‹ Elévations poétiques (volume 2)Chapitre 70 sur 80 · LAIDEUR UTILE VAUT MIEUX QUE BEAUTE .MALFAISANTE · texte numérisé non relu

LAIDEUR UTILE VAUT MIEUX QUE BEAUTE .MALFAISANTE

Un jardinier prenait un soin extrême A conserver l'engeance des crapauds; Tandis que, pris d'une rage suprême, Il détruisait papillons les plus beaux.

En tuant vers de fleurs et de légimies.

Ces vers, un jour, avec grande amertume. Au jardinier se plaignirent ainsi :

"Pourquoi, choyant les monstres que voici, Nous tuer, nous qu'on aperçoit à peine ?

Notre laideur n'est pas la plus vilaine; Et puis, bientôt, nous voilà papillons ! Vous connaissez notre métamorphose Par quoi, sortant de nos cocons, Nous sommes la plus belle chose Des airs, des jardins, des vallons !"

L'homme reprit: "Votre discours perfide Pourra tromper de plus simples que moi. Des papillons l'apparence candide N'en impose pas à ma foi;

Car ils vivent un jour, une heure, Pour former quoi?— ceci m'écœure, — Des chenilles, des vers mauvais, ^ • En plus grand nombre que jamais !

Et vous ensuite, abominable peste.

Vous dévorez mes vergers, mes jardins ! Votre nuisance est plus que manifeste; Je vous assomme à grands coups de gourdins; Et mon travail n'allant pas assez vite, Je fais agir les aides que voilà.

C'est juste. A chacun son mérite !

Si je le peux, race maudite.

Nulle aux crapauds ne survivra.

En vain leur nombre vous irrite :

Plus il en est, plus j'en profita :

Leur gueule vous engloutira; C'est le gouffre qui vous consomme !"

Il était sage, ce bonhomme !

Périsse, en effet, la beauté

Qui. traître à son dehors aimable,

N'engendre que l'iniquité.

N'est-il pas cent fois préférable

De conserver des êtres laids

Qui nous rendent, chose admirable,

Modestement leurs doux bienfaits ?

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