SC
ainsi parler , en amour et ë^^slï^tie^lit l'Église au jour de son assomption glorieûsëlL'Èyàngilè de Marie sœur de Lazare , assise aux pieds du Sauveur , et écoutant sa parole '. Depuis l'absence du Sauveur, l'Eglise ne trouve plus rien pour Marie, mère de Dieu, dans le trésor de ces Ecritures , et elle emprunte pour ainsi dire d'une autre Marie , l'Evangile delà divine contemplation. Que dirons-nous donc à ceux qui inventepttant de belles choses pourla sainte Yierge ? Que dironsnous , si ce n'est que l'humble et parfaite contemplation ne leur suffit pas ? Mais si elle a suffi à Marie , à Jésus même , durant trente ans , n'est-ce pas assez à la sainte Vierge de continuer cet exercice ?Lesilencede l'Écriture sur celte divine mère est plus grand et plus éloquent que tous les discours. homme ! trop actif et inquiet par ta propre activité , apprends à te contenter en te souvenant de Jésus , en l'écoutant au dedans , et en repassant ses paroles.
X' ÉLÉv. Comment nous devons imiter Jésus et Marie dans leur vie
obscure.
Voici donc quel est mon partage : « Marie conservoU ces » choses dans son cœur ^» . Marie a choisi la meilleure part , ■» qui ne lui sera pointôtée « . Et : « Il n'y a qu'une seule chose » qui soit nécessaire ^a. Orgueil humain , de quoi te plainstu avec tes inquiétudes , de n'être de rien dans le monde? Quel personnage y faisoit Jésus? Quelle figurey faisoit Marie ! G'étoitla merveille du monde, le spectacle de Dieu et des anges : et que faisoient-ils ? De quoi éloient-ils ! Quel nom avoient-ils sur la terre? Et tu veux avoir un nom et une action qui éclate ? Tu ne connois pas Marie , ni Jésus. Je veux un emploi pour faire connoître mes talents qu'il ne faut pas enfouir. Je l'avoue ; quand Jésus t'emploie et te donne de ces utiles talents , dont il te déclare qu'il te redemande compte. Mais ce talent enfoui avec Jésus-Christ, et caché en lui n'estil pas assez beau à ses yeux? Va, tu es un homme rempli de vanité, et tu cherches dans ton action que tu crois pieuse et utile , une pâture à ton amour-propre.
'Luc. X. 39.41.— Mb. ii. 51.— Mb. x. 39.42.
Je sèche , je n'ai rien à faire , ou raes emplois trop bas me déplaisent : je m'en veux tirer , et en tirer ma famille. El Marie et Jésus songent-ils à s'élever ? Regarde ,oe divin charpentier avec la scie , avec le rabot , durcissant ses. tendres mains dans le maniement d'instruments si grossiers et si rudes. Ce n'est point un docte pinceau qu'il manie. : il aime mieux l'exercice d'un métier plus humble et plus nécessaire à la vie : ce n'est point une docte plume qu'il exerce par de beaux écrits : il s'occupe, il gagne sa vie ; il accomplit, il-loue, il bénit la volonté de Dieu dans son humiliation.
Et qu'a-t-il fait au seul moment où il s'échappa d'entre les mains de ses parents pour les affaires de son Père, céleste ? Quelle œuvre fit-il alors , si ce n'est l'œuvre du salut des hommes ? Et tu dis : Je n'ai rien à faire , quand l'ouvrage du salut des hommes est en partie entre tes mains : n'y a-t-il point d'ennemis à réconcilier , de différends à pacifier , de querelles à finir , où le Sauveur dit : « Vous aurez sauvé » votre frère ' » ? N'y a-t-il point de misérable qu'il faille empêcher de se livrer au murmure , au blasphème , au désespoir ? Et quand tout cela teseroitôté, n'as-tu pas l'affaire de ton salut , qui est pour chacun de nous la véritable œuvre de Dieu? Va au temple : échappe-toi , s'il le faut , à ton père et à ta mère ; renonce à la chair et au sang , et dis avec Jésus : « Ne faut-il pas que» nous « travaillions à l'œuvre que » Dieu » noire « Père « nous « a confiée^ » ? Tremblons, humilions-nous de ne trouver rien dans nos emplois qui soit digne de nous occuper.
XI" ÉLÉv. L'avancement de Jésus est le modèle du nôtre.
Peut-on dire d'un Jésus , du Fils de Dieu, d'un homme Dieu , à qui la sagesse même étoit unie en personne , qu'il «croissoiten sagesse et en grâce , comme en âge , devant » Dieu et devant les hommes ^> ? N'avons-nous pas vu qu'en entrant au monde il se dévoua lui-même à Dieu pour ac complir sa volonté, enprenantlaplace des sacrifices de toutes les sortes ^ ? N'est-il pas appelé dès sa naissance: « Le sage,
'Maftli. xviil 15.— - Joan. ix. 4. — ' hwç, n. 52. — 'Hebr. x. 0.0.7.
SUR LES MÏSTÈUES. 329
» le conseil , l'auteur de la paix'»? N'avoit-il pas la sagesse dès le ventre de sa mère ? Et n'est-ce pas en vue de cette sagesse accomplie que le prophète avoit prédit comme une merveille , «qu'une femme environneroit un homme ^»: FeVwm c enfermerOit dans ses flancs un homme fait ? Entendons donc que la sagesse et la grâce qui étoit en lui dans sa plénitude, par une sage dispensation se déclaroit avec le temps, et de plos en plus, par des œuvres et par des paroles plus excellentes devant Dieu et devant les hommes.
Parlons donc , non par impatience , ni par foiblesse , ni par vanité , et pour nous faire paroître ; mais quand Dieu le veut : car Jésus dans son berceau n'a parlé ni aux bergers, ni aux mages qui étoient venus de si loin pour le voir. La sagesse humaine apprend beaucoup , si elle apprend à se taire. Aimons donc à demeurer dans le silence , quand Jésus est encore enfant en nous. Car s'il s'y formoittout d'un coup en son entier , son apôtre n'auroit pas dit : « Mes petits enfants, que j'enfante encore jusqu'à ce que Jésus-Christ ' soit formé envous^». Jusqu'à ce qu'il y soit formé, fortifionsnous avec Jésus : allons au temple interroger les docteurs ; supprimons une sagesse encore trop enfantine ; apprenons de Jésus la sagesse même , que c'est souvent la sagesse qui fait cacher la sagesse.
Mais quel docteur pouvons-nous interroger , sinon Jésus , la sagesse même ? En toutes choses , en toute affaire , en toute action , consultons la sagesse de Jésus, la lumière de sa vérité , la doctrine de son Evangile.
Le plaisir me trompe , et me fait croire innocent ce qui m'agrée ; nous croyons en être quittes, pour dire avec Eve , trop ignorante : «Le serpent m'a déçu^ ». Mais si nous consultons la sagesse et la raison éternelle , nous verrons qu'elle maudit ce serpent qui se glisse sous les fleurs , et nous en fait connoître le poison. Les grands du monde nous flattent par leurs vaines et artificieuses paroles : vous croyez être quelque chose ; et tout rempli de leur faveur , votre cœur s'enfle : ouvrez les yeux , consultez Jésus qui vous fera regarder et
^ Is. IX. 0. —2 Jer. xxxî. 22. — ^ Gai. iv. 19. — ' Geu. m. 13.
ouvrir VOS mains vidés. Où est cette imginaire grandeur, et cette enflure d'un cœur aveuglé? C'est Jésus qui vous répond ; écoutez-le avec ces docteurs , et admirez ses réponses.
Vous vous mêlez dans les grandes choses ; vous croyez que tout le monde vous admire , et vous pensez devenir roracle de l'Eglise : consultezJésusetlasagesseétei'nelle, exaniinezvous sur ces grandes œuvres que vous aimez comme éclatantes, plutôt que comme solides et utiles: vous travaillez peut-être pour votre ambition sous prétexte de travailler pour la vérité. Hé bien donc , je quitterai tout , et j'irai me cacher dans le désert. Arrêtez-vous, consultez Jésus : la vanité mène quelquefois au désert aussi bien que la vérité : on aime mieux mépriser le monde , que de n'y pas être comme on veut , et au gré son orgueil. Que ferai-je donc? Faites taire toutes vos pensées : consultez Jésus ; écoutez la voix qui éclate sur la montagne: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le»; et « Ils ne trouvèrent que Jésus seul ' ». Quand Jésus reste seul , et que , renonçant à vous-même , vous n'écoutez que sa voix , c'est lui qui répond , et sa réponse vous édifie.
Xll" ÉLÉv. Recueil des mystères de l'enfance de Jésus.
En ramassant dans son esprit avec Marie ce qu'on vient de voir de l'enfance de Jésus-Christ , on y voit les profondeurs d'une sagesse cachée , et d'autant plus admirable , que , renfermée en elle-même , elle n'éclate en Jésus-Christ par aucun endroit. Il se déclare avec mesure ; il suit lesprogrès de l'âge ; il paroît comme un autre enfant. S'il a fallu une fois marquer ce qu'il étoit , ce n'est que pour un moment : un intervalle de trois jours n'est pas une interruption de l'obscurité de Jésus : au contraire , une si courte illumination ne fait que mieux marquer le dessein précis de se cacher.
Si Jésus s'abaisse lui-même , en se plongeant dans l'humilité d'un art mécanique, en même temps il relève le travail des hommes, et change en remède l'ancienne malédiction de manger son pain dans la sueur de son corps. Pendant que Jésus,
' Luc IX. 35. 36.
SUR LÉS MYSTÈKES. 331
en se soumettant à cette loi, prend le personnage de péëfieur, il montre aux, pécheurs à se sanclifier.par cette voie.
Pendant que la- sagesse divine prend un si grand soin de se cacher , toutes les conditions , tous les âges , et enfin toute la nature se reunit pour publier ses louanges. Une étoile paroîtauciel ; les anges y font retentir leur musique : les mages apportent au saint enfant la dépouille de l'Orient , et tous les trésors de la nature ; ce qu'elle a de plus riche dans l'or , ce qu'elle a de plus doux dans les parfums. Les sages du monde et les riches viennent l'adorer en leur personne , les simples et les ignorants en celle des bergers. Un prêtre aussi vénéra-^ ble par sa vertu que par sa dignité prévient la lumière qui s'alloitlever , et le reconnoît sous le nom de l'Orient; sa: femme se joint à une mère vierge pour- le célébrer ; un enfant le sent dans le sein de sa mère; d'autres enfants depuis l'âge de deux ans lui sont immolés, et ces victimes in^ nocentes vont prévenir la troupe de ses martyrs. Si une vierge , si un femme l'ont honoré',, une veuv€ prophétise avec elles, et une vieillesse consumée dans le service Dieu veut s'exhaler: Siméon ,"à qui l'Evangile ne donne point de caractère que celui d'un commun fidèle qui attend l'espérance d'Israël , se joint aux sacrificateurs et aux. docteurs de la loi pour reconnoître Jésus-Christ dans son saint temple : il prophétise les contradictions qui commencent à paroître. La manière d'honorer ces vérités nous est montrée dans une profonde considération, qui nous les fait repasser en silence dans notre cœur. Que desirons-nous davantage? et qu'attendons-nous pour célébrer les mystères de la sainte enfance et de la vie obscure du Sauveur ?
XXr^ SEMAINE.