LA SAINTE FAMILLE EN EGYPTE
LA BOHEMIENNE
Bonne aventure de V Enfant Jésus
LEGENDE égyptienne De la Bohémienne Qui de TEnfant Jésus, En termes ingénus, Dit la bonne aventure Aussi belle que sûre : — La seule évidemment Qui put correctement, Une fois dans sa vie.
Dire la vérité !
Que nul donc ne s'y fie Dans sa témérité
' Elle était du pays aux monuments splendides,
Aux séculaires Pyramides; *
Sur sa robe d'azur, étoiles, diamants.
Et symboliques ornements.
De diverses couleurs, de céleste nature,
Formaient étrange bigarrure.
Elle vivait aux jours où le Verbe Incarné
Enfin sur la terre était né ; Où Jésus, reposant sur le coeur de Marie
Embrassait sa mère chérie; Où le cruel Hérode ordonnait aux bourreaux
D'égorger les enfants nouveaux.
Livrée entièrement aux sciences magiques. Elle se distinguait par un air de grandeur. Elle habitait, rêveuse, un palais enchanteur, Et ne paraissait point sur les places publiques. Un obélisque grave indiquait sa maison; Un -redoutable sphinx en protégeait l'entrée. Et qui parlait toujours à son âme inspirée ? Tantôt les dieux, tantôt l'ombre d'un Pharaon !
Un soir, il vint un Juif, pesant de lassitude,
Tout droit vers cette solitude; Une femme charmante apparaissait aussi
Sur un âne à côté de lui; Aux l)ras de cette femme un enfant adorable
Faisait un spectacle admirable. • La famille venait de franchir le désert
"Et semblait chercher un couvert :
Tout révélait aux yeux, dans ce pauvre équipage,
LTn long et pénible voyage.
Sans doute, ils avaient fui quelque monstre crpel.
Un danger pressant et mortel.
La sibylle aussitôt s'avance tout émue.
S'étonnant que son coeur se trouble à cette vue. ''Vous êtes fatigués; voilà qu'il se fait tard: Entrez chez moi", dit-elle avec un tendre égard. Prodiguant à l'enfant les plus vives caresses. Et poussant jusqu'aii bout ses pieuses tendresses, Elle dit à la mère: "Et ma chambre et mon lit. Madame, sont à vous, pour y passer la nuit".
Elle indique du doigt :— l'étranger vénérable
Installe sa bête à l'étable. — Pour leur frugal souper, aux deux nobles époux
Elle offre ses mets les plus doux :
C'est du vin de palmier; c'est la figue vermeille Remplis'sant une ample corbeille;
Et pendant le repas, ses discours attendris
Consolent ses hôtes ravis, Leur faisant oublier les chagrins et les peines
Dont leurs âmes paraissent pleines . . . Puis, ce fut dans ses bras que s'endormit enfin
L'aimable petit Chérubin.
Bientôt dans le transport d'une sagesse étrange, Elle prend dans sa main la main du petit ange. En observe longtemps les traits mystérieux ; . . . . On eût vu s'enflammer et son coeur et ses yeux. . . Sa face, tout à coup, rayonne, s'illumine. Et ce cri retentit : "O merveille divine ! Etrangers, dites-moi votre affaire en ce lieu. Car cet enfant royal, oh î c'est le Fils de Dieu !—
— ''Je suis Joseph gardant la Vierge Immaculée,
De Nazareth en Galilée, Qui doit à Dieu l'honneur de la maternité
Dans la sainte virginité; Un jour le Tout-Puissant traversa le ciel sombre
Et vint la couvrir de son ombre; Cet adorable enfant est donc le divin fruit
De la grâce du Saint-Esprit.
Un prince impitoyable avait juré sa perte;
Loin de notre maison déserte, Nous cherchons quelque part un modeste séjour,
Jusqu'au temps de notre retour." —
— '*Que ma retraite, amis, soit donc votre demeure"
S'écria la sibylle, en tombant à genoux;
''Oui, restez avec moi jusqu'à la dernière heure;
Je crois au Fils de Dieu; je l'adore avec vous;
Objet de mon amour et de mon espérance.
Je l'attendais moi-même avec impatience !" —
— Et les trois voyageurs, sur les rives du Nil,
Passèrent en ce lieu le temps de leur exil.