‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 71 sur 80 · ABOMINATIONS DU SOCIALISME · texte numérisé non relu

ABOMINATIONS DU SOCIALISME

Un loup socialiste et gonflé de science,

Aussi riche en orgueil que pauvre en conscience,

Etait un grand objet de curiosité.

Il avait en captivité,

En écoutant j)arler ses maîtres

Contre les tyrans et les traîtres,

Acquis son trésor de savoir.

On venait de loin pour le voir, Et l'entendre exposer les nouvelles doctrines. Un jour, devant les siens, et les tribus voisines, (Une immense assemblée était là, sur le lieu),

Maître loup prêchait avec feu La révolution, en exaltait la gloire, La proposait à suivre à son vaste auditoire.

Son discours était : Liberté !

Egalité, Fraternité !

"La Liberté, messieurs, c'est de faire à sa guise.

De tout dire et de tout penser !

Et tout homme a ce droit, sans qu'aucune maîtrise

Ne puisse nous en imposer.

Mais si votre voisin vous déplaît et vous gêne,

Si vous convoitez son domaine,

Et si vous êtes le plus fort.

Votre pouvoir sur lui s'étend jusqu'à la mort !

Xe vous en mettez pas en peine :

La Liberté, messieurs, sera toujours du bord

Où la force est la plus certaine !

L'Egalité, messieurs, c'est passer le niveau

Sur les têtes supérieures :

Le même rang partout! Point de nobles en haut !

Point de castes inférieures !

Avec cette réserve, — il faut en convenir, — Que la place d'en haut pour vous sera fort bonne,

Si vous pouvez y parvenir; Et là, que vous devez ne tolérer personne

Qui se dise de votre rang !

L'Egalité, messieurs, quand ce mot-là résonne,

Que chacun s'estime plus grand !

Et la Fraternité, messieurs, j'ose le dire,

Est la plus amiable des trois :

Il faut aimer jusqu'au délire

Les instruments de nos exploits.

Tout le temps qu'ils sont nécessaires; /Mais au terme de vos atTaires,

Brisez ces rivaux ennuyeux,

Ne partagez pas avec eux.

Reprenez votre indépendance; Car la Fraternité, messieurs, dans son essence, Consiste à supprimer les frères dangereux !"

L'orateur essuya sa face Toute couverte de sueur.

Un vieux singe aussitôt, faisant une grimace, Lui demande, d'un ton moqueur, D'où vient une telle doctrine,

Pleine d'absurdité, de contradiction !

"Mais elle est noble, elle est divine, Dit le loup vivement, avec émotion,

C'est la doctrine de la France,

Le pays de l'intelligence ! * '

Depuis plus de cent ans, messieurs, ce peuple altier Prêche ces trois grands mots à l'univers entier !

On les met partout en pratique.

Au sein de chaque République.

Je vous propose donc, messieurs les Animaux, De suivre, à notre tour, des exemples si beaux !"

Le vieux singe, animé d'une ardeur sans pareille, N'entendit point de cette oreille :

"Imbécile, ne vois-tu pas

Que les hommes, seuls, ici-bas,

Sont assez fous et misérables

Pour s'entre-dévorer ainsi ?

Vous n'introduirez pas ici

Vos maximes abominables.

Messieurs, pensez-y donc. . . Dévorer nos semblables!...

Le loup même épargne le loup !

n faut combattre jusqu'au bout

Des doctrines si sanguinaires;

Laissons à leurs tristes affaires

Les humains plus bêtes que nous !

Dites, messieurs, qu'en pensez-vous ?

On dévore déjà les races étrangères :

Faudra-t-il donc encor s'égorger entre frères ?"

L'assemblée à ces mots, s'écria: "Non jamais !

Parmi nous tous, tant que nous sommes,

On ne verra de tels forfaits !

Que ces lois-là restent aux hommes

Plus baudets que les vrais baudets,

Plus menteurs et plus hypocrite^

Que renafds se faisant ermites.

Plus féroces que loups et tigres des forêts !"

Vaincu, çléconcerté par ces cris d'anathème, L'orateur s'esquiva, se disant en lui-même : "Me serais-je trompé ? N'ai-je pas bien compris Mes savants maîtres de Paris ?"

Que de sottises ridicules Nous font tous ces blancs-becs, les stupides émules

Des monstrueux libres -penseurs !

Si l'on voit parmi nous, chavirer tant de têtes, Il est fort consolant qu'au moins parmi les Bêtes On se moque à grands cris de ces tristes farceurs !

Cette pièce fut composée en l'honneur du charmant petit journal qui fut publié jadis au collège de Chicoutimi sous le même titre. Ceux qui se rappellent bien cette feuille minuscule y verront tout de suite, non seulement un hommage d'affection et d'admiration, mais encore un emblème exprimant parfaitement le double caractère d'amabilité et de combativité qui distingua toujours le vif et allègre petit "oiseau" de Chicoutimi.

Or, aziir^t rubis, émeraude et topaze.

Ineffables reflets, radieuses couleurs,

Etincellent sur lui comme un feu qui s'embrase ;

Il surpasse en éclat les plus brillantes fleurs !

Je le vois, je l'admire, et je tombe en extase :

Toute mon âme est là, je ne puis voir ailleurs;

Si délicat ! si beau î voilà ce qui me touche. . . . O le cher petit Oiseau-Mouche Qui nous ravit par ses splendeurs !

Tout à coup il arrive, il voltige, il bourdonne,

Venant on ne sait d'où comme un joj'^au du ciel;

Il paraît immobile et sa gorge rayonne;

Il enlève à la fleur son insecte ou son miel :

Cette apparition me fascine et m'étonne;

Toute mon âme est là, je ne puis voir ailleurs;

Si délicat ! si beau ! Voilà ce qui me touche. . . . O le cher petit Oiseau-Mouche, Qui nous ravit par ses splendeurs !

Au milieu des lilas un instant il se pose;

Mais dans tous, nos jardins, rien n'est digne de lui,

Ni ces lilas en fleurs, ni le lis, ni la rose. . . .

Je le contemple encor quand il a déjà fui !

Longtemps, je vois briller, miroiter quelque chose;

Toute mon âme est là, je ne puis voir ailleurs;

Si délicat! si beau! Voilà ce qui me touche. . . . O le cher petit Oiseau-]Srouche, Qui nous ravit par ses splendeurs !

Trouverez- vous son nid, adorable merveille j

Pour lit, soie et duvet : et pour oeufs, deux pois blancs !

A peine les petits sont gros comme une abeille.

Déjà brillent ouverts leurs yeux étincelants !

Quels bijoux ! quels trésors ! quelle' teinte vermeille !

Toute mon âme est là, je ne puis voir ailleurs;

Si délicat! si beau! Voilà ce qui me touche. . . . O le cher petit Oiseau-Mouche, Qui nous ravit par ses splendeurs !

Pour défendre les siens quel sublime courage !

Hérissé. Fœil en feu, tout son corps a frémi;

Contre l'oiseau suspect il s'enflamme de rage;

Vo3^ez4e, comme un trait, fondre sur l'ennemi !

J'admire, encore plus, ce héros du bocage;

Toute mon âme est là,- je ne puis voir ailleurs ;

Si délicat ! si beau ! Voilà ce qui me touche .... O le cher petit Oiseau-Mouche, Qui nous ravit par ses splendeurs ! i

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CONTEIBUTION AU

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