‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 52 sur 80 · FABLES POESIES MORALES · texte numérisé non relu

FABLES POESIES MORALES

"yif ine sers d' animatix pour inshuire les ho^nmes"

Lafontaine.

DANGEK DES COMPLIMENTS

{Fahle dédiée au poète TT. Chapman. en retour dhinè lettre de félicitations.)

Un bon jour, les oiseaux, entendant une poule

Caqueter, caqueter, Crurent qu'elle savait chanter.

Ils s'en vinrent en foule.

La louer, la complimenter,

Et l'inviter A se révéler davantage.

Le rossignol lui dit : "Quel superbe ramage ! Des oiseaux chanteurs je suis roi :

Vous viendrez chanter avec moi !" L'aigle dit à son tour : "Ma mie.

De grâce, honorez-nous de votre compagnie; Des oiseaux volants je suis roi :

Vous viendrez voler avec moi."

Un œil sur ses flatteurs et l'autre dans la nue, La poule, à ce discours, est toute confondue. Ils étaient sincères vraiment.

Mais ils se trompaient grandement;

Et la cause de leur bévue,

A tous les deux, Au sujet de la mère aux œufs, Est qu'ils ne l'avaient entendue,

Ne l'avaient vue, Que de fort loin, du haut des airs.

La louange peut tout sur une âme ingénue.

La poule se renfla, déploya de grands airs; Puis, de sa voix la plus émue, Fit entendre ses plus beaux airs.

Et crut donner enfin le ^dIus beau des concerts. Prenant aussitôt sa volée.

Et s'élevant d'une coudée.

Elle s'abat un peu plus loin, Au' plus grand effort de son aile, Parmi le foin.

Regardant alors autour d'elle, Ses yeux, désappointés, ne rencontrent plus rien. L'aigle et le rossignol, comme on le pense bien,

Dégoûtés de ce voletage.

Ecœurés de ce caquetage.

S'étaient esquivés au plus dru.

Et tous, jusqu'au dernier, tous avaient disparu ! La pauvre volatile, honteuse et déconfite.

Reconnut, d'une âme contrite.

Et sa folie et son erreur, Et s'écria, dans son malheur :

"Qui me délivrera de ma sottise extrême ? Je vois bien maintenant,, à cette heure suprême,

Qu'il faut être aigle pour voler Fort haut. — et rossignol, aussi, jDour gazouiller."

Cette histoire est un stratagème.

L'auteur, s'applliquant à lui-même Ce que le contraste a de bon.

Dit à ses flatteurs : "Messieurs, non !

Vous ne me tournez pas la tête

Avec vos jolis compliments.

Je ne suis pas assez poète Pour vous suivre là-haut dans vos envolements, Et pour mêler ma voix à votre voix charmante.

Oh ! ne dites pas que je chante.

Hélas ! je ne fais que voleter, caqueter. Bien sûr, si j'essayais, comme vous, à chanter, Je remplirais vos cœurs de pitié, de surprise; Vous me laisseriez là comme la poule grise

Dont le sort est à méditer.

Je n'attends pas qu'on me le dise :

Il vaut mieux prévenir qu'avoir à regretter

Une sottise.

Je vous admirerai, j'applaudirai de loin; Vous ne me verrez pas, soit dit avec franchise, Hors de mon petit coin."

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