ADIEU AU MONDP:— PARENTS CONSOLES
Paroles d'encouragement adressées par une jeune fille à son père et à sa mère, le jour qu'elle les quitta pour embrasser la vie religieuse. Ces paroles ne sont pas une fiction. Quant aux pensées et aux sentiments qu'elles expriment, elles ont réellement été écrites par une jeune fille. L'auteur, y ayant trouvé un magnifique sujet pour une pièce de poésie, les a mises en vers et en a fait la présente pièce.
Le plaisir est trompeur, la joie .est éphémère; Le monde est une immense et profonde misère; Je m'en sépare enfin, car c'est assez pâtir. . . . Adiéii, rêves d'amour, de bonheur et de gloire; Périsse en mon esprit votre vaine mémoire ! . . Mon heure sonne: il faut partir !
A m'arracher d'ici pourquoi tarder encoi;^ ? Vous savez, chers parents, que mon coeur vous adore : Veuillez donc à mes voeux aujourd'hui consentir. Ne me retenez plus par vos pleurs, ô ma mère ! Xi vous, i^ar vos regards de tristesse, ô mon père !. . . Mon heure sonne : il faut partir !
Oh! je bois avec vous le fiel de ce calice :' Les douleurs que vous cause \\n si dur sacrifice, Ma tendresse pour vous me les fait ressentir. Mais c'est Dieu qui m'appelle: adorons son ouvrage; Résignons-nous ensemble; ayons même courage. . . Mon heure sonne: il faut partir !
Votre amour, chers parents, exagère les peines Qui m'attendent là-bas; moi, je baise les chaînes Par lesquelles, bientôt,^ Dieu va m'assujettir. Déjà mon coeur palpite et brûle à la pensée Que je suis de Jésus la chère fiancée ! . . . Mon heure sonne: il faut partir !
Consolez- vous l'un l'autre; aimez- vous davantage; Croyez-moi toujours là, parmi votre entourage, Et vous serez bénis, j'ose le garantir. Pour moi, c'est maintenant que je vais, tout heureuse, Me consacrer à Dieu comme Religieuse .... Mon heure sonne: il faut partir !
Me retenir serait pour vous un crime, Et pour moi-môme un acte douloureux; Inspirez-vous de Tardeur qui m'anime :
Je pars, soyez heureux !
Les insensés crieront à la folie; Gardez-vous bien de murmurer comme eux : Sublime et sage est ma nouvelle vie : Je pars, soyez heureux !
N'hésitez plus dans votre sacrifice :
Que votre coeur soit fort et généreux : Je vais au Ciel et non pas au supplice : Je pars, soyez heureux !
A Dieu pour vous j'offrirai mes prières. Le suppliant de combler tous mes voeux : Ne craignez donc ni chagrins, ni misères : Je pars, soyez heureux !
Pour quelques jours de peine et de souffrance, N'irons-nous pas triompher dans les Cieux ? O l'ineffable et divine espérance ! . . . Je pars, soyez heureux !