CICERON
Hymne pour la fête nationale des Canadiens-Français
(Cette hymne fut composée en 1874, d'après la manière dont la fête se célébrait alors à St-Hyacinthe. Elle fut lue, cette année là, le jour même de la fête, à la communauté du Séminaire de St-Hyacinthe par le Directeur, (plus tard Supérieur), M. l'abbé Rémi Ouellette.)
Amonr de la patrie, en ce grand jour de fête. Brille, éclate, rayonne, épanche tes ardeurs. Aujourd'hui, Canadiens, relevons notre tête: Soyons fiers et chantons: depuis, longtemps s'apprêt-e Cette explosion de nos cœurs.
Que la nature est belle, aimable, radieuse ! Le ciel n'est-il pas pur ? Le vent n'est -il pas doux ? Le soleil verse à flots sa liunière joyeuse: Les oiseaux, 'la verdure et la fleur gracieuse. . . Tout vit et s'anime avec nous.
Mais la voix du canon, la trompette sonore Ont assemblé le peuple et confondu les rangs: On se connaît, on s'aime, on se parle, on s'honore; Car la fraternité nous réunit encore,
Pauvres, riches, petits et grands.
Et maintenant, voyez: la foule est dans le temple; L^n prêtre sacrifie; ou invoque le Ciel. . . O spectacle touchant ! — Oui, le Ciel te contemple ; Xous présentons au monde un si brillant exemple. Ainsi groupés près de Tautel.
"Seigneur, disons-nous tous, acceptez-en la gloire : .. Vous nou's l'avez donné ce pays de nos coeurs î A vous tous nps exploits et toute notre histoire ! Nous avons toujours cru: nous voulons toujours croire; C'est vous qui faites les vainqueurs !
Contre nos ennemis, contre la terre inculte. Quel triomphe éclatant remporté par la foi ! Il nous importe peu qu'un vain monde l'insulte : Notre prospérité se doit à votre culte: Xotre grandeur à votre loi !
Pour conquérir le sol. y défendre sa vie. Ce n'était pas assez de la force des bras : Nos ancêtres puisaient une force infinie. Bans leur prière au Ciel et dans l'Eucharistie Qu'ils prenaient avant leurs combats."
Ainsi parle la foule humblement prosternée, Demandant au Seigneur sa bénédiction. . . . Elle sort triomphante^ exaltée, entraînée .... Les chariots sont prêts: la marche est ordonnée : En avant, noble nation !
O nos sujets d'orgueil, gloires de la patrie, Défilez ! . . . Votre éclat redouble nos ardeurs . . . Métiers, professions, arts, commerce, industrie. Passé, présent, futur: tout est là: tout nous crie : O peuple, voilà tes splendeurs !
Le bonheur est trop vif: les poitrines palpitent; Et le bruit de nos chants se répand dans les airs : La musique résonne et les drapeaux s'agitent : Tels, soulevés, gonflés, les flots se précipitent Bruyants au sein des grandes mers.
'Halte là ! Qu'on se presse I . . Et dans les rangs, silence ! Voici venir les voix que demandent nos cœurs. L'amour Teut s'exhaler; il lui faut l'éloquence; L'enthousiasme éclate; et l'orateur s'avance En «'inspirant, de nos grandeurs,
Il parle .... A nos regards il déroule l'histoire ; Il nous montre partout des spectacles lirillants : "Canadiens, s'écrie- t-il, savourez votre gloire; A ce noble calice il est noble de boire . . .
Que tous les cœurs soient tressaillants !
Jacques-Gartier, Montcalm, illustres capitaines, Que vous nous rappelez de vertus et d'exploits ! Brébeuf et Lallemand, dans vos courses lointaines. Nous vous voyons encore, en victimes certaines. Porter aux sauvages' la croix !
O sol du Canada, toi qu'aimèrent nos pères. Nous aimons tes forêts, tes grands lacs et te3 champs; Tu brilles par ton fleuve et tes larges rivières; Tu montres tes cités, tes campagnes prospères, Où vivent heureux tes enfants.
Honneur à vous, savants, écrivains et poètes. Vous qui resplendissez par de nobles travaux ! A vous, hommes d'état, intrépides athlètes, Qui remportiez pour nous des victoires complètes Dans des combats grands et lovaux !"
Telle est des orateurs la parole de flamme; Et la foule s'exalte à ces brûlants discours. Pas un titre d'honneur que la voix ne pix)clame; Pas un de ces accents qui n'enlève notre âme. . . Et nous applaudissons toujours !
Enfin, Ton se disperse. . . On s'en va. ])lein de, joie, Se livrer aux festins, aux banquets, aux plaisirs. . . La gaîté rit et chante, et l'esprit se déploie : Tout un peuple jubile ; et chacun se renvoie Mêmes élaris, mêmes désirs.
Et le soir, quels transports ! Mille feux d'artifice Elèvent jusqu'aux cieux l'allégresse et l'amour; L'air est illuminé: la nuit même est propice; On voit de toutes parts le fulgurant indice
Des vj'ais bonheurs de ce'grand jour !
Puissions-nous, Canadiens, par la Saint Jean-Baptiste, Retremper nos vertus, raviver notre foi ! Que Dieu veille sur nous ! Que Saint Jean nous assiste ! O notre cher pays, que jamais rien de triste ' Ne vienne s'abattre sur toi !
Vis. grandis et prospère ... A l'univers qui croule Prêche la vérité, la justice et la paix,. . . . Le monde est une mer de tempête et de houle : Montrons lui que partout oii la foi se déroule. Dieu répand à flots ses bienfaits !
Extraîte des Saints Evangiles