PRÉDICATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE
A l'entour de ses reins bouclant une ceinture, Jean portait un habit fait de poil de chameau ; Sauterelles et miel formaient sa nourriture ; Les torrents, pour sa soif, lui fournissaient leur eau.
Voilà qu'au quinzième an de l'empereur Tibère, La paix régnant parmi les peuples de la terre, Anne et Caïphe étant grands prêtres d'Israël, Pontius Pilatus, gouverneur de Judée, Hérode, l'Antipas, roi de la Galilée, Jean. ... de prêcher enfin reçut l'ordre du Ciel. L'univers vit alors le fils de Zacharie Vérifier ces mots du prophète Isaïe :
" Une voix surgira, criant dans le désert : Voici l'heure du Christ, préparez sa venue ; Rendez droits ses sentiers ; que tout mal diminue ; Que se ferme tout gouffre où le monde se perd ; Remplissez les vallons ; abaissez les montagnes ; Hâtez-vous d'aplanir les chemins raboteux, De redresser partout les chemins tortueux, Dans les fières cités, les bourgs et les campagnes, Où chacun verra de ses yeux Le Sauveur envoyé des Cieux."
Il s'en vint donc prêcher au désert de Judée, Parcourant les pays baignés par le Jourdain, Déployant dans son œuvre un zèle souverain, Communiquant au monde une nouvelle idée :
Celle du repentir et du retour à Dieu
Par un baptême pur dans les eaux de ce lieu.
Il exhortait le peuple à faire pénitence :
" A cause, disait-il, du Sauveur qui s'avance
Pour régénérer l'univers
Et le délivrer de ses fers."
De toutes parts, le peuple en grande multitude Se pressait pour entendre un langage si rude ; Et tous les convertis, leurs péchés confessés, Etaient par Jean-Baptiste aussitôt baptisés.
Apercevant un jour, au milieu de la place, Plusieurs Pharisiens, gens à perfide face,
Il leur cria, plein de courroux :
" Qui donc vons enseigna, vous, race de vipères, A redouter enfin les célestes colères
Qui vont bientôt fondre sur vous ?
Gardez-vous bien de dire : " Abraham notre père Sera notre Salut ; " — car du sein de la terre, Même de ces rochers, Dieu peut faire surgir Des enfants d'Abraham qui vous feront rougir. Les arbres sont déjà sondés jusqu'aux racines, Et tout arbre rebelle à porter de bons fruits Sera coupé, brûlé, comme un fagot d'épines ; Ainsi tous les méchants seront bientôt détruits. . . . Convertissez-vous donc et faites pénitence ;
Car voilà l'unique espérance
Que je donne à ceux que j'instruis."
Le peuple demandait comment il fallait vivre;
Et Jean leur répondait : " La règle qu'il faut suivre
En tout, c'est la sobriété,
La justice et la charité.
Avez-vous double habit ?. . . . faites-en le partage
Avec le pauvre et le vieillard ; Votre table offre-t-elle un excès d'étalage ?. . . .
A l'affamé faites-en part.
Vous, Publicains, soyez moins cruels, moins sévères,
N'exigez pas plus que le droit ; Vous, soldats, montrez- vous, sans fraudes, sans colères,
Contents de ce que l'on vous doit."
La foule, émerveillée, anxieuse, adoucie,
Se demandait si Jean n'était pas le Messie ;. . . .
" Non, leur répliquait-i), non, je ne le suis pas ;
Gardez -vous de cette méprise.
Il est vrai que je vous baptise, Mais dans l'eau seulement et d'un fragile bras. Mon baptême n'est rien que simple pénitence ; Plus grand, plus fort que moi sera le Rédempteur, Vrai Fils de Dieu, vrai Dieu dans sa toute-puissance. Que suis-en en mon néant ?. . . . Son humble précurseur Je ne mérite pas, courbé dans la poussière, De toucher aux cordons des souliers de ses pieds. Il tient déjà le van pour nettoyer son aire; Et quand il aura mis son blé dans ses greniers, Il brûlera la paille au feu de sa vengeance,
Feu qui ne s'éteindra jamais.
Rendez-vous donc enfin dignes de sa clémence,
De son amour et de sa paix.
Il vous baptisera d'un tout autre baptême,
Dans les flammes du Saint-Esprit, — Non plus l'avant-coureur, mais la substance me ne
Du vrai salut par Jésus-Christ."
C'est alors que Jésus vint de Ja Galilée, Pour recevoir lui-même, aux yeux de l'assemblée, Le baptême de Jean sur les bords du Jourdain : Dès qu'il l'eut aperçu, Jean s'exclama soudain : " Que vous veniez à moi, Seigneur , est-ce possible, Lorsque c'est moi, plutôt, qui dois aller à vous ? " — Jésus lui répondit : " L'accord soit entre nous : La justice requiert cette preuve sensible
Que nous obéissons tous deux
A notre Père dans les Cieux."
Or, Jésus baptisé, tout frémit sur la rive ....
Le Ciel s'illumine aussitôt. . . .
La lumière en sort à grand flot. . . . Sous forme de colombe à divine missive, Le Saint-Esprit descent, radieux, vers Jésus. . . .
Il vient se poser sur sa tête ....
La foule, tremblante, s'arrête. . . .
On admire, on adore, on ne respire plus. . . .
D'en Haut la parole du Père
Met au comble l'émotion :
" Voilà mon Fils. ... A lui le Sauveur de la terre, Toute ma complaisance et mon affection."