XIV" SEMAINE
LES EFFETS QUE PRODUIT SUR LES HOMMES LE VERBE INCARNÉ INCONTINENT APRÈS SON INCARNATION.
I'" ÉLÉv. Marie va visiter sainte Elisabeth.
«Aussitôt après que Marie eut conçu le Verbe dans son sein, » elle part et marche avec promptitude dans le pays des mou- » tagnes de Judée^», pour visiter sa cousine sainte Elisabeth. Ne sentons-nous point la cause de cette promptitude , de cette élévation, de cette visite? Quand on est plein de Jésus-Christ, on l'est en même temps de charité , d'une sainte vivacité, de grands sentiments, et l'exécution ne souffre rien de languissant. Marie, qui porte la grâce avec Jésus-Christ dans son sein , est sollicitée , par un divin instinct , à l'aller répandre dans la maison" de Zacharie, oii Jean Baptiste vient d'être conçu.
C'est aux supérieurs à descendre, à prévenir. Marie, qui se voyoit prévenue par le Yerbe descendu en son sein, pouvoitelle n'être pas touchée du désir de s'humilier et de descendre à son exemple? Jésus devoit être précédé par saint Jean au dehors; mais au dedans, c'est Jésus qui le devoit prévenir, qui devoit sanctifier. Il falloit que Jean reçût de Jésus la première touche de la grâce.
Si vous sortez , âmes saintes et cachées , que ce soit pour chercher les saintes, les Elisabeth qui se cachent elles-mêmes; allez vous cacher avec elles: cette sainte société honorera Dieu, et fera paroître ses grâces.
Dans toutes les visites que nous rendons, imitons Marie rendons-les en charité; alors sous une simple civilité, il se caciiera de grands mystères ; la grâce s'augmentera ou se déclarera par l'humilité , par l'exercice d'une amitié sainte.
' Ps. XXX. C. Lut. xxiu. iO. — - Luc. I. 3i).
22G ÉLÉVATIOKS
Cultivez, âmes pieuses, les devoirs de la parenté. Soyez amies, femmes chrétiennes, comme Marie et Elisabeth; que votre amitié s'exerce par la piété: que vos conversations soient pleines de Dieu : Jésus sera au milieu de vous, et vous sentirez sa présence.
Hommes , imitez aussi ces saintes et humbles femmes. Dieu ! sanctifiez les visites; ôtez-en la curiosité, Tinutilité , la dissipation , l'inquiétude , la dissimulation et la tromperie , faites-y régner la cordialité et le bon exemple.
TP ÉLÉv. Jésus-Chvist moteur secret des cœurs : divers mouvements qu'il excite dans les âmes dont il s'approche.
Merveille de cette journée ! Jésus-Christ est caché, et c'est lui qui opère tout : il ne paroit en lui aucun mouvement, il meut tout : non-seulement Marie et Elisabeth , mais encore l'enfant qui est au sein de sa mère, agissent sensiblement. Jésus , qui est en effet le moteur de tout, est le seul qui paroit sans action, et son action ne se produit que par celle qu'il inspire aux autres.
Nous voyons ici, dans ces trois personnes sur .lesquelles Jésus-Christ agit, trois dispositions différentes des âmes doni il approche : « D'oiî me vient ceci » ? dit Elisabeth '. Elle s'étonne de l'approche de Dieu , et n'en pouvant découvrir Is cause dans ses mérites , elle demeure dans l'étonnement des bontés de Dieu. En d'autres âmes , Dieu opère le transport et de saints efforts pour les faire venir à lui : c'est ce qui paroît dans le tresssaillement de saint Jean Baptiste. Sa dernière opération est la paix dans la glorification de la puissance divine ; et c'est ce qui paroît dans la sainte Vierge. Voyons donc dans ces trois personnes si diversement émues, ces trois divines opérations de Jésus-Christ dans les âmes : dans Elisabeth , l'humble étonnement d'une âme de qui il approche ; dans Jean Baptiste , le saint transport d'une âme qu'il attire ; et dans Marie , l'ineffable paix d'une âme qui le possède.
' Uc. I. 4:;.
SUK LES MYSTÈRES. 227
III'' ÉLÉV. Le cri de sainte Elisabeth, et son humble étcainement.
A la voix de Marie, et à sa salutation, «Tenfant tressaillit » dans son sein , et remplit du Saint-Esprit, elle s'écria. » Ce grand cri de sainte Elisabeth marque tout ensemble et sa surgrise et sa joie : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes , n et le fruit de vos entrailles est béni ' » : celui que vous y porter , est celui en qui toutes les nations seront bénies ; il commence par vous à répandre sa bénédiction. « D'où vient » ceci , que la mère de mon Seigneur vienne à moi ^ » ? Les âmes que Dieu aborde , étonnée de sa présence inespérée, le premier mouvement qu'elles font , est de s'éloigner en quelque sorte comme indignes de cette grâce. « Retirez-vous » de moi , Seigneur » , disoit saint Pierre ^, « parce que je suis y> un pécheur ». Et le Centenier : « Seigneur, je ne suis pas » digne que vous entriez dans ma maison^ ». Dans un semblable sentiment , mais plus doux, Elisabeth , quoique consommée dans la vertu, ne laisse pas d'être surprise de se voir approchée par le Seigneur, d'une façon si admirable. «D'où » me vient ceci, que la Mère de mon Seigneur», et qui le porto dans son sein, « vienne à moi»!Elle sent c'estqueleSeigneur qui vient lui-même, mais qui vient et qui agit par sa sainte Mère. «A votre voix» , dit-elle, « l'enfant que je porte a » tressailli dans mon"sein ° » . Il sent la présence dû maître, et commence à faire l'office de son précurseur ; si ce n'est encore par la voix, c'est par ce soudain tressaillement : la voix mêine ne lui manque pas , puisque c'est lui qui secrètement anime celle de sa mère. Jésus vient à lui par sa mère, et Jean le reconnoît par la sienne.
Dans cette dispensaiion des grâces de Jésus- Christ sur Elisabeth et sur son fils à la Visitation de la sainte Yierge , l'avantage est tout entier du côté de l'enfant. C'est ce qui fait dire à. mi saint Père" :« Elisabeth a la première écouté la » voix , mais Jean a le premier senti la grâce. Elisabeth », poursuit saint Ambroise, « a, la première , aperçu l'arrivée
' Luc. T. 41. 42. — - Ib. 43. — ^ Ib. v. 8- — ' Mniiîi. viil. S. — ' Luc. i. 44. — " Aiiibr. I. ii in Luc. ii. 'i.'J.
))de Marie; mais Jean a le premier senti l'avèuemeut de Jé- » sus ». nia Mariœ , iste Domini sentit adventum.
Elisabeth, comme revenue de son étonnement , s'étend . sur la louange de la sainte Vierge. « Vous êtes heureuse d'a- » voir cru ; ce qui vous a été dit par le Seigneur sera accompli ' » Vous avez conçu vierge, vous enfanterez vierge,: votre fds remplira le trône de David , et son règne n'aura pas de lin.
Croyons donc , et nous serons bienheureux comme Marie : croyons comme elle au règne de Jésus et aux. promesses de Dieu. Disons avec foi : « Que votre règne arrive^ ». Crions avec tout le peuple : « Béni soit celui qui est venu au noilî » du Seigneur, et béni soit le règne de notre père David^ ».
La béatitude est attachée à la foi. «Vous êtes bienheu- » reuse d'avoir cru. Vous êtes bienheureux, Simon, parce » que ce n'est point la chair et le sang qui vous ont ré- » vêlé » la foi que vous devez annoncer, « mais que c'est mon » Père céleste " ». Et oîi est cette béatitude de la foi?« Bien- » heureuse d'avoir cru : ce qui vous a été dit s'accomplira^ ». Vous avez cru , vous verrez : vous vous êtes fiée^ïaux promesses , vous recevrez les récompenses : vous avez cherché Dieu par la foi, vous le trouverez par la jouissance.
Mettons donc tout notre bonheur dans la foi ; ne soyons point insensibles à cette béatitude : c'est Jésus - Christ lui-même qui nous la propose, et la gloire de Dieu et sa volonté se trouvent dans notre béatitude. Ce qui est bienheureux est excellent en même temps : il est plus heureux de donner que de recevoir; c'est-à-dire il est meilleur. On est bienheureux de croire : il n'y a rien de plus excellent ni de meilleur que la foi, qui, appuyée sur les promesses , s'abandonne aux bontés de Dieu , et ne songe qu'à lui plaire. Beata quœ credidisti.
1Y° ÉLÉv- Le tressaillement de saint Jean.
Quand l'âme, dans son ignorance et ses ténèbres, ressent les premières touches de la divine présence , après ce pre-
' Luc. I. 45. — 2 Matth. vi. 10. — ^ Marc. XI. 9. 10. — '• Matt. xvi- ■•17. — ^ Luc. I. 45.
lïiier élonnement par lequel elle semble s'éloigner, rassurée par sa bonté, elle se livre à la confiance el à l'amour. Elle sent je ne sais quels mouvements , souvent encore confus et peu expliqués : ce sont des transports vers Dieu , et des efforts -pour sortir de l'obscurité oiî l'on est , et rompre tous Ips liens qui nous y retiennent. C'est ce que veut faire saint Jean : saisi d'une sainte joie , il voudroit parler, mais il ne sait comment expliquer son transport. Jésus-Christ, qui en est l'auteur, en connoît la force ; et quoique en apparence il ne fasse rien , il se fait sentir au dedans par un subit ravissement qu'il inspire à l'âme. Ame , qui te sens saisie d'un- si doux sentiment , s'il ne t'est pas encore permis de parler , il l'est permis de tressaillir !
Venez, Seigneur, venez me toucher d'un saint et inopiné désir d'aller à vous. Que ce désir s'élève en moi aujourd'hui a la voix de votre mère ; faites-moi dire avec Elisabeth : « D'où me vient ceci » ? Faites-moi dire : elle est : « heureuse » d'avoir cru »,'êt je veux imiter sa foi. Faites-moi tressaillir comme Jean Baptiste ; et enfant encore dans la piété , recevez nus innocents transports. Je ne suis pas un Jean Baptiste , en qui votre grâce avance l'usage de la raison ; je sais un vrai enfant dans mon ignorance , agréez mon bégaiement, l'a, a ,a^ a de ma langue ' qui n'est pas encore dénouée. C'est vous du moins que je veux ; c'est à vous seul que j'aspire , et je ne puis exprimer ce que votre grâce inspire à mon cœur.
V" ÉLÉv. Le cantique de Marie : première partie.
Ces premiers transports d'une âme qui sort d'elle-même , et qui déjà ne se connoît plus, sont suivis d'un calme ineffable, d'une paix qui passe les sens, et d'un cantique céleste.
« Mon âme glorifle le Seigneur , et mon esprit est ravi de «joie en Dieu mon Sauveur ^ ». Que dirai-je sur ce divin cantique? Sa simplicité, sa hauteur, qui passent mon intelligence, m'invitent plutôt au silence qu'à parler. Si vous
' Jerem, i, 2. — - Luc. t. 46. etseq.
voulez que je parle , ô Dieu , formez vous-même mes paroles.
Quand Tàme, enlièrement sortie d'elle, ne glorifie plus que Dieu , et met en lui toute sa joie, elle est eu paix, puisque rien ne lui peut ôter celui qu'elle chante.
« Mon àrae glorifie , mon âme exalte le Seigneur ». Après qu'elle s'est épuisée à célébrer ses grandeurs, quoi qu'elle ait pensé, elle l'exalte toujours le perdant de vue, et s' élevant de plus en plus au dessus de tout.
«Mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur». Au seul nom du Sauveur, mes sens sont ravis ; et ce que je ne puis trouver en moi , je le trouve en lui avec une inébranlable fermeté.
«Parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante ». Si je croyois moi-même pouvoir attirer ses regards, ma bassesse et mon néant m'ôteroient le ropos avec l'espérance. Mais puisque de lui-même , par pure bonté, il a tourné vers moi ses regards, j'ai un appui que je ne puis perdre, qui est sa miséricorde par laquelle il m'a regardée , à cause qu'il est bon et libéral.
Elle ne craint point après cela de reconnoître ses avantages , dont elle a vu la source en Dieu , et qu'elle ne peut plus "S'oir que dans ce principe : « Et voilà », dit-elle , « que »tous les siècles me reconnoîtront bienheureuse ».
Ici étant élevée à une plus haute contemplation , elle commence à joindre son bonheur à celui de tous les peuples rachetés , et c'est la seconde partie de son cantique.
W' ÉLÉV. Seconde partie du cantique à ces paroles : « Le Tout-Puissant )) m'a fait de grandes choses. »
« Celui qui seul est puissant , a fait en moi de grandes » choses, et son nom est saint, etsa miséricorde s'é.snd d'âge » en âge, etde race en race, sur ceux qui le craignent '» . Elle commence à voir que son bonheur est le bonheur de toute la terre , et qu'elle porte celui en qui toutes les nations seront bénies. Elle s'élève donc à la puissance et à la sainteté de Dieu , qui est la cause de ces merveilles.
' Luc. i. 'iO. 50.
SUK LKS MYSTÈRES. 23 i
Celui qui est seul puissant , a fait en moi un ouvrage seul digne de sa puissance, un Dieu homme, une mère vierge , un enfant qui peut tout, un pauvre dépouillé de tout, et néanmoins Sauveur du monde, dompteur des nations, et destructeur des superbes.
'< Et son nom est saint » : Dieu est la sainteté même; il est saint et sanctifiant ; et quand est-ce qu'il le paroît davantage, que lorsque son Fils , qui est aussi celui de Marie , répand la miséricorde , la grâce et la sainteté , d'âge en âge, sur ceux qui le craignent?
Si nous voulons participer à cette grâce, soyons saints , et .publions en même temps avec toutes les nations , que Marie est bienheureuse.
VIP ÉLÉV. Suite du cantique, où sont expliqués les effets particuliers de l'enfantement de Marie, et de l'incarnation du Fils de Dieu.
Pour expliquer de si grands effets, Marie en revient à la puissance de Dieu : « Il a » , dit-elle , déployé la puissance )) de son bras ; il a dissipé ceux qui étoient enflés d'orgueil » dans les pensées de leur cœur. Il a renversé les puissants » do dessus le trône; et il a élevé les humbles ' ». Quand est-ce qu'il a fait toutes ces merveilles , si ce n'est quand il a envoyé son Fils au monde, qui a confondu les rois et les superbes empires par la prédication de son Évangile ? Ouvrage où sa puissance a paru d'autant plus admirable « qu'il s'est » servi de lafoiblesse pour anéantir la force, etdece quin'é- » toit pas, pour détruire ce qui étoit, afin que , ne paroissant » rien, nul homme ne se glorifie devant lui^ », et qu'on attribuât lout à la seule puissance de son bras. C'estpourquoiil a paru au milieu des hommes comme n'étant rien. Etlorqu'il a dit : « Je vous loue , mon Père , Seigneur du ciel et de la » terre , de ce que vous avez caché ces mystères aux sages et » aux prudents, et que vous les avez révélés aux petits ^ » , n'a-t-il pas véritablement confondu les superbes , élevé ceux qui éloient vils à leur yeux et à ceux des autres ?
Marie elle-même en est un exemple : il l'a élevée au dessus de lout, parce qu'elle s'est déclarée la plus basse des
' Luc. I. 51. 23. — - 1. Cor. i. ^7. 28. ?.'.». — ' Matt. xi- 2.').
232 KLKVÀTIONS
créalurcs. Quand il s'est fait une demeure sur la terre , ce n'a point été dans les palais des rois : il a choisi de pauvres, mais d'humbles parents , et tout ce que le mondé méprisoit le plus , pour en abattre la'pompe. C'est donc là le propre caractère do la puissance divine dans la nouvelle alliance , qu'elle y lait sentir sa vertu par la foiblesse même.
« Il a rassasié les alTamés, et il a renvoyé les riches avec les » mains vides' ». Et quand? si ce n'est lorsqu'i la dit : « Heu- » reux ceux qui ont faim ; car ils seront rassasiés \ Malheur » à vous qui êtes rassasiés , car vous aurez faim ^) . C'est ici qu'il faut dire avec Marie : Mon âniè''glorifie le Seigneur, et n'exalte que sa puissance , qui va paroître par l'inlirmité et par la bassesse.
C'est là que l'âme trouve sa paix , lorsqu'elle voit tomber toute la gloire du monde , et Dieu seul demeurer grand.
VIIl" ÉLÉV. Effet particulier de l'enfantement de Marie dans les deux derniers vej'sets de son cantique.
Les palais et les trônes sont à bas ; les cabanes sont relevées , toute fausse grandeur est anéantie; c'est un effet général de l'enfantement de Marie dans toute la terre. Mais nedirat-elle rien de la rédemption d'Israël, et de ces brebis perdues de la maison d'Isaël, pour lesquelles son Fils a dit qu'il éloit venu ? Ecoutons la tin du divin cantique : « Il a pris en sa » protection Israël son serviteur' ». Ce n'est pointa cause des mérites dont se vantoient les présomptueux ; au contraire, il a abattu le faste pharisaïque, et les superbes pensées des docteurs de la loi : il a reçu un Nathanaël, vrai Israélite, simple, sans présomption , comme sans fard et sans fraude : et voilà les Israélites qu'il a protégés , à cause qu'ils mettoient leur confiance, non point en eux-mêmes , mais en sa grande miséricorde . « Il s'est souvenu des promesses qu'il a faites à Abra- » ham et à sa postérité » qui doit subsister « aux siècles des » siècles" » .
Heureux , que Dieu ait daigné s'engager avec nous par des promesses ! Il pouvoit nous donner ce qu'il eût voulu : mais
" Luc. I. 53. — ^Matlh. V. fi.— 'Lucvi. 25.— ' Ib. i. 54. — Ml'- 54. 55.
SUll LES -MYSTÈRES. 233
(|iie]lc nécessite de nous le promettre ? si ce n'est qu'il vouloit, comme dit Marie, faire passer d'âge en âge sa miséricorde , en nous sauvant par le don, etnos pères parl'attente. Attachons-nous donc avec Marie aux immuables promesses de Dieu qui nous a donné Jésus -Christ. Disons avec Elisabeth: Nous sommes heureux d'avoir cru : ce qui nous a été promis s'accomplira. Si la promesse du Christ s'est accomplie tant de siècles après , doutons-nous qu'à la (in des siècles tout le reste ne s'accomplisse? Si nos pères avant le Messie ont cru en lui , combien maintenant devons-nous croire , que nous avons Jésus-Christ pour garanfde cespromesses? Abandonnons-nous à ces promesses de grâce, à ces bienheureuses espérances, et noyons dedans toutes ies trompeuses espérances dont le monde nous amuse.
« Nous sommes les vrais enfants de la promesse; enfants « selon la foi, et non pas selon la chair' », qui ont étémontrés à Abraham , non point en la personne d'Ismaël , ni dans les autres enfants sortis d'Abraham selon les lois de la chairet du sang; mais en la perssonne d'Isaac, qui est venu, selon la promesse, par grâce et par miracle. Abraham a cry à cette promesse : « Pleinement persuadé, et sachant très-bien que » Dieu est puissant pour faire ce qu'il a promis ^ ». Il ne dit pas seulement qu'il prévoit ce qui doit arriver , mais encore qu'il fait ce qu'il a promis; il a promis à Abraham des enfants selon la foi: il les fait donc. Nous sommes ses enfants selon la foi; il nous a donc faits enfants de foi et de grâce ; et nous lui devons cette nouvelle naissance. Si Dieu nous a faits par grâce selon sa promesse, ce n'a point été par nos œuvres, mais par sa miséricorde qu'il nous a produits et régénérés. Nous sommes ceux que voyoit Marie , quand elle voyoit la postérité d'Abraham : nous sommes ceux au salut de qui elle aconsenti , quand elle a dit : « Qu'il me soit fait selon votre parole ^». Elle nous a tous portés dans son sein avec Jésus-Christ en qui nous étions.
Chantons donc sa béattiude avec la nôtre : publions qu'elle est bienheureuse , et agrégeons-nous à ceux qui la regardent
' Gai. IV. 28. Rom. ix. 7. 8. — -' Rom. ir. 20. 21. — ^ Luc. i. 38.
234 ÉLÉVATIOXS
comme leur mère. Prions cette nouvelle Eve qui a guéri la plaie de la première , au lieu du fruitdéfendu dont nous sommes morts , de nous montrer le fruit béni de ses entrailles. Unissons-nous au saint cantique, où Marie a chanté notre délivrance future. Disons avec saint Ambroise' : « Quel'àmede » Marie soit en nous pour glorifier le Seigneur : que l'esprit » de Marie soit en nous pour être ravis de joie en Dieu notre » Sauveur ». Comme Marie, mettons notre paix à voir tomber toute la gloire du monde, et le seul règne dé Dieu, exalté , et sa volonté accomplie.
IX" ÉLÉv. Demaure de Marie avec Elisabeth;
« Marie demeura environ trois mois dans la maison d'É- » lisabetli, et elle retourna en sa maison-» . Lacharité ne doit pas être passagère. Marie demeure trois mois avec Elisabeth: quiconque porte la grâce ne doit point aller en courant, mais lui donner le temps d'achever sonœuvre. Ce n'est pas assez que l'enfant ait tressailli une fois , ni qu'Elisabeth ait crié : ff Yôus êtes heureuse » ; il faut fortifier l'attrait de la grâce ; et c'est ce qu'a fait Marie , ou plutôt ce qu'a fait Jésus , en demeurant trois mois avec son précurseur.
Regardons ce saint précurseur sanctifié dès le ventre de sa mère. Comme les autres il étoit conçu dans le péché; mais Jésus-Christ a voulu prévenir sa naissance , et la rendre sainte, riavoulu qu'il fit son office de précurseur jusque dans le ventre die sa mère. Il ne faut pas s'étonner, si dès le commencement de l'évangile de l'apôtre saint Jean, on voit Jean Baptiste si étroitement uni à Jésus. Jean Baptiste, qui « n'étoit pas la » lumière » , devoit pourtant et dévoit avant sa naissance , et dès le sein de sa mère, «rendre témoignage à la lumière^ », encore cachée. Il n'étoit pas la lumière, puisque, conçu-dans le péché , il attendoit , pour en sortir , la présence du Sauveur.
'■ Il y avoit une véritable lumière qui illumine tout homme » venant au monde ^ » : et c'est par cette lumière que Jean a été illuminé, afin que nous entendions, que s'il montre Jésus- Christ au monde, c'est par la lumière qu'il reçoit dé Jésus-
' Ambv. iii Luc. 1. Ii. n. 20- ■—- Luc. i. 58. — ^ Joan i. 8. — ' U). 9.
SUR LES JÏYSTÈRKS. 235
Christ même. Marie! ô Elisabeth! ô Jean! que vous nous montrez aujourd'hui de grandes choses! Mais, ô Jésus, Dieu caché, qui, sans paroître, faites tout dans celte sainte journée,, je vous adore dans ce mystère et dans toutes les œuvres cachées de votre grâce !
Savoir si la sainte Vierge vit la naissance de saint Jean, l'Évangile n'a pas voulu nous le découvrir. Elisabeth étoit dans son sixième mois, quand Marie la vint visiter : elle fut environ trois mois avec elle : elle étoit donc ou à terme ou bien près de son terme : et l'Evangile ajoute aussi, que « le temps d'E- » lisabeth s'accomplit' » : insinuant, selon quelques-uns, qu'il s'accomplit pendant que Marie étoit avec elle; mais qui osera l'assurer, puisque l'Evangile semble avoir évité de le dire? Quoi qu'il en soit, ou Marie attachée à sa solitude, et prévoyant l'abord de tout le monde au temps de l'enfantement d'Elisabeth , le prévint par sa retraite : ou si elle est demeurée avec tous les autres , elle y a été humble et cachée , inconnue, sans s'être fait remarquer dans une si grande assemblée, et contente d'avoir agi envers ceux à qui Dieu l'avoit envoyée. humilité! ô silence qui n'a été interrompu que par un cantique inspiré de Dieu, puissé-je vous imiter toute ma vie!