‹ Élévations poétiques (volume 3)Chapitre 9 sur 114 · DIEU PARLE A ABRAHAM · texte numérisé non relu

DIEU PARLE A ABRAHAM

" Abram, tu quitteras la maison de ton père,

Et tes parents et ton pays ; Et tu demeureras dans la nouvelle terre

Que là-bas je te circonscris.

Regarde au loin ; regarde au nord, au sud ; regarde

A l'orient, à l'occident :

Terre immense et suberbe : ô mon fils, il me tarde

De t'y voir enfin résident.

Je te la donne à toi ; je la donne à ta race,

Glorieuse postérité :

Tes enfants, par milliers, rempliront cet espace. . .

Le nombre en est illimité.

On compterait plutôt les grains de la poussière,

Avec les étoiles du ciel :

Voilà la nation dont je te ferai père,

Par un pacte perpétuel.

Ceux qui te béniront seront bénis eux-mêmes

Comme il me plaît de te bénir ; Tes ennemis, vaincus, verront leurs anathèmes

Contre leurs têtes revenir.

Et ce ne sera point l'enfant de ta servante

Qui sera ton noble héritier ; Non ; je veux que Sarah, ta propre femme, enfante ;

Garde-toi de l'humilier.

Ismaël sera grand, je le bénis, je l'aime ;

Mais Isaac sera plus grand :

A lui seul ma promesse et mon amour suprême. .

Tes yeux le verront dans un an.

Vous serez circoncis en signe d'alliance ;

Vous serez mon peuple à jamais.

Qu'Abraham soit tou nom ; marchez en ma présence ;

Soyez toujours bons et parfaits.

Bientôt, je vais détruire et Sodome et Gomorrhe,

Villes d'abomination ....

Pourquoi demandes-tu que je suspende encore

Mes traits de malédiction ?

Des justes dans Sodome L.En trouves-tu cinquante ?..

Alors j'accorde le sursis...

Je n'en vois pas quarante !... Hélas ! pas même trente !..

Pas même vingt !. ..Pas même dix!. ..

Maintenant, Abraham, saisis ton fils unique,

En qui repose ton espoir :

J'en veux le sacrifice ; et là, mon doigt t'indique

La montagne où je veux l'avoir,

Mets-le sur le bûcher ;. ..frappe-le de ton glaive ;. .

Cette obéissance me plaît. ..

Tu vas donc l'immoler de ton bras qui se lève ! . .

Arrête L ..je suis satisfait.

J'ai voulu seulement te soumettre à l'épreuve,

Faire éclater ta grande foi.

Ton âme est intrépide ; et le monde a la preuve

Que tu n'épargnes rien pour moi.

Un jour, ta nation, d'une race étrangère

Subira le joug et les lois. ..

Courage ! . . Après ces jours de peine passagère,

Vous serez plus forts qu'autrefois.

O père des croyants ! — la terre tout entière

En toi, par toi, sera bénie :

De ton cœur de héros que rien ne désespère

Sortira l'Auteur de la vie ! "

Erudimini.

Qui n'a pas entendu cette grande parole Dont frémit encor l'univers ?

O langage de Dieu !. ..la nature frivole N'est plus rien avec ses concerts !

Admiramini et obstupescite.

Quelle est cette terreur qui s'empare du monde ?. ..

On n'entend plus le moindre bruit. . .

Tout se tait, dans les cieux, sur la terre et sur l'onde,

Même les clameurs de la nuit !

Incrédules, debout ! — c'est le temps de vous rendre :

Le prodige va s'accomplir !

Au ciel levez les yeux : Dieu va se faire entendre : Vous allez enfin tressaillir !

Vox de cœlis dicens.

(dieu parle a moïse et lui fait connaître sa mission.)

" Moïse, reste-là : cette terre est sacrée ;

Car je suis le Dieu d'Israël ; Enlève ta chaussure ; et la face atterrée,

Prête l'oreille à l'Eternel.

De mon peuple j'ai vu la dure servitude ;

J'entends tous les jours ses clameurs ; Voici que je descends ; je viens, d'une main rude,

L'arracher à ses oppresseurs.

Il me faut un prophète, un chef pour le conduire Sous d'autres cieux, bien loin d'ici. ..

Au pays d'Abraham tu devras l'introduire : C'est toi le chef que j'ai choisi.

Tu lui montreras donc cette terre promise

Où coule le lait et le miel ; Et tu le sauveras, de peur qu'il n'agonise

Dans cet esclavage cruel.

J'ordonne que ton frère Aaron t'accompagne, Ainsi que toi l'homme de Dieu ;

Vous marcherez trois jours, jusque sur la montagne ; Vous sacrifierez en ce lieu.

Je suis celui qui suis : voilà ce qu'il faut dire

A tout le peuple de ma part.

Allez, parlez, criez. ..C'est moi qui vous inspire ;

Que mon nom soit votre étendard !

Tu demandes un signe : eh ! bien jette par terre

Cette verge que tient ta main :

Tu vois, c'est un reptile. ..Attrappe la vipère,

Et la voilà verge soudain !

Un autre signe : mets ta main sur ta poitrine,

Et la lèpre l'envahira ; Cache-la de nouveau ; par ma vertu divine,

La lèpre aussitôt s'en ira.

Un autre signe encor : puise de l'eau du fleuve : Tu la vois se changer en sang :

Que le peuple, effrayé par cette horrible épreuve, Reconnaisse le Tout-Puissant !

Du tyran Pharaon lame est opiniâtre, Le cœur est dur comme un rocher.

Avec grande puissance il faudra le combattre, Pour qu'il veuille vous relâcher.

Il se rendra pourtant ; — car sans merci ni trêve, Ma vengeance le poursuivra ;

Je frapperai si fort, de mon bras, de mon glaive, Qu'à la fin il s'humiliera.

Puis, vous emprunterez de l'Egypte insolente Tout son or et tout son argent :

Ces biens, je vous les donne ; et la race opulente Sera comme un peuple indigent.

Tu te plains de ta langue !. . .Eh ! l'auteur de la bouche,

De tout verbe, n'est ce pas moi ?

Ta langue est éloquente : elle émeut, elle touche ;*

Car mon Esprit parle avec toi !

Et maintenant, debout, courage et confiance !

Vas avec ton frère Aaron.

Car l'heure sonne au Ciel pour votre délivrance

Allez vers le roi Pharaon."

Erudimini.

Qui n'a pas entendu cette grande parole Dont frémit encor l'univers ?

O langage de Dieu !.. .la nature frivole N'est plus rien avec ses concerts !

Admiramini et obstupescite.

Quelle est cette terreur qui s'empare du monde ?. ..

On n'entend plus le moindre bruit. ..

Tout se tait, dans les cieux, sur la terre et sur l'onde,

Même les clameurs de la nuit !

Incrédules, debout ! — c'est le temps de vous rendre :

Le prodige va s'accomplir !

Au ciel levez les yeux : Dieu va se faire entendre :

Vous allez enfin tressaillir !

Vox de cœlis dicens.

(dieu parle a moïse et lui fait délivrer le peuple hébreu.)

" Pharaon me résiste ! — Etends donc ta baguette Les eaux se changeront en sang ;

Et dans ce sang tout meurt ; et la foule inquiète Brûle de soif en gémissant.

Pharaon me résiste ! — Or, voici les grenouilles Couvrant, souillant tout le pays :

Des marais, des bas-fonds, ces hideuses dépouilles Sont partout, jusque sur les lits !

Pharaon me résiste ! — Eh ! bien frappe la terre Du pied Sitôt par millions,

Par nuages épais, naîtront de la poussière D'insupportables moucherons !

Pharaon me résiste ! — Appelle ici les mouches Qui dardent, qui piquent au vif :

Elles s'acharneront, dévorantes, farouches, Produisant un mal excessif !

Pharaon me résiste ! — Aveuglement funeste !

Je frapperai toujours plus fort :

Dans toute son horreur voici venir la peste,

L'air est plein de germes de mort !

Pharaon me résiste ! — A quoi faut-il descendre ?.. .

Les ulcères feront-ils mieux ?

Sur l'homme et l'animal répands donc de la cendre

Les couvrant d'ulcères affreux !

Pharaon me résiste ! — Invoaue le tonnerre,

La tempête et le feu du ciel :

D'une énorme grosseur, la grêle meurtrière

Fait un ravage universel !

Pharaon me résiste ! — Accourez, sauterelles,

Eclipsez l'astre radieux ; Consumez, dévorez, jusqu'aux moindres parcelles,

Ces champs qui me sont odieux !

Pharaon me résiste ! — Amenons les ténèbres Qui dureront pendant trois jours :

Nos ennemis, perdus dans ces ombres funèbres, Voudront-ils encore être sourds ?

Pharaon me résiste! — O démence suprême ! • Quand donc en verrai-je le bout ?

Pour écraser enfin cette malice extrême,

Je vais frapper mon plus grand coup !

Le premier né du roi, celui de la servante,

Celui de tous les animaux, Seront frappés de mort. ..L'horreur et l'épouvante

Hurleront devant .de tels maux !

Israël sera sauf ; — dans toutes ces souffrances, J'épargnerai jusqu'à vos chiens ;

Ne craignez pa3 pour vous ; mes dernières vengeances Sont pour les seuls Egyptiens !

Je leur ferai pousser une clameur si forte

Que nul n'a jamais entendu, Et n'entendra jamais un cri de cette sorte,

Au sein d'aucun monde éperdu !

Pharaon vous criera de partir au plus vite, Avec vos biens et vos troupeaux :

" Nous mourons, dira-t-il, notre terre est maudite : Voici le fléau des fléaux ! "

Comptez les jours du mois qui commence l'année : Comptez jusqu'à quatorze jours. ..

Alors, tenez- vous prêts. ..Au soir de la journée, Je vous sauverai pour toujours !

Chacun dans sa maison, chacun pour sa famille, Je veux qu'on immole un agneau ;

Qu'il ne soit que d'un an, que de blancheur il brille. . Immolez de même un chevreau.

Or, vous prendrez leur sang pour en marquer vos portes

Je passerai pendant la nuit ; Les anges de la mort, en funèbres cohortes,

Passeront eux-mêmes sans bruit.

Leur glaive touchera les maisons non marquées,

Et tous les premiers nés mourront!. ..

Mais vos maisons, à vous, par le sang indiquées

Les anges les respecteront.

A l'entour de vos reins ayez votre ceinture,

Car le départ presse beaucoup ; Dans vos mains un bâton, aux pieds votre chaussure ;

Mangez l'agneau pascal debout.

Voici l'heure !. ..Partez! . .A travers la mer Rouge, Ne craignez rien, vous passerez. ..

Un canal est ouvert. ..Aux côtés rien ne bouge. .. L'autre bord vous appelle. ..Entrez !. ..

Pharaon viendra-t-il arrêter votre fuite ?

Ah ! c'est ici que je l'attends ; Ici je vais moi-même arrêter la poursuite

De ses orgueilleux combattants.

Il vient plein de fureur. ..Après vous il s'engage,

Défiant les flots suspendus. ..

La mer, en bouillonnant referme le passage . . .

Les ennemis n'exisjbent plus !

Et maintenant, marchez vers la terre promise ;

Peuple, ton exil est fini !

Ne t'ai-je pas enfin délivré par Moïse?...

N'es-tu pas mon peuple béni ?

Ce jour où j'ai brisé vos chaînes d'esclavage, Qu'il vous soit comme un monument :

Célébrez, transmettez la Pâque d'âge en âge . . . Qu'elle dure éternellement !

Comme un gage d'amour et de reconnaissance, Consacrez-moi vos premiers-nés :

Voilà votre tribut. ..Voilà ma récompense... Qu'ils me soient librement donnés ! "

Erudimini.

Qui n'a pas entendu cette grande parole Dont frémit encor l'univers ?

0 langage de Dieu !. ..la nature frivole N'est plus rien avec ses concerts !

Admiramini et obstupescite.

Quelle est cette terreur qui s'empare du monde ?. ..

On n'entend plus le moindre bruit. ..

Tout se tait, dans les cieux, sur la terre et sur l'onde,

Même les clameurs de la nuit !

Incrédules, debout !— C'est le temps de vous rendre :

Le prodige va s'accomplir !

Au ciel levez les yeux : Dieu va se faire entendre :

Vous allez enfin tressaillir !

Vox de cœlis dicéns.

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