‹ Elévations à Dieu sur tous les mystères de la religion chrétienne [microform]Chapitre 30 sur 38 · LA VIE CACHÉE DE JÉSUS JUSQU'A SON BAPTÊME · texte numérisé non relu

LA VIE CACHÉE DE JÉSUS JUSQU'A SON BAPTÊME

1" ÉLÉV. L'accroissement de l'enfant, sa sagesse et sa grâce.

« L'enfant croissoit et se fortifioit, rempli de sagesse, et la » grâcedeDieuétoitenlui'». Il y en a quivoudroient que tout se fît en Jésus-Christ par des coups exraordinaires et miraculeux. Mais par là Dieu auroit détruit son propre ouvrage; et, comme dit saint Augustin : a S'il faisoit tout par miracle, » il effaceroit ce qu'il a fait par miséricorde » : Bùm omnia mirabiliter facit, deleret quod misericorditer fecit. Ainsi, il falloit que , comme les autres enfants, il sentît le progrès de l'âge. La sagesse même dont il étoit plein, se déclaroit par degrés, comme l'évangéliste nous le dira bientôt. Cependant dès le berceau et dès le sein de sa mère , il étoit rempli de sagesse. Sa sainte âme,' dès sa conception unie à la sagesse'' éternelle en unité de personne , en étoit intimement dirigée, et en reçut d'abord un don de sagesse éminentaudessus de tout, comme étant l'âme du Verbe divin , une âme qu'il s'étoit rendue propre; en sorte que, selon l'humanité même, « tous les » trésors de sagesse et de science étoient cachésenhii 'w. Ilsy

* Is. X.22. XI. 5. Iloni. IX. 9.7. xi. 5.- =Luc. il. =50.- ' Culos. u. 1.

étoieiit donc, mais cachés v pour seldéçlarer dans leur temps. « Et la grâce de Dieu étoit en lui^)> Qui en doute^^ étoit si étroitement uni à lasource delà sainteté et de la grâce? Mais le saint Évangéliste veut dire gû'à mesure que Tenfant croissoit et commênçoit à agir par lui-même, il reluisoit dans tout son extérieur je ne sais quoi qui faisoit rentrer en soimême , et qui attiroit les âmes à Dieu; tant tout étoit simple, mesuré , réglé, dans ses actions et dans ses paroles.

Aimable enfant! heureux ceux qui vous ont vu hors de vos langes développer vos bras, étendre vos petites mains, caresser votre sainte Mère et le saint vieillard qui vous avoit adopté, ou à qui plutôt vous vous étiez donné pour fils; faire, soutenu de lui , vos premiers pas ; dénouer votre langue , et bégayer les louanges de Dieu votre Père! Je vous adore, cher enfant, dans tous les progrès de votre âge, soit que vous suciez la mamelle, soit que par vos cris enfantins vous appeliez^gelle qui vous nourrissoit, soit que vous vous reposiez sur son séiïf et entre ses bras. J'adore votre silence; mais commencez, il est temps, à faire entendre votre voix. Qui me donnera la grâce de recueillir votre première parole ? Tout étoit en vous plein de grâce : et n'eussiez-vous fait que demander votre nourriture, j'adore les nécessités où vous vous mettez pour nous., La grâce de Dieu et en vous, et je la veux ramasser de toutes vos actions. Encore un coup , faites-moi enfant en simplicité et en innocence.

U' ÉLÉv. Jésus suit ses parents à Jérusalem, et y célèbre la Pâque.

Jésus-Christ , en venant au monde sans se mettre en peine de naître dans une maison opulente ^ ni de se choisir des parents illustres par leurs richesses ou par leur savoir, se contente de leur piété. Réjouissons-nous à son exemple, non point de l'éclat de notre famille, mais qu'elle ait été pleine d'édification et de bons exemples, et enfin une vraie école de religion, où l'on apprît à servir Dieu etàvivre dans sa crainte.

Joseph et Marie, selon le précepte de la loi, ne man-. quoient pas tous les ans « d'aller célébrer la Pâque dans le

» temple de Jérusalem '» . Ils y menoient leur cher Fils, qui se laissoit avertir de cette sainte observance, et peut-être instruire du mystère de cette fête. Il y étoit avant que d'y être : il en faisoit le fond , puisqu'il étoit le vrai agneau qui devoit être immolé et mangé en mémoire de notre passage à la vie future. Mais Jésus /toujours soumis à ses parents mortels durant son enfance, fit ^çonnoître un jour que sa soumission ne venoit pas de rinurmité et de l'incapacité d'un âge ignorant, mais d'un ordre plus profond.

Il choisit, pour accomplir ce mystère, l'âge de douze ans, où l'on commence à être capable de raisonnement et de réflexions plus solides, afin de ne point paroître vouloir forcer la nature, mais plutôt en suivr^e le cours et les progrès.

Ili" ÉLÉV. Le saint enfant éobappe à saint Joseph et à la sainte Vierge.

Jésus a divers moyens de nous échapper. L'un est, quand il retire sa grâce dans le fond ; ce qu'il ne fait jamais que par punition et pour quelque péché précédent : l'autre, quand il retire, non pas le fond de la grâce, mais quelques grâces singulières, ou qu'il en retire le sentiment, pour nous exercer et accroître en nous ses faveurs, par le soin que nous prendrons à. le rechercher.

Là soustraction de Jésus qui échappe à sa sainte mère et à saint Joseph n'est pas une punition , mais un exercice. On ne lit point qu'ils soient accusés de l'avoir perdu par négligence ou par quelque faute; c'est donc une humiliation et un exercice.

Jésus s'échappe quand il lui plaît; « son esprit» va et vient: et « l'on ne sait ni d'où il vient ni où il va * ». Il passe , quand; il lui plaît, « au milieu de ceux qui le cherchent % sans qu'ils l'aperçoivent. Apparemment il n'eut pas besoin de se serviide cette puissance pour échapper à Marie et à Joseph. Quoi qu'il eh soit, le saint enfant disparut; et les voilà premièrement dans l'inquiétude, et ensuite dans la douleur, parce « qu'ils ne le trouvèrent pas parmi leurs parents et leurs » amis avec lesquels ils le crurent ' ». Combien de fois, s'il

' Luc. II. 41. — - JoBH. m. 8, — 5 Luc. IV 30. — ' Luc. II. 43. 44.

est permis de conjecturer , combien de fois le saint vieillard se reprocha-t-il à lui-même le peu de soin qu'il avoit eu du dépôt céleste? Qui ne s'affligeroit avec lui , et avec la plus tendre mère, comme la meilleure épouse qui fût jamais.

Les charmes du saint enfant étoient merveilleux : *il est à croire que tout le monde le vouloit avoir; et ni Marie ni Joseph n'eurent peine à croire qu'il fût dans quelque troupe des voyageurs, car les gens de même contrée allant à Jérusalem dans les jours de fêtes, faisoient des troupes pour aller de compagnie. Ainsi Jésus échappa facilement : « et ses parents >» marchèrent un jour » sans s'apercevoir de leur perte. Retournez à Jérusalem : ce n'est point dans la parenté ni parmi les hommes qu'on doit retrouver Jésus-Christ, c'est dans la sainte cité; c'est dans le temple qu'on le trouvera occupé des affaires de son Père. En effet, « après trois jours» de recherches laborieuses, quand il eut été assez pleuré, assez recherché, le saint enfant se laissa enfin « trouver dans le temple '» .

IV' ÉLÉV. Jésus trouvé dans le temple parmi les docteurs, et ce qu'il y

faisoit.

« Il éfoit assis au milieu des docteurs : il les éGOutoit,etiI les interrogeoit ; et tous ceux qui l'écoutoient étoient étonnés « de sa prudence et de ses réponses ^». Le voilà donc d'un côté assis avec les docteurs, comme étant docteur lui-même et né pour les enseigner ; et de l'autre , nous ne voyons pas qu'il y fasse , comme dans la suite , des leçons expresses. Il écoutoit, il interrogeoit ceux qui étoient reconnus pous maîtres en Israël , non pas juridiquement , pour ainsi parler, ni de cette manière authentique dont il usa lorsqu'il disoit : « De qui estcette image etcette inscription S)? ou «de qui étoit » le baptême de Jean S)? ou « si David est le père du Christ, » comment l'appelle-t-il son Seigneur' » ? Ce .n'étoit point en cette manière qu'il interrogeoit; mais, si je l'ose dire, c'étoit en enfant , et comme s'il eût voulu être instruit. C'est pour cela qu'il est dit qu'il écoutoit et répondoit à son tour aux

' Luc. II. 44. 45. 4(3. — = Luc. ii. 40. 47. — ' Matth. xxilSlû. — * Ibid. XXI. 25. — ' Ibid. XXll. 42. 43.

docteurs qui l'interrogeoient; « et on admiroit ses répon-

» ses » , comme d'un enfant modeste^ doux etbien instruit;

en y ressentant pourtant, comme il étoit juste, quelque chose

de supérieur , en sorte qtf on lui laissoit prendre sa place

parmi les maîtres.

Admirons comme Jésus , par une sage économie , sait ménager tontes choses , et comme il laisse éclater quelque chose de ce qu'il étoit, sans vouloir perdre entièrement le caractère de l'enfance. Allez au temple, enfants chrétiens, allez consulferles docteurs : interrogez-les ; répondez-leur ; reconnoissez dans ce mystère le commencement du catéchisme et de l'École chrétienne. Et vous , parents chrétiens, pendant que l'enfant Jésus ne dédaigne pas d'interroger, de répondre et d'écouter , comment pou vez-Yous soustraire vos enfants au catéchisme et à l'iristructign pastorale ?

tAidmirons'âlssi avec tous les autres la prudence de Jésus , une prudence non-seulement au dessus de son âge , mais encore tout à faitau dessus de l'homme, au dessus de la chair et du sang ; une prudence de l'esprit. Nous pourrions ici regretter quelques-unes de ces réponses de Jésus, qui firent admirer sa prudence ; mais en voici une qui nous feraassez connoître la nature et la hauteur de toutes les autres.

V' ÉLÉV. Plainte des parents de Jésus, et sa réponse.

Ses parents « furent étonnés de le trouver parmi les doc y) teurs'» dont ilfaisoit l'admiration. Ce qui marque qu'ils no voyoient rien en lui d'extraordinaire dans le commun de la vie, car fout étoit comme enveloppé sous le voile de l'enfance ; et Marie , qui étoit la première à sentir la perte d'un si cher fils, fut aussi la première à se plaindre de son absence. Et « mon fils » , dit-elle ^ , « pourquoi nous avez-vous fait » ce traitement? Votre père et moi affligés, vous cherchions.» Remarquez : a votre père et moi » : elle l'appelle son père , car il l'étoit, comme on a vu à sa:manière ; père non-seulement par l'adoption du saint enfant , mais encore vraiment père parle sentiment, par lé soin , par la douleur : ce qui fait

' Luc. 11. 48.- ' Ib. 49.

dire à Marie, « votre père et moi affligés», pareils dans l'affliction ; puisque sans îvbirpartdans votre riaiM'aiùcev il. n'en partage pas moins avec moi la joie de vous posséder et la douleur de vous perdre. Cependant, femme obéissante et respectueuse, elle nomme Joseph le premier : « votre père et » moi », et lui fait le même honneur que s'il étoitpère coïnme les autres. Jésus ! que tout est réglé dans votre famille ! Comme chacun sans avoir égard à sa dignité , y fait ce que demande l'édification et le bon exemple ! Bénite famille , c'est la sagesse éternelle qui vous règle.

« Pourquoi me cherchiez-vous ? ne saviez-vous pas qu'il » faut que je sois occupé de ce qui regarde mon Père » ? Yoici donc cette réponse sublime de l'enfant , que nous avions à considérer ; mais elle mérite bien une attention distincte et particulière.

VI* ÈLÉV. Réflexions sur la réponse du Sauveur»

« Pourquoi me clierchiez-vous » ? Eh quoi ! ne vouliez-vous pas qu'ils vous cherchassent ? et pourquoi vous retiriez-vbus' ; sinon pour vous faire chercher? Est-ce peut-être qu'ils vous cherchoient , du moins Joseph , avéc%n empressement trop humain ? Ne jugeons pas; mais concevons que Jésus parle pour notre instruction. Et en effet , il veut exclure ce qu'il y peut avoir de trop empressé dans la recherche, qu'ojà fait de lui. Qui ne sait que ses apôtres, quand il les quitta , étoierit attachés à sa personne , d'une manière qui n'étoit pas autant épurée qu'il le souhaitoit ? Ames saintes ètïïsj0i||itueiïes , quand il vous échappe, quand il retire ses suavités y imp^^ empressement souvent trop sensible : quelquefois il veut revenir tout seul; et s'il le faut chercher. , ce doit être doucement et sans des mouvements inquiets.

« Ne saviez-vous pas que je dois être occupé des affaires y> de mon Père? » Est-ce qu'il désavoueMarie, qui avoit appelé Joseph son père ? Non sapf doute ;ihais il leur rappelle le doux souvenir desonvraiPère qui est Dieu, dont la volonté, qui est l'affaire dont il leur veut parler, doit faire son occupa-

' Luc. II. 49.

tion. Croyons donc^avec une ferme foi que Dieu est le père de Jésus-Christ , et que sa volonté seule est sa règle ententes choses , soit qu'il se montre , soit qu'il se cache , soif qu'il s'absente ou qu'il revienne , qu'il nous échappe ou qu'il nous console par un retour qui nous comble de joie.

La volonté de son père étoit qu'il donnât alors un essai de la sagesse dont il étoit plein et qu'il venoit déclarer, et tout ensemble de la supériorité avec laquelle il devoit, regarder ses parents mortels, sans suivre la chair et le sang; leur maître de droit, soumis à eux par dispensation.

Vil" ÉLÉv. La réponse de Jésus n'est pas entendue.

« Et ils ne conçurent pas ce qu'il leur disoit ' ». Ne raffinons point mal à propos sur le textede l'Évangile. On ditnonseulement de Joseph , mais encore de Marie même , qu'ils ne conçurent pas ce que vouloit dire Jésus. Marie concevoit sans doute ce qu'il disoit de Dieu son père , puisque l'ange lui en avoit appris le mystère : ce qu'elle ne conçut pas aussi profondément qu'il leméritoit, c'étoit ces affaires de son Père dont ii falloit qu'il fût occupé. Apprenons que ce n'est pas dans la science , mais dans le soumission que consiste la perfection. Pour nous|empêcher- d'en douter , Marie même nous est représeritéé'^ômme ignorant le mystère dont lui parloit ce cher Fils. Elle ne fut point curieuse [elle demeura soumise, c'est ce qui vaut mieux que la science. Laissons Jésus-Christ agir en Dieu , faire et dire des choses hautes et impénétrable : regardons-les, comme fît Marie, avec un saint étonnemenl,cônservohs-les dans notre cœur pour les mMiter, elles tourner de tous côtés en nous-mêmes , et les entendre, quand Dieule voudra, autant qu'il le voudra.

Jésus préparoit la voie dans l'esprit des Juifs à la sagesse dont il devoit être le docteur : il posoit de loin les fondements de ce qu'il devoit prêcher , et accoutumoit le monde à lui entendre dire qu'il avoit un Père dont les ordres lerégloient, et dont les affaires étoientson emploi. Quelles étoienten particulier ces affaires , il ne le dit pas , et il nous le faut ignorer

' Luc. ir. 5 .

Jusqu'à ce qu'il nous le révèle, selon la dispensalion dont il use dans la distribution des vérités éternelles et des secrets du ciêi. Plongeons-nous humblement dans notre ignorance, reposons-nous-y , et faisons-en un rempart à l'humilité. Jésus ! je lirai votre Écriture ; j'écouterai vos paroles, aussi content de ce qui me sera caché que de ce que vous voudrez que j'y entende. Tournons tout à la pratique , et ne recherchons l'intelligence qu'autant qu'il le faut pour pratiquer et agir. « Crains Dieu et observe ses commandements : c'est » là tout l'homme ' . Celui qui fera la volonté de celui qui » m'a envoyé , connoîtra si ma doctrine vient de Dieu* ».

VIII* ÉLÉV. Retour de Jésus à Nazareth : son obéissance, et sa yie cachée

avec ses parents.

« Et il partit avec eux , et alla à Nazareth ' ». Ne perdons rien de la sainte lecture; le mot del'évangéliste est, «qu'il » descendit avec eux à Nazareth » . Après s'être un peu échappé pour faire l'ouvrage et le service de son Père, il rentre dans sa conduite ordinaire , dans celle de ses parents , dans l'obéissance. C'est peut-être mystiquement ce qu'il appelle « descendre » : mais quoi qu'il en soit, il est yrài que ; remis entre leurs mains jusqu' à son baptême , c' est-à-dire jusqù' à l'âge d'environ trente ans, il ne fit plus autre chose qùêîeur obéir.

Je suis saisi d'étonnementvà cette parole : est-cie là donc tout l'emploi d'un Jésus-Christ, du Fils de Dieu? Tout son emploi , tout son exercice est d'Obéir à deux de ses créatures. Et en quoi leur obéir ? dans les plus bas exercices, dans la pratique d'un art mécanique ? Où sont ceux qui se plaignent, qui murmurent, lorsque leurs emplois ne répondent pas à leur capacité, disons mieux, à leur orgueil? Qu'ils viennent dans la maison de Joseph et de Marie , et qu'ils y voient travailler Jésus-Christ. Nous ne lisons point que ses parents aient jamais eu de domestiques , semblables aux pauvres gens dont les enfants sont les serviteurs. Jésus a dit de lui-même , qu'il « étoit » venu pour servir ^j. Les anges furent obligés, pour ainsi dire , à le venir servir eux-mêmes dans le désert-* ; et l'on ne

' Eccl. XII. 23. - * Joan. vii. 17. - ' Luc. II. 51 . - * Matth. xx. 28. — Ub. IV. 2.

yôit nulle part, qu'il eût de serviteurs à sa suite. Ce qui est certain j c'est qu'il travailloit lui-même à la boutique de son père '. Le dirài-je ? Il y beaucoup d'apparence qii'ilperdit Joseph avant le temps de son ministère. A sa passion il laisse sa mère en garde à son disciple bien-aimé, qui la reçut dans sa maison', ce qu'il n'auroit pas fait, si Joseph son chaste époux eût été en vie. Dès le commencement de son ministère on voit Marie conviée avec Jésus aux noces de Cana': on ne parle point de Joseph. Un peu après on le voit aller à Capharnaûm , lui , sa mère , ses frères et ses disciples ' : Joseph ne p'aroît pas dans un dénombrement si exact. Marie paroît souvent ailleurs ; mais depuis ce qui est écrit de son éducation sous saint Joseph, on n'entend plus parler de ce saint homme. Et c'est pourquoi au commencement du ministère de Jésus- Christ, lorsqu'il vint prêcher dans sa patrie, on disoit : « N'est- » ce pas là ce charpentier, fils de Marie ^»? Comme celui, n'en rougissons pas , qu'on avoit vu , pour ainsi parler, tenir la boutique, soutenir par son travail une mère veuverj: et entretenir le petit commerce d'un métier qui les faisoit subsister tous deux. « Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie? IN'a- » vons-nouspas parmi nous ses frères Jacques et Joseph , et » Simon et Jude, et ses sœurs " » ? On ne parle point de son père, apparemment donc qu'il l'avoit perdu; Jésus-Christ l'avoit servi dans sa dernière maladie. Heureux père à qui un tel fils a fermé les yeux ! Vraiment il est mort entre les bras, et comme dans le baiser du Seigneur. Jésus resta à sa mère pour lia consoler , pour la servir : ce fut là tout son exercice. Dieu! je suis saisi encore un coup ! Orgueil , viens crever à ce spectacle ! Jésus , fils d'un charpentier , charpentier lui-même, connu par cet exercice , sans qu'on parle d'aucun autre emploi, ni d'aucune autre action. On se souvenoit dans son Église naissante des charrues qu'il avoit faites ; et la tradition s'eii est conservée dans les plus anciens auteurs. Que ceux qui vivent d'un art mécanique se consolent et se réjouissent : Jésus-Christ est de leur corps : qu'ils apprennent , en travaillant, à louer Dieu, à chanter des psaumes et des saints

' MattH. xin. 55. Marc. vi. 3. — ' Joan. xix. 26. 27. — ^ tb. ii. i , — " Ib. 12. — 'Marc. VI. 3. — " Matth. XII'. 55. 57.

ta

cantiques : Dieu bénira leur travail , et ils seront devant lui comme d'autres Jésus-Christ. .

Il y en a eu qui ont eu honte pour le Sauveur de le voir dans cet exercice : et dès son enfance ils le font se jouer avec des miracles. Que ne dit-on point des merveilles qu'il fit en Egypte ? Mais tout cela n'est écrit que dans des livres apocryphes. L'Évangile renferme durant trente ans toute la vie de Jésus-Christ dans ces paroles : « il leur éloit soumis ' » : et encore : « G'est.ici ce charpentier fils de Marie ». Il y a dans l'obscurité de saint Jean Baptiste quelque chose de plus grand en apparence : il ne parut point parmi les hommes : Et, « le désert fut sa demeure ^ » . Mais Jésus, dans une vie sivulgaire , connu à la vérité , mais par un vil exercice , pouvoit-il mieux cacher ce qu'il étoil ? Que dirons-nous , que feronsnous pour le louer? il n'ya en vérité qu'à demeurer dansl'admiration et dans le silence.

•IX* JÉLÉY. La vie de Marie.

Ceux qui s'ennuient pour Jésus-Christ, et rougissent de lui faire passer sa vie dans une si étrange obscurité , s'ennuient aussi pour la sainte Yierge, et voudroientlui attribuer de continuels miracles. Mais écoutons l'Evangile : « Marie conservoit » toutes ces choses en son cœur^ ». L'emploi de Jésus étoitde -s'occuper de son métier : et l'emploi de Marie , de méditer nuit et jour le secret de Dieu. -

Mais quand elle eut perdu son fils, changea -t-elle d'oc- ^pation ? Où la voit-on paroître dans les Actes , ou dans la tradition de l'Eglise? On la nomme parmi ceux qui entrèrent dans le cénacle , et qui reçurent le Saint-Esprit ' : et c'est tout ce qu'on en rapporte. N'est-ce pas un assez digne emploi, que celui de conserver dans son cœur tout ce qu'elle avoit vu de ce cher Fils ?Et si les mystères de son enfance lui furent un si doux entretien, combien trouva-t-elle à s'occuper de font le reste de sa vie ? Marie méditoit Jésus : Marie avec saint Jean , qui est la figure de la vie contemplative, demeuroiten perpétuelle contemplation , se fondant, se liquéfiant , pour

' Luc. II. 51. — = Ib. 1. 80.— Mb. u. ôl. — < Act. i. 13. 14. n. t. 2.

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