XV^ SEMAINE
LA NATIVITÉ DU SAINT PRÉCtTRSEUK.
!'•' ÉLÉV. On accourt des environs.
« Le terme d'Elisabeth étant accompli, les voisins et ses pa- » rents accoururent pour célébrer la miséricorde que Dieu » avoit exercée » (en lui ôtant sa stérilité), « et s'en réjouir » avec elle ' ». Les vraies congratulations des amis et des parents chrétiens doivent avoir pour objet la miséricorde que Dieu nous a faite : sans cela, les compliments n'ont rien de solide , ni de sincère, et ne sont qu'un amusement.
Dieu dispose avec un ordre admirable tout le tissu de ses desseins. Il vouloit rendre célèbre la naissance de saint Jean Baptiste, oii celle de son Fils devoit aussi être célébrée par la
'Luc. T. 57. 58.
'2'M\ l'iMiVATIONS
propliôlic (lo Ziicliaric , cl il im|)orl.oit aux desseins de Dieu , (juc celui qu'il cnvoyoit pour montrer son Fils au monde, lût illustré dès sa naissance; et voilà que sous le prétexte d'une civilité ordinaire, Dieu amasse ceux qui dévoient être témoins de la gloire de Jean Baptiste, la répandre et s'en souvenir. Car ft ton! le monde éloit en admiration»; et les merveilles qu'on vit paroîlreàla naissance de Jean Baptiste, « se ré- » pandirent dans tout le pays voisin ; et tous ceux, qui en » ouïrent le récit le mirent dans leur cœur, en disant : Que » pensez-vous que sera cet enfant? Car la main de Dieu est » visiblement avec lui ' ». Accoutumons-nous à remarquer que les actions qui paroissent les plus communes , sont secrètement dirigées par l'ordre de Dieu , et servent à ses desseins , sans qu'on y pense , en sorte que rien n'arrive fortuitement.
Il" ÉLÉv. La circoncision du saint précurseur, et le nom qui lui est donné.
« Le huitième jour, on vint circoncire l'enfant, et ils lui » donnoient le nom de son père , Zacharie ; mais Elisabeth » répondit , que son nom étoit Jean. On lui remontroit que » personne n'avoit ce nom dans leur parenté : et en même » temps ils demandèrent par signes à son père , quel nom il » luivouloit donner , et il écrivit sur des tablettes que Jean » étoit son nom "^ » . On connut donc, par le concours du père et de la mère à lui donner ce nom extraordinaire dans la famille , qu'il étoit venu d'en haut : a Et tout le monde étoit » étonné» . Le nom de Jean signifie grâce, piété, miséricorde : et Dieu avoit destiné ce nom au précurseur de sa grâce et de sa miséricorde.
Il paroît que Zacharie, à qui on ne parloit que «par signes'», n'étoit pas seulement devenu muet par son incrédulité; mais que l'ange l'avoit encore frappé de surdité: mais l'ouïe luifut tout à coup rendue avec la parole, quand il eut obéi à l'ange en donnant à son fils le nom de Jean. L'obéissance guérit le mal que l'incrédulité avoit causé : à l'instant celui qui n'enlendoit rien que par signes , et ne parloit qu'en écrivant , '< eut la bouche ouverte» , cl entonna ce divin cantique.
' Luc. I. 05. GO.—- Ib. 1. 59. 00. 02. 03. — ' Ib. i. 02. 04.
SLR LES MYSTÈRES. 237
II[' jiLÉV- Le cantique de Zacharie, première partie : quels sont les ennemis dont Jésus-Christ nous délivre, et quelle est la justice qu'il nons donne.
« Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël ' ». C'est après être (loiîicuré longtemps muet, une soudaine exclamation pour exprimer les merveilles qu'il avoitélé contraint de resserrer en lui-môme, touchantle règne du Christ qui étoit venu, et qui bientôt alloit paroître. C'est ce qu'il voit dans son transport ; et il voit en môme temps la part qu'aura son fds à ce grand ouvrage , qui sont les deux parties de cet admirable cantique.
C'est pour la gloire de .Jésus-Christ le témoignage d'unprôire célèbre parmi le peuple , et aussi savant que pieux. C'est pourquoi toutes les paroles de son cantique ont de doctes et secrets rapports aux promesses faites à nos pères, et aux anciennes prophéties.
Il commence donc par bénir ce Dieu : o Parce qu'il a visité » son peuple, et en a opéré la rédemption » en lui envoyant son Fils , en qui « il nous a élevé un puissant Sauveur dans » la maison de David son serviteur ■ » . Voilà comme tout le monde connoissoit que le Fils de Marie par elle sortoit de David , et en héritoit la royauté.
Le mot de « corne « dont il se sert, est un mot de magnificence etde terreur, qui dans, le style de l'Ecriture, signifie la gloire, et en même temps une force incomparable pour dissiper nos ennemis. C'est ce que devoit faire le Sauveur sorti de David, pour la rédemption du genre bumain.
Le saintprêtre nous fait voir deux choses dans cette rédemption ; la première , sont les maux dont elle nous affranchit ; et la seconde, sont les grâces qu'elle nous apporte.
Premièrement donc : « Il avoit promis par la bouche de ses » prophètes, qu'il nous délivreroit de nos ennemis, etde ceux » qui nous baissent ^). Quels sontlesennemisdontnousdevons être délivrés ? Ce sont avant toutes choses , les ennemis invisibles qui nous tenoient captifs par le péché, par nos vices et par tous nos mauvais désirs : ce sont là nos vrais ennemis, qui
' Luc. 1. GS. — - Luc. I. es. G9. — • 11). 70. 71.
seuls aussi peuvent nous perdre. Jésus-Christ nous délivre aussi des ennemis visibles , en nous apprenant non-seulement à neles craindre plus, mais encore à les vaincre par la charité et par la patience , selon ce que dit saint Paul '. « Ne vous » laissez pas vaincre parle mauvais , mais surmontez le mauvais » par l'abondance du bien » : soigneux de gagner par la charité vos frères qui vous persécutent, « et entassant des charbons » sur leur têtes» , pourleséchauffer etfoudre le glace de leurs cœurs endurcis,
C'est ainsi que le Sauveur nous apprend à vaincre nos ennemis. Mais s'il faut qu'ils soient vaincus manifestement, Dieu les mettra à nos pieds d'une autre sorte , comme il y a mis les tyrans persécuteurs de l'Eglise : et si les Juifs avoient été fidèles à leur Messie , je ne doute pas que Dieu ne les eût tirés de leur servitude d'une manière éclatante , pour les faire marcher sans crainte et servir Dieu en paix.
Quand donc Dieu fait prospérer son peuple contre les ennemis qui les oppriment, qu'ils regardent ces heureux succès comme une grâce du libérateur qui leur est venu , et qu'ils en profitent pour mieux servir Dieu. Autrement, et s'ils en abusent pourmener une vie plus licencieuse , la paix n'est pas une paix sainte et. chrétienne , mais un fléau de Dieu plus terrible que la guerre même.
Mais les véritables ennemis, dont la défaite nous est promise par le Sauveur, sont les démons nos vainqueurs dès l'origine du monde ; et nos convoitises qui nous fontlaguerre dans nos membres ; et nos péchés qui nous accablent, et nos foiblesses qui nous tuent ; et les terreurs de la conscience , qui ne nous laissent aucun repos. Voilà les vrais ennemis, les vrais maux dont Jésus-Christ nous délivre, « pour nous faire marcher n sans crainte en sa présence -» .
Ce n'est pas assez de nous délivrer des maux , le règne de Jésus-Christ nous apporte la sainteté qui doit avoir deux qualités. La première est exprimée par ces paroles : « Afin que » nous servions en sainteté et en justice devant lui S) : c'està-dire , dans une parfaite et véritable sainteté qui ne soit
.1 Rom. XII. 20. 21. — - Luc. i. 7/i. — ^ Ib. 7ô.
SUR LES SIYSTÈRES. 239
point extérieure , et aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu. Car dans le règne de Jésus-Christ, il ne s'agit pas de purifications extérieures, ni de vaines cérémonies, ni d'une justice superficielle ' : il faut être saint à fond, se tenir sous ]es yeux de Dieu , faire tout uniquement pour «elui qui sonde le fond des cœurs , et ne songer qu'à lui plaire. Ce n'est pas assez, et voici la seconde qualité de la vraie sainteté : il faut persévérer dans cet état: une vertu passagère n'est pas digne de Jésus-Christ. Ceux qui , transportés par la douceur d'une dévotion nouvelle, se retirent à la première tentation, sont ceux qu'il appelle « temporels ^», ou justes pour un certain temps, et non pour toujours, La preuve du vrai chrétien est la persévérance ; et la grâce que Jésus-Christ nous apporte est une grâce qui, premièrement • nous fait vraiment justes devant Dieu, et secondement nous fait justes, persévérants marchant courageusement et humblement à la fois, sous les yeux de Dieu, durant toute la «-ulte de nos jours.
Commençons donc une vie nouvelle sous le règne de Jésus- Christ ; soyons justes à ses yeux , eh exterminant pour l'amour de lui toute tache qui offenseroit ses regards, et pratiquant une vertu ferme et sévère qui ne se relâche jamais, nien rien.
r\'''''ÉLÉv. Sur quoi toutes ces gi'âces sont fondées.
« Pour exercer sa miséricorde envers nos pères , et se sou- » venir de son alliance sainte, selon qu'il avoit juré à Abra- » ham notre père ^ » . Il semble qu'il falloit dire que Dieu exerçoit ses miséricordes sur nous en mémoire de nos pères. Mais pour nous ôter davantage toute vue de notre propre justice , et nous faire mieux sentir que nous sommes sauvés par grâce, le saint prêtre aime mieux dire qu'il exerce sa miséricorde envers nos pères qui lui ont plu, qu'envers leurs enfants ingrats : qu'il nous sauve par sa bonté , et non à cause de nosmérites ; et pour satisfaire à sa promesse, plutôt qu'en ayant égard à nos œuvres qui sont si mauvaises.
Ce n'est pas qu'il ne faille croire que Dieu donne des mérites à ses saints : mais c'est que ces mérites sont desgrâces ;
' Matt. XV elxxiii. — -' Marc. iv. lO. 17. — •'' Luc. i. 72. 7j.
2i0 ÉLÉVATIONS
c'est que la grâce qui nous les donne, nous est donnée sans mérite : on a des mériles, quand on estsaint; mais pour être saint, il n'y a point de mérite : la récompense est due après la promesse ; mais la promesse à é(é faite par pure bonté: la récompense est due encore une foisà ceux qui font des bonnes œuvres; mais la grâce qui n'est point due, précède, afin qu'on les fasse. Enfanis de grâce et de promesse, vivez dans celte foi ; c'est la nouvelle alliance que Dieu a faite avec nous: « Que nulle chair ne se glorifie en sa présence : et que celui » qui se glorifie , se glorifie en notre Seigneur ' ».
V"" ÉLÉv. Quel est le serment de Dieu, et ce qu'il opère.
« Selon qu'il avoit juré à notre père Abraham^ ». Je ne puis mieux exprimer le mystère de ce serment, que par ces paroles de l'épître aux Hébreux' : « Dans la promesse que » Dieu fit à Abraham ; n'ayant point de plus grand que lui » par qui il pût jurer; il jura par lui-même » comme il est écrit: « J'ai juré par moi-même, dit le Seigneur» ; et ajouta «Si jene vous comble de bénédictions etsije ne multiplie votre » race jusqu'à l'infini " » : suppléez , je serai un menteur, moi qui suis la vérité même. « Abraham» , continue l'apôtre \ « ayant attendu avec patience , a obtenu l'effet de cette pro- » messe; car, comme les hommesjurentpar celui qui est plus » grand qu'eux, et que le serment » où ils font entrer la toute puissance et la vérité de Dieu dans leur engagement, est la plus grande assurance qu'ils puissent donner pour terminer tous leurs différends» , dont aussi le serment est la décision : «Dieu voulant aussi faire voir avec plus de certitude aux » héritiers de la promesse, la fermeté immuable de sa réso- » lution, a ajouté le serment» à sa parole : «afin qu'étantap- » puyés sur ces deux choses inébranlables, par lesquelles il est » impossible que Dieu nous trompe» , c'est-à-dire, surla parole de Dieu , et sur le jurement qui la confirme ,« nous ayons » une puissante consolation , nous qui avons mis notre refuge » dans la possession des biens proposés à notre espérance".
' r. Cor. I. 29. 31. — - Liic i. 73. — ' Ileb. vi. 13. 14. 17. — ' (Ipii. XXII. IG. 17. 18. — -^ Hel). VI. lô. 10, 17. 18.
SUR LES MYSTERES- 24 i
Il ne faut point ici de coramenlaire; il n'y a qu'à écouler toutes ces paroles, et nous enlaiser pénétrer. Prenons garde seulement qu'en nous attachant à la promesse, nous ne présumions pas plus qu'il ne ne nous est promis : Dieu a promis à la pénitence la rémission des péchés; mais il n'a pas promis le temps de faire pénitence à ceux qui ne cessent d'en abuser.
YI"^ ÉLÉV. Seconde partie de la prophétie du saint cantique qui regarde saint
Jean Baptiste.
« Et vous, enfant, vous serez appelé le prophète du Très- » Haut' »; son prophète particulier et par excellence : prophète t( et plus que prophète ^ », comme l'appelle le Sauveur, puisque non-seulement vous l'annoncerez comme celui qui va venir à l'instant , mais encore que vous le montrerez au milieu du peuple , comme celui qui est venu ^ » . Vous marcherez » devant le Seigneur pour lui préparer ses voies S) . Yoilà donc comme Zacharie appelle Jésus-Christ « le Très-Haut, et « le Seigneur» ; c'est-à-dire, dans un seul verset, il l'appelle par deux fois, « Dieu » . Voilà donc le caractère delà prophétie de saint Jean Baptiste, marqué distinctement par Zacharie , qui est marcher devant le Seigneur pour lui préparer sa voie. Et ce caractère est tiré de deux anciennes prophéties; l'une d'Isaïe ' : « Une voix est entendue dans le désert : Préparez » la voie du Seigneur; faites ses sentiers droits». L'autre, de Malachie, en conlirmafion ". « J'enverrai mon ange; mon » envoyé paroîtra et préparera les voies devant moi : et le Sei- » gneur que vous cherchez viendra dans son temple ».
C'est ainsi que ce docte prêtre établit par les prophètes la mission de son fds, et le propre caractère de son envoi, qui est de préparer les voies du Seigneur ; mais il nous va encore expliquer ce que c'est que préparer les voies du Seigneur : c'est, dit-il, % <« de donner à son peuple la science du salut » pour la rémission de leur péchés » ; qui est le propre ministère de saint Jean Baptiste, dont saint Paul a dit dans les Actes, après les Evangélistes, «que Jean avoit baptisé le peuple
' Luc, I 76. — ^^ Maltli. xi. 9. — •'' Joan. i. lô. 2ô 27. 29. et seq. — 'Luc. I. 7G. — = Is. XL. 3. Matth. m. 3. Marc. i. 3. Luc. III. 4. — " iMnladi. m. 1. Matth. xi. 10. INlarc. i. 2. Luc. vil. 27. — ' Luc. i. 77.
» du baptême de pénitence; leur disant de croire en celui qui y> alloit venir , c'est-à-dire , en Jésus '» .
Venez donc apprendre la grande science , qui est la science du salut; et apprenons qu'elle consiste principalement dans la rémission des péchés, dont nous avons besoin toute notre vie ; en sorte que notre justice est plutôt dans la rémission des péchés que dans la perfection des vertus.
C'est ce qui a fait dire à saint Paul après David: «Bienheu- » reux ceux dont sont remises les iniquités, et dont les péchés y> sontcouverts; bienheureux à qui le Seigneur n'impute point » le péché ^ » : afin que nous entendions que, ne pouvant être sans péché, notre vraie science est celle qui nous apprend à nous en purifier de plus en plus tous les jours, en disant avec David : «Lavez-moi de plus en plus de mon péché ^) .
Cette science est en Jésus-Christ dont il est écrit : « Mon » serviteur en justifiera plusieurs dans sa science et il portera 1) leurs iniquités ^». Voilà donc en Jésus-Christ la vraie science de la rémission des péchés, dont il fait l'expiation par son sang, en les portant sur lui comme une victime; mais Jean marche devant lui pour montrer au peuple que c'est en lui que les péchés sont remis.
Passons donc toute notre vie dans la pénitence, puisque la science du salut consiste dans la rémission des péchés, et ne nous glorifions point d'une justice aussi imparfaite que la nôtre; non qu'elle ne soit véritable, et parfaite à sa manière, mais parce que la plus parfaite en cette vie doit craindre d'être accablée par la multitude des péchés , si elle ne prend un soin continuel de les expier par la pénitence et par les aumônes. C'est la science que prêchoit saint Jean, en criant dans le désert, et faisant retentir toute la Judée de cette voix: « Faites de dignes fruits de pénitence*».
« Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu"» . C'est uniquement par là que nous trouvons la rémission de nos péchés; c'est par là, poursuit Zacharie, que« l'Orient nous » a visité d'en haut ". C'est là un des noms de Jésus-Christ
' Act. XIX. 4. Matth. m. 11. Marc i. 4. Luc. m. 8. Joan. i. 26. 31. — - Rom. IV. 7. 8. Ps. xxxi. 1.2. — •' Ps. l. 3. — " Is. lui. 1!.— •"■Matlh. m. 8. — "Luc. 1.78.
qu'un prophète appelle en la personne de Zorobabel : «Un » homme viendra ; et son nom est TOrient '» . Ce prophète , c'est Zacharie ; et Zacharie, père de saint Jean , en répète et en explique Toracle. Jésus-Christ est le vrai Orient, lui «qui » fait lever sur nous le vrai soleil de justice ^ ». Comme disoit Malachie: « Pour éclairer » , continue ici Zacharie, «ceux qui » sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort ; » pour dresser nos pas dans la voie de la paix^ » .
Encore qu'on ne vous parle que de la rémission de vos péchés, et qu'elle soit toujours nécessaire durant tout le cours de cette vie, ne croyez pas que la justice ne soit pas infuse dans vos cœurs par Jésus-Christ. Il n'a pris le nom d'Orient que pour nous montrer qu'il est pour nous éclairer une lumière naissante : « Il étoit la véritable lumière , qui éclaire tout )) homme venant au monde ^ » . Quand cette lumière commence à paroître, elle s'appelle Orient, et c'est un des noms de Jésus-Christ. Comme donc le soleil levant ne dissipe les ténèbres qu'en répandant la lumière dont il embellit l'univers , ainsi le vrai Orient, qui se lève vraiment d'en haut lorsqu'il sort du sein de son père pour nous éclairer, ne nous remet nos péchés qu'en nous remplissant de la lumière de la justice, par laquelle nous sommes nous-mêmes « lumière en notre «Seigneur; car vous étiez», dit saint Paul \ « les ténèbres» mêmes , « mais à présent vous êtes lumière » ; non point toutefois en vous-mêmes, mais en Jésus-Christ qui vous apprend à marcher toujours les yeux ouverts , et à dresser incessamment vos regards vers lui, par une bonne et droiteintention, dont s'ensuivra dans tout votre corps, dans toute votre personne, une lumière éternelle, et un flambeau lumineux dont vous serez éclairé,
«Pour dresser nos pas dans le chemin de la paix S). paix ! le cher objet de mon cœur: ô Jésus! qui « êtes » ma « paix ' » ; qui me mettez en paix avec Dieu, avec moi-même, avec tout le monde : « qui » , par ce moyen, « pacifiez le ciel » et la terre ' » . Quand sera-ce , ô Jésus ! qnand sera-ce ,
' Zach. VI. 12. — ' Mal. iv. 2. — ' Luc. i. 79. Is. JX. I. 2- — *Joan. I. 9. — -^Eplies. V. 8. — '"■Luc. i. 79. — ' Ephes. ii. 14. — * Coloss. f. 20.
c'est que la grâce qui nous les donne, nous est donnée sans mérite : on a des mérites, quand on est saint; mais pour être saint, il n'y a point de mérite : la récompense est due après la promesse ; mais la promesse à été faite par pure bonté: la récompense est due encore une foisà ceux qui font des bonnes œuvres; mais la grâce qui n'est point due, précède, afin qu'on les fasse. Enfants de grâce et de promesse, \'ivez dans cette foi ; c'est la nouvelle alliance que Dieu a faite avec nous : « Que nulle chair ne se glorifie en sa présence : et que celui » qui se glorifie , se glorifie en notre Seigneur ' » .
V° ÉLÉv- Quel est le serment de Dieu, et ce qu'il opère.
c( Selon qu'il avoit juré à notre père Abraham^ ». Je ne guis mieux exprimer le mystère de ce serment, que par ces paroles de l'épître aux Hébreux^ : « Dans la promesse que » Dieu fit à-Abraham ; n'ayant point de plus grand que lui » par qui il pût jurer; il jura par lui-même » comme il est écrit: « J'ai juré par moi-même, dit le Seigneur» ; et ajouta « Si je ne vous comble de bénédictions etsije ne multiplie votre » race jusqu'à l'infini * » : suppléez , je serai un menteur , moi qui suis la vérité même. « Abraham» , continue l'apôtre', « ayant attendu avec patience , a obtenu l'effet de cette pro- » messe; car, comme les hommesjurentpar celui qui est plus » grand qu'eux, et que le serment » où ils font entrer la toute puissance et la vérité deDieu dans leur engagement, est la plus grande assurance qu'ils puissent donner pour terminer tous leurs différends» , dont aussi le serment est la décision : « Dieu voulant aussi faire voir avec plus de certitude aux » héritiers de la promesse, la fermeté immuable de sa réso- » lution, a ajouté le serment» à sa parole : « afin qu'étant ap- » puyés sur ces deux choses inébranlables, par lesquelles il est » impossible que Dieu nous trompe» , c'est-à-dire, surla parole de Dieu , et sur le jurement qui la confirme ,« nous ayons » une puissante consolation , nous qui avons mis notre refuge » dans la possession des biens proposés à notre espérance».
' r. Cor. I. 29. 31. — -'Luc i. 73. — ^ Heb. vi. 13. 14. 17. — ' Gpu. XXII. 10. 17. 18. — •■* Hel). vi. 15. 10. 17. 18.
su» LES MYSTERES. . 241
Il fie faut point ici de commentaire; il n'y a qu'à écouter toutes ces paroles, et nous enlaiser pénétrer. Prenons garde seulement qu'en nous attachant à la promesse, nous ne présumions pas plus qu'il ne ne nous est promis : Dieu a promis à la pénitence la rémission des péchés ; mais il n'a pas promis le temps de faire pénitence à ceux qui ne cessent d'en abuser.
^1"= ÉLÉV- Seconde partie de la prophétie du saint cantique qni regarde saint
Jean Baptiste.
« Et vous, enfant, vous serez appelé le prophète du Très- » Haut' »; son prophète particulier et par excellence : prophète c( et plus que prophète ^ », comme l'appelle le Sauveur, puisque non-seulement vous l'annoncerez comme celui qui va venir à l'instant, mais encore que vous le montrerez au milieu du peuple , comme celui qui est venu ^ « . Vous marcherez » devant le Seigneur pour lui préparer ses voies S) . Yoilà donc comme Zacharie appelle Jésus-Christ « le Très-Haut, et « le Seigneur» , c'est-à-dire, dans un seul verset , il l'appelle par deux fois , « Dieu » . Voilà donc le caractère de la prophétie de saint Jean Baptiste, marqué distinctement par Zacharie , qui est marcher devant le Seigneur pour lui préparer sa voie. Et ce caractère est tiré de deux anciennes prophéties; l'ime d'Isaïe^: «Une voix est entendue dans le désert : Préparez » la voie du Seigneur; faites ses sentiers droits». L'autre, de Malachie, en confirmation ". « J'enverrai mon ange ; mon » envoyé paroîtra et préparera les voies devant moi : et le Sei- » gneur que vous cherchez viendra dans son temple » .
C'est ainsi que ce docte prêtre établit par les prophètes la mission de son fils, et le propre caractère de son envoi, qui est de préparer les voies du Seigneur ; mais il nous va encore expliquer ce que c'est que préparer les voies du Seigneur : c'est, dit-il, ^ , « de donner à son peuple la science du salut » pour la rémission de leur péchés » ; qui est le propre ministère de saint Jean Baptiste, dont saint Paul a dit dans les Actes, àprèsles Evangélistes, « que Jean avoit baptisé le peuple
' Luc. I 76. — - Mattli. xi- 9. — ' Joan. i. 15. 25 27. 29. et seq. — '•Luc. I. 76. — * Is. XL. 3. Matth. iil. 3. Marc. I. 3- Luc. III. 4. — ° Malacli. Ht. 1. Matth. XI. 10. Marc. i. 2. Luc. vil. 27. — ' Luc. i. 77.
» du baptême de pénitence ; leur disant de croire en celui qui y) alloit venir , c'iest-à-dire , en Jésus '» .
Venez donc apprendre la grande science , qui est la science dii salut; et apprenons qu'elle consiste principalement dans la réinission des péchés, dont nous avons besoin toute notre vie; en sorte que notre justice est plutôt dans la rémission des péchés que dans la perfection des vertus.
C'est ce qui a fait dire à saint Paul après David: «Bienheu- » reux ceux dont sont remises les iniquités, et dont les péchés' » sont couverts; bienheureux à qui le Seigneur n'impute point » le péché ^ » : afin que nous entendions que, ne pouvant être sans péché, notre vraie science est celle qui nous apprend à nous en purifier de plus en plus tous les jours, en disant avec David : « Lavez-moi de plus en plus de mon péché'» .
Cette science est en Jésus-Christ dont il est écrit : « Mon » serviteur en justifiera plusieurs dans sa science et il portera )) leurs iniquités "», Voilà donc en Jésus-Christ la vraie science de la rémission des péchés, dont il fait l'expiation par son sang, en les portant sur lui comme une victime; mais Jean marche devant lui pour montrer au peuple que c'est en lui que les péchés sont remis.
Passons donc toute notre vie dans la pénitence, puisque la science du salut consiste dans la rémission des péchés , et ne nous glorifions point d'une justice aussi imparfaite que la nôtre; non qu'elle ne soit véritable, et parfaite à sa manière, mais parce que la plus parfaite en cette vie doit craindre d'être accablée par la multitude des péchés , si elle ne prend un soin continuel de les expier par la pénitence et par les aumônes. C'est la science que prêchoit saint Jean, en criant dans le désert, et faisant retentir toute la Judée de cette voix:' « Faites de dignes fruits de pénitence ^).
« Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu"» , C'est uniquement par là que nous trouvons la rémission de nos péchés; c'est par là, poursuit Zacharie, qiie« l'Orient nous » a visité d'en haut ». C'est là un des noms de Jésus-Christ
' Act. XIX. 4.Mattli. III. 11. Marc i, 4. Luc. m. 8. Joan. i. 26. 31. — - Rom. IV. 7. 8. Ps. xxxi. 1.2. — ^ Ps. l. 3. — " Is. I.iii. II.— •■■ Matth. III. 8. — "Luc. 1.78.
qu'un prophète appelle en la personne de Zorobabel :« Un » homme tiendra ; et son nom est TOrient '». Ce prophète , c'est Zaçharie ; et Zacharie, père de saint Jean, en répète et en explique Toracle. Jésus-Christ est le vrai Orient, lui «qui » fait lever sur nous le vrai soleil de justice ^ ». Comme disoit Malachie: « Pour éclairer » , continue ici Zacharie , «ceux qui » sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort ; » pour dresser nos pas dans la voie de la paix^ » .
Encore qu'on ne vous parle que de la rémission de vos péchés, et qu'elle soit toujours nécessaire durant tout le cours de cette vie, ne croyez pas que la justice ne soit pas infuse dans vos cœurs par Jésus-Christ. Il n'a pris le nom d'Orient que pour nous montrer qu'ilest pour nous éclairer une lumière naissante: « Il étoit la véritable lumière, qui éclaire tout B homme venant au monde * » . Quand cette lumière commence à paroître, elle s'appelle Orient, et c'est un des noms de Jésus-Christ. Comme donc le soleil levant ne dissipe les ténèbres qu'en répandantla lumière dont il embellit l'univers , ainsi le vrai Orient, qui se lève vraiment d'en haut lorsqu'il sort du sein' de son père pour nous éclairer, ne nous remet nos péchés qu'en nous remplissant de la lumière de la justice, par laquelle nous sommes nous-mêmes « lumière en notre «Seigneur; car vous étiez » , dit saint Paul *, « les ténèbres » mêmes , « mais à présent vous êtes lumière » ; non point toutefois en vous-mêmes, mais en Jésus-Christ qui vous apprend à marcher toujours lesyeuxouverts, et à dresser incessamment vos regards vers lui, par une bonne et droite intention, dont s'ensuivra dans tout votre corps, dans toute A'otre personne, une lumière éternelle , et un flambeau lumineux dont vous serez éclairé.
«Pour dresser nos pas dans le chemin de la paix "». paix ! le cher objet de mon cœur: ô Jésus! qui « êtes » ma c< paix * » ; qui me mettez en paix avec Dieu, avec moi-même, avec tout le monde : « qui » , par ce moyen , « pacifiez le ciel » et la terre ' » . Quand sera-ce , ô Jésus ! cp.iand sera-ce ,
' Zach. VI. 12, — 2 Mal. ly. 2. — ' Luc. i. 79. Is. Jx. 1. 2. — ^Joan. i. y. — ^Eplies. V. 8. — "^ Luc. i. 79. — ' Ephes. II. 14. — * Coloss. J. 20.
que par la foi de la rémission des péchés, par la tranquillité de ma conscience, par une douce confiance de votre faveur et par un entier acquiescement, ou plutôt un attachement, une complaisance pour vos éternelles volontés, danstousles événements de la vie, je posséderai cette paix qui est en vous , qui vient de vous, et que vous êtes vous-même ?
Vil" ÉLÉv. Saint Jean au désert dès son enfance.
HL"'enfant croissoit, et son esprit se fortifîoit; et il étoit » dans le désert jusqu'au jour de sa manifestation dansisr « raël ' ». Ce que Dieu fait dans cet enfant, est inouï. Celui qui , dès le sein de sa mère , avoit commencé à éclairer saint Jean Baptiste , et à le remplir de son saint esprit, se saisit de lui dès son enfance ; et il paroît que dès lors il se retira dans le désert sans qu'on puisse dire à quel âge. Que ne faut-il point penser d'un jeune enfant qu'on voit tout d'un coup, après le grand éclat que fit sa naissance miraculeuse, disparoître de la maison de son père , pour être seul avec Dieu, et Dieu avec lui? Loin du commerce des hommes, il n'en avoit aucun qu'avec le ciel , il se retiré de si bonne heure d'une maison sainte , d'une maison sacerdotale , d'avec des parents d'une sainteté si éminente , élevés au rang des prophètes , dont il devoit être la consolation ; mais les saints n'en ont point d'autre que de tout sacrifier à'Dieu.
Qui n'admireroit cette profonde retraite de saint Jean Baptiste? Que ne lui disoit pas ce Dieu qui étoit en lui , et pour qui, dès son enfance, il quittoit tout? Que ne lui disoit-il point dans ce silence , où il se mettoit pour n'écouter que lui seul? « La langue » dit saint Jacques % « est la source de » toute iniquité » : qui veut fuir le péché doit fuir la conversation. Ce fut l'esprit de saint Jean Baptiste, qui s'est perpétué dans les solitaires. Une voix fut portée à saint Arsène : « Fiîis «les hommes » ; oui, si tu veux fuir le péché, et ne pécher point en ta langue. Mais à qui cette parole a-t-elle été dite plutôt qu'à saint Jean Baptiste , poussé au dedans par le Saint-Esprit à se retirer, dès son enfance , dans le désert ?
' Luc. I. 80 — 2 Jac. III. 0.
SUR LES 3IYSTÈRES. 245
Tout le reste suivit. Cet homme , dès son enfance , d'une retraite et d'un silence si prodigieux, mène une vie si étonnante ; n'ayant pour tout habit « qu'un » rude « ciliée de poils » de chameaux ; une ceinture » aussi affreuse « sur ses reins ; » pour toute nourriture des sauterelles » sans qu'on explique comment il les rendoit propres à sustenter sa vie, « et du^miel. » sauvage ' », et dans la soif, de l'eau pure. Le désert lui fournissoit tout; et sans rien emprunter des villes ni des bourgades; il n'eut aucune société avec les hommes mauvais, dont il venoit reprendre les vices et réprimer les scandales.
Cette vie rude et rigoureuse n'étoit pas inconnue dans l'ancienne loi. On y voit dans ses prophètes, les nazaréens qui ne buvoient point de vin'. On y voit dans iJétémie^ les réchabites , qui , non contents'de se priver de cette Uq^iieur, ne labouroientni ne semoient, ni ne cuKivoient la vigne , ni ne bâtissoient de maison , mais habitoient dans des tentes. Le Seigneur les loue , par son prophète Jérémie , d'avoir été fldèles au commandement de leur père Jonadab, et leur promet en récompense,, que leur institut ne cesseroit jamais. Les esséens, du temps même du Sauveur, en tenoient beaucoup. La vie prophétique qui paroît dans Élie , dans Elisée , dans tous les prophètes, étoient pleine- d'austérités semblables à celle de Jean Baptiste, et se passoit dans le désert, oîi ils vivoient pourtant en société avec leur famillei Mais que jamais on se fût séquestré du monde, et dévoué à une rigoureuse solitude , autant et d'aussi bonne heure que Jean Baptiste , avec une nourriture si affreuse , exposé aux injures de l'air, et n'ayant de retraite que dans les rochers , cai* on ne nous parle point de tentes ni de pavillons, sans secours , sans serviteurs, et sans aucun entretien , c'est de quoi on n'avoit encore aucun exemple.
C'est une autre sorte de prodige , que Jean Baptiste, qui avoit senti sur la terre le Yerbe incarné dès le sein de sa mère, et à qui son père avoit prédit qu'il en seroit le prophète el lui devoit préparer les voies , ne quitta point son désert pour l'aller voir parmi les hommes. Il le connoissoit
' Matth. m. 4. — -Num.vi. 1 et seq. Jiid. xur. 5. 7. Threu. iv. 7. Atiios. II. 11. \. Malacli. m. 49. — '• Jercm. xxxy. 5. 6. 7 et seq.
si peu , qu'il fallut que le Saint-Esprit lui donnât un signe pour le connoître , quand le teriips fut arrivé de le manifester au monde. Pousser la retraite jusqu'à se priver de la vue et de la conversation de Jésus-Christ, c'est une sorte d'abstinence plus divine et plus admirable que toutes celles que nous avons vues dans saint Jean Baptiste. ïl savoit que le Verbe opère invisiblement, et de loin commode près ; il s'occupoit de ses ;grandeurs qu'il devoit prêcher ; il l'adoroit dans le ûlence , avant que de l'annoncer par sa parole ; il l'écoutoit m dedans ; il s'enrichissoit de son abondance , de sa pléniude , avant que d'apprendre aux hommes à s'en approcher, iue ne pensoit-il point en attendant ce «Dieu» que «per- " sonne n'avoit vu ; mais » que « son Fils unique qui étoit 9 dans son sein » venoit « annoncer' » ? C'est ce que saint Jean devoit prêcher; c'est ce qu'il contemple en secret ; et ne demande à voir ce Fils unique , que dans le temps que Dieu le feroitparoître pour le montrer etlui préparer les voies. Ainsi attaché aux ordres de Dieu, sans s'ingérer de quoi que ce soit , sans aucun empressement de paroître, il passa sa vie dans le désert jusqu'à ce que l'heure destinée de Dieu pour sa manifestation en Israël fût arrivée.
Mourez, orgueil 'humain, mourez, curiosité, empressement , désir de paroître : si vous voulez préparer la voie à Jésus, et l'introduire dans vos cœurs , mourez tous à la gloire humaine. Mourez-y principalement, solitaires sacrés, imitateurs de saint Jean Baptiste et des prophètes ; puissiezvous aimer la vie séparée , quitter les villes , aimer le désert ; vous en faire un dans les villes mêmes , et recevoir la bénédiction des enfants de Jonadab, fidèles aux institutions de leur père ! Mais nous , fidèles , soyons-le donc à plus forte raison aux commandements sortis de la bouche de Dieu. Si les réchabites , si les moines , ont, avec raison , tant de scrupule, tant de honte, de manquer à leurs règles, combien devons-nous tremblera manquer à la loi de Dieu, dit le Seigneur par la bouche de son prophète Jérémie ' l
' Joan. 1. 18. — 'Jeiem. xxv. 13. 14 et seq.