‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 48 sur 80 · A UNE DAME CHARITABLE · texte numérisé non relu

A UNE DAME CHARITABLE

Madame est si bonne, si tendre, Qu^oiibliant son propre chagrin.

Sans cesse elle désire entendre Le récit des maux du prochain.

Dès lors, son âme ingénieuse Xe songe plus qu'à soulager De façon la plus gracieuse, Les douleurs du mal étranger.

Dieu s'est dit: "Une si belle âme Devrait plutôt monter au Ciel ; Mais au monde qui la réclame L'ôter déjà serait cruel.

Je vais donc prendre patience, La laisser vivre encor longtemps, Pour augmenter la récompense Avec laquelle je l'attends".

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A MADAME PIEREE VINCENT VALIN Née CELINA BARDV

fille du Dr P. M. Bardy^ le fondateur de la Société Saint-Jean Baptiste de Quéhec»

Vous qui, jetant parfois vos reofards en arrière. Croyez toucher bientôt le bout de la carrière

Où vous marchez depuis longtemps:

Vous qui, déjà, sentez l'atmosphère froidie ; Vous pour qui les raj^ons du soleil de la vie

Brillent déjà moins éclatants:

Oh ! n'allez pas sitôt vous en faire une peine. Comme si l'existence, et trop courte et trop vaine,

Pouvait désenchanter nos cœurs:

Car plus nous avançons vers la mûre sagesse. Plus nous thésaurisons de paix et de noblesse,

Et de vertus et de grandeurs.

De ces hauteurs, madame, où vous êtes rendue, Vous pouvez voir la foule, haletante, éperdue.

Courir, s'agiter à vos pieds:

Et c'est, déjà pour vous un motif d'allégresse De songer que les bruits de l'ardente jeunesse

N'excitent plus que vos pitiés.

Votre œil est scrutateur, votre vue est profonde : Même sans le vouloir, vous pénétrez le monde,

Vous en découvrez les erreurs ; Et par votre équité, votre sens de justice, Vous imitez le Dieu qui haït toute malice

Dans les esprits et dans les cœurs.

Par votre dévoûment, votre mansuétude,

Par des bienfaits nombreux payés d'ingratitude,

Vous l'imitez encore plus. ...

Faisant ainsi le bien en dépit du déboire. C'est là, n'en doutez pas. votre i^lus belle gloire

D'aimer vraiment comme Jésus.

Et puis, n'avez-vous pas l'aimable jouissance De tous vos souvenirs de jeune âge et d'enfance,

'De tout un passé qui revit ?

Que d'époques de joie encore ineffacées ! Que de bonheur, toujours, en ces douces pensées

Qui se pressent dans votre esprit !

Quelle est sur votre front cette vive auréole ? . . . C'est la gloire d'un père, à bon droit votre idole.

Un père noble s'il en fut.

Brilla-t-il seulement de noblesse ancestrale ? Oh! non: car la grandeur de son âme idéale

Fut son naturel attribut.

Quels sont dans vos regards ces reflets d'énergie ?. . . C'est la vigueur, la foi. d'une mère chérie,

Forte et bonne en sa dignité.

Vous les voyez toujours, ces parents pleins de charmes, Répandant autour d'eux, pour sécher toutes larmes,

Les bienfaits de leur charité.

Pourquoi tressaillez- vous? Ah! c'est que votre père Fît naître dans Québec cette œuvre si prospère :

La "Société de Saint- Jean"; Puis au champ d'Abraham, en dépit des entraves. Dressa pour son pays le "Monument des Braves"

Dont il fut l'âme et l'artisan.

Quel transport d'allégresse en votre âme fervente, Le jour oii la patrie, enfin reconnaissante,

Cria : "Gloire au Docteur Bardy !" Le jour où cette voix, forte et respectueuse. Retentit dans les rangs de la foule pieuse :

"Notre fondateur, le voici !"

Et l'époux bien-aimé, de carrière honorable. Qui rendit votre sort encor plus agréable.

Vous ne l'oubliez pas non plus; Non plus tant d'amis chers dont s'exalte votre âme . . Quoi de plus consolant qu'un, passé qui proclame

Tant de bonheur et de vertus ?

Il nous souvient enfin de ce noble voyage Que vous fîtes naguère, en saint j)élerinage,

Vers tant d'immortelles cités :

Paray-le-Monial, Lourdes miraculeuse, Et Rome la divine, à jamais radieuse

De ses catholiques beautés.

Votre cœur bat encore en pensant au Saint-Père Qui voulut exaucer votre ardente prière

Et vous combler de ses faveurs; En songeant à la Grotte où vous fûtes guérie; En revoyant Jésus et la Vierge Marie

Objets de si grandes ferveurs !

Comme un oiseau martyr qui, de l'aigle est la proie, Votre cœur aurait-il, oubliant toute joie,

Connu l'étreinte du malheur ?

^'auriez-vous pas souffert au cours de votre vie ? Parfois, n'auriez- vous pas vidé jusqu'à la lie

D'amers calices de douleur ?

Oui, Faigle a déchiré la joyeuse colombe !.... Oui: lorsque vous avez vu descendre dans la tombe

Un père, une mère, un époux; Quand vous avez lutté pour la noble mémoire De ce père si digne et d'honneur et de gloire,. . .

Ce furent de terribles coups !

Pour ces tourments que votre alléluia résonne ! Avec de tels fleurons se tresse la couronne

D'éternelle félicité.

Quels motifs de courage et de ferme espérance ! Là-Haut, près de Jésus, le Roi de la souffrance.

Vous régnerez avec fierté.

Vous pouvez donc jouir de Tav^enir lui-même En songeant nuit et jour à ce Dieu qui vous aime

Et que vous aimez de tout cœur.

Plus vous vous détachez des êtres de la terre. Plus votre âme s'élève, au-delà du mystère.

Vers le Ciel promis au vainqueur.

Le mystère, qu'est-il ? Oh! c'est l'instant suprême Où. futur papillon, dans une paix extrême,

La Chrysalide, enfin, s'endort ....

Ainsi dormirez-vous avec la certitude De renaître aussitôt dans la béatitude.

Puisque la vie est dans la mort !

Composé sur prière de M. le curé de la paroisse de St- François d'Assise, M. l'abbé A. Godbout, et offert en compliment à la concurrente victorieuse, Dlie Bernadette Laframboise, à la fin d'un concours de Bazar, en 191 S, conjointement avec le cadeau spécial de circonstance: une superbe statue de Jeanne d'Arc; l'autre concurrente, également digne d'honneur, étant mademoiselle Thérèse Lapointe qui côtoya de fort près sa rivale. Mademoiselle Laframboise est devenue Madame Lavoie, femme du Dr Victor Lavoie, de Montréal.

Autrefois Jeanne d'Arc criait aijx gens de France : Vive notre pays et gloire à notre roi ! . . . . A tous les preux, charmés d'une telle vaillance, Elle inspirait l'ardeur, le courage et la foi,

Héroïne du jour par ta magnificence, Nos cœurs reconnaissants, encore pleins d'émoi, Te disent par ce don tout vibrant d'éloquence : Pour un si beau triomphe, honneur et gloire à toi !

Tu crias : En- avant, comme l'antique Jeanne, En avant pour l'Eglise ! — Et la brillante manne, L'or, vint tomber à flots dans tes pieux coffrets.

Merci pour tes labeurs, gentille combattante;

Merci, du même coup, à l'autre concurrente,

Ton émule à la peine aussi bien qu'au succès. '

ArroBltrlir

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