‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 6 sur 80 · CINQUIEME PERIODE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PERIODE

Mort de Saint Jean-Bàptiste.

Hérode, le tétrarque, à tous ses autres crimes,

Ajouta le crime odieux

D'un mariage incestueux Et se plongea bientôt dans les pires abîmes.

Il avait pris pour fenime, en son funeste amour, La propre épouse de son frère !. . . .

De la façon la plus sévère,

Jean le réprimandait sans crainte et sans détour.

"Cela n'est pas permis; renvoyez cette femme," Lui disait-il à tout propos. -^

Le roi s'indignait à ces mots

Qui ne faisaient qu'aigrir sa fureur et sa flamme.

Enfin, dans sa colère, il fit mettre en prison

L'apôtre au zèle intolérable.

Mais Jean, de son oeil redoutable.

Le poursuivait encore et troublait sa raison.

"Mettez-le donc à mort," disait Hérodiade. . . .

Mais le roi craintif le gardait;

Souvent même il le consultait Dans les perplexités de son esprit malade.

Il le savait toujours un homme juste et droit. Plein de sagesse et de prudence ; Lui conservant sa confiance,

Il le vénérait même, en ses jours de sang-froid.

Une époque arriva, splendide, favorable Aux vœux de la femme sans foi :

Ce fut à la fête du roi

Qu'elle assouvit enfin sa vengeance implacable.

Hérode fit mander au banquet somptueux Les gens de haute renommée, Les princes, les chefs de l'armée,

Tous les grands de la cour et ses amis nombreux.

D'Hérodiade, alors, la fille gracieuse

Entra, dansa devant le roi;

Hérode, l'âme en désarroi.

Aussitôt s'enflamma pour la belle danseuse.

Elle fut si charmante; elle plut tellement Au roi puis à tous les convives, Que toutes ces âmes lascives

L'admiraient sans relâche, aVec ravissement.

Hérode, enfin, lui dit, égaré par l'ivresse De l'amour, autant que du vin :

"O fille, ton charme est divin,

Et tu remplis mon cœur d'un excès de tendresse.

Aussi demande moi tout ce que tu voudras;

Dis, que faut-il à ton sourire ? . . . .

Une moitié de mon empire .?....

Parle, dis-le sans crainte et tu l'emporteras.

Ta figure est un ciel, ta présence est un baume;

Je te le jure avec serment :

Tu régneras entièrement Sur la plus riche part de mon vaste royaume."

La fille, en frémissant de bonheur et d'orgueil. Accourt et demande à sa mère :

"Que faut-il donc que je préfère ? . . . .

A ces offres du roi quel sera mon accueil ?".... —

"Oh ! s'écria la mère, à son tour frémissante, •

Et l'œil en feu comme Satan,

Demande la tête de Jean ....

Que je la voie hideuse .... im,puissante et sanglante."

La fille, de ce pas, s'en revient dire au roi : "Que ma bouche, ne vous attriste :

C'est la tête de Jean-Baptiste

Qu'il me faut dans un plat, pour ma mère et pour moi."

Le monarque est surpris d'une telle requête;

Mais à cause de son serment.

Il fait si<rne d'assentiment, Et, devant tout le monde, il accorde la tête.

Un soldat, frlaive au point, entre donc en prison.

Exécute le meurtre infâme.

Et livre l'objet qu'on réclame Dans un rouge bassin provoquant le frisson.

Ce bassin est donné par Hérode à la fille:

A la mère ensuite il pa^sa

Jean-Baptiste ainsi trépassa En défenseur martyr des droits, de la famille.

Ses disciples pieux embaumèrent son corps, Le déposèrent dans la tombe:

Et du genre humain toujours tombe

Le pleur mêlé d'amour sur Saint-Jean depuis lors.

Ce fut vers ce temps-là que la rumeur publique.

Eprise du nom de Jésus.

Le proclamait de plus en plus.

Et publiait partout son empire magique.

Mais la folle dispute à l'égard du Sauveur

Prenait mille formes diverses. . . .

Le refrain de ces controverses Etait: Prophète. . . Elie. . . ou Christ, ou Rédempteur.

Ces rumeurs, parvenant aux oreilles d'Hérode,

Le faisant gémir et songer,

Alors que venait le ronger Le Souvenir sanglant dç l'horrible épisode.

"Vous êtes dans l'erreur,"' criait-il, excité Par le remords et le délire, — "Un homme d'un si grand empire

N'est pas autre que Jean, c'est Jean ressuscité !"

Ifm hn Olanaîïa

Notre cher Canada briUe par son histoire,

Ses combats, ses héros de suprême valeur.

Dont la postérité gardera la mémoire,

Et dont les noms fameux font vibrer notre cœur.

Mais de tous ces héros quels sont les plus sublimes ?

Les soldats de l'Eglise ou les soldats du Roi ?

S'ils sont également généreux, magnanimes.

Il faut donner la palme aux martyrs de la Foi.

Notre cher Canada brille par ses ressources,

Trésors illimités de mines, de forêts. •

De mers et de moissons, — intarissables sources

D'abondante richesse et d'immenses progrès.

Mais de tous ces trésors quels sont les plus sublimes,

Les bienfaits de l'Eglise ou les bienfaits du Eoi ?

S'ils sont également précieux, magnanimes.

Il faut donner la palme aux œuvres de la Foi.

Notre cher Canada brille par ses lumières.

Ses flambeaux éclairant notre société.

De la jeunesse ardente illustrant les carrières

Et lui donnant l'essor vers la célébrité.

Mais de tous ces flambeaux quels sont les plus sublimes

Les astres de l'Eglise ou les astres du Roi ?

S'ils sont également radieux, magnanimes.

Il faut donner la palme aux soleils de la Foi.

Chantons notre noble origine.

I^e sang pur et choisi des Français nos aïeux : Jadis du Canada la mission divine Attira tant de saints, de héros et de preux !

Chantons nos époques sublimes :

Cartier plantant la croix sur le sol virgimil, Champlain fondant Québec sur d'opulentes cimes, Maisonneuve donnant l'essor au Mont-Roval.

Chantons nos découvreurs alertes :

Sur les flots des grands lacs sieur de la Vérendry; Marquette encor plus loin poussant les découvertes: La Salle parcourant tout le Mississipi.

Chantons les misères sans nombre De nos pères traqués au milieu de leurs champs, Faisant le coup de feu sur l'Iroquois dans l'ombre Et dépouillant le sol de ses arbres géants.

Chantons nos héros magnanimes Contre qui se brisa le choc des assaillants : Dollard ou les dix-sept volontaires victimes. D'Ibervrlle et Lemoyne aux faits-d'armes brillants.

Chantons notre foi conquérante :

Xos Laval, nos Plessis: pontifes courageux Qui firent triompher, de main ferme et puissante, La Croix et l'Evangile en des temps orageux.

Chantons nos saintes fondatrices :

Mance, Incarnation, de Youville. Bourgeois: Héroïnes d'amour, dont les purs sacrifices Valent de nos guerriers les plus fameux exploits.

Chantons nos élus du martyre :

Nos Jogues, Lallemand, Brébeuf et Daniel Cueillant sur les bûchers où la foi les attire Un supplice barbare, un triomphe étemel.

Chantons nos soldats, nos victoires :

Frontenac et Montcalm, Lévis, Salaberry : Eclatants souvenirs, impérissables gloires, Que notre peuple entier acclame d'un seul cri.

Chantons nos foudres d'éloquence, Indomptables tribuns sans trêve ni quartier, Les nobles champions de notre indépendance : Morin et Papineau, Lafontaine et Cartier.

Chantons nos braves patriotes Aux jours de trente-sept, époque de malheur. Où pour briser le joug de nos maîtres despotes. Ils versèrent leur sang avec tant de valeur !

Chantons nos foyers de lumières :

Notre éducation aux classiques flambeaux. Nos universités, collèges, séminaires, Nos écoles d'enfance aux résultats si beaux !

Chantons notre langue française, Langue de Bossuet, langue de nos aïeux. Langue où la foi respire, où le coeur est à l'aise, De nos mères le verbe agréable et joyeux.

Chantons nos maisons de refuge :

Ces royaumes bénis des Sœurs de charité, Où l'on voit se combattre, en un double déluge. Un océan de maux, un autre de bonté.

Chantons l'Eglise notre mère Qui ne cessa jamais de diriger nos pas. De consoler nos cœurs en toute épreuve amère, De bénir nos efforts, de nous tendre les bras.

Chantons nos apôtres célèbres Que dans tous ses confins FAmérique reçut^ Qui firent succéder la lumière ^ux ténèbres D'une mer jusqu'à l'autre et du Nord jusqu'au Sud.

Chantons notre fleuve admirable Le Saint-Laurent au cours noble et majestueux; Nos chutes, nos torrents de force incomparable, Nos rivières, nos lacs et nos ports somptueux.

Chantons nos splendides rivages Où la grève et la mer unissent leur beauté^ Où tant de visiteurs, amants des douces plages, Viennent humer l'air pur, recouvrer leur santé.

Chantons nos montagnes altières, Nos immenses forêts, nos fertiles vallons. Nos plaines de l'Ouest, inépuisables terres Où le froment doré déborde les colons.

Chantons nos chasses glorieuses :

Orignaux et chevreuils, caribous et castors : De nos bateaux pêcheurs les pêches merveilleuses Le saumon, le hareng, la morue à pleins bords.

Chantons nos richesses minières :

Nos Cobalts pleins d'argent, nos Klondykes pleins d'or; Notre feuille d'érable et nos érablières, A la foi~s du pays l'emblème et le décor.

. Chantons la belle Canadienne, Sa riante figure et ses jolis yeux doux : . .

Vaillante en ses devoirs d'épouse et de chrétienne, Féconde en héritiers ^de son illustre époux.

Chantons nos frères des campagnes, Leur paisible existence et leur frugalité : Fortunés habitants qui, près de leurs compagnes, Trouvent le vrai bonheur et la prospérité.

Chantons notre ferme espérance En un bel avenir sans cesse grandissant : Gloire à notre pays pour sa fortune immense. Et pour tant de bienfaits grâce à Dieu tout-puissant 1

Chantons nos chansons populaires, Concerts de notre enfance, échos de nos berceaux, Héritage sacré de la voix de nos mères, Refrains de nos aïeux au fond de leurs tombeaux.

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