‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 64 sur 80 · EFFRONTERIE DES VOLEURS · texte numérisé non relu

EFFRONTERIE DES VOLEURS

Deux renards ayant fait bombance, Une nuit, dans un poulailler, Dansèrent, le matin, une terrible danse, ,

En se faisant battre et fouailier.

Car ils furent surpris au milieu de leur crime,

Puis enfermés comme en prison;

Et tous les gens de la maison Voulurent se donner le plaisir légitime

D'exterminer les deux brigands.

On s'en vint, armé jusqu'aux dents De fouets, de bâtons et de pierres.

"Vous allez donc payer vos larcins, mes compères," Leur criait le fermier, pendant qu'on les frappait. Us s'élançaient partout; partout le coup tombait.

On élevait contre eux une telle huée, On leur administrait une telle raclée,

Qu'ils ne savaient par oii bondir. . . . Dans un suprême effort sur des planches mal jointes,

Ils firent un trou pour sortir.

Tout en se déchirant sur des dous, sur des pointes, — Us pouvaient aussi bien dans le feu s'engloutir, — Tout en laissant leur poil, en écorchant leur queue,

Affolés par une peur blue.

Us passèrent enfin et rentrèrent sous bois.

Malgré leur état pitoyable, ATec une audace incroyable, Ils parurent tout fiers de leurs tristes exploits, Se flattant qu'après telle épreuve Ils n'en auraient que plus d'honneur.

"En vain de ses affronts le fermier nous abreuve, Nous revenons toujours avec gloire et bonheur".

Disaient-ils, remplis d'allégresse.

Le peupile renard en liesse, Animé sur ce point des mêmes sentiments, Les reçut en triomphe .... On vanta leur adresse,

On les gonfla de compliments; Bien loin de regarder comme chose blâmable. Et comme le dernier des avilissements.

L'acte honteux, abominable, De se glisser, pour meurtre et vol, dans une étable,

Et d'y recevoir, aux abois.

Sinon la mort, au moins parfois.

Une bastonnade effroyable

Du fermier vengeur de ses droits.

MORALE

Qu'on apprenne, par cette histoire, Combien sont effrontés, privés de sens moral. Tous les héros du vice et du crime et du mal

Qui s'en font des titres de gloire !

Se moquer des honnêtes gens.

Echapper à toute vengeance, Eviter la prison, le bagne et la potence. Voilà, pardessus tout, le bonheur des méchants !

J ICnupa iro^nufî Agneaux

ROURIE DES BRIGANDS

Les loups, depuis longtemps, dans leur malice extrême, Rôdaient autour du clos, cherchaient un stratagème Pour dévorer d'un coup, le troupeau tout entier : Carcasse de mouton est si tendre à croquer !

Un bon jour, Tun d'entre eux harangua ses confrères: "Accourez tous ici, venez, mes chers compères, Je viens de découvrir une brebis galeuse ! Déposons maintenant notre humeur belliqueuse; Usons de ruse enfin, c'est la ruse qu'il faut; Nous allons dénoncer, en bloc, tout le troupeau. Et gagner le pasteur à faire notre affaire ! Vous demandez comment? La chose est toute claire : Qu'il chasse les brebis dans les champs, dans les bois. Soudain, nous voilà tous à des noces de rois ! Affublons-nous d'abord, pour tromj^er davantage. Des toisons des agneaux dont nous fîmes carnage. Et crions au pasteur contre l'infection ! Pour sauver les petits de la contagion, Ne chassera -t-il pas ces brebis gangrenées ?"

A ce discours, voilà les bêtes forcenées

Au comble de la joie: on gambade et l'on rit;

D'un triomphe certain chacun se réjouit !

Bientôt, les voilà tons, en phalanges serrées, Peaux d'agneaux sur le dos, et les griffes rentrées, Tête basse et dolente, avec pleurs dans les yeux, Les voilà gémissant, criant à qui mieux mieux Que la peste, la gale a gangrené leurs mères. Que les pauvres agneaux ont horreur des ulcères, Et que, pour les sauver, le pasteur aussitôt Doit chasser les brebis, bien loin, sans dire mot !

"Holà ! dit le pasteur, satanés escogriffes, Je vois vos yeux brûlants et vos dents et vos griffes ! Votre voix vous trahit, car au lieu de bêler, Vous ne faites toujours que gronder, que hurler ! Votre allure, vos traits me révèlent vos crimes, Et vous cherchez encor de nouvelles victimes ! Vous avez mal posé la laine sur vos dos ! Vous êtes loups ! Je vois vos atroces complots ! C'est vous qu'il faut chasser: décampez au plus vite, Ou gare le fusif et mon chien qui s'irrite !"

Les loups, désappointés, regagnèrent le bois.

Honteux d'avoir encore été si maladroits !

Le pasteur supprima la bête malheureuse.

Le troupeau fut sauvé par sa main courageuse,

Les agneaux, rassurés, suivirent les brebis.

Et l'on chanta bientôt : Paix dans tous les esprits

Mal d'un particulier n'est pas mal de tout homme, Et quel zèle effrayant de vouloir qu'on assomme, Pour les fautes d'un seul, un état tout entier ! Chrétiens, laissez aux loups cet ignoble métier !

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