‹ Élévations poétiques (volume 3)Chapitre 96 sur 114 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Le roi dit à la mort : " Va-t-en vil lin fantôme ! Viendras-tu m'ordonner de quitter mon royaume ? Vois donc tous mes travaux si grands et si nombreux : Affermir ma maison, rendre mon peuple heureux, Consolider la paix, organiser la guerre, Lancer flottes sur l'onde, armer troupes sur terre, Vigilance au dehors, vigilance au dedans, Lois, traités, bals, banquets, discours. . est-ce le temps De songer à mourir ?"..:. " Assez de verbiage,"— Lui dit soudain la mort, — " dépose ton fardeau" . . Voilà ses jours comptés. . Il expire avant l'âge. . On le couche dans le tombeau !

Stipendium peccati trots.

Vous demandez pourquoi, de son bras implacable, La mort fauche ainsi les vivants ;

Et moi, je te demande, Humanité coupable, Si la mort n'est pas dans tes flancs !

Pourquoi donc, méprisant l'injonction formelle De Dieu, ton Maître et Créateur,

As-tu commis jadis la faute originelle De manger le fruit séducteur ?

Pourquoi, malgré le Ciel, malgré ta conscience, Malgré tous les divins bienfaits,

As-tu fait sur la terre un océan immense De tes innomblables forfaits ?

Oh ! tu n'es que péché ! . . . . Ton horrible souillure

Appelle un châtiment nouveau :

La dissolution, l'infecte pourriture, La poussière et la cendre et l'horreur du tombeau !

Le conquérant superbe à la mort ose dire : " Est-ce que je te crains ? Avec un doux sourire Je t'affronte sans cesse au milieu des combats ! Mais il faut que je vive : oh ! ne me touche pas ; Car voilà mon armée : à moi de la conduire ; Et l'armée ennemie : à moi de la détruire ; Pourrais-je abandonner mes braves combattants ? Je respire victoire et gloire . . est-ce le temps De songer à mourir ?. . " " Assez de verbiage," — Lui dit soudain la mort,—" dépose ton fardeau" . Voilà ses jours comptés. . Il expire avant l'âge. . On le couche dans le tombeau !

Animam pro anima.

N'était-ce pas assez de gémir sur la terre, JDans les plus pénibles travaux ?

De pleurer, d'endurer misère sur misère Avec d'interminables maux ?

Après tant de douleurs dont notre vie est pleine,

Fallait-il nous anéantir ?. . . .

Fallait-il donc encore,-- inexorable peine, —

Dans la tombe nous engloutir ? —

Pécheur, ne vois-tu pas la malice infinie

De ton cœur criant contre Dieu :

" Qu'il soit exterminé ! . . . . sa présence bannie

Du Ciel, d'ici-bas, de tout lieu ! "

A mort le déicide ! Et ce n'est que justice !

Il faut dent pour dent, œil pour œil . . Vive Dieu ! . . . . le tombeau n'est qu'un juste supplice A l'homme révolté, pour châtier son orgueil î

Le ministre de Dieu, brûlant de saintes flammes, Repoussera la mort au nom des chères âmes : " Tant de brebis, dit-il, encor loin du bercail ! Oh ! que ce soit ma vie, à force de travail, D'arracher à l'enfer des milliers de victimes ! Heureux de les sauver au milieu des abîmes, J'ouvre le ciel tout vaste aux pécheurs pénitents ; Et mon œuvre commence à peine,. . . . est-ce le temps De songer à mourir ?".... " Assez de verbiage," — Lui dit soudain la mort, — " dépose ton fardeau ". .

Voilà ses jours comptés Il expire avant l'âge. .

On le couche dans le tombeau !

Vivens mortua est.

Ton âme paraît vivre, et pourtant elle est morte,

O pécheur séparé de Dieu ! . . . .

Morte comme le corps que le cercueil emporte ! . . . .

Adieu, saintes vertus, adieu 1

Car l'âme de notre âme est la grâce divine

Qui fait sa gloire et sa beauté :

Avec Dieu lame vit, s'anime et s'illumine;

Sans Dieu,. . . . mort et stérilité !

Ame vivant sans Dieu, voilà donc ton emblème :

Le cadavre qui sent mauvais !

Et toi-même tu sens, et cadavre toi-même

Te voilà perdue à jamais !

Oui, perdue à jamais si tu ne ressuscites

Et ne sors du péché mortel ; Car Dieu, miséricorde et bonté sans limites, Ne t'ouvre le tombeau que pour t'ouvrir le Ciel !

" O mort, dit le savant, la science est ma vie : Ne me trouble donc pas; laisse-moi, je t'en prie, Etudier à fond les problèmes divers Que je trouve partout au sein de l'univers : Origine des cieux, physique, astronomie, Fossiles, minéraux, mécanique, chimie, Plantes, règne animal, primitifs habitants, Dieu, l'homme, la nature entière. . . . est-ce le temps De songer à mourir ?".... " Assez de verbiage-" — Lui dit soudain la mort, — "dépose ton fardeau ". . Voilà ses jours comptés. ... Il expire avant l'âge. . . On le couche dans le tombeau !

In Stagnum ignis.

Il est une autre mort mille fois plus fatale

Que le péché, que le trépas :

C'est la mort des méchants dans la flamme infernale ;

Rien d'aussi terrible ici-bas.

Satan, comme un éclair qui traverse la nue,

Y tombe englouti le premier ; Et que de malheureux épouvantent ma vue

Dans cet effroyable brasier !

Ils sont morts à l'amour, et morts à l'espérance,

Et morts à la félicité !

Consommés dans le mal et dans l'impénitence,

Ils sont morts pour l'éternité !

Pécheur, médite bien sur cette mort affreuse :

Libre à toi de t'en garantir :

Car Dieu dans sa bonté miséricordieuse, Ne te montre l'Enfer que pour te convertir.

Le vieillard imposant, à longue barbe blanche, Ne veut pas que la mort sur lui-même se penche ; " Car ma vie a passé, dit-il, comme un éclair ; Je veux jouir, au moins, de ma saison d'hiver ; Au soleil de l'étude et de l'expérience, Plus forte et plus vivace est mon intelligence ! Ne pourrais-je pas vivre au delà de cent ans ?

Je travaille, je lis, j'écris est-ce le temps

De songer à mourir ? " — " Assez de verbiage."— Lui dit soudain la mort.— " dépose ton fardeau ",

Voilà ses jours comptés Il expire avant l'âge

On le couche dans le tombeau !

Christus pro nobis mortuus est.

L'outrage du péché semblait irréparable

Dans son caractère infini ; Toute expiation, toute amende honorable,

N'offrait qu'un hommage terni.

Dieu dans la cendre humaine et nos vaines tristesses,

Ne voyait rien de précieux ; Et de l'indigne Enfer les peines vengeresses

Etaient chose vile à ses yeux.

Comment donc délivrer, ressusciter nos âmes

De tout esclavage de mort ? — Alors, brûlant de zèle et d'amoureuses flammes,

Le Christ épousa notre sort.

Voyez couler un sang d'un intini mérite ! . . . .

Voyez le Calvaire et la Croix ! . . . . L'outrage a disparu, .... notre dette s'acquite, .... L'Univers est sauvé par ces divins exploits !

" O mort, dira le père, en regardant le monde Où l'orgueil est sans fin, la misère profonde, Il me faut vivre encor pour établir mes fils ; Leur avenir me plonge en de sombres soucis ; Pourrais-je les quitter sans un noble héritage, Avec d'humbles emplois pour unique partage ? Non, non, je veux pour eux des biens plus importants : Je veux terres, châteaux, fortune. . . . est-ce le temps De songer à mourir ?".... " Assez de verbiage." — Lui dit soudain la mort. — " Dépose ton fardeau" .... Voilà ses jours comptés. ... Il expire avant l'âge. . . . On le couche dans le tombeau.

Resurrexit sicut dixit.

Le monde gémissait dans un triple servage :

L'Enfer, la mort et le péché ; Jésus-Christ ressuscite et détruit l'esclavage :

L'homme captif est relâché !

Jésus-Christ du péché subjugue la malice,

Car il brille de sainteté, Et nous dit; " Après moi, marchez dans la justice,

Libres de toute iniquité ! "

Jésus-Christ de la mort brise la tyrannie,

Car il sort vivant du tombeau,

Et nous dit : " Comme moi, vous qui perdez la vie, Un jour vous vivrez de nouveau ! "

Jésus-Christ de l'Enfer enchaîne la puissance,

Car il pénètre dans le Ciel, Et nous dit : " Suivez-moi, remplis de confiance, Et venez partager mon royaume éternel ! "

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