‹ Elévations poétiquesChapitre 47 sur 58 · A UXE SOEUR DE CHARITE · texte numérisé non relu

A UXE SOEUR DE CHARITE

Hélas ! qu'il est triste et pénible De voir tant de maux ici-bas.

Produisant douleur et trépas !

Mais peut-on rester insensible Envers la divine bonté.

Qui. dans sa libéralité.

Donne à FHôtel-Dieu la soeur grise Et sa délicatesse exquise.

Pour soigner toute infirmit-é (

On voit accourir la jeunesse Dans cet Hôpital enchanté:

On voit venir la pauvreté:

On voit s'y rendre la richesse:

On voit arriver les vieillards:

Tous reconnaissent, pleins d'égards, Qu'ils ont besoin de la soeur grise.

De sa délicatesse exquise.

De son coeur et de ses regards.

On Aoit la mère de famille Amener là, d'un pas tremblant, Son garçon, cadavre ambulant, Ou sa chère petite fille Que la mort menace déjà :

Tout autre mo3''en échoua :

Ce qu'il lui faut, c'est la soeur grise Et sa délicatesse exquise. . . .

Toute son espérance est là !

Voyez cet homme, à corps robuste Qui s'indigne de son état Et considère son grabat Comme le sort le plus injuste. . . .

Toujours jusque là bien portant ! . . . . Membre brisé par accident ! . . . .

Pourrait-il l>ien, sans la soeur grise Et sa délicatesse exquise, Se résigner d'un coeur content ?

Voyez ce jeune homme qui brûle

De fièvre autant que de douleur :

Il fait pitié dans son malheur :

Il se tourmente : il gesticule ;

Refuse tout soulagement,

Excej)té le médicament

De la sympathique soeur grise :

Car sa délicatesse exquise

Lui paraît un bairnie charmant !

Voyez ceux que l'ivrognerie A plongés dans l'insanité :

Honteux de leur iniquité, De leur existence flétrie.

Ils s'en retournent tempérants, Bons chrétiens et persévérants; Car la vertu de la soeur grise.

Et sa délicatesse exquise, Ont touché ces coeurs délirants.

Voyez cette âme imi:>atiente Qui se livre à des jurements, Et qui, dans ses emportements, Devient maussade et violente :

Cet homme, fût-il un lion, , Arrête son cri, son juron, Dès que la voix de la soeur grise, Avec délicatesse exquise.

Lui fait sa pieuse leçon !

Fn autre' a négligé son âme.

Et le Bon Dieu, deiniis longtemps

Voyez ses membres palpitants

Ecrasés par un char. infâme :

Un signe est dans ses yeux glacés.

Déjà ses voeux sont exaucés. . .

Il fut compris i)ar la soeur grise..

Dans sa délicatesse exquise,

Elle a dit au prêtre: "Avancez !''

Le prêtre avance et le confesse, Lui donne TP^xtrême-Onction.

S'il le peut, la communion, P^t l'encouragé avec tendresse...

Voilà le mourant préparé.

Son bonheur au ciel assuré !...

Pour la confiante soeur grise Et sa délicatesse exquise, Aucun cas n'est désespéré.

Elle n'est pas moins empressée Auprès des gens d'une autre foi; Elle ne connaît qu'une loi :

Soigner l'humanité blessée !

Ceux-là n'en sont que plus ravis De se voir traités sans mépris Par la catholique soeur grise Dont la délicatesse exquise Ramène à Dieu tous les esprits !

D'un malade à l'autre, sans cesse, Elle court prodiguer ses soins Et répondre à tous les besoins Avec grâce, amour et sagesse . . .

Les voit -elle 'enfin tous contents, Vous pourrez voir, par entre-temps, Aux pieds de Jésus la soeur grise; Car sa délicatesse exquise.

Trouve là ses plus doux instants.

Il est impossible de dire

Tout le bien par elle oj^éré.

Dans cet Hôpital consacré.

Par la tendresse et le sourire,

A charmer tous les malheureux.

Que ses protégés sont nombreux ! . . .

Ils conservent de la soeur grise,

De sa délicatesse exquise.

Les souvenirs les plus heureux.

Il est encor plus impossible

De dire la félicité

Que son immense charité

Et sa patience invincible

Auront pour récompense au Ciel. . .

A sa mort, le Père Eternel

Lui dit : ''Viens, ma chère soeur grise,

Pour ta vertu, ta grâce exquise.

Posséder un trône immortel !"

^ Mttrî h\\m ^m\U S^UgiPits^ g

.4 la viémoire d'une Soeur de charité qui fut bien aimée pendant sa rie et hien regrettée après sa mort.

Pleurez, pleurez, vous tous qui l'avez bien connue, Et qui Trtvez aimée, et qui l'aimez toujours. . . ?211e n'est plus, hélas ! . . . Qu'est-elle devenue ? . . . Elle s'est envplée au Séjour des séjours.

Et nous la regrettons, nous, ses pauvres malades; Nous, ses pauvres souffrants; nous, ses pauvres amis; Mais ne croyez-vous pas, orphelins de tous grades. Qu'elle nous dit encore : A Dieu soyez soumis ?

Pour hâter près de Dieu son trône et sa couronne. D'elle-même, sitôt, nous eût-elle quittés ? . . . Xon, car tout son désir, à cette âme si bonne. Etait de toujours vivre avec les attristés,

Pour les encourager dans leurs tristesses folles, Pour leur donner le soin propre à chaque douleur, Et pour les consoler par ses douces paroles. En leur montrant le Christ, la Croix, le Sacré-Coeur.

Quand elle eut entendu l'appel de Dieu lui-même : Au ciel, ma chère fille, aujourd'hui je te veux, — Elle ne put que dire : O volonté suprême. Je pars. . . vous prendrez soin de tous mes malheureux.

Eh ! bien, consolons-nous, résignons-nous comme elle !. Puisque» Dieu l'a voulu, demeurons orphelins : Mais orphelins contents de la gloire éternelle Dont brille cette mère, objet de nos chagrins.

Et contents de savoir, en notre limnble détresse. Qu'elle priera, là-haut, pour chacun d'entre nous. Et que son souvenir, béni, plein de tendresse, Au moins nous restera, comme un baume très doux.

offerte

aux

htt l^xmmx-^nn^

Blanc et range, en ce monastère, Font un costume ravissant :

Blanches Sœurs du Précieux Sang, Expliquez-nous votre mj'stère.

Jiéponse

A nous l'éclatante hïancheur De notre Mère Immaculée, De la belle neige étoilée, Du lis candide en sa fraîcheur.

Il faut la hlaneheur à notre âme :

La hlaneheur de la-sainteté :

Toute hlaneheur que Dieu réclamt Blancheur de foi, de pureté.

Blanc etrour/e, en ce monastère.

Font un costume ravissant :

Rouges Sœurs du Précieux Sang.

Expliquez-nous ^otre mystère.

Réponse

A nous l'éclatante rougeur

Du Sang qui rachète les mondes.

Du soleil effleurant les ondes.

Des fruits vermeils du vendangeur,

Il faut la ToiKjeuv à notre îîme :

La rougeur de la charité :

Toute rougeur que Dieu réclame Rougeur d'amour, d'austérité.

Hîanteau liant

Dans vos processions ne vous ai-je pas vues.

Nobles Sœurs du Précieux Sanof ? • • •

D'un blanc de lis éblouissant Etait le long manteau dont vous étiez vêtues.

A la Table d'amour vous veniez deux-à-deux. Pour vous nourrir du pain des anges :

Vous me paraissiez des phalanges

De fantômes sacrés ou d'esprits bienheureux.

Je vous vis circuler, par étages, par salles.

De corridor en corridor;

Et mon oeil vous admire encor, Dans ce long manteau blanc qui traîne sur les dalles.

Et ravi, chaque fois, par tant de dignité, J'ai dit: Ne sont-ce pas des reines, Des princesses, des souveraines.

Que je vois dans l'éclit de cette majesté '.

Oh! sans doute, mes soeurs, vous êtes souveraines... Votre empire est surnaturel:

Mais il n'en est que plus réel !. . .

Oui. vous êtes vraiment des princesses, des reines.

Sur qui dominez-vous? Siw vous-mêmes cFabord;

Car vous avez mis dans les chaînes

Toutes les misères humaines Qui sont notre apanage, hélas! jusqu'à la mort.

Sur qui dominez-vous? Sur les vices du monde :

Un gouffre est entre vous" et lui;

Et vous vous moquez aujourd'hui De tous ses faux plaisirs, de son bonheur immonde.

Sur qui dominez-vous? Sur les rois de l'enfer : Les démons, pour capter nos âmes.

Sortent par milliers de leurs flammes;

Mais c'est en vain, pour vous, qu'ils rugissent dans l'air.

Sur qui dominez- vous? Sur votre Divin :^^aître Dont vous avez charmé le coeur :

Toute grâce et toute faveur

Vous obtenez de lui : vous n'a\'ez qu'à paraître.

Sur qui dominez-vous? Sur tous les malheureux,

Tous les affligés de la terre.

Tournant vers ce lieu salutaire Leurs supplication^, leurs attentes, leurs voeux.

Sur qui dominez-vous? Sur la Vierge Marie :

Bonne pour vous comme Jésus,

Elle ignore tous les refus, Quand vous l'avez priée et l'avez' attendrie.

Sur qui dominez-vous? Sur les anges du ciel : N'est-il pas vrai qu'en vos cantiques Se mêlent des voix angéliques,

Pures comme l'encens, douces comme le miel ?

Sur qui dominez-vous? Sur le coeur de Dieu même Il vous sourit du haut des Cieux, Et montre sans cesse à vos yeux

Tout ce qu'il vous réserve en sa bonté suprême.

Sur qui dominez- vous ? Sur votre bonne part

Des immolations chrétiennes :

Vos conquêtes quotidiennes Sont des choix de vertus, et de sagesse et d'art.

Non, non. ce ne sont pas les vains rebuts du monde

Qui viennent s'enfermer ici :

On y voit briller. Dieu merci, Des sujets glorieux où le mérite abonde.

Régnez-donc, nobles soeurs, sans conteste régnez : Car vous êtes vraiment des reines, Des princesses, des souveraines :

Vous qui de vos grandeurs nous laissez imprégnés.

Allez pieusement, par étages, par salles. De corridor en corridor :

Que notre oeil vous admire encor

Dans ce long manteau qui traîne sur les dalles.

A la Table d'amour avancez deux-à-deux,

Pour vous nourrir du pain des anges : Qu'on vous pi-enne pour dea> phalanges

De fantômes sacrés ou d'esprits bienheureux.

Ifotx hn Pmt^ux-i>ang

Voix ravissantes, souveraines.

Belles voix du Précieux Sang, P^tes-vous bien des voix humaines.

Vous dont le charme est si puissant ?

Sont-ce des Soeurs, sont-ce des anges ? Dans ce monastère enchanté.

Qui chantent si bien les louanges Du Dieu Sauveur ensanglanté ?

Où prenez-vous votre harmonie.

Votre force et votre douceur, Et cette tendresse infinie Qui nous fait pleurer de bonheur?

Ah ! c'est que votre âme lyrique Passe entière dans votre chant :

A votre ferveur angélique Est dû votre ton si touchant.

Silence, voix de la nature, Voix des grillons, voix des oiseaux, Voix du feuillage qui murmure, Voix des zéphirs, voix des ruisseaux.

Silence ! Infiniment plus belles Sont les voix que j'entends ici :

Je n'en connais pas d'autres qu'elles Pour émouvoir mon coeur ainsi.

Vous rendez si bien les souffrances Dont votre coeur est déchiré, Quand vous réparez les offenses Que l'on fait au Maître adoré !

Vous rendez si bien les ivresses Dont votre coeur est enflammé.

Quand vous célébrez les tendresses De Jésus votre Bien- Aimé !

Vous savez, ô lyres vibrantes, Si bien sangloter et pleurer !

Vous savez, colombes tremblantes, Si bien gémir et soupirer !

Chantez, chantez pour le fou monde Qui ne sait pas chanter son Dieu, Chantez l'amour qui surabonde.

Le jour, la nuit, en ce saint lieu.

Chantez pour la nature entière Qui ne connaît pas son Auteur:

Chantez, chantez votre prière Au Dieu suprême et Créateur.

Chantez pour ceux qui vous admirent Et qui A'eulent s'unir à vous ; Chantez les feux qui vous inspirent; * Chantez votre Divin Epoux.

Quand Dieu vous ouvrira ses portes Pour vous admettre dans Sion, Avec les célestes cohortes, Vous chanterez à l'unisson.

Vous chanterez Dieu votre Père:

Fières, dans la félicité, D'avoir commencé sur la terre Les vrais chants de l'Eternité.

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