VOIX DE L'UNIVERS
Proclamant l'existence de Dieu — >«+~e — -
Invisibilia Dei per ea quœ Jacta sunt intellecta, conspiciuntur,
Rom. I. 20.
On dit que l'univers, en matière cosmique, Etait à l'origine entièrement réduit ; Qu'une vapeur immense et partout identique Existait au milieu d'une profonde nuit.
Eh bien ! répondez-moi, parlez, je vous adjure, Atomes primitifs, êtes-vous éternels ?
Ou le point de départ de toute la nature Dépasse-t-il encor vos principes mortels ?
LES ATOMES
Le fait que votre esprit, avec indifférence,
Nous conçoit existant ou n'existant jamais,
Prouve l'inanité de toute notre essence :
C'est Dieu qui nous créa : nous ne venons qu'après !
On dit que la chaleur, mère de la lumière, Pénétra l'univers dans cet état gazeux ; Et que l'attraction sépara la matière En des amas distincts, devenus globuleux.
Atomes, répondez, êtes- vous par essence, Doués d'attraction, et chauds et lumineux ? Dites, pouvez- vous seuls expliquer la présence De ces globes divers, si vastes, si nombreux ?
LES ATOMES
Sans cesse nous perdons et chaleur et lumière : En nous le feu brillant n'est pas essentiel ! L'attraction non plus : autrement la matière N'eût formé qu'un seul giobe immense, universel !
On dit qu'une autre force apparut dans l'espace ; Que les globes enfin se mirent à tourner ; Que des anneaux géants, rompus de la surface, A l'entour des soleils durent tourbillonner.
Atomes, ces soleils, ces terres, ces systèmes Trouveront-ils en vous leur explication ? Vous est-il naturel de tourner sur vous-mêmes, Et d'imprimer aux corps cette rotation ?
LES ATOMES
Oh ! c'est Dieu qui lança les systèmes solaires ! Force à l'intérieur, force à l'extérieur : Ces deux activités sont deux forces contraires : Les mettre ensemble en nous, quelle funeste erreur !
On dit que par les lois d'affinités chimiques, Le refroidissement, la gravité des corps, Notre monde provient des éléments cosmiques, Tel qu'aujourd'hui nos yeux le voient avec transports- Atomes, quelles sont ces lois de la matière ? N'est-ce que le hasard ou la fatalité ? Viennent-elles de vous ? Est-ce à vous que la terre Doit tous ses minéraux et sa stabilité ?
LES ATOMES
Non ! Ne sommes-nous pas d'espèces différentes
Avec nombre et mesure, avec proportion ? Cherchez donc en Dieu seul ces lois intelligentes, Merveilles de sagesse et de précision !
On dit qu'en certains corps la croissance, la vie, La reproduction, apparurent un jour ; Qu'en eux-mêmes ces corps ont trouvé l'énergie Pour animer partout ce terrestre séjour.
Atomes, qu'avez-vous à dire en ce mystère ? Est-ce de vos flancs bruts un effort spontané ? En vous multipliant, en remplissant la terre, Est-ce de vous qu'enfin tout végétal est né ?
LES ATOMES
Quelle aberration ! Quelle affreuse folie t
Entre l'atome inerte et l'atome agissant,
La distance est immense, insondable, infinie !
Nul ne peut la franchir que le Dieu Tout-Puissant !
On dit que l'animal, autre forme vivante, Dans les airs, dans la mer, sur le sol verdoyant, Apparut à son tour, plus parfait que la plante, Marchant, sentant, criant, entendant et voyant !
Atomes, dites-nous, est-ce là votre ouvrage ? Etant organisés au sein du végétal, Avez- vous pu, d'un bond, opérer le passage, Et devenir enfin matière d'animal ?
LES ATOMES
Non ! . . . . Impossible à nous de franchir cet abîme ! Entre la plante aveugle et l'animal qui sent, C'est une différence admirable et sublime, Une énigme, un mystère encore plus pressant !
On dit que par milliers les espèces éteintes, Dans les terrains anciens se retrouvent partout ; Et qu'issus de ces morts, aux fossiles empreintes, Les genres actuels leur ressemblent en tout !
Àtomes, est-il vrai que toutes ces espèces Viennent d'un germe seul, par transformation ? Animaux, végétaux, lentement et par pièces, Sont-ils le simple fruit d'une évolution ?
LES ATOMES
Tout vivant sur la terre est parfait dans son type On ne voit nulle part la monstruosité : Preuve que chaque espèce a son propre principe, Et que Dieu la doua d'immutabilité ! i
Et pour couronnement, voici l'homme qui pense, L'homme qui délibère, agit de son plein gré, Qui parle, se connaît, jouit de conscience, Et trouve en son esprit l'univers concentré !
Atomes, d'où vient donc une telle excellence ? Vos tissus les plus fins et les plus délicats Ont-ils pu sécréter la fière intelligence Qui darde jusqu'au Ciel ses rayons, ses éclats ?
LES ATOMES
Devant l'esprit humain que l'univers s'incline ! Voilà le vrai chef-d'œuvre et l'image de Dieu ! Sur le plus noble corps une haleine divine Peut seule expliquer l'homme et son âme de feu !
Le monde a rendu témoignage :
Quelle voix peut être plus sage ?
Ainsi donc, mon Dieu ! l'on Vous voit,
Ou mieux, l'on Vous touche du doigt,
Quand Vous produisez la matière,
Et la chaleur et la lumière,
Avec foyers d'attraction,
Et double révolution
De tous les astres dans l'espace ;
Quand les minéraux à leur place
Viennent sûrement se ranger ;
Lorsque viennent se dégager
Les mille espèces végétales
Et tant de formes animales
Qui ne s'entrecroisent jamais ;
Lorsqu'enfin, prodigue à l'excès,
Vous soufflez votre intelligence,
Et communiquez votre essence
Au corps du roi de l'univers.
Oui ! c'est à ces titres divers,
Seigneur, que Vous êtes visible,
Qu'avec un bonheur indicible,
On se prosterne devant Vous.
Il nous est si cher et si doux
De penser que notre origine,
Etant de noblesse divine,
Nous devons retourner un jour
Vivre en votre propre séjour !
Combien aveugles, misérables,
Combien insensés et coupables,
Les méchants qui ne Vous voient pas !
Pour eux, tout devient ici-bas
Horreur, nuit profonde et mystère.
L'homme sans foi se désespère.
D'où vient-il ? Et quelle est sa fin ?
S'il meurt, où sera-t-il demain ?
Voilà le terrible problème
Qu'il roule toujours en lui-même,
Et qui le glace de terreur.
Mais pour moi, je Vous vois, Seigneur,
Je vois, je crois, j'espère et j'aime,
Et mon seul bonheur, c'est Vous-même
De plus en plus ravissez-moi !
Augmentez sans cesse ma foi !