ÉLOGE DE SAINT JEAN-BAPTISTE PAR JÉSUS
Les disciples de Jean, voyant leur Maître encore, Avec lui conversaient, lorsqu'il fut en prison,. . . . " On suit Jésus partout comme un Dieu qu'on adore," Lui disaient-ils souvent, affligés sans raison.
De leur folle méprise et de leur jalousie C'est en vain que sans cesse il les dissuadait, En vain qu'il leur recommandait De suivre eux-mêmes le Messie. . . .
Toujours la répugnance en leur âme grondait.
Enfin, pour les convaincre et pour les mieux instruire
De leur propre devoir à l'égard de Jésus,
Il en délégua deux, avec ordre de dire :
" Maître, Jean nous envoie, et nous mêmes, confus,
Nous vous prions avec instance De vous faire connaître et de nous garantir
Si l'on doit avec assurance Voir en vous le Sauveur qui doit tout convertir."
Jésus les entendit, et pour toute réplique,
" Demeurez, leur dit-il, avec moi quelque temps."
De la façon la plus pratique,
Par des miracles éclatants, Il ninhifeste alors sa puissance divine, Et dit : " Voilà mon œuvre et voilà ma doctrine :
Le sourd entend, l'aveugle voit,
Le boiteux marche seul et droit,
Le lépreux est guéri, le d^mon mis en fuite,
Le mort, au besoin, ressuscite, Et l'Evangile au pauvre est prêché comme au grand.
Heureux tout homme qui ne prend Aucune cause en moi de scandale et de chute.
Allez donc, sans plus de dispute, Et vous direz à Jean ce que vous avez vu,
Ce que vous avez entendu."
Les disciples partis, Jésus à l'assistance
Dit : " Qui donc êtes-vous allés voir si souvent
Au désert du baptême et de la pénitence ?. . . .
Est-ce nn roseau fragile agité par le vent ?. . . .
Non, car il est debout, comme un arbre géant
Est-ce donc la splendeur, le luxe et la mollesse ?. . . . Non ; vous savez que la richesse Habite les palais des rois. . . .
Mais qui donc, encore une fois,
Etes-vous allés voir ? Est-un prêtre ?. . . Un prophète?.
Sachez-le, c'est un astre ; un astre qui reflète
La justice divine et la gr ace du Ciel ....
O trésor de mon Père ! . . . . O joyau d'Israël ! . . . . Entre tous les fruits de la femme, Il n'en est point né de plus grand.
C'est lui dont la voix me proclame,
Et l'univers tressaille à son cri pénétrant.
Or, voyez la grandeur du royaume céleste Que je vous apporte aujourd'hui :
Là-haut, le saint le plus modeste Est encore au dessus de lui.
Mais ce royaume, hélas I il souffre violence ; Il se conquiert uniquement Par la vertu, par la souffrance,
Par l'épreuve et la peine et le crucifiement. Voilà ce que tous les prophètes Ont enseigné jusqu'à nos jours.
Tenez donc vos cœurs prêts et vos oreilles prêtes
A s'ouvrir pour le ciel, à m'en tendre toujours,
Comme les sages font qui fléchissent leur têtes
Au baptême de Jean, à ses rudes discours.
A qui dirai~je, hélas ! que ce peuple est semblable ?
A de simples enfants, à des genx étourdis, Sur la place publique assis, Et, par un désaccord coupable,
Se disant l'un à l'autre : " Holà ! que faites-vous ?
Nous avons beau chanter pour la réjouissance, Nul d'entre vous n'ouvre la danse ;
Nul, non plus, ne gémit, si les airs les plus doux, Les plus funèbres de nos flûtes, Pleurent pour vous faire pleurer."
Vos contradictions, vos erreurs et vos luttes
Vous devez aujourd'hui déplorer ; Car Jean-Baptiste est là, mangeant, buvant à peine,
Et vous le dites possédé; Le Fils de l'homme vient, s'assied à table pleine ;
Changeant alors de procédé, Vous dites : "C'est un homme aimant la bonne chère,
Se plaisant à boire du vin, Favorisant les gens de vie irrégulière.
Vivant lui-même en publicain."
En vérité, pécheurs, voilà Ce que vous dites. . . . Ne cesserez-vous point ces discours hypocrites ?
On connaît la sagesse à ses nobles produits ;
Voyez l'œuvre de Jean si féconde en mérites ;
La mienne doit produire encor de plus beaux fruits ;
Car je ne suis pas seul à rendre témoignage
A la divinité de mon œuvre ici-bas.
Qui d'entre vous ne connait pas La réponse que Jean fit un jour au message Qui vint l'interroger touchant sa mission ?
Il me proclama le Messie,
Et confondant toute argutie, Prouva la vérité de son assertion.
Je ne vous parle ainsi que pour votre avantage,
Pour vous instruire et vous sauver.
Le temps est venu d'observer Qu'il est en ma faveur un autre témoignage Plus fort que ma parole et que celle de Jean. Sans doute Jean, pour vous, est une lampe ardente,
Une étoile resplendissaute ; Et vous avez bien fait, — dans votre noble élan, — De courir au Jourdain recevoir sa lumière ;
Mais à présent voici mon Père .
Qui me fait opérer des miracles divins;
Et ces prodiges surhumains
Où brillera toute ma gloire, Si je les accomplis au milieu d'Israël, Qui donc, juste et sensé, refusera de croire
Que je suis l'envoyé du Ciel ? "