DIEU PARLE A ABRAHAM
"Abraham, tu quitteras la maison de ton père.
Et tes parents et ton pays; Et tu demeureras dans la nouvelle terre
Que là-bas je te circonscris.
Regarde au loin; regarde au nord, au sud; regarde
A l'orient, à l'occident :
Terre immense et superbe : ô mon fils, il me tarde
De t'y voir enfin résident.
Je te la donne à toi ; je la donne à ta race, *
Glorieuse postérité :
Tes enfants, par milliers, rempliront cet espace...
Le nombre en est illimité.
On compterait plutôt les grains de la poussière,
Avec les étoiles du ciel:
Voilà la nation dont je te ferai père.
Par un pacte perpétuel.
Ceux qui te béniront seront bénis eux-mêmes
Comme il me plaît de te bénir; Tes ennemis, vaincus, verront leurs anathèmes
Contre leurs têtes revenir.
Et ce ne sera point l'enfant de ta servante
Qui sera ton noble héritier :
Non; je veux que Sarah, ta propre femme, enfante;
Garde-toi de l'humilier.
Ismaël sera grand, je le bénis, je l'aime;
Mais Isaac sera plus grand :
A lui seul ma promesse et mon amour suprême. . .
Tes yeux le verront dans un an.
Vous serez circoncis en signe d'alliance ;
Vous serez mon peuple à jamais.
Qu'Abraham soit ton nom; marchez en ma présence;
Soyez toujours bons et parfaits.
Bientôt, je vais détruire et Sodome et Gomorrhe. .
Villes d'abomination ....
Pourquoi demandes-tu que je suspende encore
Mes traits de malédiction ?
Des justes dans Sodome!... En trouves-tu cinquante?.
Alors, j'accorde le sursis. . .
Je n'en vois pas quarante !... Hélas !^as même trente !.
Pas même vingt ! . . . Pas même dix ! . . .
Maintenant, Abraham, saisis ton fils unique.
En qui repose ton espoir :
J'en veux le sacrifice ; et là, mon doigt t'indique
La montagne où je veux l'avoir.
Mets-le sur le bûcher;. . . frappe-le de ton glaive:
Cett^ obéissance me plaît . . .
Tu vas donc l'immoler de ton bras qui se lève ! . .
Arrête !.. . je suis satisfait..
J'ai voulu seulement te soumettre à l'épreuve,
Faire éclater ta grande foi.
Ton âme est intrépide; et le monde a la preuve
Que tu n'épargnes rien pour moi.
Un jour, ta nation, d'une race étrangère
Subira le joug et les lois. . .
Courage ! . . . Après ces jours de peine passagère,
Vous serez plus forts qu'autrefois.
O père des-croyants ! — la terre toute entière
. En toi, par toi, sera bénie :
De ton coeur de héros que rien ne désespère Sortira l'Auteur de la vie !"
Erudimini.
Qui n'a pas entendu cette grande parole Dont frémit encor l'univers ?
O langage de Dieu ! . . . la nature frivole N'est plus rien avec ses concerts !