VII
" 0 mort, dira la mère, au sein de sa famille, De l'œil couvrant ses fils, du bras serrant sa fille, Ces enfants peuvent-ils se passer de mes soins ? Qui connait mieux que moi leurs multiples besoins ? Je leur enseigne Dieu, la vertu, la prière ; J'éloigne de leur cœur l'atteinte meurtrière Du vice, du péché, des méfaits attristants ; Je dirige partout leurs pas .... est-ce le temps De songer à mourir ?".... " Assez de verbiage." — Lui dit soudain la mort, — " dépose ton fardeau" .... Voilà ses jours comptés. . . . Elle expire avant l'âge. , On la couche dans le tombeau !
Omncs resurgemus.
Le Christ ressuscité, pourquoi douter encore
De notre résurrection ?
Aujourd'hui le tombeau, le ver qui nous dévore,
Demain la transformation !
Le Christ est devant nous.. . . Comme un aigle qui plane
Appelant à lui ses petits, Il nous appelle en Haut, loin du cercueil profané Où nos corps sont ensevelis.
Nos corps, de corrompus seront incorruptibles ;
D'obscurs, ils seront lumineux ; De mortels, immortels ; de souffrants, impassibles ;
De lourds, légers et glorieux !
Ils seront tranformés par la beauté divine
Dont notre âme resplendira ; Mais le corps du méchant, que rien ne prédestine, Avec horreur et honte à tous apparaîtra.
" 0 mort, n'approche pas, dira la jeune fille Au visage charmant, à la mine gentille, N'approche pas de moi, car je sens dans mon cœur Des élans, des transports, des frissons de bonheur ; Je porte dans mon âme une mer de tendresse Qui s'élance et déborde en torrents d'allégrese ; Le monde entier sourit à mes dix-huit printemps ; Je rêve d'aimer, d'être aimée. . . . est-ce le temps De songer à mourir ?".... " Assez de verbiage," — Lui dit soudain la mort, — "dépose ton fardeau". . . . Voilà ses jours comptés.. . . Elle expire avant l'âge.. . . On la couche dans le tombeau !
Putas ne vivent ossa ista ?
Des ossements flétris, des poussières arides,
Partout à la fin s'offriront :
Prophète, pensez-vous que ces restes putrides
A l'appel de Dieu revivront ?
J'entends avec effroi les trompettes qui sonnent ....
Tous les êtres sont alarmés ! . . . .
J'entends les voix, les cris, les échos qui résonnent :
Levez-vous, morts, vous qui dormez !
Et la terre frémit, et les tombes s'agitent,
Et les os s'adjoignent aux os, Et la chair se ranime, et les morts ressuscitent
De cet ineffable chaos !
Du Ciel et de l'Enfer les âmes sont venues
S'unir à leurs corps d'autrefois ; Et la foule, en tremblant, regarde dans les nues, Pour voir si Jésus-Christ paraît avec sa Croix !
L'enfant joyeux, vermeil, plein de force et de vie, Semble dire à la mort : " Frappe, je t'en défie ! Inutile pour toi d'épier tous mes pas. . . . Si jeune ! assurément tu me respecteras ; Tu me permettras bien de fournir ma carrière, Commune ou glorieuse, indigente ou princière : L'espérance, l'amour, les projets éclatants, Tout m'invite... . j'y crois, j'y rêve... . est-ce le temps De songer à mourir ?"...." Assez de verbiage," — Lui dit soudain la mort, — " dépose ton fardeau" .... Voilà ses jours comptés. ... Il expire avant l'âge. . . . On le couche dans le tombeau !
Ubi est, rnors, Victoria tua ?
Or, dans sa majesté, sa grandeur, sa puissance, Le Christ est descendu des Cieux ;
Sur les ressuscites, foule innombrable, immense, Il abaisse ses divins yeux.
Il parle !. . . . En un clin d'oeil dans les brûlants abîmes
Les réprouvés sont engloutis !. . . .
Puis il adresse aux siens ces mots doux et sublimes :
" O mes enfants chers et petits !
O vous, mes bien aimés, les Elus de mon Père,
Venez avec moi dans le Ciel ! " . . .. Et la sainte cité, resplendissante et fière,
Eclate en un chant solennel :
" O mort, n'es-tu pas morte ? . . . . Où donc est ta victoire
Et ton aiguillon venimeux ?
Viendras-tu nous troubler dans la céleste gloire ?. . . . Non, non, tu ne peux rien contre les Bienheureux !"
L'homme riche à la mort dira* d'un ton terrible : " Je souffre d'une soif ardente, inextinguible : Il me faut à tout prix, amasser des trésors ; Tel a toujours été l'objet de mes efforts ; Je compte pour des riens mes épargnes passées ; Les richesses du monde exaltent mes pensées : De l'or ! de l'or ! de l'or ! dis-je à tous les instants, Pour y plonger mon cœur, mes mains. . . est-ce le temps De songer à mourir ? ". . . " Assez de verbiage." — Lui dit soudain la mort, — dépose ton fardeau" . . Voilà ses jours comptés. ... Il expiré avant l'âge. ... . On le couche dans le tombeau !
Mors ultra non erit.
O mort, c'est bien assez que tu demeures reine
Dans le royaume des Enfers :
Hors du Ciel à jamais les adieux et la peine,
Les deuils et les chagrins amers !
Le Seigneur à jamais ravira de ses charmes
Tous les cœurs et tous les esprits, Et, de sa main divine, étanchera les larmes
Sur tous les visages flétris !
Le Seigneur à jamais répandra sa lumière
Eclipsant les feux du soleil ; Et pour les saints, plongés en Dieu qui les éclaire,
Plus de nuits et plus de sommeil !
Le Seigneur à jamais nourrira de lui-môme
Les Elus nageant dans l'amour, Dans la félicité, dans la gloire suprême, — Océans infinis de l'immortel séjour!
L'homme pauvre, à son tour, d'une voix lamentable, Représente à la mort le chagrin qui l'accable : " Je n'ai fait jusqu'ici que peiner et souffrir; Me faudrait-il déjà me coucher pour mourir ? Pourtant, j'avais l'espoir de goûter quelque joie Avant de m'en aller. . . . Faut-il donc que je voie, Moi seul infortuné, tous les autres contents ? N'importe, j'aime encore à vivre. . . . est-ce le temps De songer à mourir ?".... ''Assez de verbiage," — Lui dit soudain la mort, — " dépose ton fardeau Voilà ses jours comptés. ... Il expire avant l'âge. . . . On le couche dans le tombeau !
Resurrectio prima.
Pécheurs, désirez-vous que le Souverain Juge,
Un jour, illumine vos fronts ?
Voulez-vous à la droite avoir votre refuge,
Votre place parmi les bons ?
Désirez-vous enfin goûter les allégresses Dont s'enivrent les Bienheureux ?
Voulez-vous avoir part aux divines largesses Qui coulent à flots dans les Cieux ?
Eh ! bien, ressuscitez,, revenez à la vie,
A la grâce de votre Dieu !
A tout sentier d'erreur où votre âme dévie
Dites un éternel adieu !
Revenez aux vertus de votre heureuse enfance,
Revenez à la sainteté !
Déposez dans vos cœurs, par votre pénitence, Des germes de salut et d'immortalité !
" O mort, dira la voix stridente de l'impie, Je n'ai jamais connu les bienfaits de la vie ; Je ne m'en irai pas dans un tel désespoir ; Le ciel est-il partout si lugubre et si noir ? Je me suis enivré des voluptés du monde : Rien ne m'a satisfait ; mon cœur gémit et gronde ; Irrité, fatigué, tous mes sens palpitants, Je cherche des plaisirs nouveaux. . . . est-ce le temps De songer à mourir ?".... " Assez de verbiage," — Lui dit soudain la mort, — " dépose ton fardeau". . . . Voilà ses jours comptés. ... Il expire avant l'âge. . . . On le couche dans le tombeau !
Estote parati.
Puisque l'humanité meurt toujours avant l'âge
Où l'on s'attendrait à partir, Ne serait-il donc pas infiniment plus sage
D'être toujours prêt à mourir ?
Vous avez des trésors, des idoles chéries, Des travaux doux à votre cœur :
Substituez, de grâce, à vos idolâtries
Le seul amour d'un Dieu vainqueur !
Vous dites : " Ma famille, objet de ma tendresse, Moi mort, qui s'en occupera ?"....
Chassez de votre esprit cette amère tristesse : Dieu lui-même s'en chargera !
Vous tous qui gémissez, n'ayant trouvé sur terre
Qu'ennuis, chagrins, déceptions, Vous trouverez au Ciel, près de Dieu, votre Père, Des torrents infinis de consolations !