‹ Elévations poétiquesChapitre 44 sur 58 · TRAVAIL DE VOCATION · texte numérisé non relu

TRAVAIL DE VOCATION

Si tu voulais, me répète le monde, Joie et plaisir je mettrais sur tes pas. — Jésus me dit: "Ce plaisir est immonde : Si tu savais, tu ny toucherais pas.

Si tu savais combien tout passe vite Alors que, seul, je demeure toujours, Tu chercherais, dans mon coeur qui t'invite,^ Le seul bonheur des célestes amours.

Si tu savais les trésors d'allégresse Que je dispense aux amis de mon coeur, Tu comprendrais cette ardeur qui me presse De t'enlever au monde séducteur.'

Si tu savais que la présente vie

N'est qu'un chemin qui conduit l'âme au ciel^

Tu comprendrais la coupable folie

De rester sourde à mon brûlant appel.

Tu laisserais la jeunesse légère, Les papillons, voler de fleur en fleur; Car tu craindrais le souffle délétère.

Les froids mortels de l'aquilon trompeur.

Tu laisserais les feuilles jaunissantes Tomber de l'arbre et tournoyer dans l'air; Tu leur dirais: Beautés éblouissantes.

Je n'ai de vous qu'un souvenir amer.

•J-il

Quittant, d'un coup, la vanité qui passe, Va te tournant vers Fempire du ciel, , Tu me dirais : Seigneur, faites-moi grâce, Car il me faut un bonheur éternel.

Tu goûterais sitôt, fille l)énie.

De mon doux Coeur l'ineffable bonté.

De mes désirs la tendresse infinie.

De mes trésors l'éclatante beauté.

Tu m'aimerais comme ton bien suprême.

L'unique objet des élans de ton coeur:

Tu nagerais dans un plaisir» extrême.

Dans les flots purs du Calice vainqueur.

Calice plein de tous les sacrifices

Que tu ferais pour me suivre à l'autel.

Et débordant des suaves délices

Que tu boirais comme un nectar du Ciel.

Car tu voudrais te nourrir de l'Hostie , Où Dieu sauveur, je m'immole toujours.

Et t 'enivrer de mon sang, de ma vie, Et t 'immoler avec moi tous les jours.

Le voudras-tu... Moi. j'ai .soif de ton- âme Je veux, je veux l'inonder de bonheur:

Je veux surtout l'embra-ser de ma fl.amme Comme un soleil et incelant d'ardeur."

Ainsi Jésus parle-t-il à mon âme. . .

Depuis longtemps il me veut toute à lui . . . Je brûle enfin de sa divine flamme:

Je lui réponds: Seigneur, c'est aujourd'hui;

C'est aujourd'hui que j'ai l'intelligence Des vanités, des néants d'ici-bas.

Que je comprends et votre amour intense Et le bonheur de marcher sur vos pas.

C'est aujourd'hui que je connais ma voie, Que je me rends au Calvaire, au Thabor : Sur le Thabor tout rayonnant de joie, Sur le Calvaire où le sang coule encor.

Oui, Jésus, oui, je veux être victime, Rouge victime avec vous sur la croix : Je veux nager dans la gloire sublime Dont resplendit votre corps autrefois.

Le voulez- vous ? . . . Moi, je veux, comme épouse, Vous enlacer et m'attacher à vous."^. .

Voilà, Seigneur, que je deviens jalouse De vos regards, de votre Coeur si doux !

Ehi attendant que je sois consacrée A vous, Jésus, par des voeux solennels. Je veux, je veux, du monde retirée.

Vivre et souffrir au pied de vos autels.

J'adorerai votre adorable Hostie, J'écouterai vos intimes discours, Me nourrirai de votre Eucharistie, M'enivrerai de vos chastes amours.

Pour leS" affronts, les sanglantes injures Dont les méchants vous accablent, mon Dieu, Ah ! laissez-moi, guérissant vos blessures. Déjà vous être holocauste au Saint Lieu.

Xe voyez plus ces outrages du monde : Voyez, plutôt, les coeurs épris de vous. Coeurs vous aimant d'affection profonde.

Et de vos bras interceptant les coups.

Toujours, Seigneur, toujours en pénitence Pour expier les crimes des péclieurs, Vous consoler au sein de la souffrance, Vous réjouir au*milieu des douleurs.

Assez, pour vous, de peine et de torture. N'êtes.- vous pas fatigué de la croix?... Descendez donc, venez, je vous conjure.

Vous reposer en vos âmes de choix.

Là, votre Coeur est brisé par la lance. Ici, mon Dieu, votre Coeur embrassé Ne trouvera, sans heurt ni violence, Que de la joie à se sentir pressé.

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