‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 18 sur 80 · LA NUIT, OU L'EVANGILE IGNORE · texte numérisé non relu

LA NUIT, OU L'EVANGILE IGNORE

{Théâtre et principaux acteurs.)

Jacques-Cartier n'avait, dans son fameux voyage, Pas encor découvert le fleuve Saint-Laurent. . . Tout le vallon compris entre le fleuve grand Et le Témiscouata, — formait le beau partage Des fortunés Micmacs, intelligents et forts.

On aurait pu comjîter alors, Dans ces localités gentilles.

Cinquante ou soixante familles Vivant dans la prospérité.

Trouvant partout en quantité.

L'été, l'hiver, en abondance, Le nécessaire à l'existence.

D'orignaux, de chevreuils, de lièvres, de perdrix, D'ours et de caribous les bois étaient remplis; On péchait dans les lacs et les douces rivières Achigans. truites, bars, anguilles, touradis, Brochets, maskinongés, sandres dorés ou gris. Tandis qu'au Saint-Laurent les ondes plus amères Fournissaient loup-marin, morue et capelan. Le superbe saumon, le hareng, l'éperlan.

L'écorce de bouleau pour les canots agiles, Pour cabanes, cassots, instruments, ustensiles; Le sapin, cet antique édredon des chasseurs; L'érable, ce Pactole à belle onde sucrée. Etaient là, devant eux, prodiguant leurs faveurs, Dans la forêt riche et sacrée, — Orgueil, amour de tous les coeurs, Et source de tous les bonheurs.

Semblable était le sort des braves Maléchites Vivant comme des rois dans les vastes limites Du fertile Madawaska, Qui s'étend du Témiscouata Jusqu'à la gorge meurtrière Du fameux Grand Saut ou Kapskouc^ Sur la magnifique rivière Dite: la rivière Aloustouc.

{Prodrome)

L'hiver était fini; la chasse terminée Avec amples monceaux de viande boucanée .... Au village du Bic, les Micmacs en repos, Refaisant leurs wigtoams, réparant leurs canots, Passaient joyeusement la saison printanière.

Bassin majestueux, avec double rivière,

x\vec arrière-plan de caps et de coteaux.

D'une haute montagne et de jolis plateaux ;

Avec plage en dentelle et deux petites îles,

Sur le fleuve, tout près, dans les ondes tranquilles;

Avec bois enchanteurs sur la rive du Sud:

Et sur la rive Nord un horizon splendide;

Le Bic paraissait bien comme un port de salut ;

Et c'est là que ce peuple industrieux, candide.

Etait venu passer l'été...

Alors, comme à l'heure actuelle,

L'oeil, le coeur était enchanté

Par cette nature si belle

Si féconde en variété.

Le beau. soleil de Mai réchauffait la nature; On voyait scintiller la surface des ealix: On entendait partout gazouiller les oiseaux; Et le village entier, gorgé de nourriture.

Se livrait à la joie, au travail, au bonheur. . .

Les enfants s'ébattaient sur la mousse et l'herbage:

Les squatcs, raclant des peaux, faisaient, pleines

[d'ardeur Mitasses, mocassins, articles de ménage : Les jeunes gens levaient l'écorce des bouleaux; Plus d'une mère, enfin, balançait aux ormeaux La nâgane où dormait le nourrisson robuste: Et de tous les côtés, en détournant l'arbuste. Des chemins s'étendaient vers les fourrés obscurs Où des collets à lièvre étaient mis en lieux sûrs.

(L\ûar?ne)

Le peuple était au Bic depuis deux mois à peine.

En parfaite sécurité, Lorsqu'émergeant soudain de la forêt sereine,

Brisant toute félicité, Deux hommes, l'oeil hagard, apprirent la nouvelle

Qu'une colonne d'Iroquois, A la marche rusée, à la mine cruelle,

Venait d'apparaître en ces bois ! . . .

Enfants, femmes, vieillards, cédant à la faiblesse.

Echappent des cris de terreur:

Mais les braves guerriers, remplis de hardiesse.

Les yeux enflammés de fureur S'écrient: "Almouts! — les chiens!" — Et réunis ensem-

Ils tiennent conseil aussitôt. [ble,

Ils gardent leur sang-froid: pas un homme ne tremble.

X'exhale une plainte, un. sanglot !...

Dans huit heures au plus, hormis qu'on ne s'en fuie.

Les ennemis seront sur eux ! . . .

On ne pourra sauver qu'une faible partie

Dans cinq canots petits et vieux ! . . . On V met à la hâte enfants, vieillards et femmes;

Puis on leur dit: "Vite, filez !

Prenez provisions, faites force de rames; Là bas, en bas du fleuve, allez ! . . . Surtout pas de cris, pas de flammes !"

{Plan de défense)

C'est maintenant qu'on voit la valeur des guerriers.

D'un consentement unanime, Saisissant foînahairks, arcs, flèches, boucliers,

Par serment terrible et sublime.

Ils jurent de se battre et de vendre leur sang

Aussi chèrement que j)ossible.

Pour décimer au moins cet ennemi ptiissant

Qui leur paraît bien invincible.

Au loin, dans la forêt, de légers éclaireurs

Vont faire une course rapide. . .

C'est bien vrai : les voilà, ces démons agresseurs

Au coeur féroce, à l'âme avide De meurtre, de pillage et de scalpes sanglants ! . . .

Ils semblaient être une centaine.

Comme un groupe isolé de bandits insolents

Dans une excursion lointaine. . .

On sait que les Agniers, dans tout le Canada, Faisaient de ces courses terribles.

Allant porter au loin, par de là Cacouina, Massacre et terreurs indicibles.

Ils avaient remonté jusqu'aux derniers abords

La rivière Bouabouscache ; Et là, les éclaireurs virent avec transports

Tous les canots dans une cache,

A l'abri d'un rocher et d'un gros arrachis,

Derrière un amas de branchage; Le tout dissimulé sous forme d'éboulis

Pêle-mêle avec des feuillages; Puis dans une autre cache, au plus épais du bois,

Les provisions, le bagage,

Que recouvrait un lit d'herbage.

Les brigands, aux aguets, s'avançaient en sournois.

Fi de leur vigilance extrême ! . . .

Ils furent surpassés, en ruse, en stratagème,

Par leurs victimes, cette fois.

Tout cela vu, connu, les éclaireurs en joie

S'en retournèrent promptement, Faisant connaître à tous et le nombre et la voie

Des maraudeurs en ce moment.

Le conseil détacha trois guerriers intrépides

Chargés de ravir à tout prix Le butin découvert dans les caches splendides:

Canots et vivres des bandits;

Deux autres pour voler, en canot de capture, Chez le Maléchite, au plus près,

Implorer du secours contre la race impure Dont on connaît tous les excès.

Or les autres guerriers restent là pour combattre

Les ennemis jusqu'à la mort.

Dans l'espoir qu'à la fin ils pourront les abattre

Avec le secours du renfort.

Ce programme brillant s'accomplit à la lettre. . . .

Trois envoyés, avec grand soin De ne pas se trahir, ne pas se compromettre, —

Faisant d'autres caches plus loin, Transportèrent canots, provisions, bagage,

Sans rien laisser aux Iroquois.

Peux autres délégués, laissant là le pillage,

Filèrent vite à travers bois, Par le Témiscouata, vers les fiers Maléchites,

Au village du Petit Saut, — Village bien connu par fréquentes visites, —

Course de deux jours en canot.

Ce peuple de voisins était peuple de frères.

Ayant comme tous les Micmacs, Une profonde horreur, des haines, des colères.

Contre les brigands des grands lacs.

On avait avec eux des ententes parfaites

Et pour la guerre et pour la paix :

On était donc bien sûr, en telles entrefaites.

Qu'ils ne reculeraient jamais.

Quant aux autres guerriers, héros de, ia bourgade, Voyons maintenant leurs exploits.

{Village déserté)

Se tenant à couvert, sans cesse en embuscade,

Se faufilaient les Iroquois, Certains, dans leur orgueil, que leurs sottes victimes

Ne les avaient pas aperçus.

Et supputant déjà les dépouilles opimes

A prélever sur les vaincus.

Marchant à pas de loup, retenant leur haleine,

Et le casse-tête à la main.

Ils s'avançaient en rond, comme en formé ^e, chaîne,

Interceptant chaque chemin ....

Corps penché, cou tendu, leurs yeux de chat sauvage

Plongeant dans la sombre forêt.

Ils voulaient capturer tous les gens du village.

En faire un massacre complet.

O surprise 1 . . . Nul bruit ne frappe leurs oreilles ;

Nul vivant ne frappe leurs yeux !.... Les Micmacs auraient-ils, à l'instar des corneilles,

Evacué déjà les lieux ?. . . .

Pas un seul être hiunain ! . . . Les cabanes sont vides,

Le campement est déserté ! . . . .

La rage rend alors leurs visages livides. . .

Le massacre est donc avorté ! . . . .

C'est le soir!... c'est la nuit!... Au milieu des ténèbres

Impossible d'aller pllis loin ! . . . . Ils sont même irrités par les notes funèbres

Du hibou, l'unique témoin !....

Honteux et furieux, mais pleins de méfiance,

Le cœur- sferré, désappointé, Ils s'assevent enfin, dans un morne silence.

Pour manger la saganlité.

{Micmacs découverts)

Pour le conmiun repos veillent des sentinelles. Autour du camp, toute la nuit. ...

Un chef surexcité par des transes cruelles. Vers la plage s'en va sans bruit ....

L'aurore boréale et ses marionnettes

Jouaient au Nord dans le ciel pur;

Pas un souffle de vent dans les forêts muettes, Pas un nuage dans l'azur !

Le bassin était sec et la mer était basse. ...

A la pâle clarté du ciel.

Son œil croit distinguer une espèce de trace;

Il dit : "Est-bien naturel ?"....

Il attend, il observe.... Aux lueurs de l'aurore, Tous les signes sont plus marqués. ...

Il n'a pas fait erreur: sur les fonds qu'il explore, Voilà des' empreintes de pieds !

Un soupçon lui sourit: il se couche à plat ventre,

Suit des pieds la direction :

Là-bas sur un îlet son regard se concentre ....

O l'agréable vision !

Grâce au froid <iu matin, une vapeur s'élève :

Donc cet îlet est habité ! . . . .

Le cœur tout palpitant, le sauvage se lève. . . .

Malheur au peuple dépisté !

Ce n^était que trop vrai: les pistes sur le sable,

La vapeur tranchant sur l'azur, Tout cela trahissait le peuple misérable

Caché dans cette île, bien sûr.

Les Micmacs, à la hâte, à la basse marée,

Passant à gué le bras de mer.

S'étaient retirés là; puis en masse serrée,

Ils atj;endaient leur sort amer.

{Cri de guerre)

Aussitôt le bandit va réveiller ses frères Et les met au courant de tout .....

Un hurlement affreux s'élève des clairières : Tous les Iroquois sont debout !

C'était le cri de guerre ! . . . Et du fond des montagnes

L'écho fort le répercutait.

Faisant frémir déjà Micmacs et leurs compagnes.

L'îlot même qui les portait !

"Nous les tenons enfin !" — criaient dans leur délire Les Iroquois prêts au combat. . . .

"Qu'ils viennent donc enfin" ! — disait avec sourire Dans l'autre camp chaque soldat.

Derrière ces héros respirant la bataille,

Se tenaient tout effarouchés Les femmes, les enfants, à travers la brouss&ille,

Dans les réduits les plus cachés.

Or ces êtres craintifs, en proie à tant d'alarmes, Redoublent l'ardeur des guerriers.

Qui sont par les sanglots, les soupirs et les larmes, De plus en plus fortifiés !

{La bataille)

Enfin les Iroquois s'avancent en bon ordre

Et vivement vers les îlots.

Enragés comme chiens qui s'élancent pour mordre

Une victime jusqu'aux os î

Les arcs peuvent porter. . . Mille flèches aiguës En sifflant se croisent dans l'air :

On les voit s'enfoncer dans les poitrines nues Et faire des trous dans la chair !

Bientôt les Iroquois, renonçant à leurs flèches,

Le tomahawk au bout du bras.

S'élancent à l'assaut, espérant par des brèches,

Tuer avec moins d'embarras.

Eux-mêmes les Micmacs, armés du casse-tête, Se dressent comme des remparts;

Le choc est formidable; affreuse est la tempête; Le sang coule de toutes parts !

Les crânes sont fendus; larges sont les blessures;

On entend éclater les os; On entend retentir de sanglantes injures;

On voit des corps rougir les flots. !

Mais l'ennemi ne peut entamer la phalange

Des invincibles défenseurs. . . .

Et la mer va bientôt, par sa marée étrange,

Se boucler sur les agresseurs !

Ceux-ci lâchent donc pied; ils battent en retraite. Emportant nombre de blessés

Et dans leur fuite, après cette ignoble défaite, Plusieurs sont encor terrassés !

Car ils sont poursuivis de flèches meurtrières, De cris moqueurs et triomphants.

{Préparatifs pour une nouvelle attaque)

Les femmes, à leur tour, vont se montrer guerrières; Ainsi vont faire les enfants.

Car il faut bien s'attendre au retour des Barbares,

A leurs plus terribles assauts :

Les Micmacs, derechef, ne seront pas avares

De sang, de coups et de travaux.

On a compris qu'il faut, par double palissade,

Construire un solide rempart :

Il y va du salut de l'entière bourgade :

Chacun doit y mettre sa part.

Tout le monde s'applique, en toute diligence,

A fixer en terre des pieux; On en met double rang; on fait servir d'urgence

Des rochers, des arbres rugueux.

Les perches des wigioams, les peaux, les ustensiles,

Petits sapins, sable, cailloux.

Provisions, bagage, objets les plus utiles,

Tout passe d'un zèle jaloux.

Tous ces matériaux comblent enfin l'espace Entre les deux lignes de pieux

On est prêt . . . Car bientôt, quand la mer sera basse, L'ennemi reviendra contre eux.

{Nov/velle hataUle)

Quand le jusant revint, on vit sur la batture

Accourir tous les Iroquois:

Ils s'en venaient chercher une victoire sûre

Et bien facile, cette fois !

Mais cette fois encor, leur attaque fut vaine : •

Ils se heurtèrent au rempart :

Ils n'avaient pas songé que cette œuvre soudaine

Fût un solide boulevard.

Nouveaux morts et blessés; puis nouvelle retraite....

On maudit l'affreux casse-cou ; Et l'on se promet bien de changer la défaite

En victoire le prochain coup !

De peur que les Micmacs, à la faveur de l'ombre,

Ne s'esquivent pendant la nuit.

Des gardes sont postés sur le rivage sombre ....

Au ciel pas un astre ne luit.

{Massacre complet)

Le lendemain nouveau jusant: nouvelle attaque:

On voit bondir, dans leur élan, Les Iroquois, remplis d'ardeur démoniaque,

Ayant cette fois le bon plan.

Bientôt à mi-chemin, ils arrêtent leur course;

Ils allument force flambeaux:

Le feu ! . . . Le feu ! . . . Voilà leur dernière ressource , Dans le dernier de leurs assauts.

Assaut désespéré ! . . . Le rempart enfin brûle,

Réduit en horribles brasiers. . . .

Devant fumée et flamme il faut bien qu'on recule :

C'est la fin de tous nos guerriers.

Avec des cris de mort, des hurlements féroces, Ils se voient partout enserrés;

Accablés par le nombre et par des coups atroces, Ils sont enfin tous massacrés !

Les femmes, les enfants, furent tués sur place : Pas une âme ne survécut ! . . . .

Tout crâne fut scalpé ; puis le corbeau vorace Eut les restes pour son tribut !

Çroquois vainqueurs)

Les Iroquois chantent victoire ....

Mais bien médiocre est leur gloire :

Ils s'en montrent fort peu joyeux :

Blessés et morts sont si nombreux !

Vingt morts ont mordu la poussière ; Et parmi la troupe guerrière Vingt-cinq ou trente sont blessés.

Crânes ouverts, membres cassés,

Tant le carnage fut prodigue !

On est accablé de fatigue:

On a grand besoin de repos ....

Ils vont retrouver leurs canots Aux bords de la Bouabouscache, Et leurs vivres dans l'autre cache . . . Visage triste et soucieux.

Ils vont, d'un pas silencieux.

Au sein de la forêt tranquille. . . . On détache un parti plus agile :

Trente guerriers plus vigoureux.

Chargés d'aller, droit devant eux.

Préparer choses nécessaires. . . .

Tous les autres, ne marchant guères.

Plus lentement chemineront, Pour arriver quand ils pourront.

{Activité des Mictnacs survivants)

Cependant cinq Micmacs étaient encore en vie :

Les deux, partis pour le renfort, Et les trois ravisseurs, dont l'œuvre est accomplie

Au gré parfait de leur effort.

Et même ces derniers, non contents du pillage

Des canots, des provisions, Avaient, de tous côtés, par stratagème sage,

Préparé mille obstructions :

Des embûches, des trous, des sentiers de retraite,

Parfaitement dissimulés.

Où leurs frères seraient, en cas d'une défaite.

Sûrs de ne pas être accablés.

Puis ils avaient tout vu : le massacre dans l'île.

Le nombre des Iroquois morts, Le nombre des blessés, et la troupe débile

Qui se traîne avec des efforts.

Les deux autres, partis pour voir les Maléchites .

Et leur demander du secours.

Vont avec même ardeur et semblables mérites,

Naviguant les nuits et les jours.

A peine leurs amis connaissent la requête

Qu'ils donnent leur assentiment :

Ils ne rêvent déjà que vengeance et conquête,

Massacre, mêlée, hurlement.

On en choisit vingt-cinq parmi tous les plus braves,

Les plus forts, les plus acharnés, A qui le sang est doux, les tortures suaves.

Et qui sont à la guerre entraînés.

(Arrivée du secours)

Quatre jours n'étaient plus. . . Arrive le cinquième.. .

Les messagers sont de retour ! . . . .

Pour les trois survivants, dans leur .angoisse extrême,

Quel doux renfort ! . . . Quel heureux jour ! . . .

Jour de fête et de joie et d'horrible vengeance Pour tous ces farouches guerriers ! . . .

Ils ont bien vite fait une reconnaissance. . . . Malheur aux infâmes Agniers !

Les dispositions, déjà, sont toutes prises,

Les endroits d'attaque choisis :

C'est à leur tour enfin, de causer des surprises. . . .

Malheur aux Iroquois maudits ! . . . .

La bourgade détruite et les traces sanglantes

De tous les massacrés d'hier. . . .

Fut-il jamais pour eux choses plus révoltantes !. . .

Malheur à ces monstres d'enfer !

(Iroquois stupéfaits)

Déjà les Iroquois, avec insouciance,

Atteignent la cache aux canots :

Pour les sortir de place, il faut que l'on s'avance,

Qu'on se baisse en ployant le dos.

Ils ont à peine vu le vide en cette cache Qu'ils sont tout-à-coup assaillis :

Des deux bords, à la fois, de la Bouabouscache, Le trait part de tous les taillis !

Horreur! ils sont perdus: les voilà découverts.

Attaqués de tous les côtés ! . . . .

Ils tremblent maintenant: c'est l'heure des revers : .Plusieurs sont déjà culbutés !

Plus de canots pour fuir!... Ils «u perdent la tête. . .

On les voit rebrousser chemin ....

Ils s'enfuient en hurlant... Quel est ce trouble-fête?..

Quel est ce piège si soudain ? . . . .

Victoire aux alliés ! . . . Dix belles chevelures Couronnent ce premier exploit. . . .

Ils ne poursuivent point: car dans ces conjonctures, Il faut jouer au plus adroit.

Honte aux envahisseurs ! . . . Leur misère est affreuse Canots, vivres, leur font défaut ! . . . .

O cruelle infortune ! . . . O course désastreuse ! . . . O l'effroyable soubresaut ! . . . .

Un conseil est tenu . . . Dans cette heure tragique.

Il reste une lueur d'espoir :

La cache aux aliments: cette ressource unique

Pourra-t-elle encor leur échoir ?

Peut être, comme l'autre, elle est aussi pillée;

Mais il faut nécessairement Aller y voir quand même. . . Et la bande, effrayée.

S'élance désespérément.

Ils s'attendent bien tous qu'il va falloir combattre

Les pillards encore embusqués :

Ils sont bien résolus en tout cas, de se battre

A mort, comme des loups traqués !

Les valides guerriers, seuls, se sont mis en route

Pour jouer ce dernier enjeu.

Disant aux blessés : "Tard nous reviendrons sans doute:

Vous nous allumerez du feu."

{Nouvelle stupéfaction)

On arrive à la cache. . . Elle est vide et déserte î. . .

Pas de vivres ! . . . Pas d'ennemis ! . . . Vont-ils mourir de faim ? . . . Horrible découverte ! . . .

Comment regagner leur pays ? . . . .

Ils regardent partout : ils voient une embuscade

Que l'ennemi dressa pour eux ....

On en fit l'abandon ! . . . signe de reculade ....

Ils se sentent plus courageux.

Or, l'embuscade vide, un chef-d'œuvre de feinte,

N'est là que pour les aveugler :

Une autre, un peu plus loin, n'inspirant nulle crainte,

Va de nouveau les harceler.

Que faire?. . . Au campement où sont les invalides, Ils n'ont donc plus qu'à retourner ....

C'est la nuit : de grands feux qui leur servent de guides, Leur disent par où cheminer.

Voilà que tout à coup, d'un ernbarras de chasse

Qu'ils n'avaient pas considéré, S'élève un cri de mort, et la flèche terrasse

Plus d'un Iroquois effaré !

Les autres continuent leur marche difficile

Dans la direction des feux. . . .

Mais l'horreur les attend dans ce dernier asile

Où le Micmac est avant eux ! . . . .

Car pendant qu'une troupe, aux Iroquois valides

Livrait les assauts qu'on a vus, Une autre a dirigé ses pas, ses coups rapides

Vers les blessés, faibles, perclus.

Vaine fut la défense ! impossible la fuite ;

Les blessés, en quelques instants, Furent tués, scalpés; on avait fait ensuite

Des signaux de feux éclatants.

Or l'ennemi s'avance, — erreur épouvantable, — Vers cet appel qui le séduit ....

Malheur aux insensés: car le feu sex:ourable Est encore un piège maudit.

Ils arrivent, bien sûrs de retrouver leurs frères.

A peine ont-ils compris l'erreur, Qu'ils se sentent frappés de flèches meurtrières

Pleines de mort et de terreur !

{Rage et désespoir)

Nul jamais ne dira le désespoir, la rage.

Qui s'empare des Iroquois. . . .

Plus de vivres ! . . . Plus rien ! . . . Plus le moindre

[bagage!.

C'est l'horreur aux derniers abois ! . . . .

Pourront-ils échapper au Micmac implacable ? . . .

Pourront-ils faire des canots '{.,..

Le poisson, le gibier, sera-t-il abordable ? . . . .

Ils en frissonnent jusqu'aux os !. . . .

L'objet des alliés était irrévocable :

Chasser, traquer les mécréants:

Décimer en détail, à chance favorable,

La troupe infâme des brigands.

Dès la première nuit, brisés de lassitude,

Tombant à terre pour dormir, Les bandits harcelés, — c'est déjà l'habitude, —

Vont encor souffrir et gémir !

Agités par le vent, dans la forêt épaisse,

Les arbres choquent leurs rameaux ....

Une flèche est lancée: . . . Un Iroquois s'affaisse. . . . Il gardait la troupe au repos.

En tombant sur le coup, la sentinelle atteinte Pousse un cri d'alarme effrayant ....

On se lève en désordre. . . On regarde avec crainte. Plus d'un tombe encore en criant ! . . . .

. » {La fuite)

Le jour venu, quelle tristesse !. . . . On veut au plus vite s'enfuir. . . .

Douze blessés, dans leur détresse, Veulent qu'on les fasse mourir ! . . .

Ils sont, disent-ils, incapables De courir à travers les bois ....

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