions à notre génération par la foi, dans le fond pourtant elle vient de Dieu, qui met en nous cette céleste semence de sa parole, non de celle qui frappe les oreilles, mais de celle qui s'insinue secrètement dans les cœurs. Ouvrons-nous donc à cette parole dès qu'elle commence à se faire sentir, dès qu'une suavité , une vérité, un goût, un instinct céleste , commence en nous , et que nous sentons quelque chose qui veut être supérieur au monde, et nous inspirer tout ensemble et le dégoût de ce qui passe et qui n'est pas, et le goût de ce qui ne passe point et qui est toujours. Laissons-nous conduire; secondons ce doux effet que Dieu opère en nous pour nous attirera lui.

Ce n'est point suivant la chair et le sang que nous concevrons ces chastes désirs. Ce n'est point par le mélange du sang , par le commerce de la chair, par sa volonté et par ses désirs , ni par la volonté de l'homme , que nous devenons enfants de Dieu. Notre naissance est une naissance virginale. Dieu seul nous fait noître de nouveau comme ses enfants.

Disons donc avec saint Paul : « Quand il a plu à celui qui m'a » séparé du monde, incontinent je n'ai plus acquiescé à la » chair et au sang^ » Je me suisdétaché des sens et de la nature « incontinent. Incontinent » : la grâce ne peut souffrir de retardement; elle se retire des âmes languissantes et paresseuses. L'époase fait la sourde à sa voix, et tarde à se lever pour lui ouvrir; elle court pourtant à la fin * ». Il n'est plus temps, il s'est retiré; rapide dans sa fuite autant qu'il étoit

• I[. Tim. m. 12. - = Philip, iv. 13. - -• Joan. i. 13. - ' Gai. i. 13. - ' Cant. V. 9.. ?,. 5. 0.

s un LES MYSTÈKES- 207

vif dans sa poursuite. « Tirez-moi , et nous courrons '. » Dès ]a première touche, il faut courir, et ne languir jamais dans notre course.

XV' ÉLÉV- Sur ces paroles : «Le Verbe a été fait chair. » Le Verbe fait chair est la cause de la reiioissaiice qui nous fait enfants de Dieu.

Après avoir proposé toutes ces grâces des nouveaux enfants que la foi en Jésus-Christ donne à Dieu , saint Jean retourne à la source d'un si grand hienfait : « Et le Verbe a été fait chair, )> et il a habité parmi nous; il y a fait sa demeure , et nous » avons vu sa gloire , comme la gloire du Fils unique du » Père, plein de grâce et de vérité'^ ». Pour nous faire devenir enfants de Dieu, il a fallu que son Fils unique se fît homme, C'est par le « Fils unique » et naturel , que nous devions recevoir l'esprit d'adoption. Cette nouvelle filiation , qui nous est venue , n'a pu être qu'un écoulement et une participation de la iiliation véritable et naturelle. Le Fils est venu à nous , et nous avons vu sa gloire. « Il étoit la lumière » ; et c'est par l'éclat et le rejaillissement de cette lumière que nous avons été régénérés. « Il étoit la lumière qui éclaire tout » homme qui vient au monde » : il éclaire jusqu'aux enfants qui viennent au monde, en leur communiquant la raison, qui, tout offusquée qu'elle est, est néanmoins une lumière et se développera avec le temps.

Mais voici une autre lumière, par laquelle il vient encore éclairer le monde , c'est celle de son Évangile qu'il offre encore à tout le monde et jusqu'aux enfants qu'il éclaire parle baptême : et quand il nous régénère et nous fait enfants de Dieu , que fait-il autre chose que de faire noître sa lumière dans nos cœurs , par laquelle nous le voyons plein de grâce et de vérité : de grâce par ses miracles, de vérité par sa parole; de grâce et de vérité par l'un et par l'autre : car sa grâce qui nous ouvre les yeux , précède en nous la vérité qui les contente. « Dieu qui par son commandement a fait sortir » la lumière des ténèbres, a rayonné dans nos cœurs pour » nous faire voir la clarté de la science de Dieu sur la face » de» Jésus-Christs Nous sommes donc enfants de Dieu, parce

' Cant. i. 3. - = Joan. I. 14. - ' IL Cor. xv. 0.

que nous sommes enfants de lumière. Marchons comme enfanls de lumière. Ne desirons point la vaine gloire, ni la pomp«» trompeuse de la grandeur humaine. Tout y est faux, tout y est ténèbres. Le monde qui nous veut plaire n'a point de grâce. Jésus-Christ seul «plein de grâce et de vérité ' » sait remplir les cœurs, et seul les doit attirer. « La grâce est répandue » sur ses lèvres etsur ses paroles'». Tout plaît en lui jusqu'à sa croix; car c'est là qu'éclate son obéissance,, sa libéralité, sa grâce, sa rédemption, son salut. Tout le restè'«^|m^jjp.que rien. Jésus-Christ seul est « plein de grâce efàe'^-tllilli' » . C'est pour nous qu'il en est plein ; et tous « nous recevoiîs » tout de sa plénitude ' » .

XVI° i5lisv. Comment l'être convient à Jésus-Chvist, et ce qu'il a été

fait.

Après avoir lu attentivement le commencement admirable de l'évangile de saint Jean , comme un abrégé mystérieux de toute l'économie de l'Evangile ; faisons une réflexion générale sur cette théologie du disciple bien-aimé. Tout se réduit à bien connoître ce que c'est « qu'être », et ce que c'est «qu'être fait ».

Être, c'est ce qui convient au Yerbe avant tous les temps. « Au commencement il étoit, et il étoit» subsistant « en Dieu, » et il étoit Dieu' » . Il n'est pas Dieupar uneimproprecommunication d'un si grand nom, comme ceux à qui il est dit : « Vous êtes des dieux, et les enfants du Très- Haut '' ». Ceuxlà ont été faits dieux par celui qui les a faits rois , qui les a faits juges, qui entin les a faits saints. Si Jésus-Christ n'étoit Dieu qu'en cette sorte, ilseroit fait Dieu, comme il est fait homme ; mais non ; saint Jean ne dit pas une seule fois qu'il ait été fait Dieu. Il « l'étoit, » et « dès le commencement » avant tout commencement. « Il étoit Yerbe », et comme tel, « il étoit Dieu. Tout a été fait par lui S). Le mot « d'être fait », commence à paroître quand on parle des créatures; mais auparavant, ce qui étoit n'a pas été fait, puisqu'il étoit avant tout ce qui a été fait. Et voyez combien on répète cet « être » fait. Par lui a été fait tout ce qui a été fait, et sans lui rien n'a

' Jonu. i. M. — ' Ps. xiiv. [}. Lwr. iv. ?.'2. - ^ Joaii. i. 16. - ' Ib. I- 1. — •'' Ps. LXXXI. G. — " Joan. i. .j.

SUll LES MYSTEUES. 209

» été fait de ce qui a été fait ». On répète autant de fois de la créature qu'elle « a été faite » , qu'on avoit répété du Yerbe « qu'il étoit ». Après cela on revient au Verbe : « En lui », dit-on , «étoit la vie ' ». Elle n'a pas été faite en lui. Elle y étoit comme la divinité y étoit aussi. Et ensuite : «La lumière » étoit qui illumine tout homme- ». Le Fils de Dieu n'a pas été fait lumière ni vie. « En lui étoit la vie ; et il étoit la lu- » mière ». Jean Baptiste « n'étoit pas la lumière ^ ». Il recevoit la lumière de Jésus-Christ ; mais Jésus-Christ étoit la lumière même. Et quand les hommes sont devenus enfants de Dieu , n'est-il pas dit expressément : « Qu'ils ont été faits eii- » fants de Dieu " » ? Mais est-il dit de même que le Fils unique a été fait Fils unique ? Non. Il étoit Fils unique , et la sagesse engendrée et conçue dans le sein du Père , dès qu'il étoit Yerbe , et il n'a point été fait Fils, puisqu'il est tiré , non point au néant, mais de la propre substance éternelle et immuable de son Père.

Il n'y a donc rien en lui avant tous les temps qui ait été fait, ni qui l'ait pu être. Mais dans le temps qu'a-t-il été fait? « il a été fait chair ^ ». Il s'est fait hooime. Voihà donc où il commence à être fait , quand il s'est fait une créature : dans tout le reste «il étoit » , et voUà ce qu'il « a été fait». De même ( pour bégayer à notre mode, et nous servir d'un exemple humain ) que si l'on disoit de quelqu'un : Il étoit noble, il étoit né gentilhomme ; il a été fait duc , il a été fait maréchal de France. On voit là ce qu'il étoit naturellement , et ce qu'il a été fait par la volonté du prince. Ainsi, en tremblant et en bégayant comme des hommes , nous disons du Verbe , qu'il étoit Verbe, qu'il étoit Fils unique , qu'il étoit Dieu ; et ensuite nous considérons ce qu'il a été fait. Il étoit Dieu dans l'éternité , il a été fait homme dans le temps. Et même saint Pierre a dit : « Dieu l'a fait Seigneur et Christ ^ » . Quand , à sa résurrection , son Père lui a « donné la toute-puissance » dans le ciel et dans le terre ' », alors il a été fait Seigneur et Christ. Et s'il n'étoit Dieu qu'en ce sens, il auroit aussi été fait Dieu; mais non. « Il étoit Dieu , et il a été fait homme ».

' Joau. I. 4.- = 11). 9. - ' Ib. 8. — ' Ib. t2.— Mb. 14.— *Act. ii. 32. 3G. — ' Mallh. .\xvili. 18.

Et en sa nature humaine élevée et gloriliée , « il a été fait » Seigneur et Christ ». Il a été fait Sauveur et gloriiicateur de tous les hommes.

Ce langage est suivi partout : « Celui qui est venu après » moi » , dit saint Jean Baptiste, et que j'ai dû précéder en ma qualité de son précurseur , « a été fait et a été mis de- » vaut moi, et m'a été préféré ' ». Sa gloire a été tout à coup plus grande que la mienne. En ce sens , « Ti a été fait de- » vantmoi ». Mais pourquoi ? « Parce qu'il étoit avant moi», et sa gloire avant tous les temps au dessus de toute la mienne et de toute la gloire créée. Voyez , entendez. Il étoit naturellement plus que Jean ; et (v'est pourquoi il lui a été préféré. Cette préférence , pour ainsi parler , est une chose qui a été faite, mais qui u'auroit point été faite , si en effet Jésus- Christ, selon sa divinité, n' étoit plus grand que Jean, et qu'ainsi il lui falloit faire une gloire conforme à ce qu'il étoit.

Jésus-Christ que dit-il de lui-même? « Avant qu'Abraham fût fait, je suis ^ ». Pourquoi choisir si distinctement un autre mot pour lui que pour Abraham ; sinon pour exprimer distinctement, qu'Abraham a été fait, et lui il étoit ? « Au comn mencement étoit le Verbe ». On dira po'urtant « qu'il a été •■> fait » , quand on dira ce qu'il est devenu dans le temps comme fds d'Abraham ; mais quand il faut exprimer ce qu'il étoit devant Abraham, on ne dira pas qu'il a été fait, mais « qu'il étoit».

Et quand le même disciple bien-aimé dit dès les premiers mots de sa première Epître : « Ce qui fut au commence- » ment^ » : où le «ce» doit être entendu substantivement, comme qui diroit : Ce qui étoit par sa nature et par sa substance; n'est-ce pas la même chose que ce qu'il a dit : « Au com- » mencement étoit le Verbe » . Et ensuite lorsqu'il ajoute : « Nous vous annonçons la vie qui étoit subsistante dans le Père, » apud Patrem, et nous a apparu»; n'est-ce pas la même chose que ce qu'il a dit dans son Evangile? « En lui étoit la » vie et le Verbe étoit» subsistant « en Dieu * ». Toujours, apud. Et pour parler conséquemment, que pouvoit ajouter le

' Joaii. I. 15.30. —-Ib. Yiii. 58.— ' l. Joau. 1. 2. — ' Ib.4.

gfUR LES MYSTÈRES. 211

même disciple bien-aimé, sinon ce qu'en effet il a ajouté? « Celui-ci, Jésus-Christ, étoit le vrai Dieu et la vie éler- » nelle » : Hio est verus Deus et vita œlerna.

Croyons donc l'économie du salut; et, comme dit le même diseiple bien-aimé : « Croyons à l'amour que Dieu a eu pour » nous^». Pour croire tous les mystères que Dieu a opérés pour notre salut, il ne fout que croire à son amour; à un amour digne de Dieu ; à un amour où Dieu nous donne nonseulementtout ce qu'il a, mais encore tout ce qu'il est. Croyons àcetamour, etaimonsde même, donnons ce que nous avons et ce que nous sommes : établissons-nous en celui qui «étoit», en croyant à ce qu'il a a été fait » pour nous dans le temps. « Ainsi » , dit saint Jean *, a nous serons en son vrai Fils» , ou, comme lisoient les anciens Grecs, et comme a lu saint Athanase : a Afin que nous soyons dans le vrai, dans son » Fils^ » ; dans le vrai, c'est-à-dire , dans son Fils qui seul est vrai , qui seul est la vérité.

Taisez-vous, pensées humaines. Homme, viens te recueillir dans l'intime de ton intime , et conçois dans ce silence profond ce que c'est que d'être dans le vrai , d'éloigner de soi le faux. Quelle solidité ! quelle vérité dans toutes nos actions et dans toutes nos pensées ! Détestons tout ce qui est éloigné du vrai, puisque nous sommes dans le vrai, étant dans le Fils,

Répétons : « Au commencement étoit le Yerbe » ; au commencement , au dessus de tout commencement étoit le Fils : « Le Fils , c'est » , dit saint Basile % « un Fils qui n'est pas né » par le commandement de son Père, mais qui par puissance » et par plénitude a éclaté de son sein : Dieu de Dieu , lu- » mière de lumière , en qui étoit la vie , qui nous l'a don- » née ». "Vivons donc de cette vie éternelle et mourons à tout le créé. Amen. Amen.

' I. Joan. V. 20. - = !b. iv. 16. - ^ Ib. v. 20. - ' Alliau. toin. 2. pag. 608. - » Orat de Fid. Hom. 25. tom. 1. pag. 500. Edit Beiied. tom. 2. hom. 10. pag. 131.

Xin« SEMAINE.

ONCTIOV DE JÉSUS-CIIIllST : SA ROYAUTÉ, SA GÉNÉALOGIE, SON SACERDOCE,

I'^'^ Élév. L'onction de Jésus-Clirist et le nom de Clivist.

Christ ! ô Messie ! ô vous qui êtes attendu et donné sous ce nom sacré , qui signifie l'oint du Seigneur ! apprenezmoi dans l'excellence de votre onction, Torigine et le fondement du cliristianisme. Et puisqu'il est écrit que « l'onction » nous apprend tout» ; et encore : que « nous avons l'onc- » lion, et» que «nous savons toutes choses ' », quand estce que cette onction nous doit enseigner , sinon lorsqu'il s'agit d'expliquer l'onction qui, vous faisant Christ, nous fait aussi chrétiens par la communication d'un si beau nom ?

Christ ! vous êtes connu de tout temps sous ce beau nom. Le Psalmiste vous a vu sous ce nom, lorsqu'il a chanté: « Votre trône , ô Dieu ! est éternel : et votre Dieu vous a oint » d'une huile ravissante ^ » . C'est vous que Salomon a célébré, en disant dans son divin cantique : «Votre nom est une huile, » un baume répandu^ ». Quand l'ange saint Gabriel a annoncé le temps précis de votre venue, il s'en est expliqué, en disant : Que «le Saint des saints seroitoint; et» que «l'ointou » le» Christ «seroit immolé'». Et vous-même, qu'avez-vous prêché dans la Synagogue, lorsque vous expliquâtes votre mission ? Qu'avez-vous, dis-je , prêché, que ce beau texte d'îsaïe : «L'esprit du Seigneur m'a envoyé, et c'est pour cela » qu'il m'a oint^ ».

Vous avez paru vouloir expliquer, par ce texte d'îsaïe, que vous êtes oint par le Saint-Esprit; et n'est-ce pas aussi ce qu'a enseigné votre apôtre saint Pierre au saint centurion Cornélius, lorsqu'il lui prêcha Jésus do Nazareth, « et com- » ment Dieu l'avoit oint du Saint-Esprit et de puissance » pour opérer des prodiges et remplir toute la Judée de ses » bienfaits""».

Christ! encore un coup, faites-moi connoître comme lit saint Pierre au saint Centenier, comment votre Dieu vous a

' 1. Joan. Il . 20. 27. - -' Ps. XLiv. 7. S. - ■• Caut. 1.2.-' Dan- i.K. 21. 2i.2ô. 20.- ' Ls. LXI. 1. Lu<:. iv. 18. - '= Ad. x. 38.

SUK LES MYSTERES. 213

oint du Saint-Esprit, et rendez-moi participant de cette onction.

11" ÉLÉV. Coimneut le Saint-Esprit est en Jésus-Christ.

Le Saint-Esprit est en nous comme y venant du dehors, comme reçu par emprunt : il n'est point noire propre esprit ; mais il est le propre esprit de Jésus-Christ: «Il prend du » sien» : le Verbe divin le produit avec son Père; et quand il a été. fait homme, il a produit ce Saint-Esprit, comme un esprit qui lui étoit propre , dans l'homme qu'il s'est uni '.

Ainsi, quand les hommes font des miracles par le Saint- Esprit, c'est en eux un esprit qui vient du dehors et par emprunt; mais, dit doctement et excellemment saint Cyrille d'Alexandrie : «Quand Jésus-Christ chasse le démon, et fait w d'autres miracles par le Saint-Esprit, comme il l'assure » lui-même, il agit par un esprit qui lui est propre et qui est » en lui comme dans sa source ».

De là vient qu'il l'a reçu avec une entière plénitude : « L'es- » prit ne lui est pas donné avec mesure*», mais sans mesure et en plénitude parfaite, pour être répandu sur nous, et afin « que nous tous reçussions ce que nous avons de sa pléni- » tude^ ». Ce qui a fait dire à Isaïe : u Le Saint-Esprit se repo- » sera sur lui S); et selon une ancienne version : « Toute la » source, toute la fontaine du Saint-Esprit descendra sur » lui ».

Jésus est donc oint par le Saint-Esprit , comme l'ayant en lui par sa divinité , comme ayant reçu du Père qui est en lui la vertu de le produire; comme le donnant en propre ù l'homme qu'il s'est uni en unité de personne. Ce qui a fait dire aux saints , qu'il a été oint de la divinité; et c'étoit ce que voyoit ce prophète, lorsqu'on disant « qu'il a été oint par son Dieu% en même temps lui-même ill'appelle Dieu.

Telle est donc l'onction qui a fait le Christ. Ce n'est pas d'une huile matérielle qu'il a été oint, comme Elisée et les prophètes , comme David et les rois , comme Aaron et les pontifes. Quoique roi, prophète et pontife , il n'a pas été oint

' Joan. XVI. 14. Luc. xxiv. 49. Joan. xv. 2G. — - Joau. ni- ;>4. — " H'- J. 10. - < Is. XI. 2. a. - ■• Ps. XLiv. 8.

de cette onction, quin'étoit qu'une omhire de la sienne. Aussi David a-t-il dit, «qu il étoit oint d'une huile excellente, au » dessus de tous ceux qui sont nommés oints '>% en (igure de son onction, parce qu'il est oint de divinité et du Saint-Esprit. C'est ainsi que Dieu l'a fait Christ, Et quand il nous a faits chrétiens, de quel autre esprit a-t-il rempli son Eglise naissante, et par quel autre esprit a-t-il répandu le nom chrétien par toute la terre. Mais ne nous arrêtons pas à cette doctrine, quoique divine et nécessaire faisons-en l'application que Dieu nous commande.

lîl° lÎLÉV. Quel est l'effet de cette onction en Jésus-Christ et ea nous.

Par cetteonctiondivine Jésus- Christ est roi, pontife et prophète. Voilà ce qu'il est comme Christ ; et il nous apprend aussi que comme chrétiens , et par l'épanchement de son onction, nous sommes faits rois et sacrificateurs : « un sacerdoce » royal » , comme dit saint Pierre*. Et saint Jean dans l'Apocalypse : « Jésus-Christ nous a faits rois et sacrificateurs » de Dieu son Père'».

Ayons donc un courage royal ; ne nous laissons point assujettir par nos passions : n'ayons que de grandes pensées : ne nous rendons point esclaves de celles des hommes.

Comme rois, soyons magnanimes, magnifiques : aspirons à ce qu'il y a de plus haut ; mais aspirons comme prêtres et sacrificateurs spirituels, à ce qu'il y a de plus saint. Chrétiens, nous ne sommes plus des hommes profanes ; nous sommes ceux à qui il est dit : « Soyez saints parce que je suis saint* ».

Comment sommes-nous prophètes? Agissons par un céleste instinct ; sortons de l'enceinte des choses présentes, remplissons-nous des choses futures , ne respirons que l'éternité. Quoi ! vous vous faites un établissement sur la terre : vous voulez vous y élever ; songez au pays où vous serez rois : « Ne » craignez pas, petit troupeau, parce qu'il a plu à votre Père » de vous donner son royaume ^ » .

' Ps. XLiv. 8. - = I. Pet. 11. 9. - ^ Apec. i. G. - ' I. Pet. i- 10- — ■"■ Luc. xu. 32.

Sun XES MYSTiÈBES. 215

JY<- lîtÉV- Sur deux vertus principales qii« nous doit inspirer l'onction

de J«stîs-Clirist.

Un des effets princip.aux de la foi chréfienne et de la sainte onction des enfants de Dieu, est la douceur : « Apprenez de » moi » , dit Jésus lui-même, «que je suis doux et humble » de cœur ' ». Isaïe avoit prédit sa douceur par ces paroles que saint Matthieu lui a appliquées : « Voici mon serviteur que » j'ai élu; mon bien-aimé, où je me suis plu , et en qui j'ai » mis mon affection. Je ferai reposer sur lui mon esprit; et » il annoncera la justice aux nations V». Yoilà un ministère bien éclatant; mais qu'il est doux en même temps , et qu'il est humble! puisque le prophète ajoute, et après lui TÉvangéliste : « 11 ne disputera point, ni ne criera point, et on » n'entendra point sa voix dans les rues » , comme les es-:, prits contentieux et disputeurs la font éclater au dehors. « Il » ne brisera point le roseau cassé , et il n'achèvera point d'é- » teindre la mèche qui fume encore » : il n'ajoutera point , comme on fait ordinairement parmi les hommes, l'affliction à l'oppressé par des reproches amers. Voilà Tesprit de Jésus- Christ et le vrai esprit de Dieu, qui « n'habite pas dans un » tourbillon, ni dans le souffle d'un vent violent qui renverse » les rochers et les montagnes » , comme Elie sembloit le penser en voulant tout exterminer et tout perdre : « Il n'ha- » bite pas dans la commotion et l'ébranlement, ni dans le » feu qui le suit , mais dans le doux souffle d'un air léger et » rafraîchissante).

Tel est l'esprit du Seigneur Jésus. Et c'est pourquoi , lorsque ses disciples vouloient dans l'esprit d'Elie et d'Elisée faire descendre le feu du ciel sur les villes qui leur refusoient le passage, il leur disoit avec sa douceur ineffable : « Vous » ne savez pas de quel esprit vous êtes ^ » : vous ne savez pas quel est l'esprit de votre religion et de la doctrine du Christ. Quelle fut sa douceur, lorsqu'il dit à celui qui le frappoit : » Si j'ai mal dit, faites connoître le mal que j'ai fait; et si » j'ai bien dit, pourquoi me frappez-vous * »? Et ailleurs :

* Malth. XI. 29. — = Is. XLii. 1 et snq. — ^ ITI. Reg- Xix- 11. 15, — *Luo, IX. 55. — '^ Jean. xvui. 22-

21 G ELEVATIONS

« Race incrédule el méchante, jusqu'à quanti serai-je con- « traint trêtre parmi vous, et de souffrir vos injustes contra- » dictions ! Toutefois amenez-moi votre fils ' », afin que je le guérisse. Et encore : «Femme, où sont vos accusateurs? per- » sonne ne vous a condamnée. Je ne vous condamnerai pas » non plus : allez et ne péchez plus ^ ».

Prenons donc l'esprit de douceur, comme le vrai esprit du christianisme : que l'onction du Saint-Esprit adoucisse notre aigreur et notre fierté. Ne prenons pas ces tons superbes et avantageux ; c'est foiblesse que de s'animer de cette sorte : la force est dans la raison tranquillement exposée : cette force manque, lorsqu'on a recours à cette force hautaine et contentieuse qu'on fait venir à son secours. Quand vous avez à combattre pour la vérité, songez que ce n'est point par d'aigres disputes que rÉvangile s'estétabli, mais par la douceur et la patience, en imitant Jésus-Christ, « qui s'est laissé non-seu- » Icment tondre ^ » , mais encore écorcher sans se plaindre. Ecoutez dans les Actes les prédicateurs de son Évangile, qui, condamnés par les Juifs " « Jugez vous-mêmes » , leur disoientils, « s'il faut vous écouter phitôt que Dieu ; car, pour nous, » nous ne pouvons pas dissimuler ce que nous avons vu , et » ce que nous avons ouï ' » . C'est dans cet esprit qu'il faut parler à ceux à qui la vérité nous, oblige de nous opposer : c'est ainsi que, sans disputer et sans se troubler, on les met visiblement dans leur tort. Yoilà de vrais chrétiens et de vrais imitateurs du Christ.

Écoutez encore ce que dit dans le même endroit des Actes son innocent troupeau si injustement maltraité. « Seigneur, » qui avez fait le ciel et la terre , regardez les menaces de nos » ennemis, et donnez à vos serviteurs d'annoncer votre parole Y. en toute confiance, puisqu'il vous plaît d'étendre votre » main pour faire de si grands prodiges par le nom de votre » saint fils » Jésus \ C'est ainsi qu'ils veulent parler « avec » confiance » seulement, mais non pas avec amertume ni avec aigreur. Qui met sa confiance en Dieu , ne la met pas dans la violence d'un ton aigre et impérieux ; la victoire appartient à

' Marc. IX. 18. Luc. 9. 41. - = Joan. vin. 10. 11 - ^ Ls. lui. 7. !. Vci. II. 21. 2:î. 50. - ' Art. iv- 10. 90. - ■' Ib. v "A. 9.0. ^0.

la douceur et ù la patience, et Isaïe, après avoir fait Jésus- Christ si humble, si patient et si doux, conclut enfin en disant : « qu'il remportera la victoire ; qu'il gagnera sa cause » en jugement, et que les gentils mettront en lui leur espé- ). rance ' ». Traitez donc avec douceur l'alTaire de Dieu : soyez de vrais chrétiens, c'est-à-dire de vrais agneaux; et sans murmure, sans bruit, sans avoir aucune teinture de l'esprit de contradiction, montrez autant de tranquillité que d'innocence. Ayez la douceur et la patience sa fille : ces deux vertus sont les deux caractères propres de la piété chrétienne , et les deux fruits de l'onction de Jésus-Christ répandue sur nous.

V" ÉLÉv. La généalogie royale de Jésus-Christ.

Ce titre ne m'engage pas à traiter les difficultés ni les contradictions apparentes des deux généalogies de Jésus-Christ rapportées dans saint Matthieu et dans saint Luc ^ La lecture que je fais ici de l'Évangile a un autre objet, et je remarquerai seulement :

En premier lieu, qu'il étoit notoire que Jésus-Christ sortoit de la race de David : tout le monde l'appeloit hautement et sans contradiction, « le fils de David S). Sa généalogie étoit bien connue : « et il étoit manifeste » aux Hébreux même , » qu'il étoit de la tribu de Juda S) . Il n'étoit pas moins constant qu'il en sortoit par David : saint Paul avance et répète comme un fait qui n'étoit pas contredit, « qu'il est sorti du sang » de David* » .

Si donc les évangélistes se sont attachés à marquer la descendance de Joseph, plutôt que celle de Marie, c'est qu'on savoit qu'ils étoient de même race, et si proches parents, que tout le monde connoissoit leur parenté. Aussi , dans l'ordre qui fut donné sous Auguste de faire écrire son nom dans le lieu de son origine : « Joseph fut à Bethléem avec Marie son » épouse , pour se faire inscrire avec elle * » . C'en est assez pour fermer la bouche aux esprits contentieux et contredi-

' Matth. XII. 20. 21. Is. XLII. 1. et seq. — -Matth. i. Luc. ni. 23 — •■"Matt. 1.20. IX. 27. XIX. 23. xv. 22. xx.30. 31. xvi. 9. 15. Marc. XI. «J. 10.- " Heb. VII. 24. - ^ Rom. i. 3. Tl. Tim. ii, 8. - " L«c. ii. 1. 3. -i. 5.

218 KLKV.VtlONS

sants, qui voiidroieiit qu'où nous eût donné la généalogie de la sainte Vierge, plutôt que celle de Joseph. C/étoit assez que tout le monde sût qu ils étoient parents et de même race.

En second lieu, il est inutile de se tourmenter à concilier les deux généalogies de saint Matthieu et de saint Luc. La loi qui ordonnoit au cadet d'épouser la veuve de son aîné, mort sans enfants, pour en faire revivre la tige, et lui donner une postérité ' , introduisoit par nécessite parmi les Juifs deux sortes de généalogies, l'une naturelleetl'autre légale. Il y a beaucoup de raison de croire, que saint Matthieu, qui se sert partout du mot « d'engendrer - » , l'a choisi pour marquer plus expressément la généalogie naturelle, plus propre à la désigner que le terme plus vague et plus général dont s'est servi saint Luc^ Quoi qu'il en soit, le Saint-Esprit a voulut que nous sussions qu'en quelque sorte qu'on voulût compter la race de Jésus-Christ, il venoit toujours de Juda et de David, et de (a famille royale.

En troisième lieu, il falloit à la vérité que Jésus-Christ eût pour aïeux tous les rois de Juda sortis de David, afin démarquer au peuple, que, vrai roi des Juifs, ce titre lui étoit' comme héréditaire : mais toutefois l'humble Jésus, à qui Dieu avoit destiné une noblesse royale, ne sort point de cette maison dans son grand éclat, mais dans le temps de sa décadence, où déchue de la royauté, elle subsistoit dans les plus vils artisans ; par où aussi il devoit paroître que son trône étoit d'une autre nature et d'une autre élévation que celui de ses ancêtres.

En quatrième lien , il falloit aussi qu'il naquît de la tribu de Juda, de laquelle , comme le remarque saint Paul', « Moise » n'a rien prononcé sur le sacerdoce «. Car le sacerdoce de Jésus-Christ devant être d'un autre ordre que celui d'Aaron; si Jésus-Christ étoit de son sang , on auroit cru qu'il auroit tiré son sacerdoce comme héréditaire de la famille d'Aaron : au lieu que, comme on va voir, il le devoit tirer d'une autre origine.

En cinquième lieu, quoique Jésus-Christ pût descendre de

' Dent. xxv. 5. C— -Mat.h. i. 12. 1.'} el scq — '' Luc. Iii. 23. 24 — '' lleb. vu. !'i.

SUR LES MYSTÈlJES. 219

Juda , et non de Lévinid'Aaron, il convenoit qu'il y eût quelque parenté entre sa famille et celle d'Aaron ; ce qui fait que la sainte Vierge é toit cousine d'Elisabeth, et que' "ces deux saintes parentes ont eu des ancêtres communs : par oii il paroît qu'encore que le sacerdoce d'Aaron ne pût être celui de Jésus-Christ, il ne devoit pas lui être entièrement étranger, et qu'il devoit y avoir de l'alliance entre les deux.

En sixième lieu , pour en revenir à la famille royale , qui étoit proprement celle du Sauveur, il faut encore observer que, bien qu'il fût le Saint des saints , non-seulement il est sorti de rois pécheurs et méchants , mais encore que les seules femmes qu'on marque comme ses aïeules, sont une Thamar , une Ruth Moabite et sortie d'une race infidèle , et enfin une Bethsabée, une adultère ' ; tout cela se fait pour l'espérance des pécheurs, dont Jésus-Christ ne veut pas être éloigné et ne dédaigne pas le sang; mais il s'en montre le rédempteur.

Apprenons à mépriser les hommes du monde, si enflés de l'antiquité souvent imaginaire de leur race, dont ils cachent avec tant de soin les endroits foibles. Ne mettons point notre gloire dans nos ancêtres, dont le plus grand nombre , et peutêtre les plus renommés , augmente depuis si longtemps celui des damnés; et ne songeons point à nous illustrer par leurs noms maudits de Dieu. Gloriiïons-nous d'être ses enfants; unissons-nous au Fils de Dieu, et en disant avec saint PauP , « qu'il est le Sauveur des pécheurs» , ajoutons toujours avec cet apôtre, « desquels je suis le premier» ; puisque chacun d'un certain côté est le plus grand et le premier, comme le plus ingrat de tous les pécheurs.

VF ÉLÉv. Le sacerdoce de Jésus-Christ.

La race dont Jésus-Christ est sorti , étoit vraiment la race royale, et il y a remis le trône d'une manière plus haute qu'il n'y avoit jamais été. Mais en Jésus-Christ, il n'y a point de race sacerdotale; il n'a ni prédécesseur, ni successeur, il a seulement des figures dont Melchisédech est la plus illustre, et la seule qui paroisse digne de lui. II n'y a qu'à lire l'épître aux

' Matth. I. :î. 4. T). — ■= 1 Tiin. i. I.').

Hébreux , cl il n'y faut point de commentaire. On nous y montre tout d'un coup, dans la Genèse, « Melchisédech sans père, » sans mère, sans généalogie, sans commencement de ses M jours, et sans qu'on en voie la fin'» ; ce n'est pas qu'il n'eût tout cela, ni qu'il faille donner dans l'erreur de ceux qui ont voulu que ce fut un ange. C'est assez, pour être la figure (le Jésus-Christ, que tout cela ne soit point marqué, et qu'il paroisse seulement comme « sacrificateur du Dieu très -haut, » pour offrir à Dieu du pain et du vin, et ensuite le présenter » à Abraham, pour le bénir», et en sa personne bénir comme supérieur tout le sacerdoce lévitique, « en recevoir » la dîme*», comme un hommage qui étoit dû à l'excellence de son sacei'doce, et la recevoir en même temps de Lévi et d'Aaron lui-même, et de toute la race sacerdotale, puisqu'elle étoit en Abraham comme dans sa tige ; et cette dîme n'est autre chose que la dépouille des rois vaincus , dont la défaite paroît n'être accordée à Abraham , que pour honorer « Mel- » chisédech, ce grand pontife, ce roi de justice, roi de paix, » qui est l'interprétation de son nom et de la ville où il rè- » gne ». Dans toute la suite de l'histoire on ne dit pas un seul mot de Melchisédech, il n'y est marqué que pour cette divine fonction ; et tout d'un coup, neuf cents ans après, David, en voyant le Christ qu'il appelle « son Seigneur, à la » droite de Dieu », en grande majesté et puissance, « en- » gendre de sein de Dieu, devant l'aurore», vainqueur de se^ « ennemis » qui sont « à » ses « pieds » , vainqueur des « rois » , lui adresse ces mots avec serment: «Vous êtes prêtre é(er- » nellement selon l'ordre de Melchisédech^» ; vous n'avez point de devancier ni de successeur : votre sacerdoce est éternel ; il ne dépend point de la promesse adressée à Lévi, ni à Aaron et à ses enfants. «Et voici », conclut saint Paul, » dans un nouveau sacerdoce », un nouveau service « et une » nouvelle loi" ».

Venez , Jésus, Fils éternel de Dieu , sans mère dans le ciel, et sans père sur la terre ; en qui nous voyons et reeonuoissons une descendance royale; mais pour ce qui est du sacer-

' Htb. VII. 3. -- - Gen. 14. 18. 19. 20. Pleb. vu. 1. 2. 4. et seq. — ^ Ps. Cix. 1. 2. :). 4. 5. — ' H(b. vil. V}. (■( SPC],

SUR LES aiYSTÈRES. 221

doce, vous ne le tenez que de celui qui vous a dit : «Vous » êtes mon Fils : je vous ai aujourd'hui engendré' » . Pour ce divin sacerdoce il ne faut être né que de Dieu, et vous avez votre vocation « par votre éternelle naissance ^ » . Vous venez aussi « d'une tribu à laquelle J)ieu n'a rien ordonné sur la sa- » crilicature » . La vôtre a ce privilège « d'être établie par ser- » ment » , immobile, sans repentance et sans changement : le Seigneur, dit-il, « a juré , et ne s'en repentira jamais. La » loi de son sacerdoce est éternelle et inviolable ' ». Vous êtes seul; vous laissez pourtant après vous des prêtres, mais qui ne sont que vos vicaires , sans pouvoir offrir d'autres victimes que celle que vous avez une fois offerte à la croix, et que vous offrez éternellement à la droite de votre Père.

Ecoutons notre loi en la personne de Jésus-Christ, tant que nous sommes de prêtres du Seigneur. S'il a été dit à Lévi à raison de son ministère sacré : Vous êtes mon « homme » saint, à qui» j'ai « donné la perfection et la doctrine''» ; et que pour cela il doit « dire à son père et sa mère : Je ne vous » connois pas; et à ses frères : je ne sais qui vous êtes; et » il n'ad'enfants » que ceux deDieu. Si c'est là, dis-je, la loi de Lévi et du sacerdoce mosaïque, combien pur, combien détaché de la chair et du sang doit être le sacerdoce chrétien, quia Jésus-Christ pour auteur, et Melchisedech pour modèle! Non, nous ne devons connoître d'autre emploi, d'autre fonction, ni avoir d'autre intérêt que celui de Dieu, enseignant sa loi et ses jugements, etlui offrantcontinuellement des parfums pour l'apaiser. Si nous gardions cette loi de notre saint ministère, on ne verroit pas tous les jours envahir les droits el l'autorité du sacerdoce, qui sont ceux de Jésus-Christ. Dieu se rendroit notre vengeur, et cette prière de Moïse auroit son elfel: « Seigneur », aidez vos ministres ; « soutenez leur force; proté- » gez l'œuvre de leursmains ; frappez le dos de leurs ennemis » fugitifs; et ceux qui les haïssent ne se relèveront jamais^». Mais parce que, plus charnels que les enfants du siècle, nous ne songeons qu'à nous engraisser, vivre à notre aise , nous

' Ps. 11.7. — = Heb. VII. 10. — •• Ib. 13. 14. 20. 21. 24. — ' Deut. xxxm. 8. 9.— Mb. II.

faire des successeurs, nous établir un nom et une maison, tout le monde entreprend sur nous ; l'honneur du sacerdoce est foulé aux pieds.

VII'' ÉLÉV. Quelle a été l'oblation de Jésus-Christ : et le premier acte qu'il a produit en entrant dans monde.

«II a paru », dit saint Paul', « en s'offrant lui-même pour » victime ». C'est lui-même, c'est son propre corps, c'est son propre sang qu'il a offert à la croix ; c'est encore son l)ropre corps et son propre sang qu'il offre dans le sacrifice de tous les jours ; et ce n'est pas sans raison que David voyant en esprit le premier acte qu'il produiroit en se faisant homme \ et saint Paul, en interprétant cette prophétie % le font parler en cette sorte au moment qu'il entra dans le monde : « Tous n'avez point voulu » , dit-il , « d'hostie et d'oblation ; » mais vous m'avez formé un corps ->■> ; l'original porte : « vous » me l'avez approprié : les holocaustes et les sacrifices pour » le péché ne vous ont pas plu ; alors j'ai dit : Me voici , je » viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu i et ce qui » a été écrit de moi à la tête de votre livre ». Par cette parole, Jésus-Christ se met à la place de toutes les victimes anciennes, et n'ayant rien dans sa divinité qui pût être immolé à Dieu, Dieu lui donne un corps propre à souffrir, et accommodé à l'état de victime oii il se met.

Dès qu'il eut commencé ce grand acte, il ne le discontinua jamais, et demeura, dès son enfance, et dès le sein de sa mère, dans l'état de victime , abandonné aux ordres de Dieu, pour souffrir et faire ce qu'il voudroit.

« Je viens», dit-il, « pour faire votre volonté, comme il a » été écrit au commencement du livre » : in capite libri. Il y a un livre éternel , où est écrit ce que Dieu veut de tous ses élus ; et à la tèle^ ce qu'il veut en particulier de Jésus-Christ, qui en est le chef. Le premier article de ce livre, est que Jésus- Christ sera mis à la place de toutes les victimes en faisant la volonté de Dieu avec une entière obéissance. C'est à quoi il

' Heb. IX. 23. 20. — = Ps. xxxîx. 7. 8. 9. — ' Jleb. x. 5. 0. 7.

SITR LES MYSTKKSiS, 223

se soumet ; et David lui fait ajouter : « Mon Dieu , je Fui voulu, » et votre loi est au milieu de mon cœur ' » .

Soyons donc, à l'exemple de Jésus-Christ, en esprit de victime, abandonné àla volonté de Dieu : autrement, nous n'aurons point de part à son sacrifice. Fallût-il être un holocauste, et une victime entièrement consumée parle feu, laissons-nous réduire en cendres , plulât que de nous opposer à ce que Dieu veut.

C'est dans la sainte volonté de Dieu que se trouvent l'égalité et le repos. Dans la vie des passions et de la volonté propre , on pense aujourd'hui une chose, et demain une autre : une chose durant la nuit, et une autre durant le jour : une chose quand on est triste , et une autre quand on est en bonne humeur: une chose quand l'espérance rit à nos désirs, autre chose quand" elle se relire de nous. Le seul remède à ces altérations journalières et à ces inégalités de notre vie , c'est la soumission à la sainte volonté de Dieu. Comme Dieu est toujom's le même dans tous les changements qu'il opère au dehors, l'homme soumis à sa volonté' est toujours le même. On n'a pas besoin' de chercher dès raisons particulières pour se calmer : c'est l'amour-propre ordinairement qui les fournit. La souveraine raison, c'est ce que Dieu veut. La volonté de Dieu, sainte en elle-même, est elle seule sa raison. .

Prenons garde néanmoins que ce ne soit par paresse , ou par une espèce de désespoir, et pour nQus donner un faux repos, que nous ayons recours à la volonté de Dieu. Elle nous fait reposer, mais en agissant, et en faisant ce qu'il faut: elle nous fait reposer dans la douleur comme dans la joie, selon qu'il plaît à celui qui sait ce qui nous est bon. Elle nous fait reposer, non dans notre propre conlentement, mais en celui de Dieu : le priant de se contenter et de faire toujours de nous ce qu'il lui plaira. Qu'importe de ce que nous devenions sur la terre ? « Il n'y a qu'une chose à vouloir; » c'est. Seigneur, d'habiter dans votre maison tous les jours » de ma vie, pour y voir la voluptédu Seigneur, y contempler » son saint temple ■», et le iouer aux siècles des siècles.

l's- XXXIX- i) — - \h. XWi'. 4.

Commençons dès cette vie, et chantons avec David, ou plutôt avec Jésus-Chvist , l'hymne de la sainte volonté : « Me » voici , Seigneur, et je viens pour accomplir votre vo- » lonté ' » .

Ylll' ÉLÉv. JésHS-Chi-ist est le sacrifice pour le péché : excellence de son

oblation.

Mon Sauveur ! dans ce verset de David que vous prononçâtes en entrant au monde ^ , vous nous déclarâtes que vous vous mettiez, par la volonté de Dieu, à la place de toutes les victimes de Tancienne loi. Yous n'êtes donc pas non-seulement un holocauste entièrement consumé par le feu de l'amour divin qui absorbe tout en lui-même ; mais vous êtes encore « la victime ponr le péché ' » , sur laquelle on prononce tous les crimes ; on l'en charge; ou les lui met sur la tête : on envoie après cette victime dans le désert : on la sépare de la société humaine : on l'excommunie. Ainsi a-t-on mis sur vous l'iniquité de nous tous : « Vi'aiment » vous « avez » porté nos péchés ^). Il a fallu vous mener hors de la ville pour vous attacher à votre croix ^ : et vous avez sur vous « la ma- » lédiction qui porte : Maudit est celui qui pend sur un V bois » infâme ".

Allons avec larmes confesser nos péchés sur Jésus-Christ. Mettons-les sur lui, afin qu'il les expie. Pleurons, pleurons les peines qu'ils lui ont causées ; tâchons en même temps de le décharger d^un si pesant fardeau, en nous repentant de nos crimes pour Tàmour de lui. Jésus ! que je vous soulage : faites que je ne pèche plus, et que j'efface par la repentance, mes péchés qui vous ont couvert de tant de plaies.

Brillez- moi de ce « feu » que vous «êtes venu allumer « sur la terre ' » . Consumez toutes mes inclinations par votre amour, et que je devienne cette pure flamme qui n'a que vous pour pâture f « Je viens, mon Dieu,» avec Jésus-Christ , « pour faire votre volonté ^ ». Heureux qui finit sa vie par un

• Ps. XXIX. 8.9. — -Ih. 7. s. 9. — ^Lev. xvi. 5. 6. 20. 21. — Ms. Mil. 4. 5. 6. — 'Heh.xiii. ii. — "Deut. xxi. 23. Gai. m. 13. — 'Luc XII. 49. 8 Ps. xxxix. 7. 8. 9,

SUK LES MYSTEnES. 225

ici acte ! Nous la devions coaunencer par là comme Jésus- Christ. Finissons-la du moins en nous consommant dans la volonté de Dieu, a Mon Dieu , je remets mon esprit entre vos

» mains ' » .

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