‹ Élévations poétiques (volume 3)Chapitre 102 sur 114 · MORT DE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

MORT DE SAINT JEAN-BAPTISTE

Hérode, le tétrarque, à tous ses autres crimes,

Ajouta le crime odieux

D'un mariage incestueux Qui l'entraîna bientôt dans les pires abîmes.

Il avait pris pour femme, en son funeste amour, La propre épouse de son frère ! . . . . De la façon la plus sévère,

Jean le réprimandait sans crainte et sans détour.

" Cela n'est pas permis; renvoyez cette femme,"

Lui disait il à tout propos.

Le roi s'indignait à ces mots Qui ne faisaient qu'aigrir sa fureur et sa flamme.

Enfin, dans sa colère, il fit mettre en prison L'apôtre au zèle intolérable.

Mais Jean, de son œil redoutable,

Le poursuivait encore et troublait sa raison.

" Mettez-le donc à mort," disait Hérodiade. . . .

Mais le roi craintif le gardait;

Souvent même il le consultait Dans les perplexités de son esprit malade.

Il le savait toujours un homme juste et droit, Plein de sagesse et de prudence ; Lui conservant sa confiance,

Il le vénérait même, en ses jours de sang-froid.

Une époque arriva, splendide, favorable

Aux vœux de la femme sans foi :

Ce fut à la fête du roi

Qu 'liée assouvit enfin sa vengeance implacable.

Hérode fit mander au banquet somptueux Les gens de haute renommée, Les princes, les chefs de l'armée,

Tous les grands de la cour et ses amis nombreux.

D'Hérodiade, alors, la fille gracieuse

Entra, dansa devant le roi ;

Hérode, l'âme en désarroi, Aussitôt s'enflamma pour la belle dnnseuse.

Elle fut si charmante; elle plut tellement Au roi puis à tous les convives, Que toutes ces âmes lascives

L'admiraient sans relâche, avec ravissement.

Hérode, enfin, lui dit, égaré par l'ivresse De l'amour, autant que du vin :

" O fille, ton charme est divin,

Et tu remplis mon cœur d'un excès de tendresse.

Aussi demande moi tout ce que tu voudras ;

Dis, que faut-il à ton sourire ?. . . .

Une moitié de mon empire ?....' Parle, dis-le sans crainte et tu l'emporteras.

Ta figure est un ciel, ta présence est un baume ;

Je te le jure avec serment :

Tu régneras entièrement Sur la plus riche part de mon vaste royaume."

La fille, en frémissant de bonheur et d'orgueil, Accourt et demande à sa mère :

" Que faut-il donc que je préfère ?. . . .

A ces offres du roi quel sera mon accueil ?". . . . —

" Oh ! s'écria la mère, à son tour frémissante,

Et l'œil en feu comme Satan,

Demande la tête de Jean. . . .

Que je la voie hideuse. . . . impuissante et sanglante'."

La fille, de ce pas, s'en revient dire au roi : " Que ma bouche ne vous attriste :

C'est la tête de Jean -Baptiste

Qu'il me faut dans un plat, pour ma mère et pour moi.'

Le roi fut affligé d'une telle requête;

Mais à cause de son serment,

Il fît signe d'assentiment, Et, devant tout le monde, il accorda la tête.

Un soldat, glaive au point, entre donc en prison,

Exécute le meurtre infâme,

Et livre l'objet qu'on réclame Dans un rouge bassin provoquant le frisson.

Ce bassin fut donné par Hérode à la fille ;

A la mère ensuite il passa

Jean-Bapti?te ainsi trépassa En défenseur mart}^r des droits de la famille.

Ses disciples pieux embaumèrent son corps,

Le déposèrent dans la tombe ;

Et du genre humain toujours tombe Le pleur mêlé d'amour sur Saint-Jean depuis lors.

Ce fut vers ce temps-là que la rumeur publique,

Eprise du nom de Jésus,

Le proclamait de plus en plus, Et publiait partout son empire magique.

Mais la folle dispute à l'égard du Sauveur Prenait mille formes diverses. . . .

Le refrain de ces controverses

Etait : Prophète... . Elie. . ou Christ, ou Rédempteur.

Ces rumeurs, parvenant aux oreilles d'Hérode,

Le faisaient gémir et songer,

Alors que venait le ronger Le souvenir sanglant de l'horrible épisode.

" Vous êtes dans l'erreur," criait-il, excité Par le remords et le délire, — " Un homme d'un si grand empire

N'est pas autre que Jean, c'est Jean ressuscité ! "

bA SAINT JEAN-BAPTISTE

Hymne pour la fête nationale des Canadiens-Français

[Cette hymne fut composée en 1874, d'après la manière dont la fête se célébrait alors à St-Hyacinthe. Elle fut lue, cette année là, le jour même de la fête, à la communauté du Séminaire de St-Hyacinthe parle Directeur, (plus tard Supérieur), M. l'abbé Rémi Ouellette.]

Amour de la patrie, en ce grand jour de fête, Brille, éclate, rayonne, épanche tes ardeurs. Aujourd'hui, Canadiens, relevons notre tête ; Soyons fiers et chantons : depuis longtemps s'apprête Cette explosion de nos cœurs.

Que la nature est belle, aimable, radieuse ! Le ciel n'est-il pas pur ? Le vent n'est-il pas doux ? Le soleil verse à flots sa lumière joyeuse ; Les oiseaux, la verdure et la fleur gracieuse. . . Tout vit et s'anime avec nous.

Mais la voix du canon, la trompette sonore Ont assemblé le peuple et confondu les rangs ; On se connaît, on s'aime, on se parle, on s'honore ; Car la fraternité nous réunit encore, Pauvres, riches, petits et grands.

Et maintenant, voyez : la foule est dans le temple ;

Un prêtre sacrifie ; ou invoque le Ciel

O spectacle touchant ! —Oui, le Ciel te contemple; Nous présentons au monde un si brillant exemble, Ainsi groupés près de l'autel.

" Seigneur, disons-nous tous, acceptez-en la gloire : Vous nous l'avez donné ce pays de nos cœurs ! A vous tous nos exploits et toute notre histoire ! Nous avons toujours cru ; nous voulons toujours croire ; C'est vous qui faites les vainqueurs !

Contre nos ennemis, contre la terre inculte, Quel triomphe éclatant remporté par la foi ! Il nous importe peu qu'un vain monde l'insulte : Notre prospérité se doit à votre culte ; Notre grandeur à votre loi !

Pour conquérir le sol, y défendre sa vie, Ce n'était pas assez de la force des bras : Nos ancêtres puisaient une force infinie, Dans leur prière au Ciel et dans l'Eucharistie Qu'ils prenaient avant leur combats."

Ainsi parle la foule humblement prosternée, Demandant au Seigneur sa bénédiction. . . . Elle sort triomphante, exaltée, entrainée. . . . Les chariots sont prêts ; la marche est ordonnée : En avant, noble nation !

O nos sujets d'orgueil, gloires de la patrie, Défilez ! . . . Votre éclat redouble nos ardeurs. . . Métiers, professions, arts, commerce, industrie, Passé, présent, futur ; tout est là; tout nous crie : O peuple, voilà tes splendeurs !

Le bonheur est trop vif; les poitrines palpitent ; Et le bruit de nos chants se répand dans les airs : La musique résonne et les drapeaux s'agitent : Tels, soulevés, gonflés, les flots se précipitent Bruyants au sein des grandes mers.

Halte là ! Qu'on se presse !. . . Et dans les rangs, silence ! Voici venir les voix que demandent nos cœurs. L'amour veut s'exhaler; il lui faut l'éloquence ; L'enthousiasme éclate ; et l'orateur s'avance En s'inspirant de nos grandeurs*

Il parle. ... A nos regards il déroule l'histoire ; Il nous montre partout des spectacles brillants : " Canadiens, s'écrie-t-il, savourez votre gloire ; A ce noble calice il est noble de boire. . . *

Que tous les cœurs soient tressaillants !

Jacques-Cartier, Montcalrn, illustres capitaines, Que vous nous rappelez de vertus et d'exploits 1 Brébeuf et Lallemand, dans vos courses lointaines, Nous vous voyons encore, en victimes certaines, Porter aux sauvages la croix !

O sol du Canada, toi qu'aimèrent nos pères, Nous aimons tes forêts, tes grands lacs et tes champs ; Tu brilles par ton fleuve et tes larges rivières ; Tu montres tes cités, tes campagnes prospères, Ou vivent heureux tes enfants.

Honneur à vous, savants, écrivains et poètes, Vous qui resplendissez par de nobles travaux ! A vous, hommes d'état, intrépides athlètes, Qui remportiez pour nous des victoires complètes Dans des combats grands et loyaux ! "

Telle est des orateurs la parole de flamme ; Et la foule s'exalte à ces brûlants discours. Pas un titre d'honneur que la voix ne proclame; Pas un de ces accents qui n'enlève notre âme. . . . Et nous applaudissons toujours !

Enfin, l'on se disperse. . . . On s'en va, plein de joie, Se livrer aux festins, aux banquets, aux plaisirs. . . . La gaîté rit et chante, et l'esprit se déploie ; Tout un peuple jubile ; et chacun se renvoie Mêmes élans, même désirs.

Et le soir, quels transports ! Mille feux d'artifice Elèvent jusqu'au cieux l'allégresse et l'amour ; L'air est illuminé ; la nuit même est propice; On voit de toutes parts le fulgurant indice Des vrais bonheurs de ce grand jour !

Puissions-nous, Canadiens, paria Saint Jean-Baptiste, Retremper nos vertus, raviver notre foi ! Que Dieu veille sur nous ! Que Saint Jean nous assiste • O notre cher pays, que jamais rien de triste Ne vienne s'abattre sur toi !

Vis, grandis et prospère. ... A l'univers qui croule Prêche la vérité, la justice et la paix, .... Le monde est une mer de tempête et de houle : Montrons lui que partout où la foi se déroule, Dieu répand à flots ses bienfaits !

X^ois [egerçdes Jrçdierwes

l'ilet au massacre

le sagamo du kapskouc

l'outikou DES MÉCHINS

[On peut voir le récit en prose de ces trois légende», par J. C. Taché, dans Les Soirées Canadiennes, année 1861, sous le titre de " Trois légendes de mon pays," et dans une brochure, portant le même titre publiée plus tard par Cadieux et Derome. — A raison du pathétique et du sublime qui abondent en ce récit, il m'a semblé que le style poétique lui conviendrait beaucoup mieux.]

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