‹ Elévations poétiquesChapitre 20 sur 58 · VENDREDI SAINT. MORT DU SAUVEUR · texte numérisé non relu

VENDREDI SAINT. MORT DU SAUVEUR

Antiennes, versets, répotis des trois derniers jours de la

Semaine Sainte avec les H y innés de la Fête du

Précieux Sang.

Au jardin le Christ en prière Disait : "S'il se peut, loin de moi- Cet amer calice, ô mon Père !

Mais votre loi sera ma loi.

Et vous, mes disciples fidèles, Avec moi veillez et priez.

Pourquoi, dans ces heures mortelles, Etes- vous donc si fatigués ?

L'esprit est prompt-: qui lui résiste ? La chair est faible et ne vaut rien.

Jusqu'à la mort mon âme est triste Et vous dormez, je le vois bien.

Par une complaisance infâme Un d'entre vous doit me trahir.

Satan est entré dans son âme ....

Le voici, je l'entends venir."

Il avait dit, l'apôtre mdigne Ce soir je vous le livrerai.

Il leur avait donné ce signe :

C'est Celui que j'embrasserai.

Judas vint donc, abordant son Maître, Lui donner le baiser fatal. . . .

Que fais-tu là, malheureux traître ?

C'est un forfait plus qu'infernal !

Jésus, plein de mansuétude, Endure cet affront sanglant.

La troupe, impitoyable et rude, Le saisit d'un bras insolent.

La trahison est consommée ! . . .

Il vaudrait mieux pour toi, Judas, Toi dont la perte est proclamée.

Qu'au monde tu ne fusses pas.

Comme un tendre agneau sans malict Qui ne repousse point son sort, Jésus-Christ marche au sacrifice Dont le terme sera la mort.

Mais cette mort est volontaire :

Ayant pris nos iniquités, Il veut bien aller au Calvaire Pour que nous soyons rachetés.

"Tous mes amis, dit la victime.

Aujourd'hui m'ont abandonné, Le peuple insensé qui m'opprime A me détruire est acharné.

Ils m'ont criblé de déchirures En me flagellant jusqu'aux os.

Ils m'ont chargé de mille injures.

De blasphèmes coulant à flots.

Voyez-moi couronné d'épines, Revêtu d'un rouge manteau, Les soldats aux féroces mines M'ont donné des coups de roseaii.

Ils m'ont couvert d*ignominie Et mis au rang des scélérats, A Barabbas on donne vie.

Moi, l'on me condamne au trépas."

Bientôt sur les routes poudreuses Jésus marche portant sa croix.

Ah ! quelles chutes douloureuses Lui cause cet horrible poids !

On arrive au lieu du Calvaire; A la croix il est attaché, La croix s'enfonce dans la terre; Le peuple n'en est pas touché.

Il a soif. On lui donne à boire Du vinaigre mêlé de fiel.

Au larron de sainte mémoire Il promet une part au ciel.

On met ses habits en partage.

Mais on tire sa robe au sort.

On ne sait pas quel héritage Il nous procure par sa mort.

Il a pitié de leur folie, "Ah! mon Père, ^Dardonnez-leur; Considérez, je vous supplie.

Leur ignorance et leur malheur.

Pourquoi donc, hélas ! moi-même Suis- je par vous abandonné ? . . .

Kecevez-moi, Père suprême ! . . .

Tout est consommé, terminé".

LE CHEIST AGONISANT

O Christ agonisant, je contemple tes peines : La flagellation, les épines, les cliaînes, La rage des bourreaux pour te crucifier. . . Mon coeur, en ce jour saint, pourrait-il oublier Les affronts, les tourments, les colères, les haines. Dont te chargeait alors un peuple meurtrier ?

O Christ agonisant! je baise la poussière Où se pose ton pied en allant au Calvaire, Oii ta jambe fléchit sous le poids de la croix. . . Jusqu'au terme fatal de tes sanglants exploits. Dans ce rouge sentier, je marche avec ta Mère Succombant elle-même aux plus tristes endroits.

O Christ agonisant ! je vois ta face aimable. Ton front, tes yeux, ta bouche et ton chef adorable . Je vois ton divin corps suspendu, déchiré. . . Je te vois tout en plaie, ô Maître vénéré ! . . . Et sur le genre humain, sur la terre coupable, Je vois couler à flots ton sang noble et sacré.

O Christ agonisant ! ta mort et ta souft'rance, Ta couronne, ta croix et tes clous et ta lance. De plus en plus je veux les graver dans mon coeur. Toujours, le crucifix soutenant mon ardeur. Je veux, dans ton amour et dans la pénitence, Trouver jusqu'à la fin mon salut, mon bonheur !

FESTIVIS KKSONENT

Que tressaillent les coeurs d'espoir et d'allégresse,

Et que s'illuminent les fronts.

Accourez de partout, ô jeunesse, ô vieillesse, Avec flambeaux ardents et pieuse tendresse

Et les respects les plus profonds.

Mais en considérant les souffrances terribles

De Jésus qui meurt sur la croix, Tout son sang répandu, ses blessures multiples. Pleurons, n^imitons pas les bourreaux insensibles, Pleurons comme Pierre autrefois.

Adam, par son péché de désobéissance.

Avait perdu le genre humain.

Voici l'Adam nouveau, Jésus-Christ qui s'avance, Et par son dévoûment, son intègre innocence,

Nous regénère dans un bain.

C'est le bain de son Sang. Car le Père suprême,

A bien entendu le grand cri De son Fils sur la Croix^ Il s'empresse lui-même, De crier à la terre, aux rachetés qu'il aime,

Que son grand coeur n'est plus aigri.

Quiconque s'est lavé dans ce bain salutaire

Sans tache aucune en est sorti.

L'homme reprend l'éclat de sa beauté première. Même l'éclat de l'ange. Et Dieu peut se complaire

En son ouvrage rebâti.

Mais dans les droits chemins de la. droite Justice

Il faut marcher, persévérer.

Jusqu'au terme final que- chacun s'aiïermisse : Dieu ne manquera pas, po«r notre sacrifice,

A Lui de nous incor^^orer.

Dieu, soyez donc propice à notre humble supplique,

Afin que nous. Père Eternel, Xous que sauva le sang de votre Fils unique, Nous que sanctifia votre Esprit pacifique.

Nous ayons notre part au ciel.

IRA JUSTA CONDITORIS.

Jadis le Créateur, dans sa juste colère.

Par un déluge universel, Sauf Noé, fit périr notre race. Au contraire, C'est l'amour aujourd'hui, par un sang qu'on révère.

Qui sauve le monde mortel.

Par son eft'et sur nous, cette onde bienfaisante,

Au lieu de buissons épineux, A rendu, par des fleurs, la terre rayonnante. Et remplacé l'absinthe à saveur repoussante

Par un nectai- délicieux.

Du perfide serpent le venin délétère

A perdu son acuité.

Le reptile a perdu son cruel caractère: Tel est le grand bienfait de l'Agneau salutaire,. . .

Triomphe par lui remi:)orté.

O science divine ! G suprême sagesse V

Ineffable sublimité !

Un Dieu subit pour nous la peine vengeresse ! Qui dira cet amo^ir, cette immense tendresse.

De si grande suavité ?

Avons-nous le malheur, par quelque nouveau crime.

De provoquer le bras de Dieu, Aussitôt la présence et le cri légitime Du sang que répandit l'adorable Victime

Chassent la foudre de ce lieu.

Du monde racheté par ta magnificence,

O chef, noble Auteur du salut, Reçois l'honneur, la gloire et la reconnaissance, A toi comme à ton Père, à l'Esprit de science. Nous rendons un égal tribut.

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