‹ Elévations poétiquesChapitre 5 sur 58 · DIEU PARLE A ABRAHAM · texte numérisé non relu

DIEU PARLE A ABRAHAM

"Abraham, tu quitteras la maison de ton père.

Et tes parents et ton pays; Et tu demeureras dans la nouvelle terre

Que là-bas je te circonscris.

Regarde au loin; regarde au nord, au sud; regarde

A l'orient, à l'occident :

Terre immense et superbe : ô mon fils, il me tarde

De t'y voir enfin résident.

Je te la donne à toi ; je la donne à ta race, *

Glorieuse postérité :

Tes enfants, par milliers, rempliront cet espace...

Le nombre en est illimité.

On compterait plutôt les grains de la poussière,

Avec les étoiles du ciel:

Voilà la nation dont je te ferai père.

Par un pacte perpétuel.

Ceux qui te béniront seront bénis eux-mêmes

Comme il me plaît de te bénir; Tes ennemis, vaincus, verront leurs anathèmes

Contre leurs têtes revenir.

Et ce ne sera point l'enfant de ta servante

Qui sera ton noble héritier :

Non; je veux que Sarah, ta propre femme, enfante;

Garde-toi de l'humilier.

Ismaël sera grand, je le bénis, je l'aime;

Mais Isaac sera plus grand :

A lui seul ma promesse et mon amour suprême. . .

Tes yeux le verront dans un an.

Vous serez circoncis en signe d'alliance ;

Vous serez mon peuple à jamais.

Qu'Abraham soit ton nom; marchez en ma présence;

Soyez toujours bons et parfaits.

Bientôt, je vais détruire et Sodome et Gomorrhe. .

Villes d'abomination ....

Pourquoi demandes-tu que je suspende encore

Mes traits de malédiction ?

Des justes dans Sodome!... En trouves-tu cinquante?.

Alors, j'accorde le sursis. . .

Je n'en vois pas quarante !... Hélas !^as même trente !.

Pas même vingt ! . . . Pas même dix ! . . .

Maintenant, Abraham, saisis ton fils unique.

En qui repose ton espoir :

J'en veux le sacrifice ; et là, mon doigt t'indique

La montagne où je veux l'avoir.

Mets-le sur le bûcher;. . . frappe-le de ton glaive:

Cett^ obéissance me plaît . . .

Tu vas donc l'immoler de ton bras qui se lève ! . .

Arrête !.. . je suis satisfait..

J'ai voulu seulement te soumettre à l'épreuve,

Faire éclater ta grande foi.

Ton âme est intrépide; et le monde a la preuve

Que tu n'épargnes rien pour moi.

Un jour, ta nation, d'une race étrangère

Subira le joug et les lois. . .

Courage ! . . . Après ces jours de peine passagère,

Vous serez plus forts qu'autrefois.

O père des-croyants ! — la terre toute entière

. En toi, par toi, sera bénie :

De ton coeur de héros que rien ne désespère Sortira l'Auteur de la vie !"

Erudimini.

Qui n'a pas entendu cette grande parole Dont frémit encor l'univers ?

O langage de Dieu ! . . . la nature frivole N'est plus rien avec ses concerts !

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