‹ Élévations poétiques (volume 3)Chapitre 6 sur 114 · IMMENSITE DANS L'UNIVERS · texte numérisé non relu

IMMENSITE DANS L'UNIVERS

NTUITION DE DIEU

Mon âme, était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré, dans son immensité, L'univers et la terre avec l'humanité.

Tout se rapporte à l'homme :

Avec droit on le nomme

Maître, seigneur et roi !

Mais à l'homme lui-même Dieu révèle, impose sa loi.

Eloquence admirable, intelligence extrême, Tout est dans l'univers une leçon de foi.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité des cieux. J'ai reconnu, d'abord, dans l'astre radieux,

Le glorieux emblème

De Dieu, l'Etre suprême ;

La lune au front d'argent,

C'est la Vierge Marie ; Les étoiles du firmament Sont les anges, les saints, troupe presque infinie, Faisant avec bonheur, cortège au Tout- Puissant.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité des airs. N'est-ce pas Dieu qui parle au milieu des éclairs ?

N'est-ce pas le tonnerre

Qui marque sa colère ?

Et le bel arc-en-ciel

Qui promet sa clémence ?

Enfin, douces comme le miel, La pluie et la rosée, en torrents d'abondance, Sont les grâces sortant de son cœur paternel.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du sol. Comme un aigle géant, au gigantesque vol,

Le globe dans l'espace

Roule, passe et repasse,

Ne s'arrêta jamais,

Portant à sa surface Terres, mers, montagnes, forêts !

Et tout cela, de loin, n'est qu'un point qui s'efface : L'univers est si grand à nos yeux stupéfaits !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité des mers. J'ai vu se déchaîner les flots traîtres, pervers :

Grand Dieu ! que de victimes

Dans leurs sombres abîmes !

La mer, dans ses fureurs,

De la vie est l'image. . . .

La vie, où tant de voyageurs, Ballottés, tourmentés, font sans cesse naufrage, Périssent loin du port dans des gouffres d'horreurs !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité des bois. Partout la confiance et la crainte à la fois :

Les charmants oiseaux chantent,

Les ombres nous enchantent ;

Mais le serpent hideux

Et la bête sauvage De peur font dresser nos cheveux ; Image des démons nous guettant au passage, Pour dévorer notre âme et nous perdre avec eux.

Mon âme était, ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité des champs. Dans les fleurs, la verdure et les blés jaunissants,

On pressent l'allégresse,

La beauté, la richesse

Du royaume divin.

Nos vœux, notre prière, Doivent monter comme un parfum.

Le germe qui fleurit, pourrit d'abord en terre ; Ainsi, nous qui mourons, nous revivrons demain !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité des monts. C'est là sur les hauteurs, c'est là que nous voyons

La vanité du monde :

Tout nous y semble immonde :

On veut l'abandonner ....

Plus haut, plus haut encore, Nous voyons les aigles planer :

Un ennui plus profond aussitôt nous dévore : C'est Dieu ! C'est Dieu qui veut au Ciel nous entraîner

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité de l'air Qui pénètre partout jusqu'au fond de la mer.

Tous les vivants respirent,

Naissent, vivent, expirent

Dans ce vaste élément.

Ainsi Dieu nous pénètre Encore plus intimement.

Car tout être est en Dieu, Dieu se trouve en tout être, Infusant existence, action, mouvement !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du vent. Il souffle, hurle, tempête, et passe en soulevant

Des torrents de poussière ;

Il ravage la terre,

Brise, écrase, détruit !

Sur mer, que de nauffrages !

Le monde chancelle à ce bruit !

Notre vie est ainsi toute pleine d'omges ; Malheur à l'imprudent que le monde séduit !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité de l'eau. Un jour que Dieu voulut faire un monde nouveau,

L'eau noya le vieux monde.

Par la grâce et par l'onde

Sont formés les chrétiens.

Vapeurs, brouillards, nuages, Lacs, ruisseaux, fleuves souverains, Océans infinis, battus par les orages, Vie ou mort, l'eau partout coule autour des humains.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du feu. Le feu réchauffe, éclaire et pénètre tout lieu.

C'est une bienfaisance ;

Mais oh ! quelle souffrance

Quand il brûle à l'excès !

Les volcans, les cratères Font voir ses terribles effets :

Il dévore souvent des régions entières, Et sa rage, en enfer, ne s'éteindra jamais !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du temps. Qui comptera jamais les jours et les instants

Que durera le monde ?

O merveille profonde !

Le passé, l'avenir,

Sont des choses présentes Pour Dieu qui nous voit tous venir, Qui contemple déjà les scènes effrayantes Où le monde devra s'effondrer et finir !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité de foi Dans le cœur des chrétiens envers le divin Roi.

Est-il un sacrifice,

Est-il même un supplice

Que Dieu n'inspire pas ?

Qu'importe la souffrance, Les labeurs, les croix, les combats ?

Les yeux fixés au ciel, le cœur plein d'espérance, Vers Dieu qui nous attend nous dirigeons nos pas.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité d'amour Entre les saints et Dieu dans l'éternel séjour.

L'amour vrai sur la terre,

C'est le cœur d'une mère

Pour ses enfants chéris ;

C'est le cœur de l'Eglise, Le monde au pied du crucifix !

Mais il n'est pas d'amour, sur la terre, qui luise Comme le feu sacré dans les divins parvis !

Mon âme était ravie.

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du vrai. La vérité qui luit c'est un éclair, un trait

De lumière et de flamme,

Qui transporte notre âme

Par ses divins appas.

Et pourtant les nunges Obscurcissent tout ici-bas.

Mais là-haut, dans le ciel, au lieu d'ombre et d'images, C'est toi, splendeur de Dieu, qui nous éclaireras !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du beau. La beauté qui rayonne est un divin flambeau ;

Elle émet mille charmes,

Nous émeut jusqu'aux larmes,

Et captive nos cœurs.

Si la beauté du monde S'impose jiinsi par ses splendeurs, Que notre émotion "sera vive et profonde, Quand nous verrons de Dieu tous les charmes vainqueurs

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du bien Eclatant de partout dans le monde chrétien.

Dieu sur la croix expire,

Et je vois le martyre,

Les sublimes vertus,

Les charités sans nombre, De tous ceux qui suivent Jésus.

Du bien qu'on voit là-haut tout ce bien n'est qu'une ombre Allons, montons au Ciel avec tous les élus !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du cœur. De notre âme qui peut sonder la profondeur ?

Le cœur est un abîme

Effrayant et sublime !

Jetez-y les plaisirs,

Les honneurs, la fortune, Rien ne peut combler ses désirs.

Un désir plus brûlant sans cesse l'importune : La faim, la soif de Dieu causent tous nos soupirs !

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité du Ciel. Je ne vois même plus l'espace universel !

Auprès de ce royaume,

Le monde est un atome,

Une ombre, Un pur néant !

De lumière et de gloire Tout resplendit, tout est brillant !

C'est l'extase, l'amour, l'hosanna, la victoire ! Au milieu des élus, c'est Dieu tout rayonnant.

Mon âme était ravie,

Confondue, éblouie, Quand j'ai considéré l'immensité de Dieu. Sa présence dépasse et le temps et le lieu !

0 Dieu, maître des maîtres,

Source de tous les êtres,

Que votre empire est doux !

Vous voulez qu'on vous aime Au ciel face à face avec vous !

Objet de tous nos vœux, rassasiement suprême, Votre félicité se partage avec nous !

Page 1