TÉMOIGNAGE DE SAINT JEAN-BAPTISTE ENVERS JÉSUS
Or, de Jérusalem, des prêtres, des lévites, Envoyés par les Juifs, un jour, vinrent à Jean, Voulant qu'il déclarât, en termes explicites, De quelle œuvre nouvelle il était l'artisan.
" Qui vous êtes,. . . .voilà tout ce qu'on vous demande; Si vous êtes le Christ, parlez, dites-le nous; Car votre renommée est maintenant si grande Que le monde se trouble et s'agite pour vous."
" Je ne suis point le Christ," Jean s'empresse de dire — " N'êtes-vous pas Elie ? " — " Oh ! je ne le suis pas," — " Maisvousêtesprophète?" — "Oh! quelnouveaudélire!" — Et tous ces gens voyaient croître leur embarras.
" Quoi donc, alors, quoi donc dites-vous de vous-même ? Quelle réponse, enfin, pouvons-nous rapporter ? Parlez, expliquez-vous ; car le conseil suprême Ne vous permettra point de le déconcerter." —
" Je ne suis que la voix de l'univers qui crie : Israël, tressaillez, car voici le Sauveur; Je ne suis que l'écho des clameurs d'Isaïe : Préparez, rendez droits les sentiers du Seigneur." —
" Vous n'êtes pas le Christ, vous n'êtes pas Elie, Vous n'êtes pas prophète : alors, dites pourquoi Vous baptisez dans l'eau. . . . Quelle est cette folie ? Prétendez- vous créer une nouvelle loi ? " —
" Je ne baptise hélas ! que pour la pénitence, Pour convertir vos cœurs au coeur de Jésus-Christ; Lui vous baptisera, non plus en apparence, Mais en vérité même au feu du Saint-Esprit.
Il est plus grand que moi ; je n'oserais, indigne, Dénouer seulement ses cordons de souliers. Vous l'ignorez encore ; et moi, je le désigne ; Allez donc tous à lui, vous jeter à ses pieds." —
Cette rencontre eut lieu tout près de Béthanie. Jean baptisait alors au delà du Jourdain. Cette terre, bientôt, devint sainte et bénie, Car on y vit passer Jésus le lendemain.
L'apôtre, en le voyant, se frappa la poitrine Et dit avec chaleur : " Voici l'Agneau de Dieu Dont l'infini mérite et la grâce divine Effacent les péchés de tout monde en tout lieu.
C'est de lui que j'ai dit: Il viendra tout-à-1'heure Un Saint plus grand que moi, plus ancien, plus puissant C'est pour lui qu'au désert j'ai fixé ma demeure ; C'est pour le révéler qu'on me voit baptisant.
Le Dieu qui m'envoya dit un jour à mon âme, Avant que j'eusse vu le Divin Rédempteur : " Mon Fils est celui-là sur qui l'Esprit de flamme Viendra, comme un oiseau, reposer sa splendeur."
Ce signe, je l'ai vu, car l'Esprit-Saint lui-même, Eavissante colombe, est descendu des Cieux ; A l'instant où. Jésus recevait mon baptême, Il se posa sur lui, visible à tous les yeux.
C'est pourquoi, maintenant, je lui rends témoignage, Proclamant que c'est lui, Fils unique de Dieu, Qui vient pour baptiser, sauver son héritage, Dans l'Esprit et le sang, dans l'amour et le feu."
Le jour suivant, Jésus repassant à distance, Jean l'aperçut encore et cria de nouveau : " Voici l'Agneau de Dieu; saluons sa présence : Respect, honneur et gloire à ce Divin Agneau ! " —
Deux disciples marchaient aux côtés de l'apôtre ; Le quittant aussitôt, ils suivirent Jésus. . . . 11 Pourquoi, dit le Sauveur, me suivre l'un et l'autre ?"- " Si nous allons au Christ, Jean ne nous retient plus
Maître, où demeurez- vous ? " — "Venez, voyez vous-
[mêmes" — Us ne se lassaient pas d'admirer ses discours. . . . Subjugués et ravis par ses charmes suprêmes, Us ne songèrent plus qu'à le suivre toujours.
André, l'un de ceux-là, courut dire à son frère ; Voilà que nous avons trouvé le Rédempteur." Simon vint à son tour : — " Tu t'appelleras Pierre," Dit Jésus, regardant ce nouveau serviteur.
Jésus vint en Judée avec tous ses disciples, Et restant en ces lieux, se mit à baptiser. Jean lui-même, à Salim aux fontaines multiples Baptisait et prêchait sans jamais se lasser.
Il s'éleva bientôt une étrange dispute Entre les deux partis : les amis du Sauveur Et les amis de Jean .... Au plus fort de la lutte, Ces derniers, résolus, dirent au Précurseur :
" Voyez, tous vont à lui . . . Souffrez-vous qu'il baptise ?. Ne fut-il pas par vous, Maître, dans le Jourdain, Lui-même baptisé ? . . . . Fonde-il une Eglise Pour combattre la vôtre, objet de son dédain ? " —
Jean leur dit : " Calmez- vous ; n'est-il pas nécessaire Qu'on me délaisse, moi, pour aller à Jésus ? Mon œuvre, sachez-le, doit être temporaire : Je m'effacerai ; lui. . . . croîtra de plus en plus.
Nul ne peut accomplir que la stricte mesure Du pouvoir qui lui fut conféré par le Ciel. N'ai-je pas toujours dit, sans la moindre imposture, Que j'ouvre, ici, la voie au Christ en Israël ?
N'est-ce pas à l'époux que l'épouse fidèle, Pour leur commun bonheur, tout entière se doit ? Et l'ami de l'époux, si son ami l'appelle, Approuve avec plaisir ce qu'il entend et voit.
Le Christ, voilà l'époux ; l'humanité perdue, Voilà, pour la sauver, l'épouse de son cœur ; Court-elle toute à lui, palpitante, éperdue, Moi, l'ami, je suis fier, que l'époux soit vainqueur.
Je suis le plus petit, car je viens de la terre ; Celui qui vient d'en Haut est au dessus de tous; Or, le Christ vient du Ciel, envoyé par son Père, Et moi, fils du néant, je n'en suis pas jaloux.
Mais l'envoyé de Dieu, s'il est seul à le dire, Sans autre témoignage et sans preuve à l'appui, Le monde le croira tombé dans le délire. . . . C'est pourquoi, devant tous, je témoigne de lui.
Je sais qu'il est le Christ et le Dieu véritable , Je sais que sa parole est le Verbe divin, Que son Père, l'aimant d'un amour ineffable, Lui donne son Esprit sans mesure et sans fin.
L'univers tout entier, voilà son héritage. . . . Le royaume éternel est le prix de la foi ; Tandis que les enfers deviendront le partage De ceux qui n'auront pas voulu suivre sa loi."