NOUVELLE PROPOSITION DE CHANT NATIONAL
Texte nouveau entièrement dégagé de toute emphase, de tout artifice, de tout fleuron littéraire, et particulièrement de toute banalité laudative qui peut s'appliquer à n'importe quelle nation.
Les qualités essentielles d'un vrai chant national sont bien la plus grande simplicité dans la forme et la plus grande exactitude ethnographique et historique, de manière que ce soit le chant propre et absolument caractéristique de la nation, de l'unique nation dont il s'agit.
LTn charit national trop vague et imprécis, trop général et inapproprié aussi bien qu'un chant affecté et trop fleuri, trop pompeux et prétentieux, s'éloigne du naturel et tombe nécessairement dans l'artificiel, plus ou moins vrai.
L^n tel chant pourra jouir d'une certaine vogue en certains milieux, faute d'un, texte meilleur ; mais il pénétrera difficilement parmi le peuple qui, dans sa naïve honnêteté, demandera toujours une forme tout-à-fait simple qui lui convienne, et un naturel tout-à-fait distinctif qui convienne exclusivement à son pays.
L'auteur de ce texte nouveau croit, en toute sincérité, qu'il se recommande à la fois par une extrême simplicité littéraire et par une parfaite exactitude au point de vue national. Puis il a le mérite d'avoir un refrain, chose indispensable. Enfin, c'est le chant tout de suite reconnaissable du peuple canadien, et ce ne peut être le chant d'aucun autre peuple.
Puisse-t-il être apprécié. . . et chanté
Il n'a pas d'air spécial; mais on peut le chanter avec un très grand effet sur l'air noté dans le "Nouveau Chansonnier canadien-français", qui est bien l'air le plus vif et le plus entraînant sur lequel on ait jamais chanté la chanson de Comme le dit un vieil adage, de sir George Etienne Cartier.
Cet air est déjà très populaire en plusieurs endroits de la Province de Québec. Il est très beau, d'ailleurs, et mérite certainement d'être rangé jDarmi les principaux airs nationaux du peuple canadien-français.
Une voix seule chante les deux premières lignes de chaque strophe, et le choeur répète les deux derniers mots ou quatre dernières syllabes; même chose pour les deux dernières lignes de chaque strophe qui se chantent comme les deux premiières.
Ainsi, dans le premier couplet, les mots répétés par le choeur sont : de Canadiens, et francs et chrétiens.
Pour le re^frain, le solo chante: O Canada; le chœur répète: O Canada; — le solo chante: terre chérie; le chœur répète : terre chérie; — le solo chante : Toi qu'on exalte chaque jour; le chœur répète: chaque jour; — enfin le reste est chanté par le chœur avec ensemble et avec force. On répète les deux dernières lignes.
Quand le feu -du patriotisme Brûle nos cœurs de Canadiens,
de Canadiens, On voit des éclairs d'héroïsme Dans nos regards francs et chrétiens,
francs et chrétiens.
Refrain
O Canada, (bis) terre chérie, (bis) Toi qu'on exalte chaque jour,
chaque jour.
Reste à jamais, belle patrie.
Notre bonheur et notre amour, (bis)
Noblesse de notre origine.
Hardis exploits de nos aïeux,
de nos aïeux, Nouvelle-f'rance. œuvre divine.
Voilà ce qui brille à nos yeu±,
brille à nos yeux.
Notre histoire est une épopée Pleine de gloire et de leçons.
et de leçons; La croix, la charrue et l'épée, , Voilà ce que nous bénissons,
nous bénissons.
Suivons lés traces de nos pères, Imi^régnons-nous de leurs vertus,
de leurs vertus; Si nous voulons des jours prospères Reprenons leurs travaux ardus,
travaux ardus.
Ils combattirent pour l'Eglise, Pour leur langue et leur liberté,
leur liberté ; Même tâche, même devise Incombe à leur postérité,
postérité.
Qu'en nos luttes parlementaires Papineau soit notre aiguillon,
notre aiguillon, I Dans nos campagnes militaires.
Marchons au cri de Carillon,
de Carillon.
Unissons-nous comme des frères Pour défendre nos lois, nos droits,
nos lois, nos droits.
Nos champs, nos lacs et nos rivières.
Notre grand fleuve et nos grands bois, et nos grands bois.
Chantons notre reconnaissance Au Seigneur pour tant de bienfaits, tant de bienfaits; Rallions-nous, pleins d'espérance, A notre ancien drapeau français,
drapeau français.
Apnttïws^ ht inllarô
Cette cantate de Dollard a été composée sur le modèle de la chanson française dite : Le petit Alsacien crucifié, afin qu'on puisse la chanter sur le même air.
La colonie, encor naissante, Livrait des combats immortels, Contre la horde rugissante Des ennemis les plus cruels.
Ecumant de haine et de rage, Ils se faufilent dans nos bois:
Voici le suprême carnage ! . . .
Dieu, sauvez-nous des Iroquois !
KEFRAIN
Sauvons la colonie.
Soyons-en le rempart, Donnons-lui notre vie Avec le chef Dollard !
La défense' est désespérée :
Qui donc se dévouera pour nous ?
Dans l'église toute éplorée Dix-sept braves sont à genoux, S'approchant de la table sainte.
Ils mangent le Pain qui rend fort; Ils sortent joyeux de l'enceinte.
Ardents pour la lutte et la mort !
Dans une pauvre palissade Sont renfermés les dix-sept preux.
En se moquant de l'embuscade, Les barbares fondent sur eux. ...
Feu! Chaque coup fait sa Mctime; Les bandits en ont des sursauts; Malgré la mort qui les décime. Ils tiennent bon dans leurs assauts.
La bataille se continue
Des deux côtés avec fureur.
Plus leur phalange diminue.
Plus nos héros brûlent d'ardeur.
Les blessés rechargent les armes,
Et font de sublimes efforts ; .
Les Peaux-Rouges sont pris d'alarmes,
Tant le sol est jonché de morts !
Soudain, terrible et ranimée, La troupe îroquoise bondit ; La palissade est enflammée; Une explosion retentit :
Le projectile, hélas ! retombe Au milieu de nos défenseurs. . . .
C'en est fait, la garde succombe.
Faisant trembler nos agresseurs.
L'ennemi, frappé d'épouvante.
A retraité dans ses forêts; La colonie, encor vivante, Goiîte la paix et le progrès.
Les barbares, domptés sans doute.
Ont vu qu'ils ne pourront jamais Ni vaincre, ni mettre en déroute De si redoutables Français.
Et maintenant, honneur et gloire, * Et reconnaissance à Dollard !
Pour le bénir de sa victoire, Levons-nous sans plus de retard.
Ta prouesse enfin reconnue.
Frère, tu nous vois par milliers T'exalter jusque dans la nue Parmi les plus xiobles guerriers.
Ûlnmplmnte ht (ïluhunx
lo— LA LEGENDE
Ce récit de la mort tragique et à jamais mémorable de Cadieux est une simple exposition historique, préparatoire à la complainte proprement dite qu'on trouve à la fin, sous le titre de Chant du cygne et qui, seule, doit être chantée. Ce Chant du cygne est le "chant de mort", le cri d'adieu, le testament du héros, composé par lui-même et seulement retouché ici pour en exclure les imperfections littéraires. On trouve la complainte originale dans le chansonnier de Ernest Gagnon, à la page 206.
"Petit rocher de la haute montagne," Raconte-nous la dernière campagne, Les derniers jours, les combats glorieux De ce héros qui s'appela Cadieux.
Que voyons-nous bondir dans les rapides ? . . . Ne sont-ce pas des canots intrépides Que les courants aux affreux tourbillons Ont emportés dans leurs sombres bouillons ?
Un petit groupe, assis sur le rivage, D'une autre bande attendait le passage . . . Un homme accourt et se met à crier :
"Les Iroquois! là! là! dans le h^lier !"
Combattre? Non! On est trop faible en nombre; On n'a qu'à fuir ou se cacher dans l'ombre. . . "Fuyez, partez, leur avait dit Cadieux, ' Je saurai bien tenir ici contre eux !"
C'était la mort, — ou la fuite effroyable Dans ces torrents de course impitoyable, A travers mille et mille écueils épars Le long du fleuve ouvert seul aux fuyards.
Et les fuyards, presque tous invalides.
De chute en chute, à travers les rapides. Mettant leur vie à la merci des flots, S'étaient lancés dans leurs frêles canots.
Voilà Cadieux seul avec un Sauvage, Vaillant jeune homme, hardi, plein de courage; Et tous les deux contre les Iroquois Vont se chercher un refuge sous bois.
Ils ont chacun choisi leur embuscade : Un en bas, l'autre en haut de la cascade : Les ennemis les croiront plus nombreux ^ Si le feu part de ces différents lieux.
Un coup éclate ... un Iroquois succombe ! C'est à leurs yeux le tonnerre qui tombe ! Un autre coup ... un autre est abattu ! . . . D'où leur vient donc ce carnage impromptu ?
Criant, hurlant, constatant avec rage Que la bourgade a fui loin du portage, Ils sentent bien que de guerriers cachés Partent ces traits coup sur coup déchargés.
Us sont partis. . . Mais le jeune Sauvage Trouvé par eux dans son fort de branchage, Est tombé mort ; Cadieux seul est resté . . . Que fera-t-il dans cette extrémité ?
Il y nioiirra de la mort la plus digne ! . . . Ses comp'agnons ont reçu pour consigne De revenir, fiirtifs, aux alentours, Pour le sauver au bout de quelques jours.
Un jour se passe. . . Un autre jour s'écoule. . . Il est inquiet . . . Sur le fleuve qui roule Avec fracas ses flots impétueux.
Aucun canot n'apparaît à ses yeux.
Il se demande : Auraient-ils fait naufrage ? . . . Ou, s'ils ont pu débarquer sur la plage, N'auront-ils pas, poursuivis dans les bois. Succombé tous aux coups des Iroquois ?
Voilà trois jours qu'il est sans nourriture. . . Et cependant courir à l'aventure Serait fatal; car il devine, hélas !
Que l'ennemi découvrirait ses pas.
Il a compris que la horde barbare, — Comme l'écho souvent le lui déclare, — Est à chercher, partout, dans les fourrés. Où les fuyards se sont bien retirés.
Car ces brigands, — tant la chose e^t extrême,- Ne pensent pas qu'en un effort suprême Une flottille a pu, dans les torrents, S'abandonner aux terribles courants.
Exténué de faim et d'insomnie, Sentant venir l'horreur de l'agonie.
Presque mourant dans son refuge noir, , Il garde à peine une lueur d'espoir.
Il est si faible ! . . . A peine a-t-il la force D'écrire un mot sur une blanche écorce. Il ne peut plus songer même à chasser : A quinze pas il irait s'affaisser !
Il juge enfin que l'ennemi farouche A disparu. . . Se levant de sa couche, Il veut sortir, un peu, pour explorer; Mais il ne fait qu'en vain se torturer.
Voilà qu'un soir. — ô bonheur ineffable ! — Il aperçoit le parti favorable Tant désiré depuis de si longs jours l. . . C'est le salut, le suprême secours !
Il voit ses gens, — car c'est bien leur figure, Avec terreur parcourir la batture, ^ Au lieu précis du dernier campement Où l'on croit bien qu'il est en c^ moment.
De sa retraite il les suit d'un oeil morne; > Car n'ayant plus de poudre dans sa corne. Il ne saurait, par un coup de fusil.
Les avertir de son pressant péril.
Qui, nous dira l'angoisse de son âme Lorsqu'il les vit, — épouvantable drame, — Se rembarquer, saisis d'effroi mortel.
Sans pousser même un dernier cri d'appel.
Des Iroquois ils craignent la Aengeance; Et n'ont-ils pas la plus ferme croyance Que leurs amis étant morts tous les deux. . On serait fou de s'exposer pour eux ?
Gadieux pourtant, dans sa grande faiblesse, Pour indiquer son extrême détresse, Avait voulu proférer quelques cris. . .
Sa voix était morte dans le taillis.
Et c'est alors qu'une douleur immense.
En redoublant son horrible souffrance.
Vint achever l'infortuné Cadieux Dont le trépas fut noble et glorieux.
Un mois .plus tard, dans un autre voyage. Quelques Français, de retour au portage. Ayant cherché, fouillé de tous côtés, Furent soudain surpris, épouvantés.
Dans une fosse incomplète et grossière.
Creusée à peine au moyen d'une pierre, Un homme gît, face tournée aux cieux : C'est le héros ! C'est leur frère Cadieux !
Il est bien mort ! . . . On voit que cet ouvrage Est le produit d'un reste de courage; Que de lui-même, à son dernier moment, •Il s'est couché pour son enterrement.
Que voyez-vous au-dessus de sa tête ?
Une humble croix : sa propre main l'a faite De deux bâtons liés en angle droit.
Pour consacrer le sol de cet endroit.
Que voyez-vous sur sa noble poitrine ?
Un blanc rouleau de belle écorce fine.
Un manuscrit, précieux document.
Que dans ses mains il tient dévotement.
Combien notre âme est émue, étonnée ! . C'est à genoux et la tête inclinée Que nous devons parcourir cet écrit.
Trésor d'amour, de vaillance et d'esprit !
2o— LE CHANT DU CYGNE