MORT DE CADIEUX
(Complainte à chanter)
Petit rocher de la haute montagne.
J'achève ici ma dernière campagne.
Echos des bois, recevez mon soupir :
Voici la fin, je vais bientôt mourir !
Petits oiseaux, votre douce harmonie, Quand vous chantez, me rattache à la vie. . . Ah! si j'avais des ailes comme vous.
Je volerais vers un gîte plus doux !
Seul en ces bois, — cruelle incertitude — Pour mes amis que j'ai d'inquiétude !. . . Je me demande : Hélas ! sont-ils noyés ? Ou l'ennemi les a-t-il massacrés ?
Un soir enfin, à travers la ramée.
Au bord de Teau, je vois une fumée ! . . . Je me suis dit : n'est-ce pas le secours Tant désiré depuis de si longs jours ?. . .
Oui, ce sont eux, mes amis et mes frères ! Ne vont-ils pas exaucer mes prières ? . . . Arrivez donc, Naturels ou Français, Mes chers sauveurs, ô vous que j'attendais !
Mais je les vis, — ô douleur indicible ! — Se sauver, pris d'une panique horrible ! . . . Je restai seul, dans mon espoir déçu, Privé, frustré du bonheur aperçu !
Un loup hurlant, redoutant ma présence, Vint me flairer jusqu'à courte distance : Va-t-en, lui dis-je, exécrable bandit ! Ah ! que ne puis-je user de mon fusil !
Un corbeau vil, en quête de pâture, Vint se poser, hardi, sur ma toiture . . . Je lui criai : Me crois-tu déjà prêt A te servir de lugubre banquet ?
Je suis encor le roi de ce domaine : Va-t-en, vilain mangeur de -chair humaine ! Des Iroquois prends la chair et les os. Et ne viens pas déranger mon repos !
Rossignolet, va dire à ma compagne, A mes enfants, la fin de ma campagne : Que je gardai mon amour et ma foi.
Et qu'il leur faut ne phis compter sur moi !
Adieu, famille, il faut que je vous laisse ! O Dieu du ciel, secourez ma détresse ! Mère de Dieu, ne m'abandonnez pas !
Venez à moi, que je meure en vos bras !