DIEU PARLE A NOE
"Noé, je t'aime encore, et j'aime ta famille : Vous. trouvez grâce auprès de moi.
Pendant qu'autour de vous l'iniquité fourmille, Vous avez conservé la foi.
Voici que je regrette, avec honte et colère,
D'avoir -créé l'humanité.
Mais je vais la punir; je vais purger la terre
De sa hideuse impiété.
Bientôt, je vais ouvrir les sources des abîmes
Et les cataractes du ciel :
Tout sera submergé, jusqu'aux plus hautes cîmes,
Dans un déluge universel.
Tu survivras, toi seul, et ta famille pure.
Pour refonder l'humanité. . .
Construisez- vous une arche: en voici la mesure,
La force et la capacité.
A l'oeuvre ! — fallût-iipour faire un t«l navire,
y travailler plus de cent ans, Et reprocher en vain aux peuples en délire
lueurs crimes pendant tout ce temps.
Tu i)rendras avec toi, pour en sauver l'espèce.
Des couples d'animaux divers.
Dès que sonnera l'heure, entrez avec vitesse
Et séparez-vous des pervers !"
"C'en est fait, le déluge a vengé ma justice :
Le genre humain est abattu . . .
Noé, sors de cette arche; offre ton sacrifice :
Je me complais dans ta vertu.
Croissez, multipliez, et remplissez la t«rre;
Fondez un genre humain nouveau; Après un tel exemple à jamais salutaire,
Il me faut un monde plus beau.
Et voici qu'avec vous je veux faire alliance;
J'en fais le serment solennel Comme signe d'amour, de pitié, de clémence,
Je vous donne mon arc-en-ciel.
Je ne détruirai plus l'homme par le déluge. . .
Occupez-donc la terre en. paix :
Je serai comme un Père, et non plus comme un Juge,
Et vous connaîtrez mes bienfaits."
Erudimini.
Qui n'a pas entendu cett^ grande parole
Dont frémit encor l'univers ?
O langage de Dieu !... la nature frivole
N'est plus rien avec ses concerts !
Admiramini et ohstupescite.
Quelle est cette terreur qui s'empare du monde ? . . .
On n'entend plus le moindre bruit ...
Tout se tait, dans les cieux, sur la terre et sur l'onde.
Même les clameurs de la nuit !
Incrédules, debout ! — c'est le temps de vous rendre
Le prodige va s'accomplir !
Au ciel levez les yeux: Dieu va se faire entendre :
Vous allez enfin tressaillir !
Vox de cœlis dicens.